- il y a 1 jour
La flottille "Nuestra América Convoy" est arrivée à Cuba samedi 21 mars. Lancée par le progressiste David Adler, coordinateur de "Progressive International", l’initiative vise à briser l’isolement matériel et symbolique imposé par le blocus. Sur place, la population fait face à de graves pénuries (énergie, nourriture, médicaments...) et à des coupures d’électricité répétées. Depuis La Havane, l’eurodéputé belge Marc Botenga, qui a embarqué à bord de la flottille, témoigne de la situation.
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NewsTranscription
00:01Cuba va-t-elle survivre au blocus toujours plus intense des Etats-Unis ?
00:05La flottille Nuestra America est arrivée à Cuba samedi 21 mars.
00:09L'initiative a été lancée par l'international progressiste.
00:12David Adler, coordinateur général de l'organisation, a expliqué à l'humanité que l'objectif de ce convoi est de
00:18briser l'isolement tant sur le plan matériel que symbolique.
00:21En effet, Cuba se trouve sous blocus.
00:24Les habitants manquent de ressources, pétrole, nourriture, médicaments, bien de première nécessité.
00:29Les coupures d'électricité s'enchaînent.
00:31Avec nous, Marc Botanga, bonjour.
00:34Bonjour.
00:35Vous êtes député européen pour le Parti du travail de Belgique.
00:38Donc vous êtes allé à la Havane.
00:41Quelle est la situation de Cuba actuellement ?
00:44Elle est très difficile.
00:45Il faut s'imaginer un pays sous non seulement embargo blocus depuis 60 ans,
00:51depuis grosso modo la révolution cubaine,
00:56où les États-Unis ont dit « on va mettre un embargo, on va mettre un blocus en place pour
01:00que la population se révolte contre le nouveau gouvernement ».
01:04Aujourd'hui, Donald Trump, déjà dans son premier mandat, avait ajouté des sanctions.
01:10Et aujourd'hui, il a dit « il n'y aura plus une goutte de pétrole qui va rentrer à
01:13Cuba ».
01:13Donc c'est évidemment, il faut s'imaginer un pays, une île, qui ne peut plus importer de pétrole.
01:19C'est extrêmement, extrêmement violent.
01:21Et ça se voit au quotidien des gens.
01:24Je veux dire, s'il n'y a plus de pétrole, si vous ne pouvez plus faire le plein,
01:27comment est-ce que vous arrivez au travail ?
01:29Comment est-ce que vous pouvez opérer dans un hôpital ?
01:32Comment est-ce que vous pouvez…
01:34Enfin, toute la base de la vie, en réalité, il faut s'imaginer, risquer de vivre.
01:37On a encore eu samedi soir un blackout total à la Havane.
01:42Voilà, ça paralyse la vie, tout simplement.
01:44Vous, qu'est-ce que vous avez constaté sur place ?
01:48Moi, ce qui m'a frappé, je ne vais pas vous mentir,
01:51c'est d'abord la question de la tranquillité dans les rues.
01:57Parce que comme il n'y a quasi plus de carburant, d'essence,
02:01c'est évidemment fortement rationné.
02:03Et ça veut dire qu'il y a très peu de véhicules qui circulent.
02:05Donc, la Havane, qui est quand même une capitale,
02:08on se l'imagine avec beaucoup de circulation.
02:12En réalité, c'était extrêmement calme pour cette raison-là.
02:15Et en deuxième lieu, j'ai visité un centre d'oncologie,
02:21donc de traitement contre le cancer.
02:24Et ce qu'ils me racontaient là, c'était qu'évidemment,
02:27ils essayaient de se débrouiller avec des panneaux solaires,
02:30mais ça ne compensait pas tout.
02:33Ils disaient, généralement, on travaille avec des générateurs d'urgence,
02:36mais évidemment, si vous n'avez pas de combustible pour le générateur,
02:40ça ne marche pas non plus.
02:42Et donc, ils voyaient globalement, d'ailleurs, à cause de l'embargo,
02:46une diminution du taux de survie aussi des gens.
02:50Parce que ça fait des années, évidemment, ils se disaient,
02:53on avait réussi à gérer certaines choses,
02:55mais avec les mesures de Donald Trump,
02:57que ce soit lors de son premier mandat ou maintenant,
02:59tout simplement, notre travail de médecin,
03:03qui est celui d'aider les gens,
03:05est rendu difficile, voire impossible.
03:09Et ça, ça marque, parce que c'est des vraies vies,
03:13de gens qui n'ont pas le traitement qu'ils méritent
03:17ou qu'ils nécessitent.
03:18Vous avez rencontré des gens sur place ?
03:21Des habitants ?
03:24Oui, on a parlé avec les gens,
03:26on a parlé avec beaucoup de gens différents.
03:29Évidemment, il y a plein d'opinions,
03:32mais il est très clair que les gens disent,
03:34voilà, on en est là,
03:37on ne va pas se laisser faire.
03:38Donc, ça, c'était quand même,
03:40cette violence de Donald Trump et des États-Unis,
03:43elle n'est pas nouvelle pour les Cubains,
03:46ils le savent.
03:47Il y avait aussi, voilà, il y avait les discussions,
03:50donc le président cubain a parlé,
03:53a expliqué qu'il y avait des négociations,
03:55des discussions avec les États-Unis.
03:58Et donc, les gens étaient là,
03:59oui, il faut que la situation s'améliore.
04:02On ne peut pas, voilà,
04:03on ne peut pas vivre, évidemment, sur une île,
04:05même s'il y a des investissements.
04:07Maintenant, il y a des aides qui arrivent aussi,
04:09des panneaux solaires qui arrivent, pardon.
04:12Mais il faut que ça, comment dire,
04:14il faut que ce blocus se lève.
04:17Vous êtes allé sur l'île avec de l'aide humanitaire.
04:19Qu'est-ce que vous avez emporté avec vous ?
04:22Nous, surtout, du matériel médical,
04:23mais donc, on fait partie d'une flottille,
04:25disons, aérienne, par mer,
04:29dépendant d'où on part,
04:31de différents pays.
04:33Donc, j'ai rencontré là-bas des gens
04:35qui venaient des États-Unis,
04:36des activistes, des syndicalistes solidaires
04:41de différents pays, aussi d'Amérique latine,
04:43évidemment, beaucoup de monde,
04:45et de l'Europe.
04:46Donc, nous, c'était surtout du matériel médical.
04:50Ça peut être des médicaments,
04:51mais aussi des choses très, comment dire,
04:55plus mécaniques, comme des backsters,
04:58des tubes, etc., qui manquent.
05:01D'autres ont amené aussi du matériel
05:03pour des panneaux solaires.
05:04C'est quelque chose qui est très, très nécessaire
05:07et qui peut permettre à une petite clinique
05:09de quartier, qui font la première ligne,
05:11et qui sont encore plus importants aujourd'hui,
05:13parce que quand vous avez du mal à vous déplacer,
05:15il n'y a plus de carburant,
05:17la clinique, la polyclinique de quartier,
05:19qui est plus proche de chez vous,
05:21va vous permettre d'avoir quand même
05:23un accès aux soins immédiats.
05:26Et donc, des panneaux solaires peuvent aider là.
05:28Ça, c'était quand même deux piliers de l'aide
05:32que le convoi a essayé d'amener.
05:35Vous, vous êtes parti d'où ?
05:36Vous êtes parti quand ?
05:38Et avec qui ?
05:40Racontez-nous.
05:41Comme vous l'avez dit,
05:42il y a le Progressive International
05:43qui a coordonné ça.
05:46Après, moi, je suis parti de l'Italie.
05:48Il y avait une organisation italienne
05:52de solidarité avec Cuba,
05:53comme il y en a dans différents pays.
05:55Je sais qu'il y a aussi l'aide qui est partie
05:57de la France, de l'Espagne,
06:00il me paraît, différents pays européens,
06:01en tout cas.
06:03Pour préciser, vous êtes parti en avion.
06:06Oui, oui, oui.
06:07Donc, oui, on a de l'Europe, évidemment,
06:09un convoi, comment dire, une flottie en navire,
06:12ça aurait pris beaucoup, beaucoup de temps.
06:14Donc, les navires, si on veut,
06:16la flottie par bateau, par navire,
06:19est partie du Mexique, surtout.
06:25Et de l'Europe, évidemment,
06:26nous sommes partis en avion,
06:28ce qui nous a permis d'amener
06:30pas mal de tonnes d'aides
06:32à travers les différents vols.
06:36Et ce qui est là-dedans,
06:38je trouve que ce qui m'a frappé
06:39dans la diversité des personnes
06:40qui sont passées,
06:42ou qui étaient, par exemple,
06:43dans l'avion,
06:44qui sont parties avec nous,
06:46c'était qu'il y avait
06:47une énorme diversité.
06:48Donc, il y avait beaucoup de jeunes activistes
06:51révoltés, en fait,
06:53par, d'une part,
06:55les mesures américaines, évidemment,
06:58qui voient cette logique de Donald Trump
07:00qui va imposer sa, comment dire,
07:02sa politique un peu partout,
07:04que ce soit au Venezuela, à Cuba,
07:05au Moyen-Orient,
07:07mais d'autre part aussi,
07:09qui demandent une action européenne.
07:11Parce que je pense que ça fait partie,
07:12quand même aussi,
07:13de la question.
07:15c'est qu'on voit
07:16qu'il y a un blocus,
07:17qu'il y a une punition collective
07:19de 10 millions de personnes.
07:20Parce que c'est ça,
07:21ça frappe l'éducation,
07:23les soins de santé,
07:24c'est vraiment toute une vie,
07:25ou toute la vie des gens
07:27qui est frappée.
07:30Eh bien, que fait l'Europe ?
07:32Je veux dire,
07:33les États-Unis sont soi-disant
07:34notre plus grand allié,
07:36notre meilleur allié,
07:37on est dans l'alliance avec eux
07:39au niveau de l'OTAN, etc.
07:40Pourquoi est-ce que l'Europe n'agit pas ?
07:42Pourquoi est-ce que les gouvernements européens
07:44ne réagissent pas
07:46à cet acte criminel ?
07:49Est-ce que vous, justement,
07:50vous allez lancer des initiatives
07:51au Parlement européen ?
07:52Oui, nous, on continue
07:54à mettre la pression
07:56via le Parlement,
07:58notamment sur les responsables européens.
08:01Je pense en premier lieu
08:02à la haute représentante,
08:04Kaya Kalas,
08:05qui est, disons,
08:06un peu la ministre
08:07des Affaires étrangères
08:08de l'Union européenne,
08:08si on peut l'appeler comme ça,
08:09même si elle n'a pas
08:10le même rôle qu'un ministre,
08:11évidemment.
08:14Et après, je pense
08:15que ce qui est vraiment important ici,
08:16c'est de développer
08:18le mouvement de solidarité
08:19pour mettre la pression.
08:20Parce que ce que nous pouvons faire
08:21au Parlement,
08:23c'est une chose.
08:24Donc, on peut dénoncer,
08:25on peut démasquer
08:25certaines complicités
08:27avec la politique de Trump,
08:29que ce soit vis-à-vis de Cuba
08:30ou autre chose.
08:30Moi, je vois que
08:31quand Donald Trump
08:32viole le droit international,
08:33l'Union européenne
08:34n'ose pas le condamner.
08:36Je ne parle même pas d'agir,
08:37je parle de condamner
08:38en premier lieu.
08:40tandis qu'on est toujours prêt
08:41à condamner
08:44quasi tout autre pays
08:45au monde.
08:47Et donc, ça,
08:47c'est une étape.
08:49Une deuxième étape
08:50me paraît d'approfondir
08:51ce mouvement
08:51de solidarité humaine
08:53entre peuples.
08:54En disant,
08:55nous sommes avec
08:56le peuple cubain,
08:57nous sommes avec
08:58les gens sur place
08:59et leurs droits
09:00élémentaires,
09:01leurs droits basiques
09:02de pouvoir choisir,
09:04comment dire,
09:05de pouvoir mener leur vie,
09:06de pouvoir choisir
09:08comment développer
09:08leur île, etc.
09:10Et ça,
09:10ça me semble vraiment important,
09:12mais ça,
09:12ça dépendra
09:13de la mobilisation populaire.
09:14Pourquoi c'est important
09:15pour vous
09:15de vous engager
09:16pour Cuba ?
09:18Je pense qu'il y a
09:20deux éléments.
09:20Le premier élément,
09:21évidemment,
09:22est humain.
09:23Je pense que
09:24quand on voit
09:25qu'on nie
09:25à une population
09:28la base
09:29de l'existence
09:31en réalité,
09:32le fait de pouvoir
09:34garder
09:34ces aliments,
09:36ces courses
09:37au froid
09:38dans le frigo,
09:39parce que
09:39si vous n'avez pas
09:40d'électricité,
09:41vous n'avez pas de frigo,
09:42etc.,
09:43ça révolte.
09:43Donc,
09:44c'est normal,
09:44je pense,
09:44de vouloir avoir
09:46cette réaction
09:47ou d'avoir
09:48cette réaction
09:48de solidarité
09:49avec un peuple
09:50qui se fait
09:51asphyxier
09:52par les États-Unis.
09:55En deuxième lieu,
09:56il y a quand même
09:56en particulier
09:57moi,
09:57j'étais très actif
09:59dans un mouvement
10:01pour la santé
10:02au moment du Covid
10:04et je me rappelle
10:05très bien,
10:05je pense que
10:06beaucoup se souviennent
10:07que Cuba
10:08a envoyé
10:09dans cette période
10:09extrêmement difficile
10:10de l'aide
10:11des médecins,
10:13du personnel médical
10:14dans différents
10:15pays européens
10:16pour nous aider
10:16à un moment
10:17où c'était
10:17vraiment,
10:18vraiment difficile
10:18dans les hôpitaux
10:19qui étaient surchargés,
10:21qui étaient,
10:22comment dire,
10:23où la situation
10:24était difficile,
10:24notamment en Italie,
10:26qui sont restés
10:26après d'ailleurs.
10:28Et donc,
10:28je pense que la solidarité,
10:29c'est quelque chose
10:30qui se partage.
10:31Et aujourd'hui,
10:32ce sont les Cubains
10:33qui ont besoin
10:33de notre solidarité.
10:35Et troisièmement,
10:36il y a quand même
10:37une question politique
10:38fondamentale,
10:39c'est qu'on parle
10:39de quel monde
10:40est-ce qu'on veut ?
10:41Dans quel monde
10:42est-ce que nous voulons vivre ?
10:43Est-ce que nous voulons vivre
10:44vraiment dans un monde
10:45où il est normal
10:47d'asphyxier un peuple entier ?
10:49De dire,
10:50comme votre politique
10:52ne me plaît pas,
10:53écoutez,
10:54moi je vais vous étouffer,
10:55tout simplement,
10:56vous ne pourrez pas survivre,
10:57et peut-être que je vais vous prendre.
10:58Vous avez entendu
10:59Donald Trump
10:59qui dit,
11:00Cuba,
11:01j'ai vu,
11:01j'aime bien l'île,
11:02peut-être que je la prends.
11:04Mais ça,
11:04c'est une logique coloniale.
11:06Vous savez,
11:06c'est un peu ce qu'il fait
11:07à Gaza d'ailleurs aussi,
11:07donc une administration
11:09sous sa direction
11:10à Gaza.
11:11En fait,
11:12c'est le colonialisme
11:12à l'ancien presque.
11:14Et ce n'est pas un monde
11:16dans lequel moi j'ai envie
11:17de vivre
11:19ou dans lequel je voudrais
11:20que les générations futures
11:22vivent.
11:23Je pense qu'on a besoin
11:24d'un monde de solidarité,
11:26de respect,
11:26non pas un monde
11:27de guerre,
11:28de la force,
11:29etc.
11:29Donc pour toutes ces raisons,
11:30en fait,
11:31quelque part,
11:31ce qui se passe à Cuba
11:32dépasse Cuba.
11:33Est-ce que vous voulez
11:35ajouter quelque chose ?
11:35Non,
11:36je pense que c'est vraiment important
11:37aujourd'hui
11:38de voir les liens
11:39entre les différentes mobilisations.
11:42En fait,
11:43ça m'a frappé à Cuba aussi
11:44qui faisait le lien
11:45avec ce qui s'était passé
11:46ou ce qui se passe
11:47en Palestine,
11:47par exemple,
11:48qui voyait évidemment
11:50le Venezuela
11:50qui est plus près
11:51géographiquement,
11:52mais qui voyait aussi
11:53la guerre contre l'Iran
11:55et donc qui voyait
11:57qu'en fait,
11:57il y a un choix à faire.
11:59Donc il y a des mouvements
12:01progressistes de gauche
12:02dans beaucoup de pays
12:04et de vraiment,
12:06j'ai envie de dire,
12:06coaguler cela,
12:07mais de rassembler cela
12:09pour dire,
12:10voilà,
12:10nous avons une vision du monde
12:11qui est opposée
12:12à la vôtre,
12:13à celle de Donald Trump,
12:14à celle de l'impérialisme
12:15américain,
12:17malgré nos divergences,
12:18nos différences,
12:19parce qu'entre
12:19les différents continents,
12:20les différents pays,
12:21il y a énormément
12:22de différences
12:24et c'est normal.
12:26Mais malgré cela,
12:27nous avons une vision du monde
12:28qui est celle de
12:30les conflits.
12:31On les règle par la diplomatie
12:33de manière pacifique,
12:34on ne met pas d'embargo
12:36contre un peuple,
12:37les punitions collectives,
12:39c'est interdit.
12:39Cela,
12:40c'est le droit international.
12:41Et cette base-là,
12:42je pense que
12:43quand on regarde le monde,
12:45pouvoir dire,
12:45voilà,
12:46nous avons une vision du monde
12:48opposée totalement
12:49et directement
12:49à celle
12:50de l'impérialisme américain
12:52et notamment celle
12:52de Donald Trump,
12:54ça me semble important
12:55pour nous tous
12:56en Europe aussi.
12:57Merci beaucoup,
12:57M. Bautanga.
12:58Merci à vous.