00:00 D'abord pour interdire une manifestation déclarée, il faut que je sois en capacité de justifier
00:05 quel risque de produire des troubles à l'ordre public.
00:07 Le trouble à l'ordre public c'est quoi ? C'est un risque d'affrontement,
00:10 la commission de violence, de dégradation.
00:12 Et en plus il y a une deuxième condition, il faut que je démontre que je ne suis pas en capacité
00:18 avec les forces de l'ordre placées sous mon autorité de contenir ces troubles.
00:22 Et donc c'est évidemment très compliqué à établir et ça c'est évidemment l'état du droit.
00:27 Je rappelle que le 4 février dernier, pour être précis, j'ai pris un arrêté d'interdiction
00:33 d'une manifestation d'ultra droite qui visait à commémorer "les morts du 6 février 1934".
00:40 Donc j'avais pris un arrêté d'interdiction pour risque de troubles à l'ordre public.
00:43 Il a été annulé car il a été considéré que je ne démontrais pas suffisamment la probabilité
00:49 d'un trouble à l'ordre public, que l'objet même de cette manifestation,
00:52 aussi choquant qu'il puisse apparaître, n'était pas suffisant.
00:55 Et alors même que lors des précédents rassemblements pour commémorer le 6 février 1934,
00:59 il y avait eu des incidents. Voilà, mon arrêté a été annulé.
01:03 Et donc évidemment j'ai tiré toutes les conséquences en droit de cette précédente décision de justice.
01:08 Et surtout pour cette marche-là, les précédentes marches s'étaient déroulées,
01:13 il n'y avait jamais eu de troubles à l'ordre public, il n'y avait jamais eu d'incidents graves
01:16 lors des précédentes marches. Voilà ce qui a fondé ma décision de ne pas interdire,
01:20 que j'assume évidemment totalement.
01:22 - Sur la question de samedi, qu'est-ce qui dominait pour vous ?
01:26 C'est que vous estimiez que ce défilé n'était pas de nature à troubler l'ordre public ?
01:29 - Absolument, mais ce qui n'empêche pas, attention,
01:31 c'est pas parce qu'on n'interdit pas une manifestation qu'on la cautionne, loin s'en faut.
01:35 Ça ne nous empêche pas évidemment de travailler en renseignement,
01:39 puisque comme ça a été excellemment dit dans la chronique précédente,
01:42 il y a évidemment un certain nombre de groupes à risque, dont certains sont cités par votre journaliste,
01:47 pour lesquels nous sommes extrêmement attentifs.
01:49 Donc évidemment nous travaillons en renseignement, puis surtout en judiciaire aussi.
01:52 C'est-à-dire qu'on va se repasser les films de cette manifestation à la vidéo.
01:57 Évidemment s'il devait y avoir des gestes, des propos qui tombent sous le coup de la justice,
02:01 nous saisions la justice.
02:02 Et je l'ai d'ailleurs déjà fait quasiment immédiatement sur le fait,
02:06 comme vous l'avez souligné, qu'un certain nombre de manifestants,
02:09 même la plupart, manifestaient visage couvert.
02:12 Et donc j'ai saisi la justice, puisque c'est une infraction de la dissimulation du visage sur l'espace public.
02:18 La plupart des manifestants étaient en effet cagoulés, à commencer par les membres du service d'ordre,
02:23 qui entouraient ce cortège.
02:24 Des forces de police étaient présentes.
02:26 Qu'est-ce qui justifie qu'on saisisse la justice après coup,
02:30 et qu'il n'y ait pas d'intervention sur le moment ?
02:32 Mais c'est toujours comme ça qu'on travaille.
02:33 On n'intervient jamais immédiatement, sauf quand il y a des violences physiques,
02:37 où là la manifestation se transforme en attroupement, on fait des sommations et on disperse.
02:41 Mais c'est toujours comme ça.
02:42 D'abord, de ce qui m'a été rapporté, il n'a pas été relevé de signes,
02:48 de gestes qui tomberaient sous le coup de la justice.
02:49 Mais à ce stade, on va bien évidemment examiner tout ça.
02:52 Mais c'est toujours comme ça qu'on travaille.
02:54 Une fois que la manifestation n'est pas interdite, on travaille en judiciaire,
02:57 on observe ce qui se passe.
02:59 Et quand il y a des infractions judiciaires, évidemment, on saisit la justice.
03:04 Je voudrais juste dire un mot, rappeler mon parcours.
03:07 Je suis quand même l'ancien directeur général de la Sécurité intérieure,
03:10 l'ancien coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.
03:14 Je crois que depuis 2017, le pouvoir politique n'a pas à faire la preuve
03:19 de sa détermination à lutter contre l'ultra-droite.
03:21 Je vous rappelle quand même que ce sont plus d'une dizaine de dossiers
03:24 qui ont été ouverts à l'antiterrorisme pour lutter contre des structures d'ultra-droite,
03:30 qu'il y a plusieurs structures qui ont été dissoutes.
03:32 Et ça a d'ailleurs été rappelé par votre journaliste.
03:35 Donc voilà, bastion social, les Zouaves.
03:37 Donc il faut, et je suis...
03:39 - En l'occurrence, les Zouaves...
03:40 - ...j'ai un politique, il faut quand même...
03:42 - Il y a eu dissolution récente des Zouaves Paris.
03:44 Est-ce que ces membres se sont reconstitués dans de nouveaux groupes ?
03:47 Et est-ce que vous savez qui sont les instigateurs de ce comité du 9 mai ?
03:52 - Alors ce comité du 9 mai, évidemment, il y a un déclarant.
03:54 Nous avions évidemment des individus de toute la mouvance ultra-droite,
03:57 des ultra-nationalistes, probablement des néonazis.
04:01 Mais tout ça, on va y travailler, on va le déterminer.
04:04 Mais encore une fois, j'insiste vraiment là-dessus.
04:07 Je pense que sur ce sujet de la lutte contre l'ultra-droite,
04:10 on n'a pas énormément de leçons à recevoir.
04:12 Nous sommes très déterminés.
04:13 Regardez le nombre de dossiers qui ont été ouverts
04:16 devant le procureur national de l'antiterrorisme.
04:18 Plus d'une dizaine depuis 2017.
04:20 Le nombre de structures qui ont été dissoutes.
04:22 Et nous sommes évidemment très déterminés à lutter contre l'ultra-droite.
04:25 - Puisque vous préparez ces réponses, vous avez lu ces critiques
04:28 qui émanent depuis ce week-end et qui vous interpellent,
04:31 notamment sur un deux poids, deux mesures.
04:33 Pourquoi la distribution de carton rouge autour du Stade de France
04:36 est-elle interdite quand des néonazis ou apparentés
04:40 peuvent défiler encadrés par les forces de l'ordre
04:43 dans les rues de Paris un samedi à deux jours du 8 mai ?
04:45 - Il n'y a pas deux poids, deux mesures en matière de troubles à l'ordre public.
04:48 Il n'y a pas deux poids, deux mesures.
04:49 Un trouble à l'ordre public d'une intensité moindre
04:54 que des violences fomentées par des groupes de l'ultra-droite,
04:56 encore une fois, ce n'était pas le cas le samedi.
04:58 Je peux justifier une interdiction.
05:00 Il n'y a pas d'intensité.
05:02 Je veux quand même vous rappeler,
05:03 ayez quand même à l'esprit qu'il y a aussi des manifestations
05:05 qui sont organisées par l'ultra-gauche,
05:07 notamment par le mouvement des antifascistes,
05:09 qui très régulièrement, d'ailleurs,
05:11 c'est le cas chaque année en juin, depuis juin 2013,
05:14 commémore la mort dans une rick's du militant Clément Myrick.
05:19 Vous savez, vous avez aussi des militants qui défilent
05:21 derrière des banderoles, qui ont le visage dissimulé
05:23 et qui crient des slogans qui sont assez éloignés,
05:26 on va dire, de la démocratie représentative,
05:28 un peu comme l'ultra-droite.
05:31 - Est-ce que vous mettez des antifascistes et des néonazis sur le même plan ?
05:33 - Je ne les mets absolument pas sur le même plan.
05:35 Je suis simplement en train de vous dire que moi,
05:36 mon travail, c'est de prévenir des trous vers l'ordre public,
05:39 d'éviter qu'il y ait des affrontements.
05:40 Et donc, ce qu'on a vu samedi, ça arrive parfois dans d'autres camps
05:44 et pourtant, les manifestations ont lieu.
05:45 Par contre, quand il y a des débordements, nous intervenons
05:48 et nous travaillons ensuite en renseignement
05:49 et nous travaillons ensuite, évidemment, en judiciaire
05:52 pour caractériser soit une infraction,
05:54 soit pour recueillir des informations qui vont nous être très utiles
05:58 pour continuer à suivre ces groupuscules
05:59 qui évoluent dans la mouvance de ce qu'on appelle
06:01 la mouvance pro-subversion violente.
06:03 - Vous avez déjà saisi l'autorité judiciaire ?
06:07 - J'ai saisi l'autorité judiciaire pour la manifestation de samedi,
06:11 pour les individus qui avaient le visage dissimulé.
06:13 Je me réserve évidemment le droit de le faire
06:16 s'il apparaissait d'autres infractions.
06:19 Ce n'est pas le cas à ce stade, mais si cela devait être le cas,
06:21 on y travaille évidemment.
06:23 Évidemment que je saisirais l'autorité judiciaire,
06:25 mais comment on le fait à chaque fois ?
06:26 Vous savez, il n'y a pas une manifestation qui échappe à la...
06:29 Nous regardons toujours ça à la loupe.
06:30 On a eu hier une manifestation qui s'est tenue
06:33 devant le siège de Renaissance où des propos ont été tenus.
06:36 On va regarder si juridiquement c'est une incitation
06:38 à commettre des violences, des propos qui appelaient
06:41 à la décapitation du chef de l'État.
06:43 Donc évidemment, moi, c'est mon travail.
06:44 Je suis là pour appliquer le droit, appliquer la loi.
06:47 Et donc on va regarder si ces propos tombent ou pas
06:49 sous le coup de la loi pénale.
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