00:01Bonjour à toutes et à tous et bienvenue sur la chaîne de l'Humanité.
00:04Alors aujourd'hui je suis avec Bruno Ritt, journaliste au service politique de l'Humanité.
00:08Et on va parler de la manifestation du comité du 9 mai qui doit avoir lieu le 10 mai, si
00:13j'ai bien compris.
00:16Manifestation néo-nazi qui a été interdite par la préfecture de police.
00:20Alors pourquoi Bruno, est-ce que cette manifestation a été interdite ?
00:23Peut-être qu'elle aura lieu d'ailleurs parce que souvent le tribunal administratif l'autorise par la suite.
00:27Et qu'est-ce que c'est que ce comité du 9 mai ?
00:30Alors on va commencer par qu'est-ce que c'est que le comité du 9 mai.
00:33Donc en fait c'est une manif qui s'organise maintenant depuis pratiquement 20 ans.
00:40C'est à la suite de la mort d'un militant nationaliste, Sébastien Desieux,
00:45lors d'une manif sauvage qui avait été poursuivie par les policiers et qui était tombée d'un toit en
00:49essayant de s'échapper.
00:50Et chaque année, depuis 94, si je ne me trompe pas, c'est ça, 94, en fait il y a
00:57une commémoration,
00:59une marche qui part de Port-Royal et qui termine rue d'Assas pour commémorer la mémoire de ce militant.
01:06C'est des manifestations qui, en fait, en fonction des années, perdent un peu d'ampleur, puis remontent.
01:13Et là, c'est vrai que depuis ces dix dernières années, elles ont repris énormément de poids.
01:18Ce qui est intéressant en plus, c'est que généralement, le groupe qui organise la manif du 9 mai,
01:24c'est souvent le groupe dominant, un peu sur la scène française des ultra-nationalistes.
01:31Et donc là, depuis quelques années, on voit en première ligne souvent les Goudards, ex-Goudards,
01:37qui s'étaient recréés sous différents noms, donc les Oives, et puis dernièrement les Hussards,
01:42mais également des gens de Lyon, notamment de Lyon Populaire.
01:46On parlera par la suite du contexte politique avec la mort de Quentin Déranc.
01:52Donc ça, c'est pour l'origine.
01:54Ça fait quelques années qu'en fait, la préfecture de police de Paris cherche à interdire la manifestation.
01:58C'est la troisième année où il y a un arrêté d'interdiction.
02:02Et chaque année, en fait, le tribunal administratif casse cette arrêté d'interdiction,
02:09notamment parce que, on va dire, les arguments juridiques avancés par la préfecture de police
02:14sont souvent relativement fragiles au regard du droit de manifester, qui est très important en France.
02:19Et c'est souvent ce que reprochent les juges administratifs à la préfecture de police,
02:24c'est que finalement, ne pas faire la démonstration des problèmes que pourrait occasionner cette manifestation.
02:30Alors il y a un problème, évidemment, poétique, c'est le fait qu'il y ait des nazis qui se
02:36baladent comme ça dans la rue de Paris.
02:37Mais les juges administratifs ne vont pas se baser là-dessus.
02:40Ils vont plutôt se baser sur la question du maintien ou pas de l'ordre public.
02:45Est-ce qu'il va y avoir des troubles à l'ordre public ?
02:48Là, cette année, la préfecture de police a plus ou moins repris les mêmes arguments que l'année dernière,
02:55qui sont relativement flous.
02:57C'est-à-dire qu'elle explique qu'il y a un risque qu'il y ait des gens cagoulés,
03:00qu'il y ait des gens qui fassent des salu-nazis, et donc que ce soit une provocation à la
03:06haine raciale.
03:08Ce à quoi répondent les juges ?
03:09C'est un peu votre travail d'empêcher ce genre de choses.
03:12C'est-à-dire que si vous voyez des gens cagoulés, il faut les verbaliser pour ne pas leur demander
03:19d'enlever la cagoule.
03:19Et si vous voyez des gens faire des salu-nazis, il faut encore une fois les arrêter, les interpeller et
03:26lancer des procédures judiciaires contre ces personnes.
03:29Ce que ne semble pas faire la préfecture de police de Paris.
03:33En tout cas, dans l'arrêté de 2025 qui avait permis à la manifestation de se tenir, c'est ce
03:38que constataient les juges administratifs.
03:40Ils disaient, mais en fait, vous avancez ça, mais à chaque fois, derrière, il n'y a jamais de procédures
03:43judiciaires qui sont lancées.
03:45Donc on autorise cette manifestation.
03:48Donc là, à ce stade, la manifestation est interdite.
03:51Le communauté du 9 mai a déjà fait savoir qu'il formait un recours devant le tribunal administratif pour casser
03:57cet arrêté.
04:00Il faut voir est-ce que cette année, les juges vont aller dans le sens de la préfecture de police
04:05ou pas.
04:06Encore une fois, les deux arrêtés entre 2025 et 2026 sont relativement pareils,
04:10mis à part que là, cette année, la préfecture de police insiste sur le contexte politique très polarisé suite à
04:16la mort de Quentin Deranque.
04:20Ceci dit, je ne veux pas m'avancer, mais d'un point de vue juridique, je pencherai plus sur une
04:26autorisation de la manifestation.
04:28Mais on verra ça d'ici jeudi ou vendredi.
04:30Alors les images des précédentes manifestations ces dernières années sont assez impressionnantes, très impressionnantes,
04:35puisqu'il y a des salus nazis, il y a des tambours des jeunesses hitlériennes, il y a plein de
04:40croix celtiques.
04:40Croix celtiques qui a fait irruption dans l'espace public lors des rassauts d'extrême droite depuis que la croix
04:44gammée, notamment, est interdite dans l'espace public.
04:47Donc il y a des visages cagoulés.
04:49Donc c'est vrai que les photos sont souvent assez impressionnantes.
04:53Et comme tu le disais, le contexte cette année est légèrement différent,
04:57puisqu'il y a eu la mort de Quentin Deranque lors d'affrontements à Lyon avec des antifascistes.
05:01Et donc la préfecture dit que du fait d'un climat politique encore plus tendu, encore plus polarisé que l
05:07'an dernier,
05:08c'est pour ça qu'elle souhaite l'interdire.
05:10Cette année, c'est Joséphine de La Chapelle qui a déposé la demande de manifestation, si je ne me trompe
05:16pas.
05:17Mediapart vient de révéler qu'elle avait demandé un tableau d'Hitler lors de son mariage.
05:21L'an dernier, c'était Maïlis de Sibon, qui est toujours aujourd'hui collaboratrice.
05:27Alors elle n'est plus collaboratrice, qui était à l'époque collaboratrice d'une députée RN.
05:32En fait, Maïlis de Sibon, c'est vraiment l'exemple même de ces personnages qui sont la passerelle entre l
05:39'ERN
05:40et de l'autre côté, ces groupes radicaux d'extrême droite.
05:44En fait, elle a été collaboratrice pendant un an et demi, je crois, ou un an,
05:48de deux députés, un député RN et un député UDR.
05:51Et fin 2014, elle sait sa collaboration avec ses deux députés.
05:59Et quelques mois après, effectivement, c'est elle qui dépose la manifestation du 9 mai de l'année dernière.
06:06Donc typiquement, c'est le genre de profil assez intéressant, en tout cas qui démontre bien la porosité
06:13entre l'ERN assez propre sur lui, qui se veut dédiabolisé, qui se veut avoir exclu tous les éléments très
06:21radicaux de ses rangs.
06:23Et de l'autre côté, ces groupes radicaux qui continuent à agir,
06:28qui sont régulièrement impliqués dans des affaires de violence à la fois racistes, homophobes, etc.
06:34Et on a des intermédiaires comme ça, qui font un peu, finalement, le va-et-vient entre l'ERN propre
06:42sur lui
06:42et ses groupes radicaux un peu plus cracra.
06:45Et d'ailleurs, demain, dans l'Humanité, qui sera daté de jeudi,
06:50tu écris un papier où tu révèles qu'il y a d'autres collaborateurs de l'ERN au profil très
06:55problématique.
06:56Absolument.
06:59Tu écris un autre papier qui concerne les suites de l'affaire Quentin de Ranque,
07:02puisqu'on disait Quentin de Ranque qui avait manifesté en 2025 avec le Communité 9 mai,
07:07donc cette manifestation néo-nazie qui avait eu lieu le 10 mai 2025.
07:12L'affaire Quentin de Ranque, les avocats s'inquiètent, qui en fait, deux enquêtes et pas une seule.
07:17C'est ça, en fait, c'est l'objet des militants antifascistes qui sont aujourd'hui mis en examen et
07:24en détention provisoire.
07:27Effectivement, en fait, on parle souvent de l'affaire Quentin de Ranque, mais en fait, il y en a deux.
07:30En tout cas, d'un point de vue procédural, il y a deux affaires Quentin de Ranque.
07:33Il y en a une qui est donc sur la mort de Quentin de Ranque en tant que telle,
07:38qui vise à élucider un peu les circonstances et les responsabilités dans ce décès.
07:44Et cette enquête est menée par trois juges d'instruction dans le cadre d'une information judiciaire.
07:51Donc pour faire très rapidement de la pédagogie sur ces éléments juridiques,
07:55c'est en gros l'information judiciaire, elle est menée par des juges d'instruction.
07:59C'est le procureur qui va déterminer, en fait, le cadre d'enquête des juges d'instruction.
08:04Puis après, les juges d'instruction vont enquêter à charge et à décharge.
08:08La différence, c'est qu'en fait, les avocats de la défense vont avoir accès au dossier.
08:13Et donc, ça va leur permettre aussi de réclamer peut-être telle enquête, telle exploitation de données.
08:21Donc ça leur permet, en fait, de respecter le contradictoire.
08:24Il y a une autre enquête qui est en lien avec l'affaire Quentin de Ranque,
08:30qui est pour le coup, c'est une enquête préliminaire,
08:32qui est gérée directement, qui est faite sous instruction directe du procureur de la République de Lyon,
08:38et qui vise à déterminer le champ des violences du groupe d'ultra-droite,
08:47enfin d'ultra-nationalistes, qui étaient impliqués dans les affrontements avec les militants antifascistes
08:54et qui comptaient parmi eux, dans leur rang, Quentin de Ranque.
08:59– Excuse-moi.
09:00– Je t'en prie.
09:02Et pour le coup, cette enquête qui est quand même relativement importante,
09:05puisque, en fait, elle cherche à déterminer le contexte, en fait, de la mort de Quentin de Ranque.
09:13En fait, les avocats n'ont pas du tout accès à cette enquête.
09:17C'est le principe de l'enquête préliminaire.
09:19– Alors, je vous estime que les deux enquêtes sont complètement liées à ce qu'il y a.
09:22– Ce que nous disent les avocats, c'est qu'en fait, ces deux enquêtes,
09:25elles concernent des mêmes faits, elles concernent un même lieu,
09:30elles concernent une même temporalité et elles concernent les mêmes personnes impliquées.
09:36Pourquoi c'est important pour eux ?
09:37C'est qu'en fait, ils estiment qu'on ne peut pas comprendre la mort de Quentin de Ranque
09:43sans comprendre, en fait, ce qui s'est passé avant.
09:46C'est-à-dire que ce n'est pas la même chose de se défendre,
09:51d'un point de vue judiciaire, de se défendre, d'être en état de légitime défense
09:55ou au contraire d'être un assaillant.
09:58Donc ces éléments-là, en fait, sont reliés et d'ailleurs, ils le disent,
10:05il faudrait que ces deux procédures soient jointes pour permettre véritablement
10:10la manifestation de la vérité.
10:12– De faire toute la lumière sur ce que c'est.
10:14– Exactement, parce que, en fait, les juges d'instruction,
10:17dans la première procédure dans le cadre de l'information judiciaire,
10:20du coup, ne s'intéressent qu'aux violences qui auraient été commises
10:25par les militants antifascistes.
10:28– Ils s'intéressent à l'homicide, en fait.
10:30– Ils ne s'intéressent absolument qu'à l'homicide.
10:32Et du coup, ils ne peuvent pas enquêter sur tout le contexte
10:36qui a conduit à la mort de Quentin de Ranque.
10:41Donc ces éléments, ils sont très importants pour cette enquête-là.
10:45Et donc les avocats se plaignent et voient même, d'une certaine manière,
10:48une façon pour le parquet d'exclure la défense de certains éléments
10:52qui pourraient effectivement être utiles à la manifestation de la vérité.
10:56– OK. Merci beaucoup à toi, Bruno.
10:59– Je t'en prie.
10:59– Merci à vous et à très bientôt sur l'humanité.fr et sur nos vidéos.