- il y a 8 heures
Hakim, ancien salarié d’une filiale du groupe Wendel, a été licencié et est en attente de réintégration après son alerte. Du jour au lendemain, le regard de ses collègues change, il est isolé, sa hiérarchie le tient à l’écart. « À la fin, j’ai eu l’addition classique : le licenciement. » DGCCRF, DGFIP, Défenseur des droits, prud’hommes, avocats… pour Hakim, c’est un parcours du combattant qui commence, dans une jungle hostile. Il témoigne au micro de Victor Demare.
00:00 Introduction
00:40 Présentation
10:00 A quel moment devient-on lanceur d’alerte
16:58 Le rapport de force
24:26 Conseils pour les lanceurs d'alertes
31:40 Le mythe des aides pour les lanceurs d’alerte
37:58 Comment permettre aux lanceurs d’alerte d’être protégés
46:05 Sa réactions face aux alertes de plus en plus nombreuses
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NewsTranscription
00:01Les lanceurs d'alerte sont-ils vraiment protégés en France ?
00:04En mars 2022, une loi spécifique, la loi Wasserman, a été votée pour graver dans le marbre le droit à
00:10signaler des faits contraires à l'intérêt général.
00:12Des faits qui peuvent concerner la santé, l'éducation nationale, mais aussi bien des détournements de fonds.
00:19Derrière le symbole, la réalité des lanceurs d'alerte est pourtant souvent très sombre.
00:24Isolement, précarité économique suite à leur licenciement, procédure judiciaire sans fin,
00:28ils en viennent parfois à douter de leur engagement.
00:31Aujourd'hui, pour en parler, nous sommes avec Hakim, qui est lui-même devenu lanceur d'alerte il y a
00:36quelques années.
00:36Salut Hakim.
00:37Salut Victor.
00:38Pour commencer, Hakim, est-ce que tu peux nous expliquer comment toi tu es devenu lanceur d'alerte et dans
00:42quelles circonstances ?
00:43Bien sûr. Donc en 2021, j'intègre un organisme de formation spécialisé en gestion de la violence et de l
00:49'agressivité.
00:50Et on travaillait principalement avec des établissements publics type hôpitaux publics, collectivités locales, territoriales, des associations également.
01:01Et en arrivant, je me rends compte que la Maison-Mère, qui est un grand fonds d'investissement,
01:08qui a également une fondation reconnue d'utilité publique, a mis en place un mécénat de compétences avec une enveloppe
01:15de 2 millions d'euros.
01:16Et donc, moi, mon travail, qui était initialement de vendre des formations, a été complètement détourné sur le déploiement d
01:23'un mécénat.
01:24Et donc, de fil en aiguille, je me rends compte qu'il y a pas mal de dysfonctionnements, de dérives,
01:30des surfacturations,
01:32des structures qui bénéficient d'un mécénat sans même le savoir, puisque là, il y a des facturations entre ma
01:37société et la Maison-Mère.
01:41Donc du blanchiment d'argent à l'intérieur de...
01:44Alors, je sais pas si on peut parler de blanchiment. En tout cas, moi, je m'y risquerais pas.
01:48Mais en tout cas, il y a eu des dysfonctionnements.
01:50Et très régulièrement, je l'ai signalé en essayant de comprendre ce qui se passait.
01:55Je n'avais jamais de réponse.
01:57Autre exemple, c'est lors d'un rendez-vous, j'ai un prospect qui m'explique que les contrats que
02:05je propose,
02:05qui étaient des contrats de vente gribouillés, n'étaient pas adaptés.
02:09Et donc, de fil en aiguille, je remonte ces informations à ma direction qui, systématiquement, bottent en touche.
02:17Jusqu'au jour où on me demande très clairement de maquiller des rendez-vous commerciaux,
02:23de les maquiller en formation pour pouvoir taper dans la caisse du mécénat.
02:27Là, je reçois ce mail écrit, je m'inquiète, je partage mes doutes, mes inquiétudes,
02:36en expliquant que d'un point de vue déontologique, éthique, réglementaire, mais aussi et surtout juridique,
02:44que je suis hyper mal à l'aise avec cette consigne.
02:46Parce qu'encore une fois, en face de moi, j'ai un hôpital public.
02:49J'ai, en plus, là pour le coup, c'est un gros rendez-vous avec les syndicats, la direction d
02:55'hôpital,
02:56la direction des ressources humaines et des représentants de tous les départements de cet hôpital.
03:02Et donc, on me demande à moi de faire passer ce rendez-vous commercial en formation pour pouvoir taper dans
03:09la caisse.
03:10Donc, je m'y oppose. On m'explique que c'est les exigences de la maison mère.
03:15Donc, je trouve ça encore plus étonnant.
03:17Je lâche l'affaire et je demande à un ami avocat conseil parce que je suis hyper mal à l
03:22'aise.
03:23Je panique clairement.
03:25C'est presque par peur de tremper dans des mauvaises pratiques malgré toi.
03:29Clairement, oui. Parce que là, je me dis, là, c'est ma responsabilité.
03:32Parce que même si je suis salarié, je suis commercial, en tant que salarié, tu peux aussi refuser certaines consignes.
03:40Et là, clairement, j'avais tout intérêt à refuser.
03:42Et donc, je demande à cet ami avocat qui hallucine, qui me dit, mais t'es sûr qu'on t
03:47'a demandé ça comme ça ?
03:48Je lui montre noir sur blanc.
03:50Il me dit, waouh, ton truc, ça pue.
03:52Ton truc, ça pue.
03:53Et donc, il me conseille de faire un signalement, de regarder si dans la boîte, il y a une procédure
03:59de signalement interne.
04:01Je regarde toute la procédure qui voulait que j'alerte ma hiérarchie directement,
04:07qui devait ensuite se rapprocher de la direction juridique américaine,
04:12seul endroit où il y avait le directeur juridique.
04:14Parce que ton groupe est un groupe international et que la maison mère était...
04:18Aux États-Unis.
04:19En fait, il y avait toute une structure.
04:21Moi, j'étais en France.
04:22Le siège Europe était en Angleterre.
04:24La maison mère de la filiale pour laquelle je travaille,
04:27et donc de l'organisme de formation, était aux États-Unis.
04:33Mais le propriétaire, en quelque sorte, le groupe auquel on appartient, est un groupe français.
04:39Et donc, je fais mon signalement à Moine Plus 2,
04:42qui, en plus de ça, pour la petite histoire, est magistrate.
04:44Donc, je me dis, c'est bon, je suis en sécurité.
04:47Il est averti.
04:48Sauf que là, ça dérape complètement.
04:51Et au lieu d'en référer, d'en reporter directement au directeur juridique,
04:57il me met directement en relation avec mon directeur France,
05:00qui m'avait donné ses consignes frauduleuses.
05:04Et là, ça s'est très mal passé.
05:07Puisque je me mets en relation avec...
05:09Évidemment, je prends l'intégralité de mes dispositions.
05:13C'est-à-dire, tout simplement, que je sécurise cet appel.
05:17Et je maintiens ma position en expliquant que c'est super grave ce qui vient de se passer,
05:22que là, on peut participer à un détournement de fonds, plutôt.
05:25Mais en tout cas, je n'ai pas la qualification juridique précise.
05:28Je sais juste que c'est illégal.
05:30Et moi, je ne suis pas avocat.
05:32Je suis juste un commercial qui est allé me renseigner auprès d'un avocat,
05:36sachant que ce n'était pas mon rôle.
05:37Ils auraient peut-être pu vérifier, eux, en interne.
05:39Et donc, pendant tout cet échange, au lieu d'arrêter,
05:46il insiste, il insiste, il insiste.
05:48Et moi, je cherche à comprendre.
05:50Et là, il m'avoue qu'en réalité, cette opération de mécénat,
05:53qui était une opération à 2 millions,
05:55était en réalité une opération de chiffre d'affaires déguisée.
05:58Et il me le dit très clairement.
06:00Il m'a dit, mais depuis le départ, ce mécénat n'est pas clair.
06:04L'argent ne va pas aux soignants.
06:06Il va à la société.
06:08Et que même un des dirigeants de la maison mère,
06:11donc du grand groupe français,
06:14le dit, c'est une opération de chiffre déguisé.
06:17Et il rajoute même, il faut être honnête.
06:21Et là, sur le coup, je suis dans un déni total.
06:24Déni total, c'est-à-dire que je ne veux pas entendre ce qu'il me dit.
06:28Je passe à autre chose.
06:30Quelques jours après, je revois cet ami avocat.
06:33Je lui fais écouter.
06:34Il me dit, mais là, en fait, il vient de tout te dire.
06:36Tu as la preuve avec toi, du coup.
06:39Et là, je craque.
06:41Je fais un deuxième signalement,
06:43puisque j'avais un blocage complet,
06:46donc de mon directeur français et de mon directeur Europe,
06:49qui refusait d'en référer à ce directeur américain,
06:51ce directeur juridique.
06:53Je fais mon deuxième signalement à ce directeur juridique américain,
06:57qui, le jour de l'alerte, finalement,
06:59au lieu de préserver ma confidentialité,
07:01ce qui est une obligation légale,
07:05contacte ma hiérarchie,
07:06avec comme objet du mail, mon nom, mon prénom,
07:09en leur disant, voilà, il a fait un signalement.
07:11Et donc, à partir de...
07:12Aussi aux personnes qui sont l'objet de ton signalement.
07:14Exactement.
07:14Les personnes qui étaient visées par mon alerte
07:16ont été aussitôt informées.
07:18Ça, pour la petite histoire d'un point de vue légal,
07:21mais ça, à ce stade, je ne le savais pas encore.
07:22Et je ne savais pas non plus qu'il y avait eu cette fuite.
07:29Les auteurs de cette divulgation d'identité du lanceur d'alerte
07:33s'exposent à des responsabilités pénales.
07:38Donc, finalement, je vois très vite que le vent tourne.
07:43Finalement, de celui qui fait le signalement,
07:45je suis la personne qui se fait complètement harceler,
07:48qui n'est plus désirable dans la société.
07:50Ça prend quelle forme, ça ?
07:52Harcèlement, attaque permanente, refus systématique de validation des mécénats,
07:58discrimination au niveau de la rémunération.
08:01Mais ça, il y a aussi l'aspect racial qui entre en jeu.
08:06Puisque eux avaient besoin aussi de témoignages de leur côté.
08:10Donc, ils sont allés jusqu'à...
08:15De témoignages de collègues et qui ont accepté de parler contre toi.
08:18Exactement, ouais.
08:20Poussé, tu penses, par...
08:23Ce n'est pas, je pense, puisque ça m'a été confirmé par la suite.
08:28Et donc, arrêt maladie, je reprends le travail.
08:32Ça a été un carnage parce qu'en reprenant le travail,
08:35je m'aperçois que certains de mes dossiers avaient encore été trafiqués.
08:38Notamment des établissements publics,
08:42où on était dans une surfacturation à x10.
08:46Donc, c'est énorme.
08:48Ouais.
08:48Puisqu'en fait, il y avait différents modèles de formation.
08:51Et là, on ne répondait plus à des besoins d'établissement.
08:54On était juste dans une démarche d'enrichissement de la société.
08:58Ça n'avait plus aucun sens.
09:00Je m'y oppose.
09:02Et là, ça a été assez vite.
09:04Puisqu'en réalité, ils ont organisé une réunion
09:06où ils m'ont forcé à exécuter leurs consignes.
09:10J'ai eu le malheur...
09:11Qui y était ?
09:12De participer.
09:14De continuer à être impliqué dans le...
09:17De me soumettre à leur pratique.
09:19Et là, pendant cette réunion,
09:21j'ai eu notamment le malheur de sourire et de hocher la tête.
09:24C'est-à-dire, j'ai fait...
09:27Et là, c'était trop pour eux.
09:29La provocation de trop.
09:29La provocation.
09:30J'ai été licencié pour faute lourde.
09:32OK.
09:33C'est-à-dire sans préavis.
09:37Entretien préalable au licenciement.
09:38Je suis accompagné par un conseiller du salarié.
09:40Oui.
09:42À qui j'avais fait écouter certaines choses, justement.
09:44Qui avait bien vu que c'était uniquement une mesure de représailles.
09:48Et...
09:50Et donc, j'ai quand même été licencié pour faute lourde.
09:52Sans préavis.
09:53C'est ultra violent.
09:54Et là, tu rentres dans un parcours de lanceur d'alerte.
09:58Au début, tu ignores.
09:59Donc, à quel moment le terme de lanceur d'alerte est posé ?
10:03Et c'est quoi, toi, ta trajectoire ?
10:05Comment est-ce que tu perçois ton signalement ?
10:10Puisqu'au début, tu commences en cherchant à faire cesser une pratique.
10:14Très vite, ça se retourne contre toi.
10:16Tu deviens radioactif au sein de l'entreprise.
10:20Ton poste est finalement retiré.
10:24Comment est-ce que ça évolue pour toi ?
10:25À quel moment ça devient une quête de vérité ?
10:31Alors, ça s'est vraiment fait progressivement, puisque mon avocate m'oriente tout simplement vers la maison de lanceur d
10:40'alerte pour faire reconnaître ce statut de lanceur d'alerte.
10:43À quel moment ?
10:44Juste après le licenciement.
10:45Juste après le licenciement.
10:47Et on décide en parallèle de contester ce même licenciement.
10:52Parce que, justement, les mesures de représailles sont normalement interdites.
10:57Et en tant que lanceur d'alerte, si tu as été licencié suite à cette alerte, normalement, tu bénéficies de
11:03la nullité de ton licenciement et donc de la réintégration.
11:09Donc, la maison de lanceur d'alerte, ça a vraiment été mon premier pas dans ce parcours.
11:15Et ils me reconnaissent assez rapidement.
11:18Enfin, eux aussi ne connaissent pas trop le mécénat.
11:22Et ça, ça a vraiment été la ligne directrice.
11:25C'est que personne ne sait exactement ce que c'est que ce truc de mécénat.
11:29Tout le monde sait, grosso modo, que c'est un dispositif fiscal qui permet d'avoir des réductions.
11:36Mais personne ne sait exactement les règles.
11:38Donc, la maison de lanceur d'alerte m'oriente également vers le défenseur des droits, autorité que je ne connaissais
11:45pas,
11:45qui a pour mission, d'une part, de reconnaître la qualité, d'orienter, mais aussi de protéger.
11:52Bon, en tout cas, c'est sur le papier.
11:55Et donc, je suis reconnu le lanceur d'alerte par la maison de lanceur d'alerte.
11:59Le défenseur des droits m'oriente dans un premier temps vers des autorités, à savoir la DGCC-RF,
12:05parce que ce mécénat avait été utilisé pour contourner les règles des marchés publics,
12:10et vers le parquet, vers une action en justice.
12:14Et ça, l'action en justice, pour moi, c'était hors de question,
12:17parce que j'avais déjà ma procédure prud'homale à faire.
12:20C'était ma priorité.
12:21Et je comptais le faire qu'après.
12:24Je pensais que cette procédure prud'homale allait durer un an.
12:26Et c'était à tes frais ?
12:27Et tout est à tes frais.
12:28Tu t'es engagé là-dedans, accompagné par la maison des lanceurs d'alerte, mais aussi tout seul.
12:33Et avec ton avocat.
12:35Et ça a un coup, une procédure.
12:38D'autant plus que la procédure ne se passe pas du tout comme prévu,
12:40puisque dans le cadre du contradictoire, là, je découvre qu'ils ont été forts,
12:47sachant que, encore une fois, moi, je dénonçais un fait grave
12:51qui devait permettre à l'entreprise, justement, de se réguler.
12:55Au lieu de ça, j'ai été la cible de cette entreprise.
12:58Et les personnes qui pilotaient la procédure du côté employeur,
13:03c'était les personnes que j'avais visées.
13:05C'est-à-dire qu'au lieu d'avoir été sanctionnées,
13:07elles se sont retrouvées à chercher à m'écraser.
13:10Et ça, c'est ultra violent parce que...
13:13Et à retourner ton signalement en faute.
13:16Exactement.
13:17Exactement, en expliquant que non, c'est parce que je n'avais pas été gentil à une réunion
13:21que j'avais été viré, que ça n'avait absolument rien à voir avec mon signalement.
13:25Ce qui est complètement faux, puisque le licenciement a été complètement monté.
13:30Et je spoil, mais en tout cas, la décision de justice a maintenant été rendue.
13:36Le licenciement est nul.
13:38J'ai été reconnu lanceur d'alerte, mais à quel prix ?
13:42À quel prix ? C'est ça, la question.
13:46Et donc, suite à cette orientation du défenseur des droits vers la DGCCRF,
13:52donc tout ça, en fait, c'est à chaque fois des énormes rapports à faire.
13:56C'est se replonger dans tout ton parcours.
13:59Auprès d'un instant, ce que tu ne connais pas forcément.
14:01La DGCCRF, tout le monde connaît plus ou moins,
14:04mais je ne sais pas comment ça va être géré.
14:08Enfin, je connais de loin, en fait.
14:11Et donc, cette autorité qui a des vrais pouvoirs reconnaît que les...
14:18Déjà, elle se déclare incompétente parce que le mécénat n'est pas une pratique commerciale.
14:24Elle s'arrête là.
14:25Elle ne me dit pas qu'est-ce que c'est.
14:26Dans une zone grise, à ce moment.
14:27Dans une zone grise.
14:28Et surtout, elle reconnaît que les faits peuvent éventuellement relever de la qualification pénale d'escroquerie.
14:36Là, le terme est posé.
14:37OK.
14:38Mais elle me dit « Bon courage, allez voir le procureur ».
14:42Et j'en parle à des juristes.
14:44Ils me disent « Mais non, en fait, ça ne marche pas comme ça. »
14:47À partir du moment où l'administration reconnaît qu'il peut y avoir une qualification pénale,
14:51c'est à elle de porter le dossier au parquet.
14:54Et donc, là, en quelque sorte, je me retrouve avec une délégation de pouvoir d'une administration,
15:00alors même que je subis des représailles violentes, que je n'ai plus de travail,
15:04que je suis déjà embourbé dans des procédures judiciaires.
15:07Et l'administration, l'État, des fonctionnaires se retrouvent à me déléguer leur mission.
15:12Ce qui est juste lunaire.
15:14Et ça, encore une fois, c'est presque la norme pour beaucoup de lanceurs d'alerte.
15:19Et c'est ça qui est ultra problématique.
15:22C'est concrètement, vous avez plein de mécanismes de régulation,
15:25aussi bien en interne qu'en externe.
15:28Et au final, ils ne sont pas effectifs.
15:32Rien ne fonctionne.
15:34Du coup, toi, tu as le sentiment d'avoir pu être reconnu assez vite
15:38par la maison des lanceurs d'alerte, par la défenseur des droits, peut-être ?
15:41Non, non, non, ça, non ?
15:41Le défenseur des droits, par contre, ça a pris 22 mois.
15:45Donc, tu es en errance pendant tout ce temps-là.
15:47Tu ne sais pas quel est ton statut.
15:48Et de toute façon, ce ne sont que des avis que le défenseur des droits va rendre.
15:54Derrière, c'est au juge ensuite d'apprécier la situation.
15:57Et dans l'entre-deux, tu es livré à toi-même ?
15:59Dans l'entre-deux, tu ne sais pas.
16:00En fait, tu es dans une bataille juridique.
16:01Tu ne sais pas exactement ce qui se passe.
16:04Plus le temps avance, plus tu te rends compte que le dossier devient de plus en plus énorme.
16:09Que tu as vraiment mis le doigt sur quelque chose.
16:12Alors que toi, encore une fois, je le rappelle, à la base, j'ai fait ce signalement
16:16juste parce que je n'avais pas envie d'engager ma responsabilité pénale
16:20et je n'avais pas envie d'aller en taule.
16:22C'est tout.
16:23Et donc là, tu te retrouves...
16:25C'est vraiment un effet boule de neige.
16:27Et tu te retrouves dans une situation où tu te dis « Ah ouais, mais en fait, de mémoire
16:32d'institutions qui sont chargées de protéger les lanceurs d'alerte, je suis même devenu
16:37a priori le premier lanceur d'alerte à avoir dénoncé les dérives du mécénat.
16:42Moi, je n'avais pas signé pour ça.
16:44Moi, je voulais juste continuer mon taf, que j'aimais d'ailleurs.
16:49J'étais en contact avec des gens formidables, donc dans le social, dans le médical, etc.
16:56Et là, tu te retrouves à porter un sujet aussi lourd.
16:59Et donc, c'est toi contre un titan administratif aussi, puisque...
17:02Alors, ouais, je dirais même que c'est du Hakim contre Goliath parce que tu te rends
17:08compte que toi, t'es tout petit par rapport à ces monstres, qu'il peut y avoir des certaines
17:14formes de lobbying.
17:15Tu vois aussi que le mécénat, c'est un truc monstrueux.
17:18Il y a plein d'associations, de fondations qui en font la promotion.
17:25Mais tu t'aperçois que personne ne contrôle ce truc.
17:29C'est des milliards d'aides publiques qui sont accordées à ces grands groupes sans aide,
17:34sans le moindre contrôle.
17:37Et moi, j'ai eu la naïveté de croire qu'il y en avait, en fait.
17:41Et d'apporter un dossier ultra conséquent à ces autorités qui ont toutes fait l'autruche.
17:48Et quand je dis ces autorités, dans un premier temps, il y a eu la DGCRF.
17:52Mais ensuite, grâce à mes recherches, on m'explique qu'effectivement, le mécénat,
17:59c'est un dispositif fiscal.
18:00Qui en a la charge ? Qui a la charge de contrôler les abus en matière de dispositifs fiscaux ?
18:06C'est ce qu'on appelle la DGFIP, la Direction Générale des Finances Publiques.
18:11C'est reparti pour un tour.
18:12Là, je refais mon signalement, un truc béton que j'oriente.
18:17Parce qu'au fur et à mesure, moi aussi, je trouve plein d'éléments
18:21des dérives qu'il y a eu au sein de la structure.
18:23Je te donne juste un exemple.
18:26Dans le cadre du mécénat, pour éviter que ces fonds soient considérés
18:29comme du chiffre d'affaires déguisé, il faut que les prestations soient proposées
18:33au coût réel, c'est-à-dire ce que ça coûte à la boîte.
18:37Nous, ce n'était pas du tout ça.
18:39C'était proposé au prix du marché gonflé.
18:43Le coût réel, c'était 700 euros.
18:45On les proposait au début à 3600 pour les deux jours de formation.
18:48et c'est monté à pratiquement 5000 euros.
18:50C'est-à-dire qu'on a connu l'inflation du Venezuela sans explication.
18:57Moi, je demandais régulièrement, mais les gars, on ne fait que du mécénat.
19:01Est-ce qu'on peut proposer des tarifs adaptés au marché et vendre ?
19:06Mais non, mais c'est bon, il reste les 2 millions, il faut tout utiliser sous 3 ans.
19:11Je ne comprenais absolument rien.
19:12Et un point super important aussi, qui explique beaucoup de choses,
19:16c'est qu'un commercial n'a pas à toucher à du mécénat.
19:20Et on s'est tous retrouvés à gérer 2 millions sans la moindre formation et sans aucune compétence.
19:25Sans la moindre avertissement.
19:27Mais donc, toi, très vite, tu t'es retrouvé à devoir te débattre dans des procédures
19:32qui visaient à faire annuler des mesures injustes,
19:35puisque c'était des mesures de représailles suite à ton signalement.
19:37Est-ce que tu as l'impression que, par-delà cette bagarre administrative,
19:43ton alerte, elle a porté ?
19:46Que ton signalement, il a porté ses fruits ?
19:49Absolument pas.
19:50Mon signalement a servi absolument à rien.
19:54A priori, de son côté, l'entreprise pour laquelle je travaillais est allée au bout de son projet.
20:01Ils n'ont pas utilisé les 2 millions.
20:02Tu penses qu'elle continue aujourd'hui ?
20:04Non, non, puisque le mécénat, c'était que de 2021 à 2023.
20:07Donc, c'était sur 3 ans, 2021, 2022, 2023.
20:10Moi, j'ai été licencié début 2023, alors que j'avais les meilleurs résultats.
20:17Et non, l'alerte a servi absolument à rien.
20:21Et c'est surtout, sur les mesures qu'aurait pu prendre la société,
20:27il ne s'est absolument rien passé.
20:30Les auteurs des faits sont toujours en poste, ont été remerciés gentiment, très discrètement.
20:37Ce magistrat anglais a juste été repositionné à Dubaï.
20:43Est-ce que c'est une sanction ? Est-ce que c'est une promotion ? J'en sais rien.
20:48Le directeur juridique, lui, il est aux États-Unis, ce n'est pas son problème.
20:52Et il y a aussi un autre problème, c'est que j'ai aussi averti la maison mère,
20:56parce qu'il y a un moment, tu te dis, il faut que ça réagisse.
20:59J'ai fait mon signalement, donc, à la maison mère, qui s'appelle le groupe Vindel.
21:04C'est une société d'investissement qui a plein de sociétés.
21:08Et c'est une société cotée, c'est-à-dire qu'ils ont des obligations en termes de compliance,
21:14obligation de régulation, obligation de transparence.
21:18Et c'est la maison mère, mais c'est aussi le mécène.
21:21Donc, ils avaient une double responsabilité.
21:23Je fais mon signalement, je vois que ça leur pose un gros, gros problème.
21:29Et ils signent toujours « service compliance ».
21:33Je demande qui va gérer mon alerte, puisque, en réalité, c'est vous-même qui êtes concerné par mon alerte.
21:39« Ah, mais ne vous inquiétez pas, monsieur, chez nous, les questions de neutralité, d'objectivité, etc., sont essentielles. »
21:45Et ça, je le remarquerai par la suite, mais la personne qui m'envoie une invitation pour une première audition
21:55en visio,
21:57c'est la personne qui validait les mécénats.
21:59C'est-à-dire que la personne qui m'a auditionné deux fois, une première fois en visio, une deuxième
22:04fois en présentiel,
22:06Elle était jugée, jugée.
22:08Donc, autant dire que ses conclusions étaient plutôt douces.
22:14Et donc, ils ont tenté d'écarter certaines de mes déclarations,
22:20notamment ce que je te disais tout à l'heure sur la partie très ciblée,
22:26où il passe aux aveux, en fait, où il m'explique que c'est une opération de chiffre d'affaires
22:30déguisée,
22:31que tout le monde est au courant.
22:32Donc, ça, ça a été écarté du rapport.
22:36J'ai dû renvoyer un mail pour leur demander « Eh, vous avez oublié ce point ? »
22:39« Ah oui, oui ! »
22:40Bon, ils ont dit « Ah, d'accord, on rajoute. »
22:42Mais j'avais plus accès aux conclusions, de toute façon, enfin, au rapport.
22:45Et sur les conclusions, ils ont juste relevé des dysfonctionnements minimes.
22:51Et pour la petite histoire, donc, j'ai fait donc au total trois signalements internes,
22:58deux au niveau de la filiale, une au niveau de la maison mère.
23:01Il y a eu des dysfonctionnements à tous les niveaux.
23:04Et cette responsable compliance, qui était juge et jugée l'année d'après,
23:10reçoit un award pour le prix de la confidentialité.
23:14Donc, je ne sais pas si ces instances, en fait, ils se font des blagues entre eux.
23:17C'est à combien de fois tu as violé la confidentialité d'un lanceur d'alerte ?
23:22Ou si c'est justement pour les règles ?
23:25Mais en tout cas, ça pose vraiment question aussi sur ces instances.
23:29Et toi, maintenant, avec le recul, on parle d'une histoire qui a duré combien de temps ?
23:36Entre le moment où tu as fait ton signalement et...
23:38Alors, en réalité, avant de faire mon signalement écrit, encore une fois, c'est ce que je te disais tout
23:43à l'heure,
23:43j'avais fait plein de signalements informels.
23:46Donc, à partir de trois mois dans la société, c'est-à-dire à partir de juin 2021,
23:52j'ai commencé à pointer certaines dérives auxquelles je ne voulais pas participer.
23:58Donc, l'alerte officielle en septembre 2022.
24:02Et là, je viens seulement d'avoir la décision des prud'hommes.
24:05Je l'ai eue en décembre 2025.
24:10Donc, au moins trois ans de procédure.
24:12Trois ans de procédure.
24:13Et encore, j'ai eu de la chance.
24:14Parce que certains lanceurs d'alerte, ça monte jusqu'en cassation.
24:18Ça ne monte jamais.
24:18Ça prend une dizaine d'années.
24:21Et donc, après trois ans et plus, avec le recul, tu penses que tu le ferais ?
24:26Tu pouvais t'adresser un petit message à toi qui remarque les malversations dans l'entreprise
24:31et qui décide de faire le signalement et qui décide de faire en sorte que ça s'arrête
24:37tout en s'assurant qu'il ne sera pas responsable d'un truc dont il n'était même pas au
24:41courant.
24:42Alors, la question, ce n'est pas de savoir si je le referais moi,
24:45parce qu'évidemment que je ne le referais pas.
24:47Moi, clairement, à titre personnel, si on m'avait expliqué le parcours que j'allais suivre,
24:53le fait de se faire griller d'un point de vue professionnel, de se battre contre ta boîte,
24:59qui est quand même monstrueuse, le groupe Vindel, c'est énorme,
25:02de porter un sujet aussi colossal que les dérives du mécénat,
25:06d'avoir des relations avec des politiques.
25:08Moi, j'avais ma petite vie tranquille.
25:10Je n'avais rien à faire avec des députés, sénateurs, etc.
25:15De faire face à l'inertie et aux carences des autorités de contrôle, à la justice, etc.
25:24Moi, je n'étais pas prédestiné à faire ce genre de truc.
25:27Et encore moins à rencontrer tous ces lanceurs d'alerte.
25:29Parce qu'aujourd'hui, je fais aussi partie d'un collectif de lanceurs d'alerte.
25:33Et on s'aperçoit qu'au final, moi, ce que j'ai vécu, c'est la norme pour tous les
25:38lanceurs d'alerte.
25:39Quand tu la décrirais comment, cette norme ?
25:44Au lieu d'attaquer le problème, on attaque le messager.
25:47Et je trouve que ça pose un vrai problème démocratique.
25:51Parce que moi, c'était sur un dispositif fiscal.
25:54On ne parle que d'argent.
25:56Et je minimise.
25:58Vraiment.
25:59Pour d'autres, c'est des affaires de pédocriminalité.
26:03C'est dans la santé, c'est des mutilations, des morts.
26:08C'est des mauvaises pratiques.
26:10C'est dans la police.
26:13Sécurité alimentaire.
26:15Des personnes intoxiquées.
26:17Des morts.
26:20Des catastrophes au niveau, par exemple, des biscuits pour bébés qui vont étouffer.
26:24Enfin, tout ça, c'est des choses qui auraient pu être évitées.
26:28C'est des lanceurs d'alerte qui sont complètement étouffés par les autorités.
26:32Et c'est juste hallucinant.
26:33Parce qu'en réalité, c'est un sujet qu'on connaît très, très peu.
26:37On voit de temps en temps des documentaires.
26:40D'ailleurs, connaissent le symbole ?
26:44Ce terme est souvent galvaudé aussi.
26:46parce qu'on ne sait pas justement si c'est des traîtres, si c'est des héros ou si c
26:52'est des gens lambda.
26:53Et moi, je me positionne vraiment dans la catégorie du mec lambda
26:57qui voulait juste faire honnêtement son travail
26:59et qui se retrouve à se prendre un tsunami dans la tête
27:04parce qu'il a soulevé la couverture.
27:09Et c'est ça qui est chaud.
27:10Et c'est ça qui est d'autant plus incompréhensible
27:13qu'il y a une loi de 2022.
27:15C'est ce que tu disais.
27:16La loi Wasserman.
27:18C'est la loi dite Wasserman sur la transparence de la vie économique
27:21et le renforcement de la protection des lanceurs d'alerte
27:23qui va avoir 4 ans.
27:26Et en fait, c'est une coquivie de ce truc.
27:29Je te donne juste un exemple.
27:30J'avais apporté une réponse du défenseur des droits
27:33parce qu'il y a un moment dans tout ton parcours...
27:35Une réponse qui t'a été adressée à toi, personnellement.
27:37Une réponse qui m'a été adressée parce que, encore une fois,
27:40cette loi permet justement d'apporter un soutien psychologique et financier.
27:47Et je peux te garantir qu'à certains moments, tu en as besoin.
27:49Notamment quand tu n'as plus de salaire.
27:52Tu as été licencié, tu as des frais de justice.
27:54Que tu as une procédure que tu envisages sur un an qui dure pratiquement 3 ans.
27:59Que derrière, tu as plein de soucis.
28:00Que ton chômage est terminé.
28:02Que la boîte n'a pas du tout l'intention de te reprendre,
28:06même si tu gagnes en justice.
28:08Et tu peux aussi être blacklisté dans ton environnement professionnel, j'imagine.
28:12Oui, parce que...
28:13Enfin, moi, pour avoir travaillé dans le recrutement,
28:15je reçois un candidat qui commence à bégayer
28:18quand il m'explique pourquoi il est parti de son entreprise
28:20ou s'il ne bégaye pas, qu'il me dit clairement qu'il est lanceur d'alerte.
28:24C'est chaud.
28:25Et donc, sur les...
28:28L'exemple, sur les défaillances de cette loi,
28:31la loi, donc, permet d'apporter des mesures de soutien psychologique et financier.
28:36Et donc, là, je demande à les déclencher auprès de cette autorité,
28:39le défenseur des droits.
28:40Et il m'explique que la loi offre désormais la possibilité aux autorités externes,
28:45c'est-à-dire toutes les administrations,
28:46d'apporter ce soutien psychologique et un secours financier
28:49si elles estiment que leur situation s'est dégradée.
28:52Il ne s'agit toutefois pas d'une obligation.
28:56Et hélas, à l'heure actuelle,
28:58aucune autorité n'a été dotée de moyens nécessaires
29:01pour accorder un tel soutien.
29:02Ce que nous regrettons.
29:04La loi date de 2022.
29:05On est en 2026.
29:07Rien n'a évolué sur ces aspects-là.
29:09Mais toutes ces autorités continuent à en faire la promotion.
29:12C'est demain, si vous êtes en galère
29:14à cause de votre alerte que vous subissez des représailles,
29:17on est là pour...
29:18En back-up.
29:19Il ne se passe absolument rien.
29:20C'était censé être une des avancées majeures de la loi
29:22pour la rendre effective.
29:25L'autre avancée majeure,
29:26c'était justement le rôle des autorités de contrôle.
29:29Sauf que, comme je te l'ai montré,
29:31les autorités de contrôle, elles bottent en touche.
29:34Et ce qui est d'autant plus problématique,
29:36c'est que, toujours avec mon collectif,
29:39on a réussi à interpeller certains députés et sénateurs.
29:43Et il y a un outil parlementaire,
29:46c'est les questions écrites au gouvernement
29:47où un député va interpeller un ou plusieurs ministres
29:51sur un sujet bien précis.
29:53Moi, à mon niveau, et ça a quand même du poids,
29:56j'ai eu deux questions.
29:57La première question, c'est une question
29:59sur le mécénat d'entreprise
30:02où ce député interpelle sur les dérives...
30:06Tu peux nous dire le nom du député ?
30:08Oui, il s'appelle Hugo Bernalicis,
30:10que je remercie, avec plusieurs députés de son parti.
30:15Et d'ailleurs, Hugo avait travaillé
30:17sur l'élaboration de cette loi Wasserman.
30:21Mais, encore une fois,
30:23entre ce qui est écrit et ce qui est appliqué,
30:25il peut y avoir un gap.
30:26En tout cas, il a été très réceptif à nos demandes
30:28et il s'est étonné sur les défaillances.
30:30Et il parle notamment de la protection des lanceurs d'alerte
30:33et il interpelle directement le ministre de l'Économie.
30:36Le ministre de l'Économie,
30:37plutôt que de répondre sur le fond,
30:39nous fait une analyse des articles
30:43du Code général des impôts
30:45et il occulte totalement la protection des lanceurs d'alerte.
30:48C'est-à-dire qu'un ministre
30:50oublie de parler des lanceurs d'alerte
30:53qui ont agi dans l'intérêt général.
30:55Sachant qu'en parallèle,
30:57il y a un autre dispositif,
30:59et ça, vous l'écoutez si vous le voulez,
31:02mais il y a un autre dispositif,
31:03il y a lanceur d'alerte et aviseur fiscal.
31:05Aviseur fiscal, en gros, c'est une personne
31:07qui va signaler des dérives sur des dispositifs fiscaux,
31:13mais qui va être indemnisée en quelque sorte.
31:16— OK. Oui, qui occupe un rôle analogue,
31:17mais dans un champ... — Complètement différent.
31:20— Et en tant que lanceur d'alerte,
31:22on nous fait croire que...
31:23Mais non, mais si vous faites lanceur d'alerte,
31:25vous aurez des mesures de protection
31:27et un soutien financier, psychologique,
31:29vous avez plein de protections, etc.
31:31Mais c'est une coquille vide, leur truc.
31:33Et la deuxième... Donc ça, pour le coup...
31:35— Si je comprends bien, en fait,
31:37toi, t'as tenté un certain nombre de recours,
31:39à la fois à travers les questions écrites à l'Assemblée,
31:43à la fois sous forme de demandes expresses
31:45auprès de la défenseur des droits.
31:47Et à chaque fois, on a admis que les mesures
31:51que tu réclamais existaient,
31:52mais que c'était impossible de t'en faire bénéficier.
31:54— Alors elles existent sur le papier,
31:57mais elles sont ce qu'on appelle ineffectives.
31:59C'est-à-dire qu'en fait, c'est du vent.
32:02Et au moins, le ministre de l'Économie,
32:04c'est Roland Lescure,
32:05enfin en tout cas, ses services,
32:06ont eu le mérite de répondre.
32:09En revanche, le ministre de l'Egarde des Sceaux,
32:12Gérald de Darmanin,
32:14a été interpellé...
32:15— Ça, c'est une autre question écrite.
32:16— C'est une autre question écrite.
32:18Il a été interpellé le 28 octobre.
32:21Normalement, ils doivent répondre sur deux mois.
32:23Et on parle quand même d'un sujet démocratique
32:25assez important,
32:26celui de la protection des lanceurs d'alerte.
32:28Ben, on attend.
32:30Là, il est occupé sur d'autres sujets, on imagine.
32:33Mais en tout cas...
32:33— Aucune réponse.
32:34— Aucune réponse.
32:35Il est ministre de la Justice.
32:38Ben, est-ce que la protection effective des lanceurs d'alerte
32:43est un sujet pour lui ?
32:44Je sais pas.
32:45Peut-être que quelqu'un de son ministère nous écoutera.
32:47Il pourra transférer le message.
32:48Donc c'est la question 10-577.
32:51C'est une lanceur d'alerte, une protection en trompe-l'œil.
32:54Et ça, quand tu me demandais si c'était à refaire,
32:57j'aurais aimé avoir connaissance de ces sujets-là,
33:02de ces carences,
33:03et me dire que si tu le fais,
33:05c'est une opération kamikaze,
33:06et tu te fais clairement sauter
33:09socialement, professionnellement,
33:10et que le parcours est difficile.
33:13— Et personnellement, éprouvant.
33:15— C'est horrible.
33:16— Ah, c'est vraiment horrible.
33:17— Ouais, parce qu'en fait,
33:18à ton petit niveau,
33:20ben, tu te retrouves sous pression,
33:22tu te retrouves épuisé financièrement,
33:25alors qu'encore une fois,
33:26en face, t'as des colosses.
33:27Tu sais que toi, t'as le bon rôle,
33:29que le rôle des autorités de contrôle
33:33et de l'État, des fonctionnaires,
33:35c'est de te protéger.
33:36C'est de...
33:38Enfin...
33:38Un Walt Disney, quoi.
33:40Mais pas du tout.
33:41Mais pas du tout, en fait.
33:43C'est toi qui subis les pressions.
33:46Et encore une fois, on a des...
33:48Je te parlais de mon collectif.
33:49On a des lanceurs d'air
33:51qui sont sur leur truc depuis 20 ans.
33:53Et j'aimerais quand même te parler
33:55d'une grande dame.
33:58Ce que je trouve génial dans ce collectif,
34:01c'est qu'il y a vraiment
34:01tous les niveaux de responsabilité,
34:04tout secteur d'activité.
34:06Et on a, par exemple,
34:07une dame qui était l'ancienne directrice
34:09de la sécurité alimentaire
34:11de chez Nestlé.
34:12Et avant ça, elle était au même poste,
34:14mais à l'Organisation mondiale de la santé.
34:17C'est-à-dire que...
34:17C'est une experte.
34:18C'est...
34:19Moi, je l'appelle
34:20la zidane de la sécurité alimentaire.
34:21C'est vraiment la référence,
34:24d'autant plus que les référentiels
34:25utilisés par les autorités de contrôle
34:27des différents États,
34:28des différents États,
34:31la France, les États-Unis, etc.,
34:32se basent sur ces travaux.
34:34Donc, quand elle parle,
34:35c'est une sommité internationale.
34:36internationale.
34:37Et donc, elle était en Suisse.
34:42Les dysfonctionnements touchaient la France,
34:44puisqu'il y a eu des scandales alimentaires
34:46en France aussi.
34:47Elle est allée interpeller
34:49les autorités de contrôle.
34:52Ils n'y ont jamais répondu.
34:53Elle attend toujours.
34:55Elle, elle a constaté chez Nestlé
34:57qu'il y avait des pratiques
34:59qui n'étaient pas conformes
34:59à leurs normes d'hygiène
35:01et de sécurité alimentaire.
35:02Exactement.
35:03Et qui pouvaient avoir un véritable...
35:04Dans différents secteurs.
35:05Dans différents secteurs.
35:06Et qui pouvaient y avoir
35:07un véritable risque sanitaire
35:09que c'étaient des produits
35:10impropres à la consommation.
35:13On parlait tout à l'heure
35:14des biscuits pour bébés,
35:16l'eau avec les matières fécales.
35:18C'est tout ça.
35:19Et ces sujets-là, en fait,
35:21concernent tout le monde.
35:21Quand on parle de l'intérêt général,
35:24ce n'est pas une notion abstraite.
35:26Et encore une fois,
35:28quand tu touches à l'alimentation,
35:30à la santé,
35:31à l'environnement, etc.
35:33Ça peut être le routier
35:35à qui on a demandé
35:36d'aller déverser des produits toxiques
35:38dans une rivière.
35:40Il y a vraiment un panel
35:42hyper large de lanceurs d'alerte.
35:44Et que ces gens-là,
35:46qui ont agi dans l'intérêt général,
35:48soient d'une part ignorés
35:49par les autorités,
35:50mais aussi ignorés par les médias,
35:54c'est quand même ultra problématique.
35:56Parce que quand les médias
35:57parlent de ces affaires-là,
35:58on parle du fond de l'alerte,
36:00du sujet.
36:01Mais on ne parle jamais
36:02du plongeon social,
36:06professionnel,
36:06qui va se subir.
36:07Que c'est pour le lanceur d'alerte.
36:08Et je trouve que c'est ça
36:09qui est assez dramatique.
36:11C'est ce que je vis aujourd'hui.
36:13C'est une forme de sacrifice.
36:15Ça se fait assez dépendre
36:16de devenir lanceur d'alerte.
36:17Alors, oui.
36:19C'est un sacrifice,
36:20moi, encore une fois,
36:20à la base,
36:21je ne le savais pas.
36:22C'est chemin faisant
36:24que tu t'aperçois
36:25que c'est une sacrée arnaque,
36:26avec ce statut.
36:27D'autant plus que
36:29quand tu fais
36:30ton tout premier signalement,
36:32tu le fais en interne.
36:33En tout cas,
36:34tu as différentes possibilités.
36:36Tu n'imagines pas...
36:36Ce n'est pas nécessaire
36:37de le faire en interne.
36:38Aujourd'hui,
36:39tu peux le faire
36:39aux autorités externes.
36:40Oui, sauf que tu n'es pas spécialiste,
36:41en fait.
36:42Tu regardes la politique interne
36:43de le règlement intérieur
36:45parce que tu as une page
36:46sur les sites
36:49procédure de lanceur d'alerte.
36:51Ramenez tous vos documents
36:52à la direction compliance.
36:55C'est ça.
36:55À moins de connaître déjà le système.
36:57Oui, sauf que personne ne le connaît
36:58parce qu'en fait,
36:59quand tu fais ça au début,
37:00tu ne fais pas ça,
37:00encore une fois,
37:01pour être lanceur d'alerte.
37:02Tu fais ça pour régler un problème.
37:04Et c'est tous ces dysfonctionnements,
37:06c'est tous ces dérapages
37:07qui font qu'à un moment,
37:08tu vas devenir lanceur d'alerte.
37:09mais quand tu pointes un sujet,
37:13tu crois juste qu'il va être corrigé.
37:14Tu ne penses pas
37:14que tu vas te manger,
37:16encore une fois,
37:17ce tsunami dans la tête,
37:18que tu vas devenir
37:19persona non grata,
37:20que tu vas devenir
37:21l'ennemi à abattre
37:23autant de ton entreprise
37:24mais aussi des autorités de contrôle
37:27qui, en tout cas, t'ignorent
37:29et que tes procédures judiciaires
37:33vont être ultra longues.
37:34Et surtout,
37:35comment derrière,
37:36tu te réintègres
37:37sur le marché du travail ?
37:41Et là,
37:42je lance encore un appel
37:43au ministre du Travail.
37:45Il existe plein de dispositifs
37:47pour accompagner
37:49plein de corps de métier
37:50à la réinsertion professionnelle.
37:51Il serait peut-être intéressant
37:52de s'attarder
37:54sur le sort des lanceurs d'alerte
37:55qui ont agi
37:56pour l'intérêt général.
37:58Tu penses que,
37:59à ton avis,
38:00c'est quoi les mesures
38:00les plus urgentes
38:01pour rendre effectif
38:02le statut de lanceur d'alerte ?
38:05Alors, il y en a plein.
38:07À mon sens, déjà...
38:09Celle qui remplirait
38:10la coquille vide,
38:12au moins pour commencer.
38:13Déjà, on parlait
38:15des mesures de soutien
38:16psychologique et financier.
38:17Quand toi,
38:18tu n'as même plus d'argent
38:19pour payer ton loyer,
38:19comment tu portes
38:21une procédure
38:21qui ne t'appartient pas ?
38:22C'est que les consignes
38:26soient peut-être renforcées
38:27au niveau des ministères
38:28et des administrations.
38:31Il y a un article
38:33qui est hyper important.
38:34C'est ce qu'on appelle
38:34l'article 40
38:35du code de procédure pénale.
38:37C'est une obligation
38:38qui est faite
38:38à tous les fonctionnaires
38:40ou à toutes les autorités
38:41que dès lors qu'elles ont accès...
38:43C'est dans le secteur public, ça ?
38:45Pas que.
38:46Parce que,
38:47quand je parle d'autorité constituée,
38:49c'est par exemple
38:49un service compliance
38:50est une autorité constituée.
38:52C'est une obligation
38:53et elles doivent reporter
38:55directement l'effet au parquet.
38:57Sauf que ce n'est pas appliqué.
38:59Ils te trouvent plein
39:00de coups de trafalgar
39:02pour ne pas assumer
39:03leur responsabilité.
39:04Et surtout,
39:05c'est une obligation
39:05pour laquelle
39:06il n'y a pas de contrainte.
39:08C'est-à-dire,
39:08si tu le fais, c'est bien.
39:09Si tu ne le fais pas,
39:10ce n'est pas grave.
39:12Donc, ça,
39:13c'est le deuxième point.
39:15Il y a quelque chose
39:16qui ressort
39:17d'énormément de dossiers
39:18de lanceurs d'alerte.
39:19C'est que quand tu fais
39:20un signalement
39:21auprès des autorités
39:22de contrôle,
39:23tu n'es jamais auditionné.
39:26Ce qui est quand même
39:27assez incroyable
39:28puisqu'on connaît
39:29les systèmes de l'intérieur.
39:31C'est nous qui avons fait l'alerte
39:33et peut-être que dans nos signalements...
39:34Comment ça,
39:35on n'est jamais auditionné ?
39:36C'est-à-dire que ce soit
39:38la DGCRF,
39:38la DGFIP, etc.,
39:40n'auditionne jamais
39:41le lanceur d'alerte.
39:42Tu ne les as jamais rencontrées ?
39:44Jamais.
39:44Elles se sont appuyées
39:45sur des dossiers que...
39:47des dossiers
39:48qu'on a faits en pensant
39:51que c'était suffisant.
39:53Et c'est sans doute suffisant.
39:56Moi, je leur ai carrément apporté
39:57ce qu'on appelle
39:57des aveux extrajudiciaires,
39:59c'est-à-dire procès verbal
40:00de constat d'huissier
40:01où il y avait des déclarations
40:03où la partie...
40:05Ben, ils refusent
40:06de t'auditionner, en fait.
40:07Ils envoient le dossier
40:08de service en service.
40:10Personne ne t'appelle jamais.
40:11On ne te pose aucune question.
40:13Je te donne un exemple.
40:14C'est que moi,
40:17je fais mon signalement
40:18à ces autorités
40:19sans être un expert
40:20de la fiscalité.
40:24J'ai enfin terminé
40:25mon volet prud'homale.
40:26Maintenant, je peux m'attaquer
40:26au volet pénal.
40:27Mon avocate,
40:29mon avocate pénaliste
40:31et fiscaliste,
40:32me pose une question
40:33toute simple.
40:33où partait l'argent ?
40:35Et là, je percute,
40:37je me dis,
40:37mais ah ouais,
40:38en fait, pendant deux ans,
40:39on n'avait pas de compte bancaire
40:40en France.
40:40Tout partait en Angleterre.
40:43Est-ce que c'était
40:43un moyen de brouiller les pistes
40:45ou est-ce que c'était
40:45vraiment de bonne foi ?
40:46Je ne sais pas.
40:47Je ne suis pas juge,
40:49mais en tout cas,
40:49ça pose question.
40:51Et ce que j'ai remarqué aussi,
40:53c'est que ces consignes
40:53où on me demandait
40:54de maquiller des prestations,
40:56elles sont arrivées
40:57pile au moment
40:57où on a eu
40:58le compte bancaire en France.
41:01Et ça, peut-être
41:02que si...
41:03la DG FIP
41:04m'avait posé ces questions,
41:05j'aurais répondu.
41:07D'autant plus que mon dossier
41:08au niveau de la DG FIP
41:09a été traité par une autorité,
41:11je suis désolé,
41:11ça va être un petit peu technique,
41:12au niveau de la DNEF,
41:14Direction nationale...
41:15Vous pouvez nous expliquer un petit peu ?
41:16Donc, la DNEF,
41:17c'est la Direction nationale
41:18des enquêtes fiscales
41:19qui gère les flux en France.
41:21Sauf que là,
41:21je ne viens que démontrer
41:23en 8 secondes
41:24que les flux circulaient
41:26en Angleterre.
41:27Donc, est-ce qu'ils sont passés
41:28à travers ?
41:29Ou est-ce qu'ils auraient dû
41:30transformer une autre autorité
41:32sur un truc,
41:35la DNIV,
41:36Direction nationale,
41:38enfin,
41:38Direction des enquêtes internationales,
41:40je ne sais plus quoi.
41:41En fait, il y a plein de services
41:43et si tu es bien orienté,
41:44il peut y avoir un contrôle.
41:45Si tu es mal orienté,
41:46il n'y aura jamais de contrôle.
41:49Et surtout,
41:50les conclusions,
41:50de toute façon,
41:51elles ne servent pas à grand chose,
41:52en tout cas dans le parcours
41:53du lanceur d'alerte,
41:54puisque très souvent,
41:55on t'explique
41:55« Ah ben, secret fiscal. »
41:58Donc, on ne peut pas aller plus loin.
41:59C'est surtout qu'on ne peut rien te dire.
42:00Est-ce que toi,
42:01dans ton parcours,
42:01tu as l'impression
42:02d'avoir été lanceur d'alerte deux fois,
42:03lanceur d'alerte au carré,
42:05au sens où tu as commencé
42:06par produire un signalement
42:08sur des détournements de fonds
42:10dans la filière du groupe Vendel
42:12pour laquelle tu travaillais.
42:14Et tu as fini par découvrir
42:15que, en fait,
42:17c'est le système
42:17des lanceurs d'alerte
42:19qui est défaillant.
42:21Alors,
42:23certains lanceurs d'alerte
42:24s'appellent
42:24les Vigies de la République.
42:26Moi, je parle surtout de...
42:29Désolé pour l'expression,
42:30mais de pigeons, en fait.
42:32On s'est carrément fait instrumentaliser.
42:35On nous fait croire
42:36que l'entreprise doit être éthique,
42:38etc.
42:40Et au final,
42:41il ne faut surtout pas parler.
42:42Est-ce que la morale,
42:44est-ce que le message envoyé
42:45dans ces parcours-là,
42:46c'est taisez-vous ?
42:47Donc, moi,
42:47j'ai l'impression
42:47d'avoir été lanceur d'alerte
42:49plein de fois,
42:51mais en tout cas,
42:53me te faire arnaquer
42:54par tout ce système,
42:57par tous ces gens puissants.
42:59Et il ne fallait pas que je parle.
43:01Parce que tu as l'impression
43:02d'avoir été beaucoup plus souvent
43:04encouragé à taire
43:04qu'elle parlait.
43:05Ah, mais clairement.
43:06Et c'est juste parce que
43:10je fais preuve de résilience
43:12et c'est ultra violent.
43:15Donc, tu as envie
43:15que justice soit faite aussi.
43:18Donc, je ne comprends même pas
43:20comment ça se fait
43:21qu'aucune autorité,
43:22alors même qu'eux-mêmes
43:24parlent d'escroquerie,
43:25que je me retrouve, moi,
43:26à porter leur dossier, en fait.
43:28Je ne suis pas fonctionnaire,
43:28moi, à la base.
43:29Moi, j'étais commercial,
43:31je faisais ma petite vie tranquille,
43:33je ne veux pas aller en prison
43:34et je me retrouve
43:34à faire tout ça, en fait.
43:35Tu as été forcé
43:36de faire le travail
43:36de quelqu'un d'autre ?
43:37Ah, clairement.
43:38On m'a mis au milieu du ring
43:40sans armes
43:40et tu te retrouves
43:41face à un colosse
43:43et face à une inertie totale
43:44des autorités, ouais.
43:48Et pourquoi est-ce que
43:49tu as continué, tu penses ?
43:53Pourquoi j'ai continué ?
43:54En fait, tu ne te poses
43:55même pas la question
43:55parce qu'à chaque fois,
43:56tous les deux, trois mois,
43:57tu as un nouveau truc.
43:58Tu te dis,
43:58j'ai fait ça,
43:59je ne peux pas m'arrêter
44:00et tu es contraint.
44:02Mais vraiment,
44:03tu as l'impression
44:03de rentrer dans un espèce
44:05d'engrenage complet,
44:07dans une machine infernale.
44:10Tu crois que ça va durer
44:11deux mois, trois mois,
44:12tu te retournes,
44:13ça fait trois ans, six ans,
44:14pour certains, dix ans.
44:16Et surtout, à un moment,
44:18c'est le rôle de l'État
44:20de nous permettre
44:21de nous réinsérer,
44:22de nous accompagner,
44:24de nous protéger aussi.
44:25parce qu'encore une fois,
44:27on a le bon rôle en réalité.
44:29Donc, est-ce que
44:32c'est pour protéger
44:33certains intérêts économiques ?
44:35Je peux même le comprendre, ça.
44:37Mais on n'a pas
44:37à être sacrifié de la sorte.
44:40Tu as été comme si
44:41tu avais été victime
44:41de ton alerte.
44:43Complètement.
44:44Complètement.
44:46Là, il y a un nouveau concept.
44:50C'est ce qu'on appelle
44:51la victimisation secondaire.
44:53C'est des femmes,
44:55souvent des femmes,
44:56qui vont être victimes
44:57d'agressions sexuelles
44:58et qui se retrouvent
45:01abandonnées
45:01alors qu'elles sont victimes
45:03par l'autorité judiciaire,
45:05par la police, etc.
45:06Et elles viennent
45:07de faire condamner
45:09l'État
45:10pour victimisation secondaire
45:11parce que le rôle
45:13de l'État
45:13qui était de protéger
45:15ces victimes
45:16a été, au contraire,
45:18de les enfoncer
45:18et d'être un nouveau bourreau.
45:20C'est exactement
45:21la même chose
45:21pour les lanceurs d'alerte.
45:23Donc,
45:25il y a un moment,
45:25il va falloir que certaines personnes
45:26prennent leurs responsabilités.
45:28Je vais encore reparler
45:29des agressions sexuelles
45:30dans les établissements,
45:31les affaires de pédocriminalité.
45:33On est en plein
45:36dans l'affaire Epstein.
45:38On a certains politiques
45:39qui nous disent
45:40la main sur le cœur
45:41que ces histoires-là
45:43ne devraient jamais se passer
45:44et qu'il faut parler.
45:46OK,
45:47mais la personne qui parle,
45:48est-ce qu'elle est protégée ?
45:49Pas du tout.
45:50Ça reste un suicide
45:52professionnel
45:52et social
45:53que de parler.
45:55Alors que ça devrait être
45:56au contraire
45:57encouragé
45:57ou au moins
45:58que les personnes,
45:59une fois qu'elles ont parlé,
46:00qu'elles soient juste protégées
46:01et qu'on les accompagne.
46:03L'État peut faire
46:05énormément de choses.
46:06Qu'est-ce que ça t'inspire
46:07de savoir
46:08que le nombre d'alertes
46:09ne cesse d'augmenter ?
46:10Que les lanceurs d'alerte
46:11sont de plus en plus nombreux
46:12alors que les mesures
46:13de protection
46:14ne sont pas de plus en plus fortes ?
46:16Alors moi,
46:17je t'avoue que
46:18dernièrement,
46:19j'ai eu par exemple
46:19un lanceur d'alerte
46:22qui voulait s'engager
46:23dans une procédure
46:24qui est à ses tout débuts.
46:27Je l'ai vraiment mis en garde.
46:29Tu l'en as dissuadé ?
46:32J'ai essayé en tout cas.
46:34Oui,
46:34parce que je pense
46:35qu'il faut aussi avoir
46:36un rôle pédagogique
46:38expliqué aux gens
46:39qui n'ont pas à servir
46:40de chair à canon
46:42pour ces sujets-là
46:44et personne ne devrait
46:46être sacrifié
46:46en faisant une alerte
46:47et pourtant,
46:48c'est la norme.
46:49Et en fait,
46:49quand tu vois les personnes
46:50qui sont au tout début
46:51comme toi,
46:51tu étais à ton tout début
46:52et qu'à chaque fois,
46:54tu as cru aux lois,
46:55tu as cru que tu allais
46:56être protégé
46:56par ses autorités,
46:58que ça allait fonctionner,
47:00mais non,
47:00tout déraille.
47:02Et Transparency International
47:05justement a mis en avant
47:07que la dégringolade
47:09internationale
47:10de la France
47:11au niveau
47:12de la corruption.
47:14Ben ouais,
47:15nous,
47:15on est juste
47:16les personnes...
47:16Des gringolades
47:17au classement international.
47:18Exactement.
47:19Et pour le coup,
47:21nous,
47:22on en est les principaux témoins,
47:23les premiers témoins.
47:25Parce que pour le kidam,
47:27effectivement,
47:28on ne sait pas exactement
47:29à quoi ça correspond
47:30ce truc-là.
47:30Mais en fait,
47:32c'est encore une fois
47:34sur ces histoires
47:34de corruption,
47:36c'est de l'argent public.
47:37Et quand on parle
47:38d'argent public,
47:39c'est ça aussi
47:39qui fait que l'hôpital
47:40est en crise
47:41que l'éducation nationale
47:42est en crise,
47:43qu'il n'y a plus d'argent
47:43nulle part.
47:44Mais l'argent,
47:45il est quelque part quand même.
47:46On est un pays riche.
47:48Là, je te donne
47:48un autre exemple.
47:50C'est un documentaire
47:52qui a eu...
47:52Bon, je fais un petit peu
47:53de pub pour un autre média.
47:55C'est sur Arte.
47:56Il y a eu un super documentaire.
47:59Il y a eu un super documentaire
47:59sur une dame,
48:00une grande dame
48:01qui s'appelle
48:01Ouria Awimer.
48:03Ancienne directrice
48:04des AGS.
48:05C'est le fonds de garantie
48:07des salaires.
48:07C'est là, oui.
48:08Et donc,
48:09elle était la directrice
48:11de cette institution
48:12et elle s'aperçoit
48:13qu'il manque
48:137 milliards.
48:16Mais où est l'argent ?
48:17C'est de l'argent
48:18qui aurait dû être redistribué
48:22à des salariés
48:23dans le besoin.
48:24Et au final,
48:24cet argent disparaît.
48:25On ne sait pas
48:26où il est,
48:27mais en tout cas,
48:28il n'y a personne
48:28qui le cherche.
48:29Et plutôt que de faire semblant
48:32de chercher,
48:33on préfère encore une fois
48:34attaquer la lanceuse d'alerte
48:35qui est dans un parcours
48:37mais monstrueux
48:38et qui se bat
48:40avec ses moyens.
48:42Et moi, clairement,
48:43je n'ai pas envie
48:44de mener ce combat.
48:47J'ai juste envie
48:48de rappeler
48:48aux administrations
48:49et avoir des soutiens politiques
48:51aussi pour que ces lois
48:54ne soient plus en trompe-l'œil.
48:57Écoute, merci beaucoup.
48:58Merci, Victor.
48:59C'était une super interview
49:01et à la prochaine.
49:02Allez, à bientôt.