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  • il y a 2 jours
Après six mois de travaux, la commission d’enquête sur les accords du Touquet, signés en février 2003, a présenté mercredi 8 juillet son rapport. Elle y décrit une politique frontalière opaque, dominée par la logique sécuritaire, qui n’empêche pas les traversées mais rend les parcours plus dangereux. Entretien avec Elsa Faucillon (PCF), rapporteure communiste de la commission.

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Transcription
00:01Vous vous souvenez du petit Aylan Kurdi, mort sur une plage de Turquie ?
00:05C'était loin, c'était il y a longtemps, mais des morts de migrants par noyade.
00:10Il y en a bien plus près de chez nous, dans la Manche.
00:12On en dénombrait 89 au moins en 2024, 42 en 2025, il y en a à nouveau en 2026.
00:20C'est par la Manche que les exilés cherchent à rejoindre le Royaume-Uni.
00:26Ils sont en grande part victimes des accords du Touquet et d'autres accords signés depuis.
00:33Les accords du Touquet, c'était le 4 février 2003.
00:37Nous recevons aujourd'hui Elsa Faustillon, qui est députée des Hauts-de-Seine
00:42et qui est rapportrice d'un rapport qui évalue toute cette politique migratoire dans la Manche.
00:51Avec moi, j'ai Pierre Caz-Major du service Société de l'Humanité et du service politique.
01:03Hier a été remis ce rapport, après six mois de travaux.
01:09On va essayer de faire le tour un peu de ce que révèle ce rapport.
01:13Dans un premier temps, la première question serait, a-t-on un bilan du nombre de victimes ?
01:16Oui. On sait que depuis le début des années 2000, un peu avant les accords du Touquet,
01:22on comptabilise environ 500 morts.
01:25Depuis le début de la politique migratoire mise en œuvre entre le Royaume-Uni et la France,
01:33évidemment, ça ne comptabilise pas tous les disparus.
01:36Il est difficile aujourd'hui d'estimer la proportion que ça représente.
01:39En revanche, il y a des familles aujourd'hui qui cherchent toujours leurs proches
01:45et il y a des corps jamais retrouvés.
01:49Quand on regarde les chiffres des morts et pas des disparus,
01:52parce que le nombre de morts est évalué, mais celui des disparus, malheureusement, non.
01:57Jusqu'en 2018, les tentatives de traversée se font presque à 100% par voie terrestre.
02:03Depuis 2021, elles sont très majoritairement maritimes.
02:07Ça présente un énorme danger pour les migrants.
02:11On voit qu'ils passent sur des embarcations de fortune.
02:14Qu'est-ce qui s'est passé dans cette période-là pour qu'on passe des voies terrestres aux voies
02:18maritimes ?
02:20En fait, c'est vraiment le cœur du rapport sur les conséquences des accords du Touquet.
02:24Je parle de conséquences parce qu'ensuite, c'est un approfondissement de ce qui a été initié à partir de
02:31cette date et un peu avant même.
02:34En réalité, l'idée pour les Britanniques, c'est de fermer les frontières,
02:39de faire en sorte que les aspirants à l'exil ne puissent pas arriver.
02:46Et donc, il y a d'abord eu le fait de boucher l'accès au tunnel par l'Eurostar, par
02:54les ferries,
02:55parce qu'il y en a beaucoup qui montaient dans les ferries qui existent en liaison entre la France et
03:00le Royaume-Uni.
03:01Et puis ensuite, de mettre tout un dispositif extrêmement coûteux de surveillance sur le port
03:08pour empêcher le passage par voiture ou par camion, notamment par des vidéothermiques
03:16qui permettent d'identifier s'il y a des personnes dans les camions.
03:21Et donc, tout ça ayant été fermé, il ne restait plus à celles et ceux qui veulent rejoindre l'Angleterre
03:27que de passer par la mer dans des embarcations de fortune.
03:30On parle de small boat parce que c'est vraiment de tout petits bateaux.
03:35Et donc, moi, j'ai envie de dire surtout à cette étape-là, en réalité, ce que ça démontre,
03:41et pourtant, on le sait déjà, c'est que vous pouvez mettre tous les murs que vous voulez,
03:45tous les barbelés que vous voulez.
03:47Quand il y a un élan de vie qui conjugue désespoir et détermination,
03:52alors les personnes vont toujours chercher à passer.
03:56La question, c'est qu'en mettant des obstacles, vous rendez les routes plus dangereuses.
04:00L'objectif de cette commission d'enquête, justement, c'était de montrer ce qui se passait.
04:03Et sur place, de le démontrer avec un rapport parlementaire officiel, c'était ça l'objectif ?
04:08Alors, je dirais que le premier objectif politique, c'est de rendre visible la situation
04:13et de rendre visible les visages aussi de celles et ceux qui exilent,
04:18de celles et ceux qui sont morts en manche et à qui on le doit.
04:24Justement, vous parliez tout à l'heure de Aylan, qui est mort il y a quelques années,
04:28et ça avait suscité énormément d'émotions.
04:31Et aujourd'hui, je crois que personne ne connaît les visages de celles et ceux qui sont morts cette année
04:35en manche.
04:36Pourtant, les morts se multiplient, que ce soit en manche, en Méditerranée, ailleurs dans le monde.
04:40Donc, il y avait cette idée de visibiliser, d'humaniser aussi,
04:45parce que de rappeler que toutes les vies humaines, d'où qu'elles viennent, comptent.
04:48Et puis, de reprendre du contrôle démocratique aussi sur ce qui se joue sur cette part du territoire.
04:55On parle quand même d'accords entre deux pays.
04:57On parle aussi de millions d'euros qui sont déployés.
05:00On parle d'atteintes aux droits qui sont dénoncées par beaucoup d'organismes nationaux, internationaux.
05:05Et pourtant, il n'y avait pas eu d'évaluation ni même de contrôle parlementaire.
05:10Et puis, beaucoup d'opacité financière aussi sur lequel il fallait lever le voile.
05:14Donc, un objectif, je dirais, d'ordre politique avec un parti pris.
05:18Et puis aussi, un objectif comme législateur pour pouvoir faire un boulot qui est vraiment un boulot de commission d
05:25'enquête.
05:25Et justement, les accords du Touquet et les accords qui se sont succédés, une trentaine, je crois, avec le Royaume
05:31-Uni.
05:32Qu'est-ce qu'ils disent vraiment, ces accords ?
05:35C'est quoi la politique qui ressort de ces accords ?
05:39La politique, c'est d'empêcher les passages.
05:41C'est l'objectif.
05:43Empêcher les passages et avec des relations parfois tendues, d'ailleurs, entre la France et le Royaume-Uni,
05:51qui me fait dire d'ailleurs dans le rapport, mais je ne suis pas la seule à le dire,
05:54que le Royaume-Uni considère la France comme son entreprise de gardiennage en sous-traitance.
06:01Et je dis en sous-traitance parce qu'il ne se comporte pas toujours bien.
06:04On l'a vu récemment.
06:05Il y a eu ce qu'on appelle les accords de Sanders qui sont renouvelés tous les trois ans.
06:10Et là, en 2026, il y a donc eu des renégociations sur les sommes que les Britanniques donnent aux Français
06:15pour pouvoir gardienner cette frontière.
06:18On parle de, a priori, 766 millions d'euros sur trois ans.
06:23Donc ce sont de très grosses sommes.
06:27Et pour lesquelles les Britanniques avaient demandé aux Français dans le cadre de ces accords
06:32qu'il y ait une part qui soit conditionnée à la capacité des Français à intercepter les migrants.
06:41En gros, sous tel seuil d'interception, on ne vous donne pas le fric.
06:45Au-dessus de tel seuil, on vous le donne.
06:47Donc c'est pour ça que je parle vraiment d'entreprise de gardiennage en sous-traitance.
06:50Et dans beaucoup de discours politiques de Britannique, un peu de tout le champ politique, malheureusement,
06:59souvent, ils se défendent en disant on leur donne beaucoup d'argent, ils ne font pas bien le travail.
07:02Mais l'objectif, c'est celui-là, empêcher les passages.
07:05Et en 2018, il n'y en avait quasiment pas.
07:08Et l'année dernière, il y en a eu plus de 40 000 qui sont passés.
07:11Et ce que vous disiez tout à l'heure, c'est qu'effectivement, ces accords ne sont pas soumis à
07:14un contrôle par l'Representation nationale, par l'Assemblée.
07:1834 accords depuis 23 ans, c'est ce qu'on porte le rapport, et qui n'ont pas été soumis
07:23au vote de l'Assemblée.
07:26Pourquoi ? Comment est-ce possible, finalement ?
07:29C'est rendu possible.
07:30Les accords comme celui du Touquet, ils peuvent être soumis au Parlement, mais ils peuvent ne pas l'être.
07:34Donc ça, c'est comme ça.
07:38Ce que je constate, en tout cas, c'est qu'il n'y a pas eu la volonté par les
07:42gouvernements successifs de faire appel au Parlement pour cela.
07:46Ce que je crois, c'est qu'il y a là l'idée que les opérations qui y sont menées,
07:53c'est bien qu'elles se fassent en cachette.
07:57Je donne un exemple dans le rapport.
08:01On a maintenant à l'œuvre depuis 10 ans une stratégie qui s'appelle la stratégie zéro point de fixation.
08:07Celle-ci, de fait, elle peut ne pas être soumise au Parlement.
08:11En revanche, j'ai appris au cours de la commission d'enquête qu'il n'y avait aucune instruction écrite,
08:16aucune circulaire, aucun texte écrit venant du ministère de l'Intérieur adressé aux préfectures.
08:22C'est-à-dire que toutes les instructions se font par orale.
08:26Et quand on voit à quel point les atteintes au droit, à quel point les pratiques policières sont parfois très
08:35limites, ce n'est pas anormal vu le peu de cadres qui existent.
08:41Mais pour répondre directement à la question pourquoi ça n'a pas été le cas, d'abord, je n'ai
08:46pas à le justifier parce que je pense que c'est injustifiable
08:49et que nous devrions pouvoir connaître ces accords.
08:53Il y a eu un accord récent qui s'appelle le 1 pour 1, on y reviendra peut-être.
08:58Moi, ce que je crois, c'est que le gouvernement français veut être parfaitement tranquille pour pouvoir mener la politique
09:05qu'il y mène
09:06et qu'il considère en fait que ça se passe entre les Royaumes-Unis, ministères de l'Intérieur, un ministère
09:11de l'Intérieur, qu'il y a du fric et qu'on gardienne.
09:14Et quelque part, ce n'est pas tellement une question politique, même s'ils savent que ça l'est, mais
09:19plus une histoire d'affaires courantes à régler.
09:22C'est pour ça que humaniser les personnes, c'est aussi une réponse à ça pour moi.
09:31Justement, ça fait 23 ans qu'il y a ce type d'accords qui sont signés sans passer par le
09:37Parlement.
09:37Il y a une commission d'enquête.
09:39Les ONG avaient déjà fait un travail d'évaluation de ces politiques publiques.
09:45La commission d'enquête fait une évaluation de cette politique publique tant en matière financière qu'en bilan humain.
09:51C'est la première fois qu'une institution de la République fait ce travail d'évaluation ou il y a
09:56déjà eu des tentatives ?
09:57Alors, d'abord, il y a aussi en dehors des ONG, il y a aussi évidemment des rapports de la
10:02défenseur des droits sur certaines pratiques sur le littoral nord qui ont été faits.
10:07Et puis, il y avait eu au Sénat un rapport qui traitait des accords bilatéraux de la France
10:12et qui avait déjà enquêté sur les aspects financiers des accords de Sanders entre la France et le Royaume-Uni.
10:18Mais autrement, à ma connaissance, non, pas d'évaluation des politiques publiques menées.
10:23Donc, rien sur les conditions de vie des exilés sur place qui est au cœur du rapport.
10:27Mais à ma connaissance, non, en tout cas.
10:30C'est la norme, ça, qu'il y ait des politiques publiques qui touchent autant de monde qui ne soient
10:34pas évaluées ?
10:35Ou c'est juste parce que c'est des migrants sans papiers ?
10:37Je ne crois pas que ce soit la norme. Pas du tout. Et je pense qu'effectivement, on a assez
10:44peu de rapports qui traitent des conditions de vie des exilés, des personnes migrantes.
10:49On a des rapports sur les questions migratoires. Ça, il y en a plein. Mais sur les vies humaines, très
10:57peu.
10:58Et concrètement, justement, quand s'est déroulée l'enquête de la Commission pour établir ce qui se passe sur place,
11:04les auditions ?
11:05Comment tout ça s'est passé ?
11:07D'abord, peut-être dire aussi qu'on ne sort pas tout à fait indemne de six mois d'enquête
11:13sur le sujet.
11:15Parce que pour celles et ceux qui auraient suivi quelques auditions, il y a eu des moments quand même très
11:21forts,
11:22notamment par les associations qui oeuvrent au quotidien, par des exilés eux-mêmes, par des sauveteurs de la SNSM.
11:28Donc c'est tout un travail d'audition, de recherche aussi, enfin de recherche pas universitaire, mais qui va justement
11:35chercher la documentation qui existe déjà.
11:39Moi, je m'étais rendue plusieurs fois sur place en amont. Et juste avant, quelques temps avant, j'avais refait
11:44un déplacement à Calais, Dunkerque et à Londres,
11:47que j'ai refait dans le cadre de la Commission d'enquête. Et puis des contrôles sur pièce et sur
11:53place dans des ministères.
11:54Ça, c'est les moyens qui nous sont donnés par la Commission d'enquête, quand on a une commission d
11:59'enquête à l'Assemblée,
12:00avec deux à trois administrateurs qui nous aident pour ces travaux. Ça, c'est évidemment une richesse.
12:07Et quant aux préconisations que fait ce rapport et son nombre de 33, est-ce que vous pouvez peut-être
12:12en dire quelques-unes, peut-être les plus importantes ?
12:14Oui. En fait, il y a déjà plusieurs types. Il y a une réponse humanitaire, parce que ce que je
12:21dis dans le rapport,
12:21c'est qu'il y a une crise humanitaire organisée par l'État sur place. Je m'explique là-dessus,
12:27parce que le président de la Commission,
12:29qui n'est pas du même bord politique que moi, on a eu des accords, mais on a aussi un
12:32désaccord profond.
12:33Il dit que ce n'est pas organisé par l'État, et il m'en veut de dire ça. C
12:36'est organisé par l'État, parce que justement,
12:39l'État, sa politique, c'est d'empêcher, c'est d'harceler. Et donc, de créer toutes les conditions
12:46pour que les personnes soient en errance. Donc, ça crée à force une crise humanitaire.
12:51Donc, il y a des réponses sur des lieux d'accueil proche du littoral, adaptées, des réponses sur les questions
12:58de santé
12:58qui sont très prégnantes, avec des politiques d'aller vers sur les campements, des politiques aussi pour prendre en charge
13:07les femmes, et notamment les femmes isolées, jeunes mères ou enceintes, qui sont de plus en plus nombreuses
13:13dans les campements. Et puis après, il y a un volet qui est plutôt de l'ordre de l'alternative
13:21aux accords du Touquet
13:22et à la politique qui est menée actuellement. Et donc, celui-là, c'est pour moi la renégociation
13:28d'une nouvelle coopération avec les Britanniques, qui n'est pas fondée sur cette politique d'empêchement
13:33et de harcèlement, mais plutôt qui cherche à comment sécuriser les personnes, à respecter leurs droits,
13:42et donc avec un moyen de pression qui est potentiellement la dénonciation des accords du Touquet.
13:49Et sur la question de la santé, j'ai l'impression que c'est une des grandes zones d'enquête
13:56du rapport.
13:59Concrètement, comment ça se passe pour les migrants ? Comment leurs droits sont liés ?
14:05Est-ce qu'ils ont des droits déjà ?
14:06Oui. Je ne sais pas si chacun peut s'imaginer exactement à quoi ressemblent ces campements,
14:12mais vous êtes vraiment dans des zones vagues où les personnes installent des tentes,
14:18où les sous-décisions de justice d'installer des points d'eau, il y a des associations qui viennent donner
14:25à manger.
14:27Il y a des endroits, ça dépend entre le Pas-de-Calais et le Nord, où l'État aussi mandate
14:32des associations pour venir.
14:34En tout cas, en termes de santé, c'est essentiellement Médecins du Monde qui est présent sur place,
14:39qui lui n'est pas mandaté par l'État et qui reçoit dans un camion des personnes qui ont besoin
14:45de soins.
14:48Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a à la fois toute la question de la santé
14:52psychologique pour les traumas de l'exil,
14:55mais qui sont aussi des traumas sur place.
14:58Il y a la question des violences sexuelles envers les femmes.
15:02Il y a un risque d'agression et de viol extrêmement présent sur les campements.
15:07Et puis, il y a toutes les questions liées à l'hygiène, les maladies liées à l'hygiène aussi.
15:12Quand soit il n'y a pas de toilettes, quand vous avez peur d'y aller, il y a des
15:15maladies qui peuvent se développer.
15:16Il y a la GAL, il y a plein de maladies comme ça.
15:19Et donc, ce qui est possible, c'est d'aller à ce qu'on appelle le PAS, mais qui n
15:24'est pas sur le campement.
15:26Et donc, c'est les associations qui emmènent les personnes vers les hôpitaux.
15:31Nous, ce qu'on demande, c'est qu'il y ait une prise en charge de santé publique
15:35et qu'il y ait de l'aller vers sur les campements pour pouvoir traiter au plus vite ces personnes.
15:42Une prise en charge également des mineurs non accompagnés.
15:45Il me semble que c'est pointé par le rapport.
15:47Plusieurs associations ont déjà poussé des cris d'alarme à propos du traitement de ces mineurs non accompagnés.
15:52Que voudrait-il faire pour prendre en charge cette question précise ?
15:58D'abord, il faut des lieux spécifiques pour eux.
16:02Pour les mineurs non accompagnés, on pourrait se dire qu'il y a l'aide sociale à l'enfance.
16:05La question, c'est que ces enfants, ces jeunes, ils veulent rejoindre l'Angleterre.
16:11Parce que souvent, ils ont des proches là-bas, parce qu'ils parlent la langue.
16:15Et donc, pour eux, venir à l'aide sociale à l'enfance, c'est le danger d'être retenus en
16:19France.
16:20Donc, soit on considère que c'est un état de fait et on dit tant pis pour eux.
16:24Sauf que notre devoir, c'est de les protéger d'où qu'ils viennent.
16:28Alors, ce que je propose, c'est qu'il y ait des lieux d'accueil de jour et de nuit
16:31qui permettent de les accueillir de manière sécurisée.
16:35Et puis, c'est aussi de proposer à l'Angleterre qu'il y ait des voies légales et sûres
16:39dans le cadre de réunification familiale ou de réunification, je dirais, tout court d'un cercle proche.
16:49Et en plus de ça, je dirais, il y a toute la question aussi de détection de la traite des
16:54êtres humains,
16:54parce qu'ils sont des victimes de la traite.
16:58Et parfois, ils sont même utilisés comme barreurs dans les small boats.
17:02Et donc, ils peuvent se retrouver condamnés comme passeurs,
17:07alors même qu'ils ont été les victimes d'un réseau criminel.
17:12Et plus généralement, ça s'inscrit dans ces accords du Touquet et autres,
17:18dans la question migratoire qui est beaucoup instrumentalisée dans le débat public.
17:21Quel regard vous portez sur cette instrumentalisation
17:24et en quoi ça devient nuisible aux droits des migrants et de tout un chacun ?
17:29C'était un peu... Enfin, c'était même beaucoup aussi l'idée du rapport.
17:34J'ai encore la naïveté de croire que des données fiables, des recherches universitaires,
17:41un discours étayé, que tout ça peut compter dans le débat public.
17:47Je sais que c'est compliqué et que vraiment, on fait face sur les questions migratoires
17:51à une véritable instrumentalisation.
17:53Je pense que tout le monde a en tête la réponse de Retailleau face à des chiffres
17:57qui expliquaient qu'il n'y avait pas de lien entre la délinquance et l'immigration
18:00et qui expliquent que dans les faits, ce n'est pas vrai.
18:03Moi, je trouve que ça résume assez bien là où on en est aujourd'hui,
18:05de l'instrumentalisation des questions migratoires.
18:10Moi, avec ce rapport, en tout cas, je souhaitais d'abord mettre en avance
18:15que ces récits, puis ces actes politiques et ces choix politiques,
18:20ce que ça a entraîné sur les corps et les vies.
18:23Donc après, chacune et chacun a ses données pour pouvoir se faire une opinion et débattre.
18:27Mais en tout cas, je voulais que ça se soit porté à la connaissance de toutes et tous.
18:33La question migratoire, on sait que c'est une question européenne.
18:35Justement, le rapport pointe cette double dimension, à la fois nationale et européenne.
18:39Est-ce à ce niveau-là, au niveau européen, que les réponses doivent être apportées ?
18:43Ou nationale ? Ou sur deux dimensions ?
18:46Il y a une chose qui est sûre, c'est qu'en ce moment, en tout cas,
18:48ce n'est pas l'Europe du point de vue des questions migratoires
18:50qui se démarque de ce qu'on est en train de faire.
18:51Au contraire, ils sont plutôt en train de s'aligner sur les politiques migratoires des États-Unis.
18:57Donc, à la fois, il faudrait que ça se pose à l'échelle européenne.
19:01Et à la fois, on n'a pas envie que ce soit dans la lignée de ce que l'Europe
19:04produit actuellement.
19:06Mais oui, moi, je pense que dans un objectif de coopération et d'accueil,
19:12là, à ce niveau-là, l'Union européenne pourrait être utile.
19:15Parce qu'elle laisse aussi, et elle a laissé des pays, notamment des pays frontaliers,
19:22parfois gérer seules des arrivées migratoires qui ne pouvaient pas être gérées uniquement par un pays.
19:28Et donc, là, il y aurait pu avoir des accords de coopération, de répartition,
19:32mais fondés sur un droit à la mobilité.
19:34Elle pourrait être particulièrement utile et vertueuse à ce niveau-là,
19:38mais ce n'est pas la route qui est empruntée, bien au contraire, dans la période.
19:42On a signalé que ces accords n'avaient fait que très peu l'objet d'évaluations.
19:48En quoi c'est un problème d'un point de vue démocratique ?
19:50Et est-ce que ces accords sont soumis à un contrôle de constitutionnalité,
19:56comme d'autres traités internationaux ?
19:58Alors, il a été estimé par exemple que, j'espère ne pas me tromper,
20:02mais il y a eu justement des associations qui ont saisi le Conseil constitutionnel
20:08sur l'accord 1 pour 1, celui qui avait été mis en place
20:12par Retailleau.
20:13L'accord 1 pour 1, c'est, en gros, quelqu'un qui aspire à aller en Angleterre
20:20et a le droit d'aller en Angleterre,
20:22sous condition qu'il y ait quelqu'un qui ait passé de manière irrégulière
20:26de la France vers l'Angleterre, qu'il soit renvoyé vers la France.
20:29Ça, c'est l'accord 1 pour 1.
20:31Et donc, celui-là, il n'a pas été soumis au Parlement,
20:34alors même qu'il y a un principe qui, jusque-là, n'existait pas,
20:37c'est que la France admet des réadmissions,
20:40qui est contraire jusque-là aux politiques en France et en Europe.
20:45Et il y a eu la volonté de dire, enfin, saisir le Conseil constitutionnel,
20:50pour que finalement, ils disent qu'il n'y avait pas eu d'obligation
20:53à passer par le Parlement.
20:56Donc, c'est un problème démocratique, parce que ça touche très directement
21:01aux libertés individuelles, aux droits fondamentaux.
21:04Et pour autant, notre constitution n'est pas suffisamment,
21:09je dirais, comment dire, précise.
21:13Et ce n'est peut-être pas le mot adéquat.
21:16Mais en tout cas, ne nous permet pas de faire en sorte que, par exemple,
21:20ces accords soient cassés ou dénoncés du fait d'inconstitutionnalité.
21:25Justement, est-ce que ce n'est pas du coup un problème de souveraineté ?
21:27On se souvient de ces mots de Charles Darmanin,
21:28mais il sera à l'intérieur, alors qu'il soulignait,
21:30lors d'une édition, qu'il était difficile,
21:33je le cite, qu'il était difficile d'obtenir des Britanniques
21:35qui respectent notre souveraineté.
21:37C'est quand même un peu hallucinant d'entendre ça.
21:39Mais notez quand même que tous ceux aujourd'hui
21:44qui parlent de souveraineté à la bouche
21:46sont ceux aussi qui sont capables d'expliquer
21:49qu'il faudrait que le droit d'asile soit traité
21:51en dehors des frontières européennes.
21:54Donc, de déléguer à d'autres la gestion de frontières.
21:56Et c'est typiquement ce qui se passe là,
22:01dans un sens assez étonnant,
22:02parce que d'habitude, l'externalisation des frontières,
22:04elle se fait dans un rapport nord-sud.
22:06Là, ici, je crois que c'est à peu près le seul cas,
22:08elle se fait dans un rapport nord-nord.
22:11L'externalisation, c'est vraiment l'exemple
22:14de la déresponsabilisation sur la question migratoire.
22:18C'est une déresponsabilisation qui entraîne le fait de...
22:22On ne voit pas, ce n'est pas chez nous.
22:24Alors, ce qui est fait là-bas, en Libye, en Égypte,
22:27ça ne compte pas.
22:28Alors même que là, pour le coup,
22:31ce qui est en jeu, c'est aussi une question de souveraineté.
22:34Mais c'est ceux-là, c'est les mêmes qui ont ce mot à la bouche
22:37en permanence.
22:38Et la souveraineté, pour moi, est importante.
22:40Mais qui le prononcent souvent dans un sens extrêmement nationaliste
22:44et parfois xénophobe,
22:46qui sont prêts, en tout cas, à externaliser leurs frontières
22:49et à se déresponsabiliser de cette question.
22:54Est-ce qu'on a une évaluation ?
22:55Vous avez cité l'argent qu'est censé verser le Royaume-Uni à la France,
23:00à savoir 766 millions d'euros sur trois ans.
23:03Est-ce qu'on a une évaluation de ce que cette politique coûte
23:07à la France, parce qu'il y a aussi des frais
23:09qui ne rentrent pas dans ces 766 millions d'euros ?
23:12Oui, généralement, en tout cas, sur la période 2023-2026,
23:18ce que les ministres ont pu, ou la DGEF,
23:20la Direction Générale des Étrangers en France,
23:22qu'ils ont pu nous dire, c'est que la part anglaise
23:25sur la partie, en tout cas, sécuritaire,
23:28puisque c'est la seule partie qui est financée,
23:30représentait 60% de la somme totale.
23:33Voilà. Donc, c'était vrai entre 2023 et 2026.
23:38Je ne suis pas sûre que le fait que la somme des Britanniques
23:42augmente réduise la part française.
23:44J'ai plutôt tendance à penser que c'est exponentiel
23:47et que ça va augmenter aussi la part française,
23:49en tout cas en somme, en masse.
23:51Donc, ce sera toujours peut-être 40%,
23:52mais donc, ça représentera des dizaines
23:54et des dizaines de millions supplémentaires.
23:56Donc, oui, on va atteindre plus que le milliard.
24:00Et ce qui m'a semblé aussi particulier,
24:02c'est, assistant hier à la réalité de rapport,
24:05c'est qu'une certaine quantité d'argent
24:07semble être conditionnée ou pas à la réussite
24:12de la politique mise en place.
24:15Ça, c'est un peu le grand mystère
24:17qu'on n'a pas totalement réussi à élucider.
24:19Ce qui est sûr, c'est que les Anglais
24:20avaient demandé que ce soit conditionné.
24:24Là, c'est pas fixe, c'est-à-dire qu'il y a une part
24:28qui n'est pas conditionnée, mais qui est une part flexible
24:33et dont on ne sait pas encore comment elles seront ventilées.
24:37En gros, les ministres nous ont expliqué
24:39que c'était sûr que ça allait être donné,
24:42mais qu'eux verraient en fonction des besoins
24:44et ils donneraient la facture aux Britanniques.
24:46Mais à la fin, la France assure qu'elle aura 766 millions.
24:50Je dis juste un truc sur l'histoire de la conditionnalité.
24:55Pour beaucoup, ministres ou DGEF nous ont sorti
24:58un chiffre qui avant n'existait pas,
25:00qui est justement le taux d'interception.
25:03Il n'existe que depuis 2025.
25:05Et il est très clairement un chiffre fait pour les Britanniques.
25:09En gros, pour leur dire, vous voyez, on fait bien notre travail.
25:11Sauf que la méthode pour arriver à ce chiffre,
25:14c'est du pifomètre, mais complètement.
25:17C'est-à-dire que c'est à la fois les gens interceptés
25:19par la police, mais c'est aussi les gens
25:21qui sont sauvés de la noyade.
25:24C'est des gens qui reviennent sur les plages.
25:26C'est des gens qui voient partir
25:28et qui voient revenir avec les caméras.
25:29Donc, c'est vraiment le pifomètre.
25:31Mais c'est le chiffre qu'ils donnent aux Britanniques
25:33pour dire, regardez, on a bien fait notre boulot.
25:36Par ailleurs, on a parlé de la question de santé.
25:40Est-ce que cette route migratoire qui est bloquée,
25:44est-ce que ça occasionne également des coûts sanitaires
25:47pour la République française ?
25:49Ou c'est seulement les associations qui supportent ces coûts ?
25:53Alors, il y a les deux.
25:56Parce que pour le coup, même si pour moi,
25:58c'est insuffisant et inadapté,
26:01il y a quand même la possibilité d'aller dans les hôpitaux.
26:06Il y a des personnels de protection civile,
26:09de pompiers qui se déplacent,
26:10donc qui participent aussi aux soins.
26:12Donc oui, ça occasionne des coûts.
26:15Et puis, il y a les associations non mandatées
26:18qui, elles, font aussi beaucoup de travail.
26:20Et pour le coup, on a essayé dans le cadre de la commission d'enquête
26:23d'évaluer ce que ça coûtait aussi aux associations non mandatées.
26:27Donc plutôt, elles, sur des dons privés
26:28ou des subventions publiques locales.
26:31C'est plus difficile à évaluer.
26:33Mais en tout cas, ce sont aussi des millions d'euros.
26:37Et là, des millions d'euros, oui, de dons privés
26:41ou d'actions totalement bénévoles.
26:43Elles font un travail exceptionnel, ces associations sur le terrain.
26:47Oui, et puis il faut dire aussi qu'elles sont confrontées
26:50au quotidien à des événements dramatiques.
26:56Moi, je vois par exemple, pour certaines associations
26:58avec lesquelles je travaille depuis longtemps,
27:02on voit qu'au bout d'un moment, il y a aussi besoin de temps de répit
27:06pour les salariés qui sont parfois au quotidien sur le terrain.
27:10Parce que pour eux aussi, il y a des traumas au fil du temps.
27:17Là, moi, je pense à une audition en particulier
27:18avec une association qui s'occupe spécifiquement des femmes
27:22et une autre des enfants,
27:24qui tente d'apporter des moments de jeu aux enfants,
27:27un projet explé.
27:30Et là, quand vous vous occupez de famille,
27:33que vous arrivez à accorder ce temps de répit,
27:35que même, je pense à une qui avait fait une pièce de théâtre,
27:39une personne exilée,
27:40et puis que vous apprenez trois jours plus tard
27:41que cette personne avec qui vous avez créé du lien
27:43est décédée lors d'une noyade,
27:45c'est force.
27:46Eux, ce n'est pas quotidien, mais c'est très régulier.
27:49Donc vraiment, le coup de chapeau ne suffit pas,
27:52parce qu'évidemment, ça leur fera une belle jambe,
27:55mais en même temps, je me sens de toute façon
27:58tellement redevable qu'il faut le faire.
28:00D'ailleurs, elles saluaient la reviste de ce rapport hier.
28:03Elles ont tenu une conférence de presse dans la foulée de la vôtre.
28:08Et sur place, il y a effectivement l'association,
28:10mais aussi les collectivités territoriales.
28:12Vous en avez rencontré.
28:14Qu'est-ce qu'elles disent par rapport à la situation qui se passe ?
28:17On a auditionné des maires.
28:19Alors, il y a deux choses.
28:20Il y a à la fois des maires,
28:22et ils ont aussi un mandat politique.
28:24Ils ont aussi des programmes politiques,
28:27une idéologie,
28:30et pour certains, en tout cas,
28:32qui collent assez avec les politiques migratoires
28:34telles qu'elles sont menées aujourd'hui,
28:36parfois même plus dures encore,
28:39ou pas.
28:40En tout cas, il y a une chose qui est sûre,
28:42c'est qu'elles sont laissées très seules.
28:44devant la situation.
28:46Et ça, forcément, ça a plutôt tendance, parfois,
28:48à renforcer les rancœurs.
28:50Très seules, alors,
28:52elles reçoivent, certes, parfois,
28:53des financements Sanders
28:56pour de la vidéosurveillance.
28:58Donc, dans le cadre d'une campagne électorale,
29:00ça peut être utile.
29:03Mais en revanche,
29:05tout ce qu'il y a à gérer, parfois,
29:07au quotidien,
29:09elles ont quand même le sentiment
29:10que l'État ne les accompagne pas beaucoup.
29:14Ça devient difficile,
29:16comment dire,
29:17le vivre ensemble,
29:18ou les liens entre les populations
29:20qui, depuis maintenant 20 ans,
29:23ont affaire à une situation
29:25qui les dépasse,
29:25et les migrants locaux.
29:29Ils en parlent, ça, les maires ?
29:30Oui, ils en parlent.
29:32Et d'ailleurs,
29:32ils saluent tous à chaque fois.
29:33Alors, soit ils disent résilience,
29:35soit ils disent
29:36la grande solidarité des habitants.
29:40Moi, j'ai plutôt tendance à dire
29:42qu'il y a effectivement
29:43une grande solidarité
29:44avec des personnes
29:46qui s'engagent dans des associations
29:48ou qui font d'eux-mêmes
29:49une petite association.
29:50Je pense à une asso qui,
29:52je ne sais plus si c'est à Dunkerque,
29:53Boulogne ou Calais,
29:54mais qui,
29:55avant d'aller au boulot,
29:56pour certains,
29:57vont sur les plages
29:59et apportent des thés,
30:00des cafés chauds,
30:01des couvertures de survie
30:02pour les personnes
30:03qui vont échouer au passage
30:04et qui vont être mouillées
30:05sur les routes.
30:06Ça, ça existe.
30:07Après, je pense qu'il y a aussi
30:10beaucoup, comment dire,
30:12de lassitude et de résignation
30:13avec l'idée,
30:14ça fait maintenant 15 ans, 20 ans,
30:1710 ans que ça dure.
30:18On nous a fait plein de promesses,
30:20ça va rester comme ça.
30:22Il faut voir aussi
30:23comment ça a transformé le paysage.
30:25Et moi, je trouve ça assez désespérant
30:26parce que peut-être qu'il y en a
30:28qui ne s'appelaient pas,
30:29mais moi, je trouve que c'est
30:29une zone magnifique,
30:30que les plages sont splendides.
30:32Et là, vous avez quand même
30:33des routes avec des kilomètres
30:34et des kilomètres de murs,
30:36de barbelés partout,
30:37d'enrochements.
30:38Donc, ça transforme un paysage.
30:42Je dirais que forcément,
30:45l'impuissance,
30:48le scénario d'impuissance
30:51que l'État met en œuvre
30:54en déployant d'énormes moyens
30:57qui n'empêchent pas les traversées,
30:59qui n'empêchent pas les campements,
31:01je pense que ça,
31:03c'est quand même plutôt
31:06une très bonne aubaine
31:07pour des discours d'extrême droite.
31:09Mais ça n'empêche pas
31:10qu'il y a aussi de la solidarité populaire.
31:13Et puis, moi, je me souviens
31:14d'une dame qui vient au secours catholique,
31:17rapiécée des vêtements
31:18et qui m'a dit qu'en fait,
31:19elle ne le disait pas autour d'elle
31:21parce qu'elle savait que dans sa famille
31:22et dans son entourage,
31:23ils n'étaient pas trop enclin
31:25à aider les migrants.
31:27Donc, quand même,
31:28une commission d'enquête
31:29et un rapport
31:30qui dresse un bilan officiel
31:32parlementaire de ce qui a trait
31:34dont les associations
31:36pour assister à leur conférence de presse
31:37espèrent qu'il y aura
31:38des conséquences législatives,
31:40des suites à ce rapport
31:42qui sera approprié.
31:45Au-delà de cette seule commission d'enquête,
31:48peut-être un mot ?
31:49Justement, il y a eu plusieurs commissions d'enquête
31:52et ces derniers temps,
31:53elles sont un peu décriées,
31:54même si certaines font œuvre
31:57de salubrité publique comme la vôtre.
32:01Il y a eu le fiasco de la commission d'enquête
32:04sur l'audiovisuel public
32:05parce que le rapporteur avait des visées
32:09et des arrières-pensées
32:11qui n'étaient pas forcément celles
32:12de la manifestation de la vérité.
32:15Comment vous positionnez là-dedans
32:17en tant que députée communiste ?
32:18Est-ce qu'il faut les encadrer plus fortement ?
32:20Par ailleurs, comment s'est passé le travail
32:23avec votre président de commission d'enquête
32:25qui n'est pas de votre bord ?
32:28Justement, quand j'ai commencé les travaux
32:31de ma commission d'enquête,
32:32j'ai dit aux membres,
32:33écoutez, je veux qu'on fasse un travail sérieux.
32:37J'ai tout à fait conscience
32:38que le sujet, je vais le dire comme ça,
32:40n'est pas sexy.
32:41Donc, on va peut-être être un peu tranquille,
32:43mais pas de recherche de buzz
32:44comme la commission d'enquête
32:47sur l'audiovisuel public.
32:49Je voulais vraiment être
32:51le total contraire
32:53de ce qui s'est fait là.
32:55Ce que je crois surtout,
32:55c'est qu'il y a eu des choses
32:58dès le démarrage
32:58qu'on n'aurait pas dû laisser passer,
33:01y compris peut-être
33:02une vigilance politique
33:03au démarrage pas assez importante,
33:04y compris peut-être
33:05de notre part à gauche.
33:07Des attaques très ciblées
33:08contre des journalistes,
33:09contre des organismes
33:10de formation de journalistes
33:12avec des noms qui sont sortis,
33:14des adresses et tout ça.
33:15Et donc, là, ça interroge aussi
33:17notre résistance,
33:20notre combat politique,
33:21justement, pour permettre
33:25qu'il y ait des espaces
33:26de protection et de lutte
33:29contre cette remprise
33:30de l'extrême droite
33:31sur les médias, l'édition,
33:34la culture.
33:36Donc, je dirais que pour moi,
33:38le sujet, il est peut-être ailleurs
33:40que dans la procédure parlementaire.
33:42Mais c'est une vraie question politique.
33:45On va se permettre de poser
33:46deux, trois questions
33:47hors rapport parlementaire.
33:51Il y a un an,
33:52il y a près d'un an,
33:53en mois d'août, je crois,
33:54vous aviez lancé une campagne
33:55« Débloque Tafpref »
33:57parce qu'on se rend compte
33:59que nombre de personnes
34:00se voient refuser un titre de séjour
34:02seulement du fait
34:03qu'ils n'ont pas eu accès
34:05à un rendez-vous à la préfecture.
34:07En gros, leurs papiers
34:08ne sont pas renouvelés
34:08et ils se retrouvent
34:10sans papiers, donc sans droit.
34:11Est-ce que, suite à votre alerte
34:15et celle des autres parlementaires
34:17qui vous accompagnaient,
34:17est-ce que la situation
34:18s'est améliorée depuis ?
34:20Alors, oui et non.
34:23On avait fait un certain nombre
34:25de propositions,
34:26on avait lancé une pétition aussi,
34:27on a écrit au ministre
34:28de l'Intérieur.
34:29Et puis, chacun, chacune,
34:31on interpelle nos préfectures,
34:32nos préfets.
34:33Parce que je dirais que moi,
34:35c'est quotidiennement
34:36et parfois plusieurs fois par jour
34:38que des habitants de ma circonscription
34:40m'interpellent sur un problème
34:42de renouvellement de titre,
34:43alors même qu'ils étaient
34:44dans les délais pour le déposer.
34:48Dans les préfectures,
34:49il y a eu des embauches
34:50suite à ces mobilisations
34:52et suite au fait que, vraiment,
34:54il y avait des gens
34:54qui se retrouvaient
34:55dans des situations terribles.
34:57Donc, il y a eu des embauches,
34:58mais c'est des embauches de précaires
35:00qu'il a d'abord fallu former
35:02et dont les contrats
35:03s'arrêtent fin décembre.
35:04Donc, pour le moment,
35:05on est dans quelque chose
35:06d'extrêmement temporaire,
35:07trop temporaire.
35:09Donc, j'ai envie de dire que là,
35:10en tout cas,
35:10pour ma circonscription,
35:12ce que je constate,
35:13c'est un peu moins d'interpellations.
35:15Donc, pour moi,
35:16c'est un indicateur important.
35:18Mais en revanche,
35:19une vigilance sur la suite
35:21parce que je ne sais pas
35:21ce que deviendront
35:22dans le cadre du budget 2026
35:25ces postes.
35:27Vous êtes également fortement
35:29investi sur la défense
35:30de la justice.
35:31Il y a le texte
35:32de la justice criminelle.
35:34que vous connaissez très bien.
35:36Quelles sont vos principales
35:36critiques à son encontre ?
35:39D'abord, il faut dire
35:40que le texte de justice criminelle,
35:42il a été bien vidé
35:42depuis son annonce
35:44qui était un peu
35:45la mesure phare
35:46de Darmanin
35:47comme garde des Sceaux.
35:49Donc,
35:50en commentaire politique,
35:52moi, j'ai tendance
35:53plutôt à parler de fiasco
35:54pour lui.
35:55Mais en revanche,
35:56il reste dans son texte
35:58des mesures
35:59qui illustrent
36:01la logique
36:02qui est la sienne,
36:04c'est-à-dire
36:04plutôt des effets
36:04coup de com'
36:05comme il le faisait
36:06à l'intérieur.
36:07Il voit bien
36:08qu'il y a un sujet
36:08sur la justice
36:09dans la période
36:10et je pense que là,
36:12c'est au vu
36:13et au su de tout le monde
36:14à présent.
36:14Et il répond
36:15par des règles
36:16de procédure
36:16qui sont des règles
36:17de procédure
36:18qui amoindrissent
36:19la qualité de justice.
36:22Certes,
36:22plus rapide,
36:23mais avec moins
36:24de garanties procédurales
36:25et donc une justice
36:26de moindre qualité.
36:28Ce n'est pas
36:28ce que les personnels
36:29de justice demandent.
36:30Ils ne demandent pas
36:31des nouvelles règles
36:32de procédure de ce type.
36:33Ils demandent des collègues,
36:34ils demandent des magistrats,
36:35ils demandent des greffiers,
36:37des personnels.
36:38Et donc,
36:38je ne dis pas
36:38qu'il n'y a qu'une question
36:39de moyens
36:40parce que ce n'est jamais
36:41qu'une question de moyens,
36:42mais c'est aussi
36:43et avant tout
36:43une question de moyens.
36:45Et donc,
36:45ils passent à mes yeux
36:46totalement à côté
36:47du problème du moment.
36:50Et plus généralement,
36:52ça montre
36:53une dégradation
36:54de l'état de droit.
36:55Est-ce que ce qui est...
36:56Voilà,
36:57il s'est présenté
36:58comme rempart
36:59contre les populismes
37:00puisque c'est comme ça
37:01qu'il parle
37:02et contre l'extrême droite,
37:04Macron en 2017,
37:052022.
37:06Est-ce que c'est
37:07une période particulière
37:08de dégradation
37:09de l'état de droit
37:10que la période ouverte
37:12depuis 2017 ?
37:13Ah oui.
37:16Oui, oui.
37:16Et je dirais que là,
37:17dans les derniers mois,
37:20le niveau d'inquiétude,
37:22le niveau d'alerte
37:23est maximum.
37:26Forcément,
37:26il y a quelques jours,
37:28j'étais dans l'hémicycle
37:30au moment de la présentation
37:31de la proposition de loi
37:33sur la légitime défense,
37:35la présomption de légitime défense
37:36des policiers.
37:38c'est pour moi
37:39une énorme bascule
37:40et une fragilisation
37:41considérable
37:42de l'état de droit
37:43puisque là,
37:43on touche à l'égalité
37:44devant la loi,
37:45on touche aux principes,
37:48à des grands principes
37:49et en permanence,
37:52on voit bien
37:53à quel point
37:54les principes
37:57sont négociés,
37:59remis en cause,
38:00évalués
38:00à l'aune de...
38:03Bah oui,
38:04mais il y a le bon sens,
38:06il y a ce que les gens disent
38:08au travers
38:09d'espèces d'enquêtes
38:10d'opinions inventées
38:11parfois
38:11ou en tout cas
38:12venant de...
38:14peut-être du marché
38:15qu'ils ont fait la veille
38:15et c'est bien
38:16de faire des marchés
38:17et de rencontrer les habitants
38:18mais c'est pas
38:19uniquement comme ça
38:20qu'on peut construire
38:22je dirais
38:24une opinion
38:26et donc à chaque fait divers
38:28on a un texte
38:29un texte qui veut répondre
38:30par une forme
38:31de populisme
38:32là très clairement
38:34et qui à chaque fois
38:35dégrade
38:36les garanties procédurales
38:38le droit de la défense
38:39le débat contradictoire
38:40et donc les principes
38:42qui sont censés assurer
38:45justement
38:46l'égalité devant la loi
38:48le fait qu'il y ait
38:49un bon procès
38:50et que chacun puisse se dire
38:51que ce procès
38:53il a réparé des choses
38:53parce qu'il a été
38:54un procès de qualité
38:55et donc
38:56et moi ce que je trouve terrible
38:58c'est à chaque fois
38:59la manière dont
39:01ils fantasment
39:02ce que sont les victimes
39:03c'est à dire qu'à chaque fois
39:04ils présentent les victimes
39:05comme des gens
39:06avides
39:07de vengeance
39:09c'est pas le cas
39:10quand vous rencontrez
39:11les associations de victimes
39:12quand vous rencontrez
39:12des victimes
39:13ce qu'elles veulent
39:13c'est un bon procès
39:14elles veulent pouvoir
39:15être informées
39:16elles veulent pouvoir
39:16évidemment être protégées
39:17mais elles veulent
39:18un procès dont elles savent
39:20qu'à la fin
39:21il n'y a pas de vispe
39:22de procédure
39:22qu'il y a une justice
39:23de qualité
39:24qui puisse y avoir
39:25quand c'est des assises
39:26injurie populaires
39:27parce que c'est la justice
39:28pour le peuple
39:29rendue par le peuple
39:30tous ces principes là
39:31sont à mon sens
39:32des principes
39:33qu'il faut absolument
39:33chérir, défendre
39:35mais pour lesquels
39:35évidemment je suis
39:36extrêmement inquiète
39:37dans la dernière période
39:38dans une espèce
39:39de course à l'extrême droite
39:40qui n'a pas de sens
39:44mais qui est extrêmement grave
39:45je dis pas de sens
39:46parce qu'à mettre
39:48des mesures
39:49d'extrême droite
39:49demandées depuis longtemps
39:50comme la présomption
39:51de légitime défense
39:52qui était déjà
39:53dans le programme
39:53de Jean-Marie Le Pen
39:55en fait on installe déjà
39:56les extrêmes droites
39:57au pouvoir
39:57avant même qu'elles y soient
39:59et on empêche
40:01on nuira aux enquêtes
40:02certainement nécessaires
40:04exactement
40:05il y a un autre dossier
40:06sur lequel vous êtes
40:08particulièrement attentive
40:09à savoir
40:10celui des enfants
40:12morts au travail
40:13ou victimes d'accidents
40:14de travail
40:15c'est notamment le cas
40:17pas tant dans les stages
40:18mais beaucoup
40:19dans le cadre
40:20d'alternance
40:21c'est une question importante
40:23dans une circonscription
40:24populaire comme la vôtre
40:25vous êtes élu
40:25de la première circonscription
40:27des Hauts-de-Seine ?
40:28oui
40:29parce que
40:29en voie professionnelle
40:31donc que ce soit
40:32en bac pro
40:33ou en alternance
40:36on retrouve d'abord
40:37les enfants
40:38des milieux populaires
40:42aussi parfois
40:43d'ailleurs
40:43et beaucoup
40:44trop souvent
40:44dans des orientations
40:45subies
40:49mais je dirais que
40:50c'est vrai
40:51pour ceux
40:51de ma circonscription
40:52mais c'est vrai
40:53partout dans le pays
40:54et c'est en pensant
40:55à tous ceux
40:56qui sont morts
40:58dans des conditions
40:59souvent terribles
41:00en plus
41:01que j'ai souhaité
41:02faire un texte
41:03de loi
41:05qui cherche
41:06à mieux prévenir
41:07mieux contrôler
41:08parfois aussi
41:09mieux sanctionner
41:10les entreprises
41:11lorsqu'elles n'ont pas
41:12respecté
41:13les règles de sécurité
41:14ou anticipé
41:15en tout cas
41:16le fait
41:17qu'elles avaient
41:17quelqu'un là
41:19qui n'était pas
41:20prêt à l'emploi
41:23et donc
41:23c'est à la fois
41:24une lutte
41:25contre l'exploitation
41:26c'est aussi
41:26un sujet
41:27de sécurité
41:27et de santé
41:29moi je trouve
41:30que c'est aussi
41:30un vrai sujet
41:32au sein du système
41:33capitaliste
41:34aujourd'hui
41:34qui
41:37considère
41:37de plus en plus
41:38qu'il peut aller
41:39chercher de la main
41:39d'oeuvre
41:40dans la jeunesse
41:41et donc
41:42au 19ème siècle
41:44c'est l'école
41:45qui a sauvé
41:45les gamins
41:46des usines
41:47moi je ne veux pas
41:48qu'au 21ème siècle
41:49ce soit l'école
41:50qu'envoient les gamins
41:51en entreprise
41:54merci Elsa Faucillon
41:55députée communiste
41:56des Hauts-de-Seine
41:57pour terminer
41:59sur le rapport
42:00il y a une donnée
42:00qui moi
42:02m'a particulièrement
42:03choqué
42:03peut-être qu'on peut
42:04terminer là-dessus
42:05c'est
42:06vous voyez
42:07ces bateaux
42:08on dit que c'est
42:08des small boats
42:09des petits bateaux
42:11c'est des petites
42:12embarcations de fortune
42:13et entre 2022
42:14et 2025
42:15le nombre
42:16des personnes
42:17à bord de ces bateaux
42:18a augmenté
42:18de 70%
42:19en moyenne
42:19aujourd'hui
42:20c'est 63
42:21passagers
42:22par bateau
42:23je donne ce chiffre
42:24pour bien
42:25qu'on mesure
42:26le danger
42:27que cela représente
42:28que de traverser
42:30la Manche
42:32pour rejoindre
42:33le Royaume-Uni
42:35merci d'être venu
42:37on en a vu un récemment
42:38où il y en avait
42:38120 à bord
42:39voilà
42:40merci d'être venu
42:42dans les locaux
42:42d'humanité
42:43je vous invite
42:44à vous abonner
42:45soit à l'édition papier
42:46soit sur internet
42:48sur le site
42:48de l'humanité.fr
42:49et à nous suivre
42:51soit sur Twitch
42:53soit sur Youtube
42:53soit sur nos réseaux sociaux
42:56pour voir nos prochaines vidéos
42:57merci à vous
42:58merci à vous
42:59merci
42:59merci à vous
43:01merci à vous

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