- il y a 10 heures
À Bourg-en-Bresse, cinq personnalités "Les Républicains" (LR) ont rejoint la liste du candidat Reconquête Benoît de Boysson, candidat zemmouriste lors des législatives de 2022, pour les élections municipales. De son côté, la direction des Républicains n'a ni soutenu, ni condamné cette alliance. Le point avec Florent Le Du et Rachel Garrat-Valcarcel, journalistes politique à l'Humanité.
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NewsTranscription
00:00Les prémices de l'Union des droites sont-ils en marche en vue des élections municipales de mars prochain ?
00:06En tout cas, il y a une première tentative dans la ville de Bourg-en-Bresse.
00:11C'est la préfecture de Lins, une ville actuellement dirigée par un maire socialiste.
00:17Qu'est-ce qui se passe ? Là-bas, il y a des élus LR, Reconquête,
00:21qui se sont mis d'accord pour partir sur une liste derrière un membre de Reconquête.
00:26Oui, c'est ça. En fait, si on voit les gros titres rapidement,
00:31on parle d'Union des droites, d'une première liste d'Union des droites menée par un candidat d'extrême
00:37droite
00:38dans une ville de cette ampleur qui fait 45 000 habitants.
00:42Je précise ça parce que ce qui est un petit peu nouveau et alertant pour le niveau national,
00:50c'est que c'est bien le candidat Reconquête qui mènerait cette liste-là.
00:55À l'origine de cette liste, on a ce candidat Reconquête qui s'appelle Benoît de Boisson.
01:03Il était le candidat Reconquête au législatif dans une des circonscriptions qui comprend Bourg-en-Bresse.
01:10Il est aussi conseiller national de Reconquête.
01:14C'est un cadre.
01:15Voilà, c'est ça. C'est un cadre zémoriste qui, sur ses réseaux, parle de grands remplacements dès qu'il
01:21le peut.
01:22Avec tout ce qu'il y a derrière, il est dans la ligne.
01:24C'est pas...
01:25C'est pas une gauche de Reconquête.
01:27Ça n'a pas été une erreur de casting en 2022.
01:30Quelqu'un qui se serait un peu perdu et qui se retrouve là.
01:33Non, c'est un vrai cadre de Reconquête derrière lequel s'allient cinq personnalités LR,
01:44en majorité des conseillers municipaux d'opposition de Bourg-en-Bresse.
01:48La nuance quand même qu'il faut faire derrière ce qui est nommé une union des droites,
01:53une droite unie, eux, ils préfèrent dire,
01:56c'est que les Républicains, que ce soit au niveau national ou même au niveau local,
02:01n'ont pas donné cet accord pour créer cette liste.
02:04Ils n'ont pas donné l'accord, mais par contre,
02:07depuis qu'elle a été annoncée il y a trois jours, ils ne disent rien.
02:10Silence radio.
02:11C'est ça.
02:11Y compris au niveau local, où quelques-uns avaient fait des déclarations,
02:16il y a quelques mois, en disant, mais jamais de la vie,
02:18on fera alliance avec l'extrême droite,
02:20il y a un cordon sanitaire, il est très bien comme ça.
02:23Sauf que là, ils ne disent rien.
02:26Et au niveau national, c'est encore pire.
02:29Ça fait trois jours que, notamment ici à l'Humanité et ailleurs,
02:34on essaye d'avoir des réponses, des positions,
02:37une position de LR en tant que parti sur cette liste-là
02:41et sur l'opportunité d'une alliance municipale avec un candidat reconquête,
02:45menée par un candidat reconquête.
02:47Pour l'instant, ils ne disent rien du tout.
02:49– Bon, mais néanmoins, ça fait quand même plusieurs semaines,
02:53plusieurs mois que la question de l'union des droites,
02:56alors on l'a bien compris, là en l'occurrence, sans l'ERN,
03:00ce qui est quand même le principal parti des droites et de l'extrême droite
03:04aujourd'hui et de très très loin, ça fait quand même un petit moment
03:07que le sujet est dans l'air et récemment, il y a Laurent Wauquiez,
03:10qui est quand même le président du groupe des députés LR à l'Assemblée nationale,
03:14qui a dit qu'il était plutôt pour une primaire qui pourrait aller,
03:18d'après lui, de Gérald Darmanin, qui est aujourd'hui à Renaissance,
03:22jusqu'à Saracnafo, qui est, disons, la numéro 2 de reconquête
03:27aujourd'hui derrière Eric Zemmour.
03:28– C'est ça, parce qu'on parle de Bourg-en-Bresse qui est dans l'actualité,
03:33déjà parce que c'est, comme on disait, la première avec cette configuration-là
03:38et qu'il y en aura peut-être d'autres dans ces municipales-là,
03:40dans ces municipales de 2026.
03:43Et en plus, ça révèle une question qui est très forte au niveau national
03:47et qui crée, alors c'est peut-être pour ça qu'on n'a pas de réponse
03:50au niveau de LR, c'est que ça crée un peu des tensions en interne,
03:55des divisions même, sur cette opportunité de s'unir avec d'autres parties
04:01de droite et d'extrême droite.
04:03Là, mardi matin, il y a eu un conseil stratégique de LR
04:07sur l'opportunité d'une primaire, pour les présidentielles,
04:12pour la présidentielle de 2027, sauf qu'il n'en est pas sorti grand-chose,
04:17il y a un groupe de travail qui a été...
04:19– Et puis on ne sait rien du périmètre, j'imagine.
04:21– Et voilà, mais c'est surtout ça, en fait, qui crée les tensions,
04:23c'est une primaire, OK, mais avec qui ?
04:27Et donc, tu disais, Laurent Wauquiez lui a pris position,
04:30lui, pour lui, dit de Gérald Darmanin à Sarah Knafow.
04:35– Laurent Wauquiez, dont on peut penser qu'il pourrait nourrir
04:37quelques ambitions d'être candidat à cette primaire ?
04:39– Tout à fait, d'ailleurs, c'était prévu, même il y a quelques années,
04:43qu'Éric Ciotti, en son temps, serait le président de LR.
04:47– Avant les législatives, c'était comme ça.
04:48– Et Laurent Wauquiez, c'est ça, et Laurent Wauquiez,
04:52le candidat pour 2027.
04:54Bon, depuis, il y a beaucoup de choses qui ont changé.
04:56– Il y a un petit peu d'eau qui a coulé, ce moment.
04:57– Voilà, mais lui, en tout cas, il plaide pour une primaire
05:01qui irait des macronistes à Reconquête.
05:05Donc Sarah Knafow, eurodéputée Reconquête,
05:09qui a un peu le vent en poux que l'extrême droite zémoriste
05:12essaye de pousser.
05:14– Et assez puissante sur les réseaux sociaux,
05:15on peut dire ça comme ça.
05:16– Tout à fait.
05:18Donc, sur les réseaux, notamment, ils essayent vraiment
05:20de la pousser comme une figure montante de l'extrême droite.
05:25Donc, voilà, ça, c'est la position de Laurent Wauquiez.
05:27David Lysnard, lui, donc le maire de Cannes.
05:30– Qui est chez LR, mais qui a sa petite boutique à lui.
05:32– C'est ça, exactement.
05:34Une petite boutique dont un des élus de Bourg-en-Bresse,
05:37de la fameuse coalition, est membre.
05:39D'ailleurs, nouvelle énergie.
05:43Et donc, lui, David Lysnard, il veut une primaire
05:46qui aille de l'UDI à Sarah Knafow.
05:48Encore, décidément, ils veulent vraiment qu'elle soit là.
05:52Donc, en disant l'UDI, on peut comprendre
05:55qu'il exclut le Renaissance, on peut penser ça.
06:00– L'UDI qui est aujourd'hui dans le bloc central,
06:03mais qui a longtemps été un allié assez fidèle de LR.
06:06– Oui, et qui l'est toujours, dans beaucoup d'élections locales, notamment.
06:11Voilà, et donc, pour finir sur cette question des périmètres,
06:15il y en a d'autres, comme Michel Barnier ou Jean-François Copé,
06:18qui est encore conseiller national de LR,
06:20et qui est encore influent, même si…
06:22– Toujours maire de mots, même s'il n'est plus député.
06:24– Tout à fait, même si on n'a pas forcément l'impression,
06:27du point de vue de l'extérieur, que Jean-François Copé peut encore peser, mais si.
06:31Et eux, pour le coup, ils seraient pour une ouverture aux macronistes,
06:37mais pas du tout à l'extrême droite.
06:39– Oui, parce que, même si c'est vrai que ça fait plusieurs années qu'on sent une vraie droitisation
06:45chez LR,
06:46et l'élection de Bruno Retailleau était là pour le confirmer,
06:50même si l'élection de Laurent Wauquiez aurait voulu dire la même chose aussi.
06:54– Oui, il y a eu un gros virage.
06:55– Il y a quand même aussi des grands élus qui sont bien plus proches des macronistes,
07:01j'allais dire centristes, quand même, que la direction actuelle de LR.
07:05Je pense à un Xavier Bertrand, par exemple.
07:07– Oui, et puis qu'il a, avec la sortie de son livre,
07:10essayé justement de pousser sur cette ligne-là,
07:12d'une droite LR qui ne va pas se compromettre avec l'extrême droite.
07:18– N'empêche que, ce même Xavier Bertrand,
07:21lors de la primaire de la présidentielle 2022,
07:27donc on est à l'automne 2021,
07:29je pense que là, il y a un vrai tournant dans LR,
07:31c'est-à-dire que tout le monde s'aligne sur des propositions ultra sécuritaires,
07:36contre l'immigration.
07:40Jusque-là, par exemple, si on prend l'aide médicale d'État,
07:44il y a beaucoup de positions chez LR pour dire,
07:48attention, on ne va pas faire n'importe quoi,
07:51il s'agit de soigner des gens.
07:52Non, à partir de ce moment-là, de cette primaire,
07:54on s'aligne sur beaucoup de positions défendues depuis longtemps
07:58sur l'extrême droite, donc il y a un vrai tournant,
08:01il y en a d'autres, il y a évidemment le mandat Nicolas Sarkozy
08:04si on remonte plus tôt, et on reviendra peut-être
08:07sur d'autres faits plus historiques d'alliances
08:10entre la droite et l'extrême droite.
08:12Mais voilà, on peut dater à 2021-2022,
08:16un vrai tournant, en tout cas un alignement du discours
08:20et des propositions de la droite LR sur l'extrême droite,
08:25qui fait qu'on aboutit aujourd'hui à se poser la question
08:29de, est-ce qu'il y aura une union entre LR et l'extrême droite ?
08:31Bon, et sur cette union entre LR et l'extrême droite,
08:34il y a quand même deux personnages qui sont particulièrement militants là-dessus,
08:38et des personnages qui ont été quand même plutôt proches de LR précédemment,
08:42il y a évidemment Éric Ciotti, qui est l'ancien président de LR,
08:45qui a fait le saut au moment des élections législatives
08:48et qui aujourd'hui dirige un parti qui s'appelle très littéralement
08:51l'Union des droites pour la France, pour la République, pardon.
08:55C'est l'un des deux.
08:59Et aussi Éric Zemmour, puisque Reconquête se verrait bien
09:04comme une sorte de cheville ouvrière de cette union des droites.
09:08Qu'est-ce qu'on peut en dire de ces deux-là ?
09:10Éric Zemmour, c'est sûr que c'est même son, sa grande entrée
09:15dans le monde politique, en tout cas du passage entre éditorialiste
09:21à homme politique.
09:22C'est la fameuse convention de la droite, qui a un vrai appel...
09:26En 2020 ou quelque chose comme ça ?
09:28En 2019, si je ne me trompe pas.
09:31Qui appelle la droite dite républicaine, la droite classique, on pourrait dire,
09:38à se rapprocher de l'extrême droite et du Rassemblement national.
09:42De ça, voilà, va aboutir petit à petit à sa candidature à la présidentielle
09:47de 2022 et qui est pour beaucoup de chercheurs, en sociologie électorale
09:53notamment, et un vrai tournant justement dans cette bascule,
09:58alors pour le coup, du point de vue des électeurs de droite historique
10:02vers l'extrême droite.
10:04C'est-à-dire que beaucoup expliquent qu'Éric Zemmour était une sorte de portail
10:09pour ces gens-là, qui de plus en plus se rapprochent des idées
10:16de l'extrême droite, mais n'auraient jamais mis, en tout cas de leur point de vue
10:22à cette époque, un bulletin avec le nom Le Pen.
10:26Donc Le Pen, Marine et Jean-Marie, bien sûr, avec toute la charge qu'a ce nom.
10:32Mais Éric Zemmour, ce n'est pas la même chose, du point de vue du nom.
10:36Et donc, voilà, beaucoup, on voit dans l'électorat Zemmour de 2022
10:42qu'il y a beaucoup qui était plus LR, peut-être plus du vote Fillon.
10:47Oui, ça, on le voit bien quand on regarde les résultats vraiment par commune,
10:51par bureau. En fait, le vote Zemmour en 2022, il est beaucoup plus indexé
10:56au vote Fillon en 2017 qu'au vote Le Pen.
10:59Et c'est vrai que c'est un vote qui est plus bourgeois que le vote Le Pen,
11:04plus urbain aussi que le vote Le Pen.
11:06Quand on regarde, il fait... Éric Zemmour, il fait quand même souvent...
11:09Alors, il y a certes le pourtour méditerranéen, mais qui est très urbain aujourd'hui.
11:14Mais c'est les grandes villes et notamment l'Ouest parisien,
11:18qui est extrêmement bourgeois, où il fait vraiment de bons scores.
11:22Et c'est assez intéressant parce qu'en fait, cet électorat Zemmour,
11:26il ressemble assez à ce qu'était l'électorat RN, mais dans les années 80,
11:30quand il a émergé, où c'est à l'origine un vrai électorat de droite.
11:35Paris, c'est assez intéressant de le voir. Paris n'est pas la France,
11:38mais les différences sociales, ils sont très importants, tellement caricaturales
11:41que ça permet de visualiser certaines choses.
11:43Et effectivement, le vote Le Pen en 1984, quand il explose,
11:47c'est un vote vraiment des quartiers bourgeois, du 7e, du 16e arrondissement, du 8e.
11:51Et puis en fait, peu à peu, ça va devenir l'électorat le plus populaire de Paris,
11:56puisque ça va devenir l'électorat des marges,
11:58là où ceux qui sont les partis les plus pauvres de Paris.
12:02Mais voilà, c'est un processus.
12:03Et en fait, effectivement, les analystes s'entendent assez pour dire
12:06que ce tabou de l'extrême droite a quand même été levé par Éric Zemmour
12:13dans cet électorat-là de droite traditionnel.
12:15Et du coup, maintenant, la digue est clairement un petit peu entamée.
12:20C'est ça. Et puis une fois qu'on a mis le bulletin Zemmour,
12:23c'est moins difficile de passer au bulletin Le Pen ou Bardella ou ARN.
12:28Et ce qu'on a pu voir au législatif de 2024,
12:30avec une grosse proportion des électeurs d'Éric Zemmour en 2022
12:34qui sont allés vers leur candidat ARN dans leur circonscription.
12:39En fait, il y a eu un vrai vote utile à l'extrême droite
12:41qui a complètement asséché le vote reconquête.
12:44Et d'ailleurs, ils n'arrivent pas à présenter des candidats partout en 2024.
12:47Et au global, je crois qu'ils font moins de 1% au niveau national.
12:52Alors qu'ils faisaient 4, je crois, en 2022.
12:56En lien avec ces électorats, on peut aussi dire qu'il y a quand même
12:59une grosse pression de la base LR qui attend une victoire électorale
13:04depuis un moment aussi, d'une certaine manière.
13:05Oui, tout à fait. C'est sûr que ça commence à remonter.
13:09Mais si on prend un sondage IFOP qui date là d'il y a quelques semaines,
13:16c'est début octobre.
13:18Je trouve que je retrouve, pardon.
13:20Oui, donc, si on prend par sympathisant ou par électeur,
13:26sur les électeurs LR, il y a 82% qui sont favorables à une union
13:31avec Reconquête et l'ERN.
13:35C'est comme ça que c'est formé.
13:36Ce qui est énorme.
13:36C'est énorme.
13:37Et c'est encore plus dans les autres électeurs.
13:39C'est-à-dire que pour les électeurs lepénistes,
13:42ça passe à 88%.
13:43Et pour les hémoristes, au moins ils sont cohérents, 100%.
13:47Donc, voilà.
13:48En tout cas, il y a une vraie poussée.
13:50Et beaucoup de députés même en parlent,
13:52députés LR en parlent,
13:54de dire que chez eux, dans leur circonscription,
13:56ils entendent beaucoup plus ce côté,
13:58il faut s'allier avec le PN,
14:00il faut, de toute façon, on vous entend,
14:04vous êtes d'accord sur à peu près tout.
14:06Donc, allez-y.
14:07Et c'est ce que prône d'ailleurs Éric Ciotti,
14:11qui a encore publié une tribune il y a peu de temps.
14:14C'est ce qu'il prônait déjà quand, en 2024,
14:18en pleine campagne délégislative,
14:21lui a passé ce cordon-là,
14:26a passé le rubicon.
14:28Et donc, a voulu faire l'alliance entre LR et le RN.
14:34En tout cas, lui a fait l'alliance entre lui et ses amis.
14:38Mais il faut rappeler qu'à ce moment-là, il était président du parti.
14:40C'est ça qui est impressionnant.
14:41Bien sûr.
14:41On se souvient quand même de...
14:43Oui, c'est quelques images de ce barricade dans le siège de Valérie Pécresse
14:48qui remonte les manches pour aller délivrer le siège du parti.
14:52Mais ça, c'est une séquence très intéressante.
14:55Déjà, un peu de la même manière qu'Éric Zemmour,
14:57ça a un impact probable sur l'électorat.
15:01Déjà, on continue de ramener un électorat LR vers le RN.
15:07Et en plus, pareil, il y a beaucoup de chercheurs
15:11qui s'intéressent à la montée de l'extrême droite.
15:14Ils nous disent, dans les sondages d'opinion,
15:17ce qui reste encore comme stigmate pour le RN,
15:22c'est le fait d'apparaître comme isolé.
15:24C'est-à-dire, ils sont tout seuls,
15:26donc comment ils peuvent gouverner ?
15:29Éric Ciotti a cassé cet isolement-là.
15:31Et donc, à partir de là, déjà,
15:35le RN apparaît pour beaucoup de gens
15:37comme plus crédible pour un jour gouverner.
15:39Et en plus, ça ouvre forcément la voie
15:43à d'autres perspectives, d'autres rassemblements.
15:48Et puis, un déblocage dans l'électorat de droite,
15:51c'est que, certes, ça nous paraît absurde,
15:53mais pour l'électorat de droite libérale,
15:56libéral économiquement, j'entends,
15:59l'ERN est perçu comme un parti socialisant,
16:03disons-le comme ça.
16:05Oui, mais il y en a qui disent encore aujourd'hui
16:07qu'ils ont un programme économique de gauche
16:09qui paraît fou quand on voit ce qu'ils défendent.
16:11Mais bon, c'est comme ça.
16:12Et effectivement, Éric Ciotti,
16:14qui lui, pour le coup,
16:15est pour la retraite à 67 ans
16:16et pour passer à la fin des 35 heures.
16:19Oui, il est sur une liste ultra-libertarienne.
16:22Oui, oui, complètement.
16:24Ce qui n'est pas du tout la ligne,
16:26pas vraiment la ligne du RN.
16:27Non, non, non, mais qui n'a rien à redire.
16:29Ce qui ne veut pas dire que le RN est de gauche.
16:30Qui n'a rien à redire là-dessus, en tout cas.
16:33Et on sent, on a fait d'autres vidéos là-dessus,
16:36sur le programme économique du RN,
16:39son rapprochement avec les milieux d'affaires.
16:43Mais voilà, ils sont sur cette pente-là quand même.
16:46Mais c'est sûr qu'Éric Ciotti donne des gages
16:48à l'électorat plus historique de la droite
16:52du point de vue économique.
16:54Et il y a une séquence très intéressante,
16:57qui est lourde de sens aussi dans ce ralliement d'Éric Ciotti.
17:01C'est le rôle derrière de Vincent Bolloré.
17:04C'est-à-dire qu'il y a une rencontre,
17:07donc on est vraiment quelques heures
17:09après l'annonce de la dissolution.
17:12Il y a une rencontre entre Marine Le Pen,
17:15Jordan Bardella et Éric Ciotti,
17:17qui est organisée par Vincent Bolloré
17:19et ses collaborateurs.
17:22Donc il y a l'idée vraiment de mettre en place ça.
17:24Vincent Bolloré, c'est un secret de polichinelle,
17:27que lui, il pousse pour ça.
17:29Il a quand même beaucoup poussé la candidature Zemmour.
17:31Il pousse pour un rassemblement des droites,
17:34une union des droites extrêmes,
17:36on pourrait l'appeler comme ça.
17:37Et donc va se mettre en place,
17:40quelques heures après la dissolution,
17:42un plan de bataille avec les chaînes de Bolloré
17:46à ce service-là.
17:48Et donc on va avoir Alexis Brézé,
17:51directeur des rédactions du GIGARO.
17:53Il n'est pas encore détenu par Vincent Bolloré.
17:55Non.
17:56Il faut le préciser dans cette affaire.
17:57Mais il y a quelques alliances.
18:00qui arrive le lundi, si je ne me trompe pas,
18:02pour faire un édito qui sera largement relayé,
18:06notamment par les hémoristes,
18:08d'appel à cette union des droites.
18:11Et le lendemain, sur la même horaire,
18:13sur la même station européen,
18:15Eric Ciotti, qui annonce que LR,
18:18on pense que c'est comme ça à ce moment-là,
18:21qui annonce que LR va présenter
18:24des candidatures communes avec le RN.
18:29Alors là, l'occasion qu'on a de parler
18:32de cette union des droites,
18:33c'est cette liste pour des municipales
18:36donc à Bourg-en-Bresse.
18:39C'est assez symbolique,
18:40parce que l'un des grands moments
18:42de l'histoire des relations
18:44entre la droite républicaine
18:46et l'extrême droite en France,
18:47ça s'est passé lors d'élections municipales.
18:49C'était en 1983 à Dreux.
18:52C'est vraiment un événement très marquant
18:54de l'histoire de la Vème République,
18:56puisque à ce moment-là,
18:58c'est d'ailleurs dans une élection partielle
18:59qui a lieu quelques mois après
19:02l'élection générale,
19:04il y a une fusion d'entre-deux-tours
19:07entre la liste du Front National à l'époque,
19:10qui était dirigée par Jean-Pierre Stierbois,
19:12qui était vraiment à l'époque
19:13le numéro 2 de Jean-Marie Le Pen,
19:15et la liste de droite dans cette commune,
19:18qui à l'époque était dirigée par les socialistes.
19:21La liste Front National arrive à passer le premier tour,
19:25ils sont 17%, si je ne me trompe pas,
19:28et il y a un danger, en fait,
19:30pour le candidat de droite,
19:33de droite RPR,
19:35qui va donc fusionner cette liste-là.
19:37Il y a un élément intéressant,
19:39et ça a été, depuis 40 ans,
19:42il faut raconter cette histoire-là,
19:45et une des grandes motivations,
19:47sans doute, pour le candidat RPR,
19:50c'est de garder son poste.
19:52Et, enfin, quitte à aller dans ce genre de compromission-là,
19:58et c'est un peu ce qu'on retrouve aujourd'hui
20:01avec les LR qui ont encore beaucoup d'élus locaux,
20:04beaucoup de mairies,
20:05mais qui s'inquiètent de pouvoir les garder.
20:07Là, ce matin, j'ai eu au téléphone
20:09le maire de Bourg-en-Bresse,
20:11Jean-François Debas, je crois.
20:13C'est ça, tout à fait.
20:14Qui, lui, spontanément, a dit,
20:16mais en fait,
20:17alors il prend le cadre de l'un de son département,
20:21où il dit pratiquement tous les cantons
20:23sont LR, il y a beaucoup...
20:25Oui, c'est un département qui est très à droite,
20:27à l'exception de la préfecture.
20:29C'est ça.
20:29Et il y a beaucoup d'élus locaux LR,
20:32il dit, ils sont dominants,
20:34ils veulent rester dominants,
20:35et si le prix à payer,
20:37c'est de s'allier avec l'extrême droite,
20:40et bien, pour beaucoup, on y va.
20:41Et on a aussi beaucoup eu ce cas de figure,
20:46notamment dans les villes du sud,
20:48vers la Côte d'Azur,
20:50avec déjà en 2020,
20:53des alliances d'entre-deux tours,
20:55ou depuis 2020,
20:57des conseillers municipaux qui sont passés à reconquête,
21:00de LR qui sont passés à reconquête,
21:02ou qui se sont rapprochés,
21:05voire fusionnés,
21:05avec des élus rassemblements nationaux.
21:10Et derrière ça,
21:11on a toujours cette idée d'une droite,
21:13en fait, qui va perdre petit à petit,
21:15c'est les élus locaux,
21:16qui préfèrent se compromettre,
21:18plutôt que de perdre cet avantage-là.
21:20Et puis d'ailleurs,
21:21l'inverse existe aussi,
21:23puisque parmi les trois maires Front National
21:25qui avaient été élus en 1995,
21:27à Toulon, Orange et Marignane,
21:30les maires d'Orange et de Marignane
21:32se sont rapprochés de la droite plus classique.
21:35Le maire de Marignane,
21:35je crois qu'il avait carrément été à l'UMP,
21:38il me semble.
21:39Et puis, on dit beaucoup aussi
21:41que le cas de Dreux
21:45est un cas isolé d'alliance
21:47entre la droite et l'extrême droite
21:49depuis 40 ans.
21:52Ce n'est pas si vrai,
21:53puisqu'il y a aussi une affaire moins connue
21:55de désistement entre les deux tours
21:57lors des élections législatives de 1988
21:59à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône,
22:01où quand le candidat FN était arrivé en tête
22:04des droites, entre guillemets,
22:06les candidats UDF-RPR se retiraient pour lui,
22:09ce qui a valu de devoir se retirer
22:12pour Jean-Marie Le Pen lui-même
22:14dans une circonscription de Marseille.
22:15Et vice-versa,
22:16les candidats FN se sont retirés
22:18en faveur des candidats RPR-UDF.
22:21Mais c'est vrai que c'est étonnamment
22:22un épisode dont on parle un peu moins.
22:24Alors c'est en plus pour l'élection nationale.
22:25– Et une époque où on l'oublie un petit peu,
22:29où on ne le sait pas si on est jeune,
22:31mais où il y a en fait une porosité assez importante
22:34entre l'aile droite du gaullisme,
22:36du RPR et ses parties satellites,
22:39avec l'extrême droite,
22:41y compris un certain nombre de figures,
22:43je pense à Gérard Longuet,
22:45à Claude Goazguen,
22:47– À Paris.
22:48– Et qui viennent de l'extrême droite.
22:51Et là, leur point commun à tout cela,
22:53c'est que c'est des anciens d'Occident.
22:55– Des extrêmes droites très anticommunistes.
22:57– Et créés, si je ne me trompe pas, par Alain Madelin,
22:59qui lui aussi a fini par faire cette bascule-là.
23:02– Dans la droite libérale modérée,
23:06enfin modérée, chez l'UDF, quoi.
23:08– Oui, c'est ça.
23:08– En fait, ces gens-là se sont souvent retrouvés dans l'UDF
23:11qui avaient une tradition,
23:12parce que ces gens-là étaient communistes et antigaullistes,
23:14donc c'était un petit peu plus difficile d'aller au RPR.
23:18Est-ce qu'on a encore des…
23:19– Communistes ou anticommunistes ?
23:19– Communistes et antigaullistes.
23:21– Anticommunistes et antigaullistes.
23:23Excusez-moi.
23:24– Ne nous trompons pas.
23:25– Voilà, ne nous trompons pas.
23:27Donc difficile d'aller chez les néo-gaullistes du RPR,
23:30donc ils sont souvent retrouvés à l'UDF.
23:32Est-ce qu'on a des choses à rajouter ?
23:34– Peut-être préciser, je crois pas qu'on l'a dit,
23:37mais que sur cette…
23:40On a rappelé que là, la question de l'union des droites
23:44était centrale cette dernière semaine.
23:47Il y a eu un moment, je ne crois pas qu'on l'ait trop évoqué,
23:50mais cette période-là qui a suivi la démission de Sébastien Lecornu,
23:54où en fait, à peu près tous, on a cru qu'on allait arriver très très vite à une solution.
24:00– Ça allait détacher LR du bloc central, d'une certaine manière.
24:04– Déjà, oui, c'est ça.
24:05Et avec la perspective de nouvelles législatives,
24:08en fait, d'emblée, les promoteurs de l'union des droites,
24:11ils sont allés directement.
24:12C'est-à-dire qu'on a la démission de Lecornu,
24:14je crois que dans les 15 minutes qui suivent,
24:16il y a un tweet de Marion Maréchal qui dit…
24:20– Qui fait partie des militantes aussi.
24:21– Qui dit directement, en peu de mots,
24:24« Retour aux urnes, coalition des droites, maintenant ».
24:26Et en fait, ça devient directement un sujet,
24:29donc là, on est début octobre,
24:32ça redevient un sujet qui avait été un tout petit peu mis de côté dans l'actualité,
24:36parce qu'on n'avait pas d'élection à ce moment-là depuis 2024,
24:41même si c'était il n'y a pas si longtemps.
24:42– Ça n'était il n'y a pas si longtemps.
24:43– Et en fait, il y a des prises de position qui bougent un petit peu à ce moment-là,
24:49notamment du côté du Rassemblement national,
24:51qui, on ne l'a pas précisé, mais a toujours dit,
24:55en tout cas, enfin, a toujours dit,
24:56ces cinq, dix dernières années,
24:59dit qu'il n'est pas favorable à cette union entre parties de droite et d'extraordinaire.
25:03– En tout cas, Marine Le Pen le dit assez souvent.
25:05– C'est ça.
25:06Ça a une explication, ce qu'elle en a aujourd'hui.
25:09– Pas besoin.
25:09– Pas l'intérêt.
25:10– On voit les sondages, l'avance qu'elle a.
25:13– Bien sûr.
25:13– On ne l'a pas dit d'ailleurs tout à l'heure,
25:15mais sur la primaire LR, personne n'intègre Marine Le Pen à la primaire,
25:21parce que sinon, ils savent que ce sera foutu pour eux.
25:26– Oui, ça reste une union des droites,
25:27mais comment dire, un peu pleutre.
25:32– Oui, parce que l'idée, et d'ailleurs, Laurent Wauquiez le dit,
25:36on revient quelques secondes sur l'union des droites,
25:39mais sur les primaires possibles à LR,
25:42mais Laurent Wauquiez l'assume.
25:43Il dit, si on parle à tous séparés, on va tous faire 4%,
25:47et au final, on aura Mélenchon Le Pen ou Mélenchon Bardella au second tour.
25:53Donc trouvons-nous un candidat,
25:54mais un candidat pour faire face à droite et à l'extrême droite, à Marine Le Pen.
26:00Mais alors, pour revenir à début octobre,
26:04on a quand même une phrase de Jordan Bardella,
26:06qui lui est interrogé, je crois que c'est sur BFMTV,
26:10sur cette opportunité de l'union des droites,
26:13et il dit qu'il est largement disposé à conclure un accord de gouvernement avec LR,
26:18si après des législatives, il leur manque quelques députés.
26:21– On a post-électoral.
26:21– C'est ça.
26:22– Il reste encore fermé sur l'idée de faire des alliances électorales,
26:27mais en revanche, s'il leur manque quelques députés pour avoir la majorité absolue,
26:31rencontrons-nous, mettons-nous d'accord sur un projet de gouvernement.
26:37Là, on a quand même une bascule, ça n'avait jamais été aussi clairement dit
26:41par un dirigeant du Rassemblement national sur ces dix dernières années,
26:47et il y en a d'autres qui prennent position aussi dans ce sens-là.
26:51Je pense à Sophie Prima, ancienne porte-parole du gouvernement.
26:55– Quand même.
26:56– Sénatrice.
26:57– Qui est une cadre de LR, et qui, elle, dit, oui, bien sûr,
27:02un accord avec le RN, pourquoi pas ?
27:05Si on est d'accord sur plein de choses, donc travaillons ensemble.
27:07En gros, c'est ce qu'elle dit.
27:10– Et tu parlais de début octobre, on a oublié de parler aussi de la partielle,
27:13l'élection législative partielle, qui a eu lieu dans la première circonscription du Tarn-et-Garonne,
27:19qui avait été gagnée par une candidate ciotiste, Brigitte Barège,
27:23l'ancienne maire de Mont-de-Marsan, en juin 2024,
27:26qui a été invalidée cet été.
27:29Donc c'était un candidat à UDR, Pierre-Henri Carbonelle,
27:32qui était candidat contre une candidate socialiste au second tour,
27:37Cathy Bourdoncle.
27:38Et dans l'entre-deux-tours, Bruno Retailleau a lui-même dit que,
27:42alors qu'il y avait un candidat à LR au premier tour,
27:44qui avait d'ailleurs fait plutôt un bon score,
27:47a dit pas une voix pour la candidate socialiste.
27:50On l'avait déjà entendu sur des candidats à LFI, notamment,
27:56mais pas forcément sur des candidats socialistes.
27:59– C'est ça, il a étendu ce barrage de la droite à toute la gauche, en fait.
28:05Mais il y en a même qui sont allés plus loin,
28:08Julien Aubert, qui est aussi LR…
28:10– Ancien député du Vaucluse.
28:12– Tout à fait, et qui lui est sur une aile très…
28:15trois tiers du LR, même si l'aile commence à englober un peu tout le corps.
28:19– Mais lui a carrément dit, a quand même appelé pour voter pour le candidat siotiste.
28:27– Qui a fini par gagner.
28:29– Et justement, cette idée de barrage, c'est aussi ce qui se joue là.
28:35Il y a bien sûr une volonté de s'unir entre partis de droite et d'extrême droite,
28:41mais il y a aussi derrière tous ces discours-là, ces citations qu'on vient de donner,
28:45une volonté de renverser le barrage républicain,
28:49qui ne se ferait pas contre l'extrême droite,
28:51mais de leur point de vue, qui doit se faire…
28:52Alors au début, ils disent contre LFI, et puis en fait, contre toute la gauche.
28:57– C'est souvent contre tout le reste de la haute,
28:57donc une sorte de barrage anti-républicain.
29:00Et d'ailleurs, ça fait un peu partie, Henri Cochet,
29:03et pour conclure cette vidéo, des discussions qui ont lieu à gauche
29:07ou qui auront lieu à gauche en cas de législative anticipée,
29:10car sans union et face à une éventuelle union des droites,
29:15c'est sûr que ça deviendra très, très difficile dans l'état actuel des choses.
29:21Merci beaucoup.
29:22– Merci, Henri Cochet.
29:22– Et puis on se retrouve bientôt, parce qu'on reparlera très certainement
29:25des nouveaux épisodes, des prochains épisodes de cette possible union des droites.
29:31– Sous-titrage ST' 501