00:00Passe, passe, passe.
00:08Allez-y, allez-y, allez-y.
00:10Allez, regarde, regarde.
00:12Allez, passe, passe, passe.
00:20Un quartier, c'est un collectif.
00:23On dit bien qu'on est de tel ou tel quartier,
00:25que ce soit un quartier avec des bâtiments
00:27ou un quartier avec des pavillons,
00:28c'est pas la question.
00:29Donc quand même, le lieu où tu habites,
00:31t'habites aussi un lieu social, de sociabilité.
00:50Clairement, ici, c'est une ferme
00:52et c'est un petit élevage.
00:54Et c'est complètement ignoré par la ville de Bagnolet.
00:56Ils se rendent pas compte de la chance qu'ils ont,
00:58mais les habitants, eux, s'en rendent compte.
00:59Et c'est pour ça qu'on a ce soutien.
01:07C'est pas qu'une bergerie et qu'un jardin
01:11qui accueille les gens du quartier.
01:12Il y a plein d'activités qui sont faites,
01:14des développements d'activités pédagogiques
01:16avec les gosses du Cessade,
01:17avec les gamins des Maüs à Montreuil.
01:20Et tu te poses la question de comment c'est possible
01:23qu'il y ait une implantation, j'allais dire, quasi pirate ici.
01:27Donc ça veut dire qu'on fout tout sous le tapis.
01:30On s'en fout, on laisse faire.
01:31Mais par contre, le jour où il va falloir dégager à la pelleteuse,
01:34il n'y aura aucun problème, vu qu'il n'y a pas d'écrit.
01:36Il n'y a rien qui protège, en fait, l'occupation de ce lieu.
01:39Moi, je me suis beaucoup investie pour ces questions-là.
01:43Au-delà du simple plaisir d'aller dans le lieu,
01:46des gens que j'y fréquente ou qui le fréquente,
01:49c'est vraiment des trucs...
01:51Moi, il y a des trucs que je ne trouve pas normal, en fait.
01:54Placer volontairement des structures associatives
01:56dans des situations, soit de précarité, soit d'illégalité,
02:00alors qu'en fait, elles participent au bien commun.
02:03Les gens de l'Asso, c'est des gens qui sont venus ici
02:05une première fois et après, on est devenus amis.
02:09Ils se sont impliqués, quoi.
02:11On travaille ensemble quand il faut travailler ensemble,
02:13pas tous sur les mêmes domaines ou je ne sais pas trop quoi,
02:15mais t'as plein de métiers.
02:17Et ça se réorganise dans des lieux comme la bergerie, quoi.
02:20Tu vois, t'as aussi plein d'artistes ici, t'as des musiciens,
02:23mais t'as des vieux, t'as des bébés, des parents,
02:26et chacun avec ses compétences, son métier.
02:49Ça fait des années qu'on croit que dans six mois, c'est fini, quoi.
02:52Tu vois, donc...
02:53Et nous, on n'est pas du tout pour l'immobilisme.
02:55Dans le projet de ferme-école qu'on propose, quoi,
02:59nous, on est prêts à faire bouger des choses de la bergerie,
03:02mais aussi pour que le travail soit mieux organisé,
03:04mais parce qu'en fait, on n'a jamais eu de...
03:08On a toujours été sous pression, quoi, ici.
03:18Quand je suis venue pour visiter, j'ai vu la bergerie,
03:21et je me suis dit, waouh, c'est absolument génial.
03:22Moi, je suis de la campagne à l'origine,
03:24et c'est inespéré d'avoir ça ici.
03:26Tout le monde parle d'écologie, d'écologie, d'écologie,
03:28et là, on va faire un projet de béton en coupant des arbres,
03:31en réduisant drastiquement la tête de la bergerie.
03:34Donc je pense que c'est complètement aberrant et hallucinant.
03:38Alors qu'il y a un projet alternatif qui coûte moins cher,
03:40en plus, apparemment, et qui permettrait de garder les arbres
03:43et l'espace comme ça, et puis d'avoir une super école
03:45pour les enfants et pour les habitants du quartier.
03:47Qu'on soit parents d'élèves, enseignants, ATSEM,
03:51tout le monde soutient le projet alternatif de la bergerie.
03:54Ce projet alternatif, c'est un projet qui,
03:56contrairement à celui qui est proposé par la mairie,
03:59qui passerait sur toute la rue Raymond Lefebvre,
04:01serait des petites maisons en bois très mignonnes,
04:06qui seraient sur la même implantation en fait que l'école actuelle,
04:11et qui épargnent du coup tous les arbres,
04:14qui épargnent le logement de fonction de la gardienne
04:17jusqu'à ce qu'elle soit à la retraite.
04:18Gilles, en fait, il a compris les besoins des enseignants et des enfants,
04:23parce qu'il est au quotidien en contact avec les usagers de l'école.
04:28L'architecte qui a créé le bâtiment que la mairie propose,
04:32il ne sait pas ce dont les enfants ont besoin ni les équipes.
04:36Quelqu'un qui ne vit pas au quotidien les besoins des usagers de l'école
04:40ne peut pas faire un projet qui soit fonctionnel.
04:45Et le projet BIS, il est fonctionnel.
04:49Il plaît à tout le monde.
04:50C'est qu'il y a une raison.
04:52C'est vrai que c'est compliqué au départ
04:57de rentrer dans une lutte où on te place d'entrée de jeu
05:00dans la posture de quelqu'un qui est contre une école.
05:02Alors qu'en fait, ce n'est pas vrai.
05:04Et tant qu'on n'avait pas construit, réfléchi
05:07à ce que pouvait être une meilleure école,
05:10c'était un peu le cul entre deux chaises.
05:12Mais non, on n'est pas contre l'école.
05:13On est juste contre cette vision du monde-là,
05:17véhiculée par cette construction d'école-là.
05:24Ici, c'est ce que j'appelle l'espace convivial.
05:28C'est là où sont les gens.
05:29Les gens qui viennent à la bergerie,
05:30que ce soit la journée ou le soir,
05:32ils sont là, ils vont voir les animaux ici.
05:35Ils peuvent jouer ici, ils peuvent s'asseoir.
05:38Quand il y a des concerts, c'est là que ça se passe.
05:41Tout ce que vous voyez, c'est construit
05:44avec des enfants, avec des jeunes,
05:47des adultes aussi.
05:49Dans le cadre de projets pédagogiques,
05:52voire thérapeutiques ou d'insertion sociale,
05:54ce que la ville veut détruire, c'est ça aussi.
05:57C'est que des choses construites par des enfants et des jeunes,
06:01accompagnés par des professionnels de l'éducation,
06:03qui les emmènent ici pour faire bouger des choses en eux,
06:08pour leur donner des billes supplémentaires dans la vie.
06:13Donc ça, c'est le petit jardin pédagogique.
06:15Là, je jardine essentiellement avec les petits enfants trisomiques
06:20qui viennent chaque semaine à la bergerie avec le CSA de Bagnolet.
06:25CSA de Bagnolet, c'est l'association Trisomie 21,
06:27ça n'a rien à voir avec la mairie.
06:29Parce que ça fait 13 ans qu'on travaille avec des enfants et des ados handicapés.
06:32Et ça, pour moi, c'est un truc super important.
06:34On a vraiment un travail et des manières de faire spécifiques
06:38en direction de ces enfants et de ces jeunes,
06:40donc en partenariat avec les professionnels qui les accompagnent
06:44dans le fait de grandir et de pouvoir vivre dans notre société
06:47malgré leurs différences.
06:48On travaille le collectif aussi avec eux.
06:51Pas tous, mais chez les petits en particulier, systématiquement,
06:55c'est un groupe, parce que les ados viennent en individuel sur d'autres problématiques,
06:59mais c'est de créer justement du collectif à travers l'action.
07:03Ce n'est pas donné à tout le monde,
07:05ce n'est pas tous les quartiers qui ont ça.
07:07Donc je trouve que c'est très important,
07:09et même de familiariser les enfants aux animaux de la ferme,
07:14avoir des vrais animaux,
07:17et puis de se construire des histoires,
07:20de ne pas rester devant la télé, devant les écrans,
07:22de pouvoir s'aérer l'esprit avec de la verdure,
07:25faire des cabanes, découvrir des plantes.
07:29C'est quand même...
07:30C'est bien qu'on puisse au 21ème siècle, un peu,
07:34refaire comme avant, quoi.
07:40Bon après, il y a des lieux qui sont un peu...
07:42Bon là, on refait la terrasse, on a relancé la terrasse,
07:44donc on refait notre terrasse, la buvette, tout un machin,
07:46mais l'hiver ici, c'est un lieu de stockage, quoi.
07:48Parce que bon, c'est quand même une petite ferme, quoi.
07:50C'est pas...
07:52C'est... Bon.
07:53Il y a beaucoup de choses qui se baladent.
07:56Là, c'est l'abri à foin.
07:58J'ai plus beaucoup de foin.
08:00C'est pour ça qu'il faut que je sorte beaucoup les bêtes,
08:03parce que le foin, ça coûte une fortune.
08:05C'est quand même un petit manifeste architectural, quoi.
08:08Tu vois, ça crée tout de suite,
08:10ça dialogue avec les autres bâtiments qui sont autour.
08:14Je veux dire, voilà, tu poses une cabane,
08:16tout le monde devient urbaniste ou je sais pas trop quoi,
08:19mais juste parce qu'il y a une comparaison.
08:21Tu peux comparer à quelque chose, quoi, d'autre.
08:23C'est pas juste un discours.
08:25C'est là, ça existe, c'est concret, quoi.
08:29Dans la lutte qu'il y a là maintenant tout de suite,
08:31il y a aussi en jeu la pérennité au nom de l'association
08:35qui porte et qui a construit cette bergerie.
08:37C'est vraiment une vision du monde qui est portée par ce collectif.
08:44C'est une manière d'être au monde.
08:46Alors après, à l'intérieur de cette globalité,
08:49une manière d'être au monde, il y a plein de petites bulles,
08:51tu vois, qui sont pas forcément en corrélation les unes avec les autres.
08:55Mais ce collectif-là, il est solide parce qu'il défend une vision du monde qui est partagée.
09:02Alors, c'est essentiellement des gens qui habitent vraiment près d'ici.
09:07Mais vraiment près à quelques rues.
09:09C'est vraiment des gens du quartier, quoi.
09:11La plupart, pas tous, mais vraiment la plupart.
09:14C'est des gens qui sont très différents
09:16de par leur âge, de par leur histoire,
09:22leur culture d'origine, s'il faut parler de ces choses-là, quoi.
09:25Pour moi, dans l'histoire, il y a ça.
09:29C'est des gens qui aiment la liberté.
09:34C'est des gens, quand même, qui aiment être dehors,
09:36qui aiment pas être enfermés.
09:40Et c'est des gens qui sont contents, surtout,
09:42de rencontrer d'autres personnes différentes,
09:45qui ont cette envie d'ouverture.
09:51Tout en étant, quand même, avec des convictions
09:54et l'envie de défendre certaines choses,
09:56mais ça empêche pas d'être ouverts.
09:58Et voilà, c'est des métiers différents.
10:00Et puis, c'est des...
10:02Vraiment, c'est des amis, quoi, je veux dire,
10:03le collectif de la bergerie.
10:05Mais, c'est des amis.
10:06C'est peut-être mes amis,
10:06mais ils sont amis entre eux aussi, quoi.
10:08C'est parti où t'as même des instits,
10:10des directeurs, des directeurs...
10:15Le fait qu'il y ait la bergerie,
10:16bon, il y a des gens qui viennent voir la bergerie,
10:17ça fait des rencontres.
10:18En plus, nous, on se bagarre contre les méchants
10:20qui ont rien compris à l'écologie,
10:22populaire, la solidarité, tout ça, machin.
10:24Donc là, waouh !
10:25Il se passe des trucs, tu vois.
10:26Donc, ça fuse.
10:27Les idées fusent.
10:28Les actions fusent.
10:31Donc, tu te nourris.
10:32Les gens aussi, ils viennent se nourrir de ça, quoi.
10:34Parce qu'il y a quelque chose de...
10:36Et...
10:38Donc, c'est ça que ça se suscite.
10:40Nous, on se dit toujours,
10:41ils nous rendent encore meilleurs, quoi.
10:43Parce que tu penses à des trucs
10:44auxquels t'aurais pas pensé.
10:45Parce que t'as des discussions à plusieurs
10:47beaucoup plus soutenues et fréquentes
10:49que quand tout va bien, quoi.
10:52Donc, c'est...
10:52C'est vraiment plein de personnes, d'esprits
10:55qui se mettent en action
10:57vers un même but.
10:58Et c'est quand même...
10:59C'est super...
11:00C'est super stimulant
11:02à vivre.
11:04Donc, c'est pour ça, quoi qu'il arrive,
11:05on a gagné.
11:06Nous, déjà, de toute façon.
11:08On a déjà gagné.
11:10Parce qu'on est encore là,
11:11alors que ça fait 6 ans qu'on aurait dû dégager, quoi.
11:15Et...
11:17Et parce qu'il y a tout ça qui se passe
11:19et que quoi qu'il arrive,
11:22ça continuera.
11:26L'idée, c'était que ce projet
11:28qu'on porte,
11:29ce projet alternatif qu'on porte
11:30de ferme-école,
11:31qui est jamais que l'institutionnalisation
11:33de ce qui existe déjà depuis 10 ans.
11:35Peut-être pas architecturalement
11:37ou dans l'aménagement,
11:39parce qu'on n'a jamais pu aménager
11:40les choses comme on le voulait.
11:41Mais...
11:43C'est...
11:44C'est de dire que c'est, justement,
11:46que c'est vraiment de l'architecture, quoi,
11:47dans le sens où ça fabrique un lieu de vie.
11:50Ça fabrique pas un bâtiment,
11:51mais ça fabrique un endroit
11:53pour la vie,
11:54pour vivre.
11:55Mais donc,
11:56encore une fois,
11:57faut pas que l'aménagement
11:59ou l'architecture
12:00prennent le pas
12:02sur tout ce qu'il y a de plus invisible,
12:04de moins matériel
12:05et qui est profondément
12:08la force de ce lieu, quoi.
12:18Pour nous, c'est essentiel
12:19parce qu'on a l'habitude de ça, maintenant.
12:21On nous l'enlève,
12:22c'est un truc qui manque.
12:23C'est obligé.
12:24Gilles, il a fait des ateliers
12:25avec les enfants.
12:27Enfin, voilà,
12:28la tente des moutons,
12:29il appelle les enfants,
12:30il leur montre...
12:31C'est des trucs...
12:32Des enfants de la ville,
12:34c'est très rare qu'ils connaissent ça,
12:36en fait.
12:36Mais bon, après,
12:38j'espère que l'avenir nous donnera raison.
12:40On espère.
12:41De toute façon,
12:42on se mobilise,
12:43jusqu'à la fin,
12:44on sera là.
12:45Ça, c'est clair et net.
12:46Après, on pourra pas aller
12:47envers des bulldozers,
12:48on va pas se mettre devant non plus,
12:49mais bon...
12:51On est là, quand même.
13:02tout le monde connaît la bergerie ici,
13:03une petite ferme de quartier au Malassie.
13:06Les Malassies, c'est sur un plateau.
13:08Là, on est descendus jusqu'à la mairie
13:09pour que notre message soit bien entendu.
13:11Avec nos petits bras
13:12et avec tout votre soutien,
13:14on lance une mobilisation
13:16contre la destruction de la bergerie.
13:19Merci à tous !