00:00Va falloir qu'on en parle du deux poids deux mesures dans l'affaire Barbara Butch.
00:02Parce que tout le monde semble brandir l'argument de la liberté d'expression mais que quand ça l'arrange.
00:05Bon, étant donné que ça fait une semaine qu'on en entend parler tous les jours, je vais rappeler les
00:08faits mais assez rapidement.
00:09Ce samedi 18 juillet, la DJ Barbara Butch s'est produite au festival Le Cabaret Frappé à Grenoble
00:14et elle a interrompu sa prestation au bout de 20 minutes à cause d'une manifestation.
00:17Des militants ont investi les lieux du concert, ont brandi des banderoles et scandé des slogans pro-palestiniens
00:22et Mediapart parle de certains débordements dont le jet d'un projectile qui serait atterri à côté de sa console
00:27et qui aurait mené à l'interruption du concert.
00:29Il faut bien comprendre que l'un des gros nœuds de cette polémique concerne justement les motivations de cette mobilisation.
00:33Plusieurs représentants d'extrême droite évidemment mais aussi de la droite et d'une partie de la gauche
00:38affirment que cette protestation a eu lieu en raison de la confession juive de l'artiste.
00:41Chose que Barbara Butch soutient elle-même.
00:43Il est donc important de rappeler une chose, les critiques vis-à-vis de Barbara Butch ne datent pas de
00:47samedi 18 juillet,
00:49elles datent de plusieurs mois et portent selon les organisateurs eux-mêmes de cette mobilisation
00:52sur ses prises de position politique et non pas sur sa confession juive.
00:55En gros ces critiques visent ce qu'elle fait et non pas ce qu'elle est.
00:57On rappelle donc que Barbara Butch a signé une tribune en faveur de la très controversée loi Yadan
01:02qui criminalise toute critique d'Israël, signature qu'elle a ensuite retirée,
01:05mais elle a également fait un petit concert privé pour l'ambassadeur français à Tel Aviv en 2025.
01:10Ce sont des choix qui peuvent être interprétés comme une forme de tolérance
01:13vis-à-vis des actions du régime génocidaire d'Israël.
01:15Ce sont des choix qui peuvent donc et doivent pouvoir être critiqués.
01:19Ce qui m'amène vers mon second point et sans doute le plus important,
01:21dans une démocratie, on peut critiquer l'art de quelqu'un.
01:23On peut même critiquer ses prises de position.
01:25En revanche, on ne peut pas censurer qui que ce soit ou empêcher quelqu'un de s'exprimer.
01:28Ça, ça serait contraire à un de nos principes fondamentaux qui est celui de la liberté d'expression.
01:32Oui, vous savez ce principe devenu étendard à géométrie variable.
01:34Parce que je trouve ça toujours amusant de voir à quel point la mémoire est sélective
01:37chez certains de ces défenseurs de la liberté d'expression.
01:40Beaucoup de ceux qui montent au créneau vis-à-vis de Barbara Butch et de sa liberté culturelle
01:44étaient bizarrement bien plus discrets quand le spectacle d'Akimo Miri était interrompu.
01:47Où étaient ces grandes déclarations sur la liberté culturelle
01:50quand des responsables politiques exigeaient l'annulation de concerts de Médine ?
01:53Qui portait cette indignation au nom de la liberté d'expression ?
01:55Et d'ailleurs, de l'autre côté, tout le monde est d'accord pour boycotter Depardieu, non ?
01:57Ou n'importe quel artiste problématique.
01:59Alors pourquoi, quand il s'agit de soutien présumé à Israël, là, ça pose problème ?
02:02Preuve que c'est plus un problème de fond que de forme.
02:05Ce n'est visiblement pas le principe du boycott qui est critiqué en lui-même.
02:07Il faut bien comprendre une chose, c'est que si la liberté d'expression n'est invoquée que quand ça
02:10protège son propre camp,
02:11alors ce n'est plus un principe, c'est une arme politique.
02:13Et c'est précisément ça qui nourrit la polarisation permanente du débat public.
02:16Et surtout, et je terminerai par cela, tout cet engouement médiatique agit comme un véritable écran de fumée.
02:21C'est-à-dire que pendant que Barbara Butch est invitée,
02:24ou alors que ses prises de position sont discutées sur tous les plateaux télé depuis bientôt une semaine,
02:28avons-nous parlé par exemple de l'adoption définitive au Parlement de la loi permis de tuer ?
02:32Ou alors avons-nous parlé de la nomination définitive, encore une fois,
02:35d'un défenseur des droits anti-IVG, anti-immigration et anti-mariage pour tous ?
02:38Et enfin, et c'est sans doute la chose la plus importante,
02:39avons-nous parlé des morts qui continuent à se multiplier de jour en jour à Gaza ?