- il y a 16 heures
Premiers chocs politiques en 2002 et 2006, racines contestataires des dancefloors américains, lutte contre la marchandisation de la fête et enjeux de la présidentielle 2027 : on discute avec l'artiste Folamour, en direct de la Fête de l'Humanité.
Animé par Mathilde Gros, journaliste à l'Humanité, et le streamer RiboDansLaSauce.
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00:00:01 Qui est Folamour ?
00:03:17 Son parcours politique et l'engagement
00:15:02 Les racines politiques de la house et de la techno
00:21:19 Accessibilité, gratuité et mixité de la fête
00:29:59 Droitisation de la scène et prises de position
00:43:08 Perspectives pour 2027
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00:01Tu nous entends Fallomore ? Je vous entends, je sais pas si vous m'entendez.
00:05On t'entend aussi, nickel. Alors comment ça va toi aujourd'hui ? Très heureux d'être là,
00:09merci de m'avoir proposé, ça fait plaisir de faire partie du projet, c'est cool.
00:14Yes, trop cool. Alors est-ce qu'on peut commencer avec tout simplement des petites présentations ? Pour
00:18ceux qui ne te connaissent pas, je ne suis pas sûr que mon chat écoute forcément de la Disco House,
00:22par manque de goût probablement, donc pour ceux qui ne te connaissent pas, est-ce que tu peux te
00:25présenter ? Qu'est-ce que tu fais de manière générale ? De manière générale, je suis musicien,
00:32donc je compose de la musique, je sors de la musique, j'ai sorti mon cinquième album d'ailleurs l
00:37'année
00:38dernière. À côté de ça, je suis DJ, donc je suis beaucoup en tournée en tant que DJ. J'ai
00:42aussi
00:42géré des labels, j'ai monté des événements, j'ai fait pas mal de choses comme ça, mais l'essentiel
00:47de ce que je fais, c'est autour surtout de la création musicale et de la scène. En termes de
00:54style musicale, tu décrirais comment toi ce que tu fais ? En termes de style, en tant que compositeur,
01:00c'est surtout autour de la house avec toutes les influences qu'il y a dans la house, donc ça
01:05peut
01:05être jazz, soul, funk, disco, musique africaine, brésilienne, etc. Donc tout ça un peu mélangé
01:12et passé à travers le canal de la house. Et sur scène, je joue beaucoup plus de la vieille
01:18musique, je suis un peu de ce genre-là. Et du coup, je joue beaucoup de funk, de soul,
01:24mais beaucoup plus des originaux, la musique des années 70, 60, 80, tout ce que j'aime.
01:30Donc j'ai un peu deux facettes différentes selon ce que je fais.
01:33Ok, toi tu fais partie d'ailleurs de ces DJs. Quand ils font des DJ sets, c'est vraiment
01:36pour passer de la musique et pas juste passer tes morceaux, arriver, avoir ton set d'une heure
01:39et mettre tes derniers tubes, quoi. Vraiment, t'es là, tu bats des morceaux bien chinés.
01:44Ouais, c'est ça. Il y a trop de bonne musique pour que je passe la mienne.
01:48Parce que ça, c'est vrai que c'est un truc que pas mal de gens n'ont pas forcément
01:51capté, les gens qui ne sont pas trop dans la musique électronique, c'est qu'un DJ,
01:54à la base, c'est quelqu'un qui sélectionne et qui passe des morceaux. Et donc, c'est vrai
01:56que toi, t'as vraiment les double casquettes où t'es producteur, tu sors des albums,
01:59et quand tu fais un DJ set, c'est un DJ set, quoi. T'es là pour passer des bangers,
02:02pas les tiens,
02:03et pour créer une bonne ambiance sur la piste de danse, tout simplement.
02:06Ouais, pour moi, oui. En fait, c'est deux choses assez différentes. En tant que DJ, vraiment,
02:10l'objectif, c'est de faire découvrir de la musique aux gens, c'est aussi de défendre une esthétique
02:14musicale, c'est de défendre une histoire, aussi avec des messages selon les genres de musiques qui
02:18sont jouées. En tant que producteur, c'est beaucoup plus personnel, quoi. Donc, ça va être beaucoup plus
02:22varié en termes d'émotions. En tant que DJ, je suis quand même connu pour être assez joyeux. Et en
02:26tant
02:26que producteur, pour le coup, je vais aller beaucoup plus sur de la nostalgie, des choses qui me sont
02:31arrivées, raconter des choses. Donc, c'est vraiment pour moi deux choses très différentes.
02:37Yes. Alors là, du coup, on a parlé de l'aspect un petit peu plus musical, mais la question que
02:40j'ai
02:40envie de te poser pour commencer, pour entrer dans le vif du sujet, là, on est là pour parler de
02:44musique, certes. On est là pour parler de politique et du lien entre la musique et d'engagement politique,
02:49de la part des artistes, et même du lien entre la musique, la musique électronique en particulier,
02:54tout l'aspect politique que peut avoir la musique électronique. Et donc, pour commencer,
02:58avant de parler plus de ce sujet-là, toi, c'est quoi ton rapport à la politique ? Là,
03:01t'es à l'humanité, c'est quelque chose, c'est pas un hasard. A priori, ça veut dire que
03:04t'es pas de droite.
03:05T'es quelqu'un de politisé, on se connaît déjà un peu, donc je le sais. Et donc, c'est
03:08quoi ton rapport
03:09à la politique ? Est-ce qu'il y a un truc qui t'a politisé à un moment donné
03:12?
03:12Où vient ton engagement, tout ça ?
03:15Ouais, mon engagement, je dirais que les premières traces de compréhension de la politique,
03:21c'était 2002, pour moi, parce que j'ai 36 ans. Donc, Le Pen au second tour, pour moi,
03:27ça a quand même été vraiment quelque chose, même dans la musique, en fait, on y a vu plein
03:30de traces dans la musique en France, beaucoup de morceaux qui ont été faits en réaction.
03:33Donc, moi, j'avais 12 ans à l'époque, mais ça a quand même été un quelque chose,
03:37un peu un retour de quelque chose qu'on avait pensé disparu. Moi, à cette époque-là,
03:42moi, je viens d'une communauté où, enfin, vraiment, j'avais des gens de tous les horizons
03:47dans mon entourage. Je viens de la campagne, mais il y avait à la fois vraiment beaucoup
03:50de communautés issues de l'immigration et en même temps, beaucoup de Français,
03:53de vieilles lignées françaises. Il y avait un peu de tout. Et c'est vrai que nous,
03:57entre nous, je me rappelle, à l'époque, on avait été quand même très choqués
03:59parce qu'on avait l'impression que c'était quelque chose qui était fini.
04:02On avait, naïvement, parce qu'on était des gamins, mais on avait ce truc,
04:04quand on en parlait entre nous, on se disait, ouais, mais non, mais ces trucs-là,
04:06c'est des trucs de vieux, en fait. Il n'y aura plus ça, quoi. C'était des trucs
04:10de l'époque. Et en fait, c'est vrai que 2002, ça a été un premier choc.
04:15Entre-temps, après ça, dans mon adolescence, moi, il y a eu beaucoup de musique
04:19très politisée qui m'a beaucoup, beaucoup parlé, notamment, par exemple,
04:23Fela Cutie, tu vois, pour l'Afrique, moi, c'est quelque chose qui m'a beaucoup
04:27parlé, mais même plus généralement, vraiment, toute la musique assez politisée.
04:30Moi, je viens aussi beaucoup du hip-hop, donc Nas, Big L, etc., à New York,
04:36alors qu'aux États-Unis, il y avait tous ces trucs-là qui étaient quand même
04:37très, très politisés, qui me parlaient beaucoup. Et puis après, je pense que
04:41le moment où je me suis le plus engagé, on va dire physiquement, ça a été
04:47CPE. Ça a été vraiment 2006 avec la réforme CPE. Et le fait que moi,
04:53j'avais 16 ans, j'étais au lycée, on ne comprenait pas tout. Mais il y a quand même
04:56vraiment eu ce truc de se politiser à ce moment-là, d'aller à Lyon, dans les manifs,
05:00et aussi d'être confronté, du coup, à ce rapport à la manifestation.
05:04À l'époque, moi, je me rappelle avoir été très choqué par la réaction qu'il y avait
05:06face à nous. En fait, c'était beaucoup des gamins, en fait, c'était beaucoup
05:09des lycéens qui réagissaient à ça. Et puis après, des gens qui étaient en, on va dire,
05:12post-lycée, mais assez jeunes. Et on était beaucoup dans la rue. Et puis de voir quand même
05:17beaucoup de violence, ça nous avait beaucoup marqué. Il y avait les flashballs, il y avait
05:20plein de choses à l'époque. Moi, je sais que je l'avais vécu vraiment ce truc-là
05:24en direct. Et donc, ça avait été une deuxième forme de compréhension du rapport à la
05:27politique à notre époque, qui était qu'en fait, le peuple avait assez peu le droit
05:33de s'exprimer hors le format qu'on lui imposait et qui était assez limité, finalement.
05:37Surtout, quand moi, j'avais 16 ans, je ne pouvais pas encore voter. Donc, il y avait
05:40en plus de ça une certaine... On avait l'impression que ce truc-là, c'était notre façon de participer
05:44à la politique, mais qu'en fait, on était maté un peu dans ce process-là.
05:47Donc, c'est vraiment ces deux dizaines de mois-là, 2002 et 2006. Et puis, en parallèle
05:52de ça, ça a été aussi au lycée, lire Marx, lire Engels, apprendre sur Trotsky, etc.
06:00Moi, j'ai quand même eu vraiment ce parcours-là à cette époque parce qu'il y avait une vraie
06:05volonté. Moi aussi, avec mes potes de l'époque, on avait quand même vraiment ce truc antiraciste,
06:10antifasciste qu'on avait en nous dans nos conversations, dans notre culture, qu'on communiquait
06:14beaucoup entre nous, du fait qu'on écoutait aussi de la musique et qu'on aimait
06:17l'art, qui était quand même très, très divers, qui venait de partout et qui racontait
06:21des choses aussi sur les communautés qui les avaient créées. On reparlera sûrement
06:24de là où c'est, de là d'où ça vient, mais en tout cas, il y avait vraiment ce
06:26truc-là.
06:27Et donc, moi, assez jeune, j'avais vraiment ce rapport-là à l'égalité, ce rapport-là
06:33à l'équité aussi, ce rapport-là aux différences de traitement entre les gens.
06:36J'avais beaucoup de potes qui étaient musulmans et qui avaient des façons de vivre le
06:41fait d'être en France qui étaient très différentes de moi, de ce que je pouvais avoir.
06:45Et donc, toutes ces choses-là, ça m'a un peu, ça a été un peu tout ce parcours
06:47qui s'est fait pendant des années jusqu'à aujourd'hui, en vrai, où je continue à lire
06:50des choses et je continue à me renseigner. Mais c'est tout ça qui m'a bien politisé.
06:54Ok, ok. Donc, c'est un parcours, finalement, tu prends beaucoup de militants de gauche en
06:58France. C'est des parcours qui peut être assez proche de ça, quoi.
07:01Ouais, moi, je pense que si t'es dans la trentaine, t'as vraiment vécu 2002, ça a quand même
07:08été un vrai choc, je pense, pour beaucoup de gens. En tout cas, pour moi qui étais encore dans
07:13un salle de formation, ce truc-là avait été extrêmement choquant. Surtout que t'es
07:16dans une époque où t'apprends toute l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, le fascisme,
07:21etc. Et puis d'un seul coup, tu vois vraiment ce truc-là qui t'arrive dessus. Donc, ça
07:24nous avait vraiment fait un choc à cette époque. Donc, je pense que pour beaucoup de gens de
07:27mon âge, ça a été un vrai repère.
07:28Oui, de fou. Moi, je sais que je suis un petit peu plus jeune et déjà, c'est mon premier
07:31souvenir politique. C'est 2002, Jean-Marie Le Pen au second tour. Je me souviens très bien
07:34les discussions que j'ai eu de voir avec mes parents. Le choc vraiment qu'il y a eu.
07:37Le choc que c'est, alors que maintenant, on a eu quand même Marine Le Pen deux fois
07:40au second tour. La favorite dans les sondages.
07:43C'est ça aussi la question que je voulais poser, moi. Est-ce que vous, ça vous résigne...
07:46Enfin, comment... Est-ce que t'as eu un moment où t'as eu peur d'être résigné, toi,
07:50dans ta politisation ? De se dire, ah purée, là, ça sert plus à rien de se battre ?
07:54Oui. Est-ce qu'il y a un moment où t'as un peu perdu espoir face à la montée
07:57du fascisme ?
07:59Non, face à la montée du fascisme, non. Je dirais que plutôt... Moi, le moment où je me suis
08:05moins politisé publiquement, ça a été après le Covid, mais c'était vraiment plus
08:09parce que j'étais dans une phase assez particulière au niveau personnel, où j'étais
08:13vraiment pris dans beaucoup d'autres choses. Et ça a été une époque où, en tant qu'artiste,
08:17au niveau de ma carrière, j'ai un peu fait un pas de côté sur la politisation pendant
08:21deux, trois ans, parce qu'en fait, j'avais tellement de choses qui se passaient, on va
08:24dire, derrière le rideau, il y avait tellement de choses qui se passaient que ça a été
08:28un peu ce truc-là. Où pendant un moment, je me suis dit, est-ce que je suis pas en
08:31train
08:31de quitter plein de choses qui étaient vraiment importantes pour moi en tant qu'artiste
08:34dès le début, où j'étais très politique...
08:37Ça, c'est le moment où tu as exposé à l'international, les années où tu parles
08:39après le Covid, c'est bien ça ?
08:40Ouais, en fait, il y a eu ce truc-là, puis il y a eu vraiment ce truc de la
08:43difficulté
08:43de savoir comment parler de sujets qui sont, en fait, assez différents selon les pays,
08:47même si, évidemment, tu vois, la casquette, par exemple, de l'antifascisme, elle est
08:50assez globale. Mais après, comment arriver à en parler précisément, sachant que moi,
08:53mon audience française, ça reste, je sais pas, peut-être 20% des gens qui m'écoutent,
08:57les francophones, ça doit être 20% des gens auprès de qui je communique.
09:00Donc, il y a eu un peu ce truc-là de me dire, ouais, comment je navigue ces choses-là
09:04?
09:04Et donc, pendant un temps, c'est vrai que c'était quelque chose que j'ai mis un peu
09:06de côté. Et puis, ces dernières années, vraiment, avec cette évidence que le Rassemblement
09:12National était en train d'exploser, qu'il y avait un vrai retour, on va dire, d'idéologie
09:17fasciste en Europe, moi, ça a été, même en voyageant, je le sentais beaucoup, en fait,
09:20il y avait vraiment ce truc où, à chaque fois qu'on parlait avec des gens, tout le monde
09:23nous disait, ouais, nous, on a peur chez nous, en fait, ça devient flippant, on a peur
09:27de ce retour-là de l'extrême droite et tout. Donc, pas qu'en France, quoi. J'ai eu envie
09:30de me repolitiser, quoi. OK. Et donc, pas qu'en France, mais même à l'international,
09:33nous, les inquiétudes qu'on a en ce moment, qui se focalisent pas mal sur la présidentielle
09:37de 2027, sur le RN qui monte. Bon, alors, après, il y a l'extrême droite qui monte
09:40un peu partout, en Europe et en Occident. Même, enfin, partout, mondialement.
09:45Mondialement, mais bon, déjà, dans le cadre occidental, c'est déjà pas mal.
09:47Non, mais je rebondis parce que je vois que dans le chat, on nous reprend et c'est pas fou.
09:50Oui, mondialement, pas juste en Europe. C'est vrai, c'est vrai. Mais donc, toi, c'est un truc que
09:53tu ressens
09:53dans des discussions, y compris avec des gens qui sont pas français. C'est la même inquiétude
09:56qui traverse tout le monde. OK. Bien sûr, bien sûr. Moi, en fait, c'est quelque chose
10:01dont je parle beaucoup avec les gens qui m'invitent partout, même des gens que je peux rencontrer
10:06sur les dates. Et c'est vrai que l'Allemagne, donc, il y a eu l'AFD, là, il y
10:09a pas longtemps,
10:09qui a fait un très gros score. Donc, ce truc-là, moi, ça fait longtemps que mes potes de Berlin,
10:13notamment, parce que je vais tous les ans jouer à Berlin, comme tous les DJ, mes potes,
10:17qui me disent, ouais, on sent quand même un vrai shift en Allemagne. Et même si Berlin
10:20reste un peu, en tout cas, de leur point de vue, un truc un peu séparé, où les gens
10:24sont quand même assez libres de leurs opinions, il y a quand même eu beaucoup de choses.
10:27Et puis, moi, ces dernières années, le gros sujet, ça a aussi été la Palestine, où
10:30moi, j'ai des potes qui me disaient, en fait, nous, on va manifester et on se fait emmener
10:33par les figues. Enfin, je disais vraiment des gens que je connais qui se font arrêter
10:36pour des pancartes, etc., que ce soit en Allemagne, que ce soit en Angleterre. Donc, tous ces trucs-là,
10:40en fait, ça nous a remis face aux yeux vraiment un rapport à la démocratie qui était quand même
10:44tout particulier. Et partout où j'allais, il y avait plein de gens qui me disaient, ouais,
10:47nous, on a peur parce qu'on voit qu'on a moins de droits, on voit que c'est plus
10:49difficile
10:50de s'exprimer. En plus de ça, on voit les médias être obsédés par toujours les mêmes
10:53sujets. Et puis, on voit des Nigel Farage, l'AFD, Trump aux États-Unis. Moi, quand j'allais
10:59encore aux États-Unis parce que j'ai arrêté d'y aller, vraiment, les gens me disaient,
11:01nous, on flippe, quoi, parce que là, ça devient dangereux. Et puis, il y a beaucoup d'immigrés,
11:05il y a beaucoup de personnes racisées. Donc, en fait, les gens me disaient, ouais, on ne sait pas du
11:08tout
11:08de quoi demain est fait. Un peu comme nous, on peut l'être en France, à ne pas savoir
11:11ce qui peut se passer si le Rassemblement National passe. En fait, moi, j'ai eu plein de discussions
11:15avec plein de gens à travers le monde qui me disaient, ouais, nous, on ne sait pas du tout
11:17demain à quoi ça va ressembler, quoi. Et puis, souvent, ça ressemble à tout le monde
11:20qui s'attendait, comme par exemple aux États-Unis.
11:22Bah ouais, voilà, pour le coup, c'est une déportation de migrants et de personnes
11:26étrangères. Bon, c'est assez classique, finalement, quoi. On se dit, à quoi peut ressembler
11:29le fasciste quand il arrive au pouvoir ? Bah, tu regardes la ICE, tu regardes Trump, même
11:32le rapport qu'il a au pouvoir. C'est assez classique, hein.
11:34Ce qu'il avait dit qu'il ferait. Et en effet, il l'a fait. Et bon. Et tu parlais
11:39justement que t'en discutais avec tes collègues artistes, en fait. Est-ce que toi, cette
11:44montée de la fascisation, ça fait peur pour ta liberté de création en tant que DJ ?
11:50Non, pas tellement. En vrai, je suis quand même très privilégié. Les artistes sont
11:53quand même extrêmement privilégiés. En plus, moi, je suis un cas quand même particulier
11:55d'artiste où j'ai la chance d'avoir un succès qui est quand même assez conséquent,
12:01qui me permet de bien vivre. Donc non, moi, je suis assez, en vrai, moi, je suis assez
12:04protégé. J'ai pas l'impression que, hormis, ils vivent déjà ce que j'ai vécu pendant
12:07ma carrière, c'est-à-dire, par exemple, des délits de faciès dans les aéroports,
12:11des choses comme ça. Par exemple, mon collègue, moi, je white-pass beaucoup, mais j'ai quand
12:16même un nom de famille arabe et il y a quand même beaucoup de gens qui me visent, qui
12:20savent, notamment dans les douanes, etc. Ça m'est déjà arrivé de me faire fouiller
12:23deux fois alors que le manager est avec moi chaque seconde. Ouais, voilà, c'est ça.
12:27En fait, donc des choses comme ça, mais franchement, rien de très grave par rapport à l'ampleur
12:32de ce que ça peut prendre. Et moi, je suis quand même très privilégié. La liberté
12:35d'expression, moi, je pense que dans la musique, elle reste assez présente parce qu'il y a
12:40quand même eu un détachement vis-à-vis du sens des choses qui sont faites dans la
12:43musique. Je trouve que depuis, on va dire 60-70 ans, il y a eu une dépolitisation de
12:48la musique qui fait qu'aujourd'hui, on n'y fait plus trop attention. On en avait parlé,
12:54Ribot, quand on s'était vus, mais il y a un morceau qui a été sélectionné dans
12:56une grosse série américaine sur une grosse plateforme. Est-ce que tu peux nommer la série ?
13:02C'est un peu savoureux. Tu penses que tu peux nommer la série ?
13:04Je ne savais pas si c'était... Je pense que tu peux bien lire, il n'y a pas de
13:07soucis. Je ne vais pas en poser le nom. Dans Emeline Paris, j'avais été contacté par
13:13mon éditeur, donc ma maison d'édition, pour me dire qu'ils sont chauds d'avoir ce morceau.
13:16Et c'est un morceau sur lequel moi, je pose ma voix avec mon texte, etc. Donc, c'est pour
13:20une scène de club. Et il y a des phrases dans ce texte-là qui sont vraiment anticoloniales,
13:26même qui parlent clairement de la Palestine, etc. Mais en fait, comme c'est un morceau
13:30de musique électronique qu'on utilise pour du club, en fait, eux, ils s'en sont foutus.
13:32Je pense que s'ils avaient eu le moindre intérêt à ce qui est dit dans la chanson, ils seraient
13:37dit « Ouais, non, mais jamais on prend ça. » Parce que je pense qu'ils ont une volonté
13:39de rester tellement neutre que jamais ils seraient permis un truc politique. Mais comme
13:43c'est glissé par un gars qui a toujours le sourire, qui est assez joyeux, c'est un
13:46DJ, donc il y a un peu ce truc de ne pas trop s'intéresser au message. Et je pense
13:50que
13:50globalement, en général, il y a eu une dépolitisation, même si je sens quand même
13:55notamment là en France, qu'il y a quand même un vrai mouvement autour, notamment
13:59de la FI, autour de la gauche, on va dire, plus radicale que le Parti Socialiste, et que
14:05les gens se repermettent d'avoir des chansons qui sont un message politique vraiment
14:09fondamentalement. Moi, ce n'est pas mon cas, je n'ai pas de chansons qui sont purement
14:12politiques. Mais disons que dans la plupart de mes textes, je vais glisser des phrases
14:16qui sont un peu plus claires sur ce qui m'importe. Mais non, pour revenir à la question
14:22en ce cas, j'ai fait une longue réponse. Je n'ai pas trop peur pour ma liberté de création,
14:26ça va. En vrai, je suis privilégié, ça va.
14:28Alors, du coup, il y a un truc dont j'aimerais bien parler un petit peu aussi pour resutuer
14:31le contexte. Pour ceux qui ne connaissent pas trop la house, la techno, la musique électronique,
14:34là, je vois quelqu'un dans le chat qui dit la house se droitise. Ah non, c'était une
14:37blague. Non, la scène house se droitise beaucoup, je trouve. Il y avait une blague derrière.
14:40On va y revenir, d'ailleurs. Est-ce que tu peux un peu nous parler
14:43justement des racines de la techno et de la house ? Parce que moi, je sais que je parle
14:46souvent de house parce que j'aime bien ça. Et souvent, dans mon chat, les gens ont l'image
14:49de la house. Pour eux, c'est un truc de bobo qui boit du rosé pamplemousse dans
14:52des rooftops. En fait, ils ne savent pas trop d'où ça vient, la techno, la house, alors
14:56qu'à la base, c'est des racines qui, au contraire, sont très, très politiques.
14:59Est-ce que tu peux nous parler de ça un petit peu ?
15:02Oui, c'est extrêmement politique. En fait, c'était des espaces. À la base, la house,
15:05ça a été un espace d'expression pour les communautés queer et les communautés noires
15:11et hispanophones, on va dire, aux États-Unis, notamment à Chicago au départ, avec
15:15Funky Knuckles, avec plein d'artistes ensuite entre Chicago et New York, avec Larry
15:21Levan, etc. Et c'était vraiment une espèce d'évolution de la disco qui était déjà
15:26un genre qui était extrêmement ouvert aux communautés queer et aux personnes racisées
15:31aux États-Unis, qui était beaucoup plus centrée sur la joie. La disco, il y avait vraiment
15:36quelque chose autour de l'amour et de la joie, donc parfois un peu naïf. Et la house,
15:39c'était la version un peu, on va dire, la communauté noire de Chicago qui se réappropriait
15:45dans un truc un peu plus street de leur point de vue, qui voulait se réapproprier d'une manière
15:49un peu plus honnête et un peu moins, en fait, nous, on est content et on est joyeux. Moi,
15:53j'adore la disco, je ne suis pas en train de tirer sur la disco, mais il y avait vraiment
15:57ce truc très naïf.
15:59Vive l'amour, vive la joie, c'est parfois un peu dépolitisant, ce truc-là.
16:02Bah ouais, c'est ça, surtout que quand toi, ton quotidien, ce n'est pas de l'amour
16:06et ce n'est pas de la joie et qu'en fait, c'est très compliqué dans ta vie de
16:08tous les
16:08jours, ça peut être assez dur de voir ce courant-là, même si musicalement, c'était super intéressant.
16:13Et en fait, ils ont repris un peu des fondamentaux de la disco, notamment les beats assez droits,
16:19les drums vraiment avec les kicks sur tous les temps, etc., qui étaient assez peu communs
16:23dans la musique à l'époque. Et en fait, ils ont commencé à faire des boucles, à sampler
16:26et à créer ce mouvement qui était La House, qui était vraiment, vraiment un truc dans
16:30les basements de Chicago, dans les basements de New York, avec beaucoup d'artistes qui
16:35étaient très engagés pour la cause LGBT, qui étaient eux-mêmes des queers et des communautés
16:41noirs et hispanophones. Et donc, il y a vraiment eu cette évolution-là. Et puis ensuite,
16:44La House s'est développée de plein de manières différentes. Dans les années 80 et 90, il
16:48y a eu une explosion de créativité autour de La House, avec plein de genres de houses
16:51différents, des genres beaucoup plus influencés par le jazz, avec des grilles d'accords
16:55vraiment très jazz, avec des trucs vraiment plus sans play funk. Et puis, ça a évolué.
16:59Puis ensuite, ça s'est répandu dans le monde et ça a donné l'acid house en Angleterre,
17:04qui était vraiment un truc presque qu'on retrouve maintenant avec Riposte, un truc de se battre
17:08contre la police pour avoir le droit de faire les soirées qu'on a envie de faire, un truc
17:12très libertaire. En France, etc., il y a vraiment eu cette explosion, après où c'est parti
17:17dans plein de sens. Mais au départ, c'était vraiment quelque chose qui était politique
17:20et qui était un espace d'expression pour les communautés queer et racisées, notamment
17:25sur toute l'Est des Etats-Unis au départ.
17:26C'est intéressant que tu parles de l'acid house, parce que le fameux été 88 en Angleterre,
17:31avec l'explosion de l'acid house, qui était une musique vraiment révolutionnaire
17:34pour l'époque, avec la fameuse TB303. Et c'est aussi un peu le début de l'Extasy
17:38en Angleterre. C'est à peu près le même été. Parfois, on appelle ça le second Summer
17:41of Love. Et en gros, c'est le début du mouvement rave de manière générale. Et c'est les
17:45premières free parties en Angleterre avec des gens qui allaient, comme les clubs
17:47fermés tôt, mais allaient se poser dans des champs, ils ramenaient des sonos, ils
17:49mettaient de la grosse acid house. Et à l'époque, c'était Margaret Thatcher qui avait
17:52justement commencé à interdire ces rassemblements. Et le mouvement free party, y compris
17:55en France, celui qu'on connaît maintenant, avec les camtars, l'art techno, la tribe,
17:58tout ça, à la base, ça vient aussi de la house et de l'acid house en particulier.
18:01Et donc, ça rejoint aussi des sujets plus actuels, notamment sur la répression
18:05des free parties.
18:05Finalement, merci Thatcher pour la panique morale que ça a créée et les fesses
18:08trésentes, quoi.
18:09Tout à fait, ça a créé un autre mouvement qui n'était pas l'acid house, qui est
18:11devenu après la free party et qui même musicalement a beaucoup évolué. Et c'est marrant
18:14comment, au final, il y a un côté où la boucle est bouclée. Là, on parle de house
18:18et on se retrouve au final, la house, l'acid house, le mouvement free party, la répression
18:23contre la free party. Donc encore maintenant, il y a de la politique qui est liée à tout ça,
18:27évidemment.
18:27Oui, bien sûr. Mais c'est vrai que moi, je suis d'accord avec ce que disait quelqu'un
18:30dans le chat plus tôt, que la house droitise. En fait, moi, je trouve que par exemple, typiquement,
18:35quand on repense à la musique qu'il y a dans les free parties, donc on va dire la
18:38trans et tout ce qui peut dériver de ça aujourd'hui, même si les free parties, ça
18:42reste beaucoup plus varié que ça en termes d'offres musicales qui sont proposées, mais
18:45on va dire les grands courants de ça, en fait, sont toujours restés super en décalage
18:50vis-à-vis de la commercialisation de la musique électronique en général, alors que c'est
18:56vrai que la house, en fait, ça a pris beaucoup de temps parce que pendant très longtemps,
18:58ça restait quelque chose d'assez minoritaire. Même, tu vois, les boîtes de nuit dans
19:02les années 2000, en fait, il n'y avait même pas de... enfin, il y avait très peu d'endroits
19:05qui avaient des vraies notions de house, de techno, de défendre un genre de musique.
19:08La plupart des endroits, c'était, on va dire, les grosses boîtes de campagne que
19:11moi, j'ai vécues où, en fait, ça jouait un peu... il y avait des résidents qui jouaient
19:14un peu tout, n'importe quoi. Mais en fait, c'est dans les années 2010 où il a commencé
19:17à avoir vraiment, on va dire, de l'argent qui a été injecté parce que les festivals aimaient bien
19:22les DJ parce que ça coûtait moins cher, parce que les clubs ont commencé à vraiment
19:25pouvoir faire payer cher les entrées. Et en fait, tout ce truc-là, moi, je dirais
19:29que, en termes politiques, moi, je ne connais personne dans la musique électronique
19:33qui a des valeurs vraiment à droite. Tous les gens que je connais ont vraiment des
19:37valeurs de gauche fondamentalement, pas de surface, qui ont des vraies valeurs de gauche.
19:41En revanche, il y a eu un ultra-libéralisme dans la musique électronique du fait que ça
19:45rapportait de l'argent, que c'était assez facile parce que tout le monde peut en faire
19:48chez soi, tout le monde peut arriver sur deux platines normalisées à travers le monde
19:53et brancher une clé USB et jouer. Et donc, tout ce truc-là a un peu ultra-libéralisé
19:58la musique électronique, ce qui fait qu'aujourd'hui, c'est vrai que c'est devenu, on va dire,
20:01très commercialisé, même au global, franchement, même dans les scènes plus petites
20:05que moi, je côtoie, les scènes plus underground, même si je côtoie aussi les gros festivals,
20:09mais on va dire, je côtoie les deux côtés. Il y a quand même eu vraiment une libéralisation
20:13de cette économie qui fait que je pense que ça joue dans la politisation des gens.
20:18Et ça a joué dans la politisation, on va dire, publique et claire de certaines choses
20:23parce qu'en fait, on est dans un métier où l'argent est quand même au centre de beaucoup
20:27de choses et que du coup, ça a créé un peu cette ambiguïté qui, du coup, rend la musique
20:32house aujourd'hui un peu moins sincère dans ce qu'il défend ou la techno, même beaucoup
20:37moins sincère dans ce qu'il défend que l'a pu être la musique des frais parties qui est quand
20:40même
20:40restée vraiment super engagée. En fait, je trouve jusqu'à aujourd'hui, ou même ils sont encore
20:45dans des combats qui sont pourtant des combats qu'en fait, on pourrait tous mener.
20:49Les combats de la liberté d'expression de la musique électronique, de comment on la performe,
20:53de comment on la partage, de ces endroits dans lesquels on se retrouve, de cette volonté
20:58de ne pas toujours être dans un business. Je trouve que c'est des combats dans lesquels
21:01on devrait tous s'engager et au final, il faut constater qu'en fait, il reste surtout
21:06la musique de Free Party qui est encore à se battre contre ça. Donc, c'est pour ça que je
21:10peux
21:10comprendre et en fait, je suis assez d'accord, il y a eu une droitisation de la musique électronique
21:14depuis dix ans qui a été exponentielle avec son succès en fait.
21:18Ok.
21:19Et justement, ce que tu dis, ça me permet de faire une petite digression sur, on sait
21:22qu'aujourd'hui, les festivals sont de plus en plus rachetés par des grands groupes ultra
21:27capitalistiques, que les prix augmentent. Moi, j'imagine que toi, tu as envie que ta musique,
21:33elle soit accessible au plus grand nombre. Comment tu arrives toi à faire la balance de où est-ce
21:39que tu vas jouer, tout ça ? Comment tu te dis, là, je vais accepter cette date, peut-être
21:43pas celle-là ou quoi que ce soit ? Est-ce que c'est une réflexion de ta ?
21:47Pas du tout.
21:48Oui, bien sûr. Ça n'a pas été tout le temps, je dois être honnête. Ça n'a pas toujours
21:53été dans ma carrière. Il y a eu des moments où je prenais vraiment les offres qui étaient
21:57les plus intéressantes en termes de où jouer ma musique, sur quel line-up par exemple, avec
22:02quel artiste faire partie, des fois sur la partie financière aussi. Là, depuis 3-4 ans,
22:07c'est devenu un vrai sujet pour moi, notamment du fait qu'encore une fois, j'ai une situation
22:10qui est très privilégiée et que pour moi, ça reste le plus gros sujet. En fait, je
22:14trouve ça super que vous en parliez parce que c'est vraiment dans ma carrière, dans
22:18ce dont je fais partie, c'est peut-être la sous-partie qui est pour moi le plus gros
22:22combat que moi, je peux mener, outre le fait de parler publiquement de mes valeurs politiques
22:27et de mes engagements, c'est l'accessibilité aux événements. Et donc moi, ces dernières années,
22:30mon objectif, ça a été chaque année de faire un certain nombre d'événements gratuits.
22:34Donc ça a été le cas toutes les années, j'ai fait un gros événement à Lyon,
22:37la ville de laquelle je viens, qui a été gratuite pour 10 000 personnes, dans lesquelles
22:41vraiment c'était gratuit, on fait 100 sponsors, le but c'est vraiment d'offrir un événement
22:45au public. Là, je bosse sur une série d'événements à Paris l'année prochaine,
22:49où encore une fois, on va prendre des lieux et faire des entrées gratuites. Donc ça,
22:54il y a un vrai truc là-dessus parce que la diversité du public fait vraiment partie
22:59de la culture. Et puis aussi, en fait, cette musique ne fait sens que quand elle est vraiment
23:06partagée avec tout le monde. Si elle sent bourgeoise, elle perd toute son essence,
23:10en fait, elle perd vraiment tout son message, elle perd toute sa qualité. En fait, c'est
23:14ce qu'on disait tout à l'heure, tu vois, de l'incompréhension avec Ribaud, tu vois,
23:17cette incompréhension des fois de la house. Il y a tellement une différence entre Frankie
23:21Knuckles, Larry Heard, etc. Et par exemple, je vais citer personne, mais des très gros artistes
23:26un peu de house pop. En fait, le delta, il est tellement grand qu'en fait, des fois,
23:31pour le public, c'est compliqué de se retrouver. Et je trouve que d'avoir un public qui reste
23:36très varié et qui est représentatif de la société, en fait, de tous les milieux
23:41sociaux, de tous les emplois, etc., en fait, ça laisse sa valeur à cette musique-là.
23:47Donc pour moi, c'est un vrai combat. Et ma solution à moi, dans la vie de tous les jours,
23:50c'est de ne plus viser, de ne plus prendre que les meilleures dates ou les trucs les mieux
23:56mis en avant ou les mieux payés, mais aussi de faire des plus petites dates dans des villes
23:59où je ne vais pas souvent pour jouer dans des petits clubs à des moments, etc. Et c'est
24:02trop un équilibre financier entre des dates qui payent bien et des dates qui payent littéralement
24:07zéro. Et en parallèle de ça, essayer de faire des événements gratuits au maximum
24:11tous les ans. J'essaye d'en faire 5, 6, 7 tous les ans, des événements qui sont 100%
24:15gratuits pour permettre à tout le monde d'en faire partie et d'espérer qu'à terme,
24:22on puisse avoir vraiment une mixité, enfin, vraiment une vraie mixité, en fait, dans
24:27ces événements-là, ce qui a été quand même un peu perdu, on va dire, depuis 10-15 ans.
24:31Ok. Surtout que musicalement, toi en particulier, ce que tu fais, parce qu'en plus, pendant
24:34tes DJs 7, c'est de la musique électronique, mais vraiment pas que, et tu peux t'ambiancer
24:38sans être un mordu de musique électronique. C'est des propositions qui sont beaucoup plus
24:42ouvertes et moins radicales quelque part que de la grosse techno qui tâche, même si
24:45c'est extrêmement populaire. Et moi, j'ai été de voir au Cabaret Sauvage la semaine
24:48dernière, et je vois dans le public, par exemple, il y avait des vieux, quoi. Il y avait
24:51vraiment des vieux qui venaient en mode, genre, allez, petite soirée disco à l'ancienne
24:53et tout. Et donc, je trouve qu'il y a un côté, avec la disco encore plus que la house,
24:56mais la house, il y a une accessibilité de cette musique qui fait que c'est assez propice
24:59pour démocratiser la musique électronique. Moi, je sais, j'ai été dit un petit peu,
25:03et j'étais un petit peu dans le même genre, à essayer de passer des trucs de disco,
25:05des trucs vraiment qui passent tout seul. Et ma mère, qui n'aime pas la house,
25:09tu n'aimes pas la techno, elle est une fan des Beatles. Et bien, genre, elle aimait bien,
25:12parce qu'il y avait ce côté où ça pouvait parler, y compris à des gens, dans les sonorités,
25:15que ce soit des sonorités sol, funk, des trucs à base de sample et tout.
25:18Il y a un côté où, pour démocratiser la musique électronique, moi, je trouve que ce que tu fais,
25:21c'est la meilleure porte d'entrée pour quelqu'un qui serait un petit peu, un petit peu
25:24fermé à ces sonorités-là, quoi. Qu'est-ce que t'en penses de ça ? Tu penses que c
25:27'est la house
25:28un rôle particulier par rapport à ça, plus que d'autres ?
25:30Un rôle de porte d'entrée.
25:31La house, c'est la disco.
25:32Faut être honnête, moi, j'avoue que je ne suis pas du tout dans les musiques plus dures,
25:35je ne suis pas du tout techno, etc. Donc, je ne me rends pas compte si ça peut être une
25:39porte d'entrée vers des musiques plus dures. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que
25:42c'est une musique qui est quand même assez facile en général. C'est une musique qui est
25:45assez easy listening, qui est assez facile à comprendre, qui est assez facile. Il y a un vrai
25:49groove parce que ça vient aussi beaucoup de la fun, ça vient beaucoup de la disco.
25:52Donc, en fait, il y a des choses où c'est des repères sensoriels assez évidents.
25:55Et c'est vrai que moi, ça m'arrive très souvent de jouer sur des festivals ou dans les événements
25:59gratuits et d'avoir aussi bien des groupes d'enfants de 8 ans au premier rang avec des
26:04cassures oreilles en train de sauter dans tous les sens que des gens de 60 ans qui kiffent
26:08parce qu'en fait, ça leur rappelle plein de choses aussi. Et qu'en fait, il y a tellement
26:11un groove. Le groove est tellement inhérent à cette musique-là que c'est quelque chose
26:15qui est très facile et qui parle à tout le monde. Et on le vit même tout le temps.
26:17Quand tu regardes une série, tu regardes un film, il y a un morceau de funk. À un moment,
26:21il y a quand même vraiment ce truc où ça parle à tout le monde, quel que soit le milieu.
26:25Il y a vraiment quelque chose d'assez universel là-dedans. Donc moi, je pense que je peux
26:29peut-être être une bonne porte d'entrée vers ces musiques-là. Désolé, ça me fait
26:33erreur de dire ça à haut de voie, mais il y a peut-être un peu ce truc-là.
26:36Ok, ok. Parce que là, moi, ce que je retiens un peu de ce que tu disais, parce que ça
26:39parlait de droitisation de la hausse, mais en vérité, ça serait plus un embourgeoisement
26:42de différentes scènes, que ce soit la hausse ou même la techno en réalité.
26:45Après, c'est une gentrification de la musique électronique, plus qu'un embourgeoisement.
26:48Et donc effectivement, si le problème, ce n'est pas une droitisation, que ce n'est pas une
26:51fascisation à proprement parler, peut-être que démocratiser, c'est la solution contre
26:55cette forme de gentrification qui rend la fête plus apolitique même.
26:58Vraiment. Ouvrir sur, justement, ce que tu disais, sur l'inclusivité, sur plein de
27:01monde. On a vu sur la scène tech ce phénomène, les gormitis, donc masculinistes, en fait,
27:07très clairement, où du coup, il y a plein de meufs qui étaient habituées à aller en soirée
27:11tech et qui se sentaient plus du tout safe. Et voilà, je pense que ce que tu disais,
27:16c'est totalement vrai. Ça permet de... Cette ouverture peut permettre aussi aux
27:20minorités de genre de se réapproprier la fête qu'on essaie de leur repiquer.
27:26Si il y avait une question que je me posais... Vas-y.
27:30Non, je continue ?
27:30Oui, non, je voulais juste dire, il y a aussi, c'est vrai que moi, en parallèle, un peu,
27:34un de mes combats, c'est aussi de ramener la soirée en journée, notamment pour les
27:40raisons que tu évoquais. Mais c'est vrai que je trouve que c'est beaucoup plus inclusif,
27:43notamment, on parlait des questions d'âge. Et c'est vrai que moi, j'ai toute une partie
27:46de mon public qui aime vraiment ce que je fais, qui a plus de 50 ans. Ils sont quand même
27:49beaucoup plus à l'aise à venir à 19h au Cabaret Sauvage qu'à 4h du matin au Rex,
27:54par exemple, ou dans un club. Et puis, en plus de ça, moi, j'essaye aussi de faire en sorte
27:58du mieux que je peux, parce que c'est un combat qui est quand même très difficile,
28:01de créer des événements qui sont sécurisés, en fait, des événements qui sont safe pour
28:04tout le monde, où les femmes se sentent à l'aise, où tout le monde se sent à l'aise
28:09sans avoir peur de... En fait, peut-être le premier layer, c'est sans avoir peur d'être jugé.
28:14Et le dernier layer, ça serait pour avoir peur pour sa propre sécurité. Et je trouve que les événements
28:19en journée, moi, ça a été un de mes vrais combats, parce que ça crée quand même
28:21des événements un peu plus safe, un peu moins anxiogènes aussi pour les gens.
28:25Même si, évidemment, ça n'apporte pas une sécurité absolue. Après, nous, on travaille
28:29avec les sécurités pour essayer de faire en sorte que ce soit le mieux possible.
28:31Mais c'est aussi pour ça qu'on travaille sur des événements qui sont sur des formats
28:35un peu différents, pour essayer d'être plus inclusif et d'apporter un sentiment de sécurité
28:39qui est différent de celui de 4h du mat' dans un club qui est quand même un peu moins
28:43safe que ce qu'on peut imaginer.
28:45Alors moi, du coup, là, on parlait surtout de la house, mais on peut-être dézoomé
28:47un petit peu sur la musique électronique de manière générale.
28:50Tu n'écoutes pas beaucoup de techno, ce n'est pas trop ton truc, mais vu que tu joues
28:52dans beaucoup de festivals où il y a énormément de art techno, de grosses techno qui tâchent,
28:56des festivals de musique électronique de manière générale, on peut-être aller
28:59un peu plus sur la techno, parce que là, quand même, il y a un sentiment que dans le
29:02public, je pense que ce n'est pas trop le cas dans les artistes, mais à toi de me dire
29:05peut-être que tu as des exemples ou des trucs en tête. Dans le public, il y a quand même
29:08une forme peut-être pas juste de gentrification, mais carrément de droitisation avec
29:11un nouveau public, tu en parlais un petit peu, des espèces de mascus en mode vraiment...
29:15Qui se mettent torse nu et qui se collent aux jambes ?
29:16Et même, genre, il y a eu deux, trois petites choses assez...
29:19Enfin, moi, je me souviens d'un truc, par exemple, il y avait Laurent Garnier qui
29:21faisait un all night long au Rex Club, du coup, donc le Rex Club, c'est la boîte un peu
29:24légendaire de Paris, là où Laurent Garnier a commencé justement à l'époque, au début
29:27des années 90. Il avait fini son DJ set, comme il l'a fait très souvent dans sa carrière,
29:32en passant Porcherie des Berreriers Noirs, donc le morceau, le fameux morceau qui dit
29:35la jeunesse en merde le Front National. Et moi, je me souviens, c'était à l'époque
29:37de Facebook. Il y avait eu toute une polémique sur Facebook parce qu'il y avait plein de
29:40gens qui étaient choqués qu'il ait passé ce morceau-là. Il s'était en mode pas de
29:44politique dans ma soirée, s'il vous plaît, mais pour qu'un morceau comme ça gêne
29:48à ce point-là, c'est forcément que les personnes qui ont dit ça étaient un petit
29:50peu de droite, quoi. Donc est-ce que toi, tu peux voir dans le public, plus que peut-être
29:54dans les artistes, une droitisation et pas juste une gentrification de certains pans
29:57de la musique électronique ?
29:59Oui. Dans les artistes, c'est compliqué parce que moi, je ne côtoie pas du tout
30:02la scène techno, donc je ne me rends pas compte. Mais c'est vrai qu'il y a eu tout
30:06un truc
30:06dans la techno, même qui est assez ambigu dans l'esthétique générale, on va dire,
30:10qui a été développée ces dernières années, où il y a quand même vraiment ce truc
30:15des tenues très complètes, très noires, les bottes. Il y a vraiment une esthétique
30:21qui est quand même assez poussée et qui peut être, on va dire, fascisante dans un sens
30:26général. Je ne parle pas vraiment avec précisément des éléments fascistes ou des références
30:30au nazisme, mais en tout cas, on va dire, en général, il peut y avoir une esthétique
30:33un peu comme ça. Et puis, en fait, comme c'est une musique qui est assez violente de
30:37base et qui a très peu de second degré, tu vois, je sais qu'on en a déjà parlé
30:40ensemble, mais dans toute la musique des free parties, il y a quand même toujours une
30:43espèce de layer assez de détachement à ça, qui est quelque chose d'un peu différent.
30:48Oui, voilà, en fait, il y a une violence dans la musique parce qu'il faut reconnaître
30:51que c'est quand même une musique dure, mais il y a quand même un détachement qui fait
30:54qu'il n'y a pas cette sensation. Alors que c'est vrai que la techno, vu qu'il y
30:57a
30:57beaucoup ce truc des tenues, tu vois, pour faire partie de ce mouvement-là, il y a ce
31:01truc de la musique, de l'esthétique. En fait, tout ce truc donne quand même un
31:05sentiment, au final, pousse à une espèce d'acceptation un peu vague de ce truc-là
31:10qui peut être attaché, finalement, en fait, par des groupes un peu, par des groupes
31:14de gens qui ont des imaginaires fascistes ou qui ont des valeurs à l'extrême droite.
31:19Ils peuvent vachement vite se retrouver à ça parce qu'encore une fois, des politisations
31:23complètes, c'est-à-dire qu'il n'y a tellement pas de message politique, le message, on va
31:27dire, global est tellement libéral dans, on va dire, au mieux, voire vraiment à ces
31:32sectaires par moment que, en fait, ça peut très vite parler à des gens qui cherchent
31:35une musique dans laquelle ils vont se retrouver. Et donc, c'est pour ça que ça a fait ce truc
31:39-là.
31:39Et c'est vrai qu'on a eu plein de cas ces dernières années dans des gros événements
31:42où, enfin, des artistes qui ont été call-out pour ça ou même des esthétiques vraiment
31:47carrément fascistes dans des événements. Il y a eu le cas dans une grosse soirée anglaise
31:50qui est pourtant une grosse marque de la techno où il y avait eu un gros call-out
31:54il y a quelques temps où ils avaient été obligés vraiment de faire toute une campagne
31:56autour de ça pour dire non, non, mais nous, en fait, on n'est pas du tout rattachés
31:59à, on va dire, au mouvement fasciste en Angleterre, etc.
32:04Et donc, c'est vrai qu'il y a eu un peu, il y a tout ça qui s'est
32:06un peu mélangé
32:06entre les esthétiques un peu vagues, entre la dépolitisation, entre le fait que c'est
32:10des musiques dures et qu'en fait, de façon inhérente, on va dire, les masculinistes vont
32:15forcément chercher quelque chose qui leur donne la sensation d'avoir cette espèce d'ascendant,
32:20on va dire, quelque chose qui leur donne une sorte d'ascendant ou de pouvoir, c'est un truc
32:23très très fort. Et c'est vrai que du coup, les musiques dures, pour moi, doivent d'autant
32:26mieux se positionner parce qu'elles sont, sinon elles peuvent être très vite, elles peuvent
32:29très vite héberger, on va dire, les personnes les plus radicales et les plus à droite, on
32:34va dire, de la politique. Donc c'est vrai que ce truc-là de la techno, ça a été quand
32:39même
32:39assez évident ces dernières années que c'est devenu toujours plus. Alors que, et puis aussi,
32:43parce qu'elle s'est, je vais employer un terme, je ne sais pas s'il est absolument
32:46approprié, mais ça s'est très blanchisé aussi, la techno. En fait, dans toutes les
32:50grosses têtes d'affiches, c'est beaucoup des blancs, alors qu'il faut reconnaître
32:53que même, il n'y a pas si longtemps que ça, il y a 15 ans, en fait, toutes les
32:56têtes
32:56d'affiches de la techno, c'était que des personnes racisées, c'était que des noirs,
33:00c'était vraiment, ça revenait encore à l'histoire de Chicago, de Détroit, des Etats-Unis.
33:04Et en fait, maintenant, c'est beaucoup des artistes belges, des artistes allemands qui sont
33:08très blancs. Donc il y a aussi tout ce truc qui rend une espèce de flou général sur le
33:12sens de cette musique et la dépolitisation qui donne à la fin, enfin qui peut permettre
33:17d'héberger, on va dire, les idées les plus détestables, on va dire, politiquement.
33:21Ce qui arrive aussi dans le métal, pareil.
33:23Oui, un peu pareil. Le métal, ça peut partir dans plusieurs directions, mais c'est ce que
33:26j'allais dire. Dans le métal, comme dans la techno et la techno hardcore, en réalité,
33:30pour le coup, il y a des mouvances clairement identifiées à l'extrême droite qui existent
33:32dans le métal. Je pense notamment dans le black metal. Il y a même un sous-genre du black
33:35metal, c'est le black metal national socialiste.
33:37Black metal, après, il y a aussi des antifas qui font du black metal, mais il y a vraiment
33:42un sous-genre du black.
33:44Mais du coup, dans la techno, il y a aussi eu des mouvements, au Pays-Bas en particulier,
33:47liés au gabeur. Alors tous les gens qui écoutaient du gabeur à l'époque n'étaient pas des
33:49fachos, loin de là. Mais il y a des gens clairement politisés à l'extrême droite, identifiés
33:54fachos, qui étaient dans la scène gabeur. Et il y a déjà eu vraiment des incoïtances
33:56entre l'extrême droite, la vraie extrême droite, et certains genres de techno hardcore.
33:59Donc c'est vrai qu'il y a déjà des exemples dans le passé où l'esthétique de cette
34:03musique a été mis au profit de gens qui sont littéralement des militants d'extrême droite.
34:06Et c'est vrai qu'il y a cette possibilité-là, avec la proposition de techno hardcore, mais
34:11du coup, il n'y a pas trop de ça dans la house. Ça existe vraiment des sous-genres
34:14de la house qui, à un moment donné, étaient rattachés un peu à des mouvements de droite
34:16ou pas du tout ? Je ne pense pas, hein ?
34:18On va dire que dans la house dans laquelle je fais partie, même si on dézoome un peu sans
34:22rentrer vraiment dans la house très pop, etc., où franchement, je n'ai pas trop d'idées
34:26à quel point ils sont là-dedans. Mais voyons, moi, ma culture, elle reste quand même...
34:30Il y a quand même une certaine idolâtrie de vraiment des origines de cette musique,
34:34du sens de cette musique. Enfin, c'est quelque chose qu'on porte quand même vraiment proche
34:38de nous. On porte aussi les influences de cette musique, même musicalement. En fait, moi,
34:42la vérité, c'est que 80% de ce que je joue, c'est de la black music. Donc, en
34:46fait, et
34:47les gens que je côtoie, les DJ que je préfère, etc., qu'ils soient blancs ou quoi, on joue
34:52tous de la musique noire. Et en fait, du coup, cet héritage-là, c'est un héritage auquel on tient
34:56beaucoup.
34:56En fait, ce n'est pas quelque chose qu'on met sous le tapis en se disant, bah non, c
34:59'est juste de la musique.
35:00En fait, ça n'a pas d'importance. Les gens qui sont vraiment, qui sont vraiment porteurs de cette
35:04culture-là, ils savent très bien de quoi ils font partie. C'est même quelque chose, des fois,
35:09tu vois, sur lesquels on peut avoir des malaises, sur lesquels on peut se poser des questions aussi.
35:12Qu'est-ce que ça fait d'être un très gros artiste privilégié, comme moi, je le suis, et de
35:17porter une
35:17musique noire. Donc, il y a beaucoup de questions autour de ça. Mais la vérité, c'est que nous, en
35:20fait,
35:21on sait très bien le message que ça a, et c'est quelque chose qui nous est très, très important
35:23et
35:24sur lequel, pour nous, c'est fondamental. Genre, moi, je sacrifierais beaucoup de choses avant de
35:28sacrifier tout ça, parce qu'en fait, moi, c'est une culture qui m'a porté les 20 dernières années,
35:33qui m'a profondément influencé, qui m'a... Enfin, c'est vraiment quelque chose de très important pour moi.
35:37Ok, ok.
35:39Non, et puis, c'est aussi une forme de reconnaissance par rapport à tous ces combats qui ont été
35:43menés, quoi.
35:45Ouais, c'est ça.
35:47On ne peut pas dénaturer ça, en fait, cette musique-là. En fait, à partir du moment où
35:50la musique, elle est... En fait, déjà, pour moi, toute musique est politique, mais cette
35:53musique-là, elle a vraiment été créée par des gens dans une situation bien particulière,
35:56qui avaient besoin de cette musique-là pour s'exprimer, et qu'en fait, moi, j'aurais
36:02beaucoup de mal à reprendre ça et d'en faire quelque chose de complètement dénaturé,
36:05ou alors de ne pas du tout m'intéresser à son sens, ou alors de carrément aller
36:09à l'opposé de ça. Et donc, du coup, moi, je pense que dans la house, la plupart des
36:11gens sont quand même... ont un vrai niveau de culture et de compréhension, et ont des
36:16idoles qu'en fait, on a envie de respecter, et on a envie... Enfin, on va dire très naïvement,
36:22on a envie de rendre fiers les gens qui ont créé ce mouvement et de se dire qu'on est
36:24encore là pour porter une flamme, que peut-être eux ne sont plus là pour le faire, mais
36:27on a envie qu'ils soient fiers quand même de là où est le mouvement aujourd'hui
36:31et de là où il va. Et donc, si à la fin, on est le dernier bastion à encore
36:35comprendre d'où vient cette culture, bah, on le sera, quoi, jusqu'au bout.
36:39Alors, oui, un truc dont j'aurais bien aimé parler, parce qu'il y a eu une affaire
36:42éminemment politique dans le milieu de la musique électronique, et même de la house
36:45en particulier, il n'y a pas très longtemps, avec l'affaire Barbara Butch. Alors, on ne
36:48va pas refaire toute l'affaire. En gros, il y a eu des positions de soutien à la tribune...
36:51Enfin, pas la tribune... Enfin, il y a eu... Elle a signé une tribune...
36:54Elle a signé une tribune en soutien à la loi Yadant.
36:57Voilà, la loi Yadant qui consistait à criminaliser l'antisionisme en disant que c'était une forme
37:00d'antisémitisme. Elle avait été mixée à Tel Aviv pas très longtemps avant que la polémique éclate.
37:04Et du coup, il y avait eu une action... Bon, du coup, on refait toute l'histoire.
37:06Il y a eu une action pendant un de ses DJ sets où, du coup, elle s'est fait huer...
37:09À Grenoble, il me semble.
37:10À Grenoble, c'était à Grenoble. Et après, il s'en est suivi toute une séquence médiatique.
37:14Et moi, ce que je trouvais intéressant, c'est qu'on en parlait un petit peu tout à l'heure,
37:16le côté un peu dépolitisant de dire on est là pour l'amour, quoi.
37:20De dire la musique n'est qu'amour.
37:21Voilà, la musique n'est qu'amour.
37:22Est-ce qu'il y a une place pour la colère, en fait ?
37:24Oui, voilà. Parce qu'elle, c'est vraiment la défense qu'elle a eue, Barbara Butch.
37:27Et d'ailleurs, c'est assez intéressant parce qu'elle a...
37:28Le moment où elle est partie de scène, à ce moment-là,
37:30elle a passé Imagine de John Lennon, qui correspond aussi à une vision
37:34assez pacifiste, un peu con-con.
37:35Après, moi, je dis ça, on est tous les deux des fans des Beatles sur ce plateau.
37:37Donc, on adore John Lennon, il n'y a pas de souci.
37:38Mais je veux dire, politiquement...
37:39C'est mon moins préféré des Beatles.
37:40C'est vrai, moi, je ne sais plus ce qui m'a cartonné aussi.
37:42En tout cas, politiquement, c'était faiblard, quoi.
37:52Ça ne menait pas à grand-chose.
37:53Et d'ailleurs, il y a la vague punk qui est arrivée à la fin des années 70
37:56et qui a un peu mis fin à cette espèce de mouvement hippie,
37:59un petit peu déconnecté, avec vraiment de la révolte dans la musique, quoi.
38:03Et donc là où Barbara Butch, du coup, a invoqué ce truc très dépolitisant
38:07de « on est là pour l'amour, on ne parle pas trop de politique
38:09parce qu'on est juste là pour tous s'aimer et tous s'accepter »,
38:11est-ce qu'il y a une autre vision de la house qui peut s'opposer à celle-là ?
38:15Enfin, on en a déjà un petit peu parlé, mais ce que je veux dire,
38:17c'est comment rendre, même dans l'aspect, dans le rapport à l'amour,
38:21à l'énergie sur le dance floor,
38:23comment insuffler de la révolte, c'est peut-être ça qui manque un peu,
38:26comment insuffler de la révolte dans la house music aujourd'hui ?
38:28Est-ce que c'est possible de le faire ?
38:30Ouais, moi je pense que c'est possible.
38:32En fait, je pense que globalement, il y a quand même tout un mouvement,
38:35on va dire, de love washing,
38:38qui devient un truc un peu vide de sens,
38:40où on dit « ouais, on est là pour tous s'aimer »,
38:42mais en fait, est-ce qu'on est vraiment là pour tous s'aimer ?
38:44Est-ce qu'on s'aime vraiment tous ?
38:45Est-ce que quand on remarque qu'on ne s'aime pas tous,
38:47est-ce qu'on peut continuer à dire ces phrases-là qui ne veulent rien dire ?
38:50Où est-ce qu'on doit commencer à essayer de se poser des questions
38:52de pourquoi on ne s'aime pas tous
38:53et de pourquoi certains n'aiment pas certains ?
38:56Ce truc-là, en fait, de balancer des grandes phrases un peu…
38:59Moi, c'est quelque chose aussi dans la musique,
39:00pour le coup, que j'aime beaucoup,
39:01les messages très très universels,
39:03c'est quelque chose…
39:03Je suis très coupable de ça,
39:05mais je trouve qu'il faut qu'en parallèle de ça,
39:07il y ait une vraie culture de quoi on parle.
39:10Parce que si c'est juste pour tout balayer en dessous de
39:12« non, mais en fait, moi je suis là pour qu'on s'aime tous »,
39:14mais qu'en fait, il n'y ait aucune implication dans
39:18qu'est-ce qui se passe réellement pour les gens dont on parle.
39:20En fait, ce truc-là de « moi, je veux qu'ils s'aiment tous »
39:22quand on parle d'un génocide,
39:25quand on parle de dizaines de milliers de gens qui se font tuer,
39:28quand on parle…
39:28En fait, tout ce truc-là, c'est un peu ridicule,
39:32et en fait, ça montre que ces mots-là,
39:34ils n'ont pas de sens.
39:34Pour moi, la seule manière de faire un autre courant,
39:37que ce soit dans la house ou n'importe quelle autre chose,
39:39c'est en fait, continuer ces messages-là,
39:40parce qu'il y a des gens, c'est leur manière de s'exprimer.
39:42Je sais que moi, par exemple, c'est une manière que j'ai beaucoup de m'exprimer,
39:45très naïf, presque enfantine, des fois dans ma musique,
39:48à faire vraiment des messages assez universels.
39:50Mais en fait, il faut que derrière, on communique aussi,
39:52et puis on s'implique vraiment dans comment faire en sorte qu'on en arrive là.
39:56Parce que, en fait, plutôt que de le dire comme une espèce de mantra actuel,
39:59de dire « maintenant, aimez-vous tous »,
40:01en fait, il faut dire « ok, en fait, maintenant, c'est pas possible,
40:03et c'est pas la réalité, comment on en arrive là ? »
40:05Tu vois, même quitte à rester un peu naïf,
40:07et quitte à rester un peu dans ce truc obsédé de l'amour, etc.,
40:10comment on en arrive là et comment on en arrive là ?
40:12C'est en s'impliquant, c'est en ne jouant pas pour l'ambassadeur de France en Israël
40:18qui a passé les dernières années à faire une campagne absolument détestable
40:22sur le génocide, à être tout le temps dans l'erreur.
40:25C'est en ne signant pas des tribunes qui empêchent les gens
40:29de s'exprimer sur des sujets qui sont pourtant assez clairs.
40:32Donc, en fait, c'est vraiment, pour moi, ça doit juste s'accompagner d'actions,
40:35ça doit s'accompagner d'autres messages.
40:38Et en fait, dans ce cas-là, ce message-là, il peut marcher,
40:40parce qu'en fait, la house music, ça a toujours eu un message assez naïf,
40:42et pour moi, c'est pas de le dénaturer en étant super froid et super concret,
40:47mais par contre, ce message-là doit s'accompagner,
40:49et c'était le cas, on en revient aux origines de la house,
40:51il y avait ce message de love, mais aussi, tout le monde était accepté.
40:54En fait, dans ces clubs-là, à New York, à Chicago,
40:56il y avait de toutes les couleurs de peau, il y avait de tous les genres,
40:59il y avait de... tout le monde était là, quoi.
41:01Et donc, dans ce contexte-là, dans cette pièce-là,
41:03où il y a tout le monde qui est représenté et où tout le monde a accès,
41:06ça peut faire sens de parler d'un amour universel.
41:09Aujourd'hui, en fait, globalement, quand t'es DJ,
41:11tu joues quand même devant un public qui est assez embourgeoisé,
41:14qui est assez privilégié, et donc il y a toutes ces choses-là
41:16qui font que tu parles dans un vase clos
41:18de gens qui sont contents d'entendre ce message,
41:20parce que ça leur permet à eux de se dire
41:22« Ouais, mais en fait, c'est vrai que c'est important. »
41:23Alors qu'en fait, l'important, c'est ce qu'il y a derrière ce message-là,
41:25c'est-à-dire qu'est-ce qu'on peut mettre en place
41:27et dans quelle manière on peut s'impliquer
41:28pour en arriver à cette utopie de l'amour pour tous, entre tous.
41:33Donc, pour moi, c'est ça, en fait, c'est de s'impliquer.
41:35En fait, ce que tu dis, c'est que ce n'est pas du tout incompatible
41:37cette radicalité dans l'action
41:39et de garder aussi son optimisme et son envie de partage, en fait.
41:45Ouais, j'espère, en tout cas, moi, je l'espère,
41:47parce qu'à des moments, j'imagine que je peux être critiquable
41:50sur mon côté assez naïf en tant qu'artiste,
41:53très joyeux, très dans l'amour, etc.
41:55Mais moi, je pense qu'on peut avoir ces deux facettes-là
41:59et je pense que c'est aussi important qu'il reste
42:01une musique assez universelle et assez naïve
42:04qui propage ces messages d'harmonie, de communion, de communauté.
42:07Je pense que ces messages-là sont importants,
42:09mais ils ne doivent pas être, tu vois, au détriment
42:12de quelque chose de beaucoup plus réaliste
42:14et de quelque chose de beaucoup plus concret
42:16dans la vie que les gens, ils ont,
42:17parce que sinon, en fait, ça revient juste à dire
42:19non, mais en fait, vous n'avez pas vraiment de raison de...
42:22Enfin, votre vie, elle va bien, en fait.
42:23On vous dit qu'il faut vous aimer,
42:25donc elle va bien, votre vie, de quoi vous vous plaignez.
42:27Et en fait, ça devient vraiment détestable.
42:29Il y avait quelqu'un dans le chat qui disait
42:31au final, les Palestiniens n'ont qu'à aimer Israël.
42:33Oui, voilà.
42:34C'est ça la solution.
42:35Ça, c'est ridicule.
42:37Non, ça serait plus comment créer justement
42:39les conditions par l'action politique
42:40d'un monde où enfin, là, on peut tous s'aimer.
42:42Parce que là, à l'heure actuelle,
42:44de fait, ce n'est pas possible.
42:45Il y a des guerres, il y a des dominations multiples.
42:47Donc, on ne peut pas tous s'aimer.
42:48Et si on crée un monde...
42:49Il y a tout simplement la lutte des classes.
42:51Oui, voilà, c'est ça.
42:52Pour moi, il y a un outil pour faire ça.
42:53Ça s'appelle le communisme.
42:54On est à la fête de l'Huma.
42:55Voilà, tout simplement.
42:57Tu as le sens du timing, toi, non ?
42:58Eh oui, oui.
42:59Parce que s'il n'y a plus de classe sociale,
43:00est-ce qu'on ne pourrait pas enfin tous s'aimer quelque part ?
43:02Vous allez vous aimer, bordel de merde.
43:04Exactement, exactement.
43:06D'ailleurs, en vrai,
43:07l'entretien ne va pas tarder à te toucher à sa fin
43:09parce qu'on doit faire une toute petite pause
43:10avant de reprendre à 14h.
43:11Ok.
43:11Que je puisse me reposer,
43:14reprendre mon souffle vite fait.
43:15Donc, moi, je voulais finir un petit peu là-dessus,
43:21et c'est 20% de ton public, la France.
43:22C'était vraiment un DJ international.
43:24Mr. Worldwide comme Pitbull.
43:27Mais du coup, il y a ces élections 2027 qui arrivent.
43:29Et ces élections 2027,
43:30est-ce annonce historique ?
43:31On en parle depuis des années.
43:33Peut-être qu'il va y avoir un duel Mélenchon-Le Pen au second tour,
43:35ce qui serait vraiment un séisme dans la Ve République.
43:38De toute façon, c'est le fil rouge de nos plateaux sur l'U-MAT.
43:40C'est de se dire, bon, bah...
43:41Alors, du coup, les créateurs de contenu,
43:42mais aussi les artistes en ce qui te concerne.
43:44Est-ce que vous allez prendre position ?
43:45Toi, tu prends déjà position.
43:46Mais surtout, de quelle manière prendre position
43:48dans le cadre de cette présidentielle 2027 ?
43:50Exactement. Quelles initiatives, en fait ?
43:51Voilà, quelles initiatives.
43:52Sachant que je pense que,
43:54que ce soit du côté des artistes,
43:56du côté des créateurs de contenu,
43:57je pense que ça va prendre plus position que d'habitude.
43:59Donc toi, est-ce que tu as un petit plan à la tête
44:01par rapport à 2027 ?
44:02Genre, en parler encore un peu plus
44:05de politique sur tes réseaux ?
44:06Pas spécialement.
44:09Ouais, ouais, bien sûr.
44:10Moi, c'est déjà le cas.
44:12On l'a dit, pour moi,
44:13les gens qui me suivent savent très bien
44:15que je vais voter Jean-Luc Mélenchon
44:17et que je soutiens la FI.
44:19Mais je pense que moi aussi,
44:20mon rôle, je me suis beaucoup posé la question
44:21de quelle manière m'impliquer.
44:23Et je pense que mon rôle,
44:24c'est de...
44:24En fait, comme j'ai une grande communauté
44:26et que j'ai une grande audience,
44:27mon objectif, c'est d'essayer de trouver
44:28des éléments qui sont concrets
44:29que je peux partager à mon public.
44:32Parce que mon rôle, à moi,
44:34je ne pense pas que ce soit de rentrer
44:35dans les débats à l'unité,
44:37en un contre un, on va dire,
44:38sur Instagram,
44:39en partageant quelque chose pour dire
44:40je soutiens Jean-Luc Mélenchon
44:41et d'avoir quelqu'un qui me dit
44:42une réponse d'extrême droite,
44:45un peu basique,
44:45pour remettre en question mon mode de pensée.
44:48Je pense qu'il n'est pas là, mon rôle.
44:49Et en vrai, je pense que je n'ai pas cette énergie
44:51de rentrer dans ces combats.
44:52Mais par contre, je pense que mon rôle,
44:54c'est, par exemple, là, depuis quelques temps,
44:55j'essaie de pousser les gens
44:56à s'inscrire sur les listes électorales.
44:59Parce que je pense que toutes ces choses-là,
45:01pour beaucoup de gens qui ne se politisent pas,
45:03je pense que c'est une première étape
45:04où après, tu te dis,
45:05ah ouais, mais maintenant que j'ai ma carte,
45:06il va falloir que je sache pour qui je vais voter
45:07parce qu'en fait, j'ai envie de voter
45:08maintenant que je me suis inscrit.
45:09Et donc déjà, tu commences à écouter
45:11un peu plus ce qu'on te dit.
45:12Tu commences à faire un peu plus attention
45:13au contenu politique sur les réseaux sociaux, etc.
45:16Moi, j'essaie de repartager aussi beaucoup de choses
45:17qui se passent sur les réseaux sociaux
45:19parce que l'avantage, c'est que vraiment,
45:20au niveau mondial,
45:21il y a quand même un gros courant
45:24très à gauche,
45:26communiste, marxiste, trotiste.
45:28Et puis, en fait, même après,
45:29dans les pays,
45:29selon les courants d'extrême gauche,
45:31comme en France avec l'AFI ou le PCF,
45:34il y a beaucoup de gens qui créent du contenu
45:35autour de ça,
45:36sur des éléments vraiment concrets.
45:37Donc, moi, à chaque fois que je vois des éléments
45:39qui sont vraiment basés,
45:41des choses qui sont vraiment solides,
45:42en fait, je les repartage.
45:43Des fois, je les commente, etc.
45:45Et puis, j'essaie de mettre des billes
45:47un peu dans la machine,
45:48de regarder ces choses vraiment concrètes.
45:50Et puis, comprenez un peu la situation
45:53sur ces choses-là.
45:53Et après, faites votre parcours vous-même
45:55parce que, de toute manière,
45:56ce n'est pas un DJ qui parle d'amour sur scène
45:59qui va vous convaincre de changer d'opinion
46:01si vous votez extrême droite.
46:03Je pense que l'extrême droite,
46:04j'ai quand même beaucoup cliné
46:04sur mes réseaux sociaux depuis le début
46:06parce que régulièrement,
46:07sur des trucs que je pose,
46:09j'ai des vagues de gens qui partent.
46:10Et je pense que ça va maintenant.
46:12Sur mon compte,
46:12j'ai quand même des gens
46:13qui sont assez éduqués sur ces questions-là.
46:15Mais moi, mon rôle,
46:15c'est surtout d'en parler.
46:17C'est surtout de pousser les gens à voter,
46:18de pousser les gens à s'éduquer par eux-mêmes.
46:20Des fois, leur donner des choses à lire.
46:22Quand je lis des bouquins politiques,
46:24je les mets en story.
46:25J'essaie de dire aux gens
46:26de se renseigner là-dessus.
46:27Et après, j'espère que ces trucs-là
46:30feront des petits
46:30et que ça impactera un petit peu.
46:32La vérité, c'est que je pense
46:33qu'on a un impact.
46:34En tout cas, moi,
46:35j'ai la sensation d'avoir un impact
46:36qui est minime,
46:37mais je vais quand même essayer de l'avoir.
46:38Et si même je convainc
46:40quelques personnes,
46:41franchement, ce sera toujours ça.
46:42Et après, sinon, moi,
46:43en tant qu'être humain,
46:43j'essaie de faire ce travail-là
46:44autour de moi.
46:45C'est-à-dire d'un peu radicaliser
46:47les gens qui sont autour de moi,
46:48qui ont un peu des idées,
46:49mais qui ne comprennent pas encore
46:50trop de quoi il s'agit.
46:52De faire comprendre les vrais ennemis
46:54aussi qui sont, pour moi,
46:56qui sont en vrai le capitalisme.
46:57Pour moi, c'est vraiment ça,
46:59l'ennemi avec la lutte des classes.
47:00Pour moi, c'est vraiment ça.
47:01Et de ça découle absolument tout.
47:03Découle le racisme,
47:04découle le fascisme.
47:04En fait, vraiment,
47:05le nerf de la guerre,
47:06ça reste ce truc-là pour moi.
47:08Et donc, du coup,
47:08j'essaie de faire ce travail-là
47:09autour de moi.
47:10Mais bon, écoute,
47:12je ne sais pas du tout
47:12l'impact que j'aurai.
47:14Et franchement,
47:15je le ferai quoi qu'il advienne.
47:17Mais je pense effectivement
47:18que là,
47:19en fait, là,
47:20on est vraiment sur un moment
47:21qui est trop important.
47:21Moi, j'ai vraiment l'impression
47:22de vivre le moment politique
47:23le plus important depuis que je suis né.
47:25Donc, j'ai envie de faire partie de ça.
47:26J'ai envie d'être ouvert
47:28à la discussion sur ça.
47:29J'ai envie de communiquer sur ça.
47:31Et puis après,
47:32en vrai,
47:33on verra ce que ça fait pour les gens.
47:34Mais en tout cas,
47:36les trucs de vote,
47:36ça a vraiment marché
47:37parce que j'ai quand même eu
47:38des centaines et des centaines
47:40de gens qui se sont inscrits
47:41sur les listes électorales,
47:43sur mes stories, etc.
47:43Donc, je me dis,
47:44bon, écoute,
47:45c'est toujours ça de prix.
47:46Il n'y a plus qu'à espérer
47:46qu'ils votent du bon côté.
47:48Après, je pense qu'on peut-être
47:49faire là-dessus
47:50parce que là,
47:50on va devoir bien tout couper.
47:52Mais là, tu disais,
47:52bon,
47:52ce n'est pas un DJ
47:53qui va tout faire changer la vie.
47:55Non, pas un seul DJ,
47:56mais si c'est plein de DJ,
47:57plein d'artistes,
47:58plein de créateurs de contenu,
47:59plein de sportifs,
48:00petit à petit,
48:01en réancrant,
48:01toi,
48:01ce que tu fais à l'échelle individuelle
48:03dans un collectif plus large
48:04et dans une dynamique plus large,
48:05en vrai,
48:06ça fait le taf,
48:07petit à petit.
48:09Non, mais j'y crois vraiment.
48:10Et puis,
48:10je crois aussi vraiment
48:11que tous les artistes
48:12qui vont être là,
48:13les artistes,
48:13les influenceurs
48:14qui vont être forcés
48:15à prendre position
48:16parce qu'en fait,
48:16on est dans un moment
48:17qui est tellement capital
48:18qu'en fait,
48:18ils vont se sentir un peu,
48:19ils vont se dire,
48:20non, mais là,
48:20il n'y a plus moyen.
48:21En fait,
48:21on ne va pas attendre
48:22le second tour
48:23pour dire,
48:23il faut voter quelqu'un
48:24face à Marine Le Pen
48:26ou quiconque
48:27se représentera
48:28à l'extrême droite.
48:29Je pense que les gens
48:30vont être forcés à le faire
48:31et j'espère que ça va surtout
48:32leur donner un éveil politique
48:33parce qu'en vrai,
48:34au fond,
48:35c'est aussi ça
48:35le plus important.
48:36C'est que les gens
48:37qui là se positionnent
48:39comprennent aussi
48:39comment fonctionne
48:40ce système-là,
48:41qu'est-ce qu'ils le maintiennent
48:42en place,
48:43de quoi ils retournent
48:44et qu'en fait,
48:44eux-mêmes,
48:44de leur côté,
48:45sur leur projet,
48:46comme moi,
48:47ça a été le cas
48:47et comme plein d'autres choses,
48:48ça a été le cas,
48:48que ça leur fasse
48:49reconsidérer certaines choses
48:50et que ça leur fasse
48:52être actifs
48:52et militants
48:53en dehors même
48:54des élections.
48:55Donc,
48:55j'espère que ce moment
48:56un peu crucial
48:57va aussi derrière
48:58permettre aux gens
48:59de s'éduquer politiquement
49:00parce que je pense
49:02que ça ouvre l'esprit
49:03de plein de manières
49:04et surtout,
49:05de comprendre
49:06le monde dans lequel on vit,
49:07moi,
49:07je pense que c'est
49:08philosophiquement,
49:09même idéologiquement,
49:09c'est quelque chose
49:10qui est trop important.
49:10Donc,
49:14on revient aux fondamentaux.
49:16Yes,
49:16trop bien.
49:17Je pense qu'on peut
49:18finir là-dessus.
49:19C'est un bon mot de la fin.
49:20Merci beaucoup.
49:21Merci d'être passé.
49:22Ça fait vraiment trop plaisir.
49:23Merci d'avoir pris le temps
49:25depuis l'Australie.