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  • il y a 10 heures
Plusieurs organisations ont donné un ultimatum aux « migrants illégaux » pour quitter le pays le mardi 30 juin. Elles surfent sur les difficultés économiques pour désigner un bouc émissaire. Non sans rappeler le temps de l’apartheid. Décryptage avec Pierre Barbancey, grand reporter et Théo Bourrieau.

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Transcription
00:01Pourquoi des milliers de Sud-Africains se rassemblent pour forcer les exiliés à quitter leur pays ?
00:05Plusieurs organisations ont en effet donné un ultimatum aux migrants illégaux pour quitter l'Afrique du Sud mardi 30 juin.
00:11On est le lendemain, le 1er juillet, on voulait donc faire un petit point sur la situation avec toi Pierre
00:15Barbancet,
00:15je le rappelle, grand reporter au service non spécialiste du Moyen-Orient et du continent africain.
00:20Déjà est-ce que tu peux nous présenter un peu c'est qui ces groupes hostiles aux étrangers
00:24et pourquoi ils mènent une campagne affirmant que le pays est submergé par des immigrés clandestins ?
00:28C'est qui ces groupes et qu'est-ce qu'ils veulent ?
00:30Alors peut-être il faut revenir un peu peut-être aux fondamentaux et peut-être, c'est étonné,
00:36je rappelle pour les plus jeunes que l'Afrique du Sud a vécu pendant des décennies sous un régime
00:42qui s'appelle le régime de l'apartheid, c'est-à-dire du développement séparé,
00:46même le mot développement est déjà un peu compliqué à utiliser,
00:51mais du développement séparé, il y a eu des luttes énormes soutenues par l'UMA,
00:56notamment, et puis pour la libération de Nelson Mandela, un peu comme Marwan Barghouti,
01:01d'ailleurs on appelle Marwan Barghouti le Nelson Mandela palestinien, c'est pas pour rien,
01:04et à travers Marwan, comme à travers Nelson Mandela, c'était évidemment l'ensemble des prisonniers politiques
01:10sud-africains en l'occurrence qui étaient visés dans la campagne de la libération
01:14et la popularisation du combat qui était mené, et la chute de l'apartheid au début des années 90
01:19et l'élection de Nelson Mandela en 1994, donc premier président d'une Afrique du Sud démocratique,
01:27pour une société non raciale, et contrairement à ce que disent beaucoup de médias,
01:31un, ce n'est pas l'élection d'un président noir, mais l'élection d'un président sud-africain démocratiquement,
01:37et pour une société non pas multiraciale, mais non raciale.
01:42Ce n'est pas que des mots, c'est évidemment son importance.
01:45Mais l'apartheid, avec plusieurs décennies, cette façon de diviser les peuples, de diviser les communautés,
01:50a évidemment laissé beaucoup de traces, ça a laissé des traces économiques sévères,
01:55notamment parce que plus de 30 ans après maintenant,
01:59grosse partie de l'économie sud-africaine est encore entre les mains d'une minorité blanche,
02:04qui ne travaille pas spécialement pour l'ensemble du pays.
02:07Donc avec les difficultés économiques que cela peut gérer,
02:11notamment l'Afrique du Sud, qui est pourtant un pays riche,
02:14a du mal à sortir des difficultés économiques dans lesquelles elle se trouve.
02:20Il y a près de 40% de chômeurs, les jeunes sont particulièrement touchés,
02:26l'augmentation du coût de la vie, encore une fois beaucoup de difficultés,
02:31et aussi, on oubliera souvent que les migrations ne sont pas seulement sud-nord,
02:37mais elles sont aussi sud-sud.
02:39Et donc l'Afrique du Sud étant, avec le Nigeria, le pays le plus important économiquement,
02:46sur le continent africain, attire beaucoup de populations du continent.
02:51Et notamment de tous les pays qui sont frontaliers avec l'Afrique du Sud.
02:55Je pense au Zimbabwe, je pense à la Zambie, je pense au Malawi, je pense au Mozambique,
03:00mais aussi, encore plus loin, le Nigeria, justement, ou le Ghana, ou la République démocratique du Congo.
03:07Tout ça, un peu comme chez nous, d'ailleurs, fait qu'un certain nombre de groupes sud-africains,
03:15noirs, pour le préciser, bien que je n'aime pas le dire comme ça,
03:18mais pour préciser les choses, on voit dans ces migrants, dans ces étrangers,
03:24l'occasion d'une campagne xénophobe, donc de refus de l'étranger,
03:28et donc accusant ces migrants de tous les maux, étant responsables de la situation.
03:32Ça fait un peu penser un peu au Rassemblement National.
03:34– Oui, c'est un peu les mêmes choses, ils nous piquent notre travail, ils sont trop nombreux, etc.
03:37– Ils piquent notre travail, du logement, on n'arrive pas à en trouver à cause d'eux,
03:42les Nigériens en vendent de la drogue, etc.
03:45– Exactement les mêmes accusations. Tout ça, évidemment, sur un tapis de difficultés économiques.
03:50Et donc, un certain nombre de groupes, dont un des plus importants s'appelle March & March,
03:56qui depuis des années, parce que c'est après un élan très très fort aujourd'hui,
04:01mais déjà depuis 2008, il y a eu des explosions de xénophobie, de racisme en Afrique du Sud,
04:07où ils se sont attaqués aux migrants, dans les townships,
04:11parce qu'évidemment, ces migrants vivent dans les endroits les plus pauvres,
04:13qui sont dans les townships sud-africains, il y a eu déjà pas mal de morts
04:20qui avaient été à déplorer, malheureusement.
04:24Et là, ces derniers mois, cette campagne s'est redéveloppée de manière très forte,
04:28et ils avaient donné jusqu'au 30 juin aux autorités, pas aux autorités d'ailleurs,
04:32parce que ces organisations, j'ai cité March & March, c'est la plus importante,
04:36mais il en existe d'autres.
04:38En fait, sous le vocable de migrants illégaux, évidemment, c'est les migrants en général,
04:45et c'est-à-dire ceux qui ne sont pas sud-africains,
04:47et encore plus même, l'Afrique du Sud étant, comme beaucoup de pays aussi,
04:53avec différentes communautés à l'intérieur,
04:56et notamment la communauté Zulu, qui est la plus importante,
04:58donc dans le KwaZulu-Natal, cette région du sud-est de l'Afrique du Sud,
05:04qui s'est beaucoup développée.
05:06Et donc, ils avaient donné jusqu'au 30 juin aux migrants illégaux pour quitter le pays.
05:11Et donc, c'était hier, on est le 1er juillet là, quand on parle.
05:13Voilà, le 1er juillet, donc ça, c'était hier.
05:15Donc, ces manifestations ont eu lieu, il y a eu quelques débordements,
05:21peut-être moins que ce qui était attendu,
05:22parce que même l'armée sud-africaine était mobilisée,
05:25y compris sur la protection des aéroports, ce qui n'est quand même pas rien,
05:28prête à seconder la police, elle-même était très mobilisée
05:32dans les différentes grandes villes de l'Afrique du Sud.
05:36On va voir dans les prochains jours ce qui va se passer exactement.
05:39En tout cas, ça marque politiquement quelque chose,
05:42d'autant plus que, j'ai cité le KwaZulu-Natal et le Zulu,
05:46c'est évidemment dans le cadre aussi d'une bataille politique intense et forte
05:51qui se passe en Afrique du Sud,
05:52notamment parce que l'ancien président de l'Afrique du Sud, Jacob Zuma,
05:57qui a eu des démêlés avec la justice, qui a même été en prison,
06:00vient du KwaZulu-Natal, a créé son propre mouvement
06:03après avoir quitté l'ANC, le Congrès national africain,
06:05le parti de Nelson Mandela,
06:07qui s'appelle « Les combattants de la liberté pour aller vite ».
06:12En fait, il a repris le nom de l'ancienne branche armée de l'ANC,
06:17« Wonté ou Sésoué ».
06:21Surfe un peu sur ça.
06:23On trouve beaucoup de ses dirigeants ou de ses militants
06:26dans ces mouvements xénophobes,
06:29aussi pour essayer de déstabiliser le pays,
06:32de déstabiliser le Congrès national africain.
06:35Donc tout ça se mélange.
06:37Il va y avoir des élections locales,
06:39c'est-à-dire municipales, au mois de novembre.
06:41Donc c'est un enjeu quand même assez fort.
06:43Et l'année prochaine, il y aura aussi des élections parlementaires.
06:45Tu parlais du soutien de l'armée à la police, etc.
06:48Globalement, comment les autorités,
06:50comment le gouvernement gère cette crise ?
06:52Est-ce qu'elle essaie de tempérer ?
06:54Est-ce qu'elle entend les revendications xénophobes ?
06:57Comment elle gère cette crise ?
06:58Alors, pour bien montrer, tu as raison,
07:03ce qui montre que les autorités sud-africaines
07:05ne prennent pas ça à la légère,
07:07et que ça, quand même, est un problème,
07:08c'est que le président sud-africain Cyril Ramaphosa
07:12est intervenu à plusieurs reprises,
07:14officiellement, nationalement,
07:15en s'adressant à la nation sud-africaine
07:20pour mettre en garde
07:21contre les développements racistes et xénophobes,
07:25mais aussi en indiquant qu'ils comprenaient la colère
07:29qui s'exprime, non pas celle contre les migrants,
07:32illégaux ou pas illégaux,
07:34mais c'est une colère qui s'exprime
07:35par rapport à la situation économique
07:37que vit la population sud-africaine,
07:40et donc en s'engageant sur un certain nombre de dossiers,
07:44y compris sur l'immigration illégale, d'ailleurs,
07:46mais en essayant de replacer ça
07:49dans un contexte d'une bataille politique et économique
07:51beaucoup plus large et beaucoup plus compliquée.
07:53D'autant plus que ça se double, si tu me permets,
07:57du fait que l'Afrique du Sud,
08:01étant en pointe notamment,
08:03je rappelle, l'Afrique du Sud,
08:05a saisi la Cour internationale de justice
08:08sur l'accusation de génocide à Gaza
08:11de la part d'Israël,
08:12subit les foudres des États-Unis,
08:15et donc s'il engendre un certain nombre
08:16de difficultés économiques supplémentaires.
08:18Ça n'explique pas tout, évidemment,
08:20mais ça n'est pas fait non plus pour arranger les choses.
08:22Et le dernier sommet du G8 qui a eu lieu aux États-Unis,
08:26Donald Trump a refusé d'inviter, par exemple,
08:28l'Afrique du Sud.
08:29Alors qu'elle avait invité plein d'autres membres
08:31qui ne sont pas membres du G8, justement,
08:33mais pas l'Afrique du Sud.
08:34Et ça montre aussi,
08:37et Cyril Ramaphosa l'a un peu rappelé,
08:40il y a beaucoup de relents,
08:41même si c'est paradoxal,
08:43il y a beaucoup de relents de l'apartheid.
08:45D'autant cette façon de diviser les gens,
08:49et Cyril Ramaphosa a même évoqué
08:51ce qu'on appelait le PAS au temps de l'apartheid,
08:56c'est-à-dire que chaque Sud-Africain noir
08:59devait avoir sur lui un PAS
09:01et une autorisation pour changer de région
09:04quand il devait se déplacer au temps de l'apartheid.
09:06Et ces organisations xénophobes, aujourd'hui,
09:09ont tendance à revenir un peu vers ça,
09:11à vouloir complètement marquer ces migrants,
09:14et pouvoir les suivre un peu
09:15ce que faisait le pouvoir blanc raciste auparavant.
09:18Évidemment, on va continuer de suivre ça,
09:20parce que tu nous l'as dit,
09:21les manifs ont été peut-être un peu moins importantes
09:23là hier et aujourd'hui que ce qu'on craignait,
09:26mais la situation n'est évidemment pas finie,
09:27donc on va continuer de suivre ça ensemble.
09:30Je vous invite évidemment aussi à aller lire
09:31le papier que tu as écrit avant-hier, hier, je ne sais plus.
09:35Hier ? Non, avant-hier, on est le premier.
09:37Avec les avant-hier, publiés dans le journal d'hier.
09:39Voilà, c'est ça.
09:40Oui, mais ça, moi, je suis très site.
09:42Le journal, je le lis sur Internet.
09:44Non, mais c'est notamment intéressant,
09:46parce qu'évidemment, tu reviens sur tout ça,
09:47mais tu as aussi les déclarations précises
09:49du président que tu nous as retranscrites.
09:51Mais donc évidemment, si vous voulez creuser un peu le sujet,
09:54on vous invite à aller lire ce papier.

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