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  • il y a 1 jour
Saïd Bouarram est le fils de Brahim Bouarram, assassiné en 1995, Nassim Bourzoufi est le cousin de Djamel Bendjaballah, assassiné en 2024, Yoro Cissé est cousin d’Aboubakar Cissé, assassiné en 2025.

Le point commun de ses meurtres : ils sont motivés par le racisme et perpétrés par des militants d'extrême droite. Quelle est la responsabilité des politiques ? Justice est-elle rendue ? Les proches sont-ils suffisamment accompagnés par l'État ? Ils ont accepté de venir sur le plateau de ÇA IRA !, pour rendre hommage aux victimes et répondre aux questions de Lumi, Florent Le Du, Mejdaline Mhiri et Théo Bourrieau.

00:00 Présentation des invités et de leurs proches assassinés
4:17 Former un collectif pour lutter
6:36 De plus en plus de crimes racistes
8:39 Le cas de Hichem Miraoui
11:35 Des similitudes dans les crimes racistes ?
17:09 Un combat politique
18:54 Un climat islamophobe et raciste
27:05 L'abandon des familles par l'État
33:52 Racisme en France
39:08 Un quotidien changé par le drame
44:13 Fait-divers ou terrorisme ?
47:16 Rassemblements de soutien à venir

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Transcription
00:01On accueille nos invités, Nassim Bourzoufi, bonsoir, vous êtes le cousin de Jamel Benjabala qui a été assassiné en août
00:07dernier par un militant raciste.
00:09Saïd Bouaram, bonjour, vous êtes le fils d'Ebraim Bouaram, installez-vous.
00:15Bonjour.
00:15Le fils d'Ebraim Bouaram qui a été assassiné le 1er mai 1995.
00:19Et Yoro Sissé, bonjour, installez-vous.
00:22Bonjour.
00:22Bonjour.
00:23Vous êtes le cousin d'Aboubakar Sissé qui a été assassiné dans une mosquée de la Grande Comte il y
00:27a quelques mois.
00:27Et évidemment, Florent, Florent Ledue, journaliste à l'Humanité, journaliste politique, spécialiste de l'extrême droite notamment.
00:34Bonjour à tous les quatre.
00:35Déjà, merci beaucoup d'être venu, d'avoir répondu à présent à notre invitation.
00:38Ça nous fait vraiment plaisir de vous avoir ici.
00:42Donc je le disais, le 1er mai 1995, quelques jours plus tôt, Jean-Marie Le Pen recueillait 4,5 millions
00:47de voix au premier tour de l'élection présidentielle.
00:50Le 1er mai, le Front National défile dans les rues de Paris.
00:54Il passe notamment sur le pont Carousel.
00:574 fascistes s'écartent du cortège et descendent sur la quai de Seine.
01:00Michael Fréminet, j'ai alors Brahim Bouaram, donc votre père, Saïd, à l'eau.
01:04La scène étant crue, le courant est puissant et votre père ne sait pas nager et donc il se noie.
01:08Saïd Bouaram, vous êtes son fils, vous aviez 9 ans à l'époque, vous viviez avec votre mère et votre
01:13soeur au Maroc.
01:14Est-ce que vous gardez des souvenirs ? Comment vous avez grandi avec ça, avec cette expérience ?
01:19Bonjour à tous, merci de m'avoir invité.
01:22Alors, 1995, alors j'avais 9 ans à l'époque, on a appris ça par un ami de la famille
01:31et puis c'était très douloureux par ma mère et puis par moi-même.
01:37Je ne comprenais pas à l'année de novembre, je ne comprenais pas ce qu'il s'est passé.
01:42Et puis, on vit avec ça.
01:47Yoro et Nassim, est-ce que vous connaissiez l'histoire de Brahim Bouaram ? Est-ce que c'est une
01:52histoire qui vous parlait ?
01:54Moi, c'était une histoire que je connaissais puisque j'en avais déjà entendu parler, tout comme d'autres meurtres
01:59racistes qu'il y avait pu avoir, Ibrahim Ali, etc.
02:03Donc c'est une histoire que je connaissais déjà, je n'avais pas le détail, mais je sais que le
02:07nom de Brahim Bouaram, il était aussi un symbole de ces meurtres-là.
02:11Je connais ça.
02:12Yoro, vous aussi, c'était une histoire qui vous parlait ?
02:14Oui, moi, j'ai pris ça récemment, après la mort d'Abou Bacar lors des rassemblements.
02:23Donc j'entendais parler de cette histoire à partir de ce moment-là.
02:29Le 25 avril, Abou Bacar sissait votre cousin.
02:32Yoro est assassiné dans une mosquée du Gard.
02:36Il avait 22 ans, c'était un jeune Malien, il était bénévole de cette mosquée de la Grande Combe.
02:40Il a été poignardé à plusieurs reprises dans cette mosquée.
02:43L'auteur du crime, ce film, en train de le faire, profère des insultes islamophobes.
02:48Six mois plus tôt, le 31 août dernier, c'est Jérôme, pilier de la Brigade française patriote,
02:53un groupuscule d'extrême droite qui percute en voiture et qui roule à plusieurs reprises sur votre cousin,
02:59Djabel Benjabala, Nassim, un éducateur de 43 ans.
03:03Depuis, tous les deux, vous avez aussi constitué des collectifs.
03:06Vous êtes rassemblés avec les amis, avec la famille, avec les voisins, avec les proches.
03:09Est-ce que vous pouvez nous dire comment vous avez vécu ce drame et surtout pourquoi vous avez décidé de
03:14vous mobiliser, de vous rassembler ?
03:16Nassim ?
03:17Moi, le drame, je l'ai vécu en plusieurs étapes, puisqu'on n'a pas appris tout de suite l
03:22'ampleur de l'histoire.
03:24On n'a pas appris tout de suite que c'était un crime à caractère raciste.
03:27On nous a d'abord parlé d'accident de voiture, ensuite il s'est fait renverser,
03:31ensuite on nous a parlé de jalousie et après on a appris le caractère raciste et le pédigré de l
03:38'assassin.
03:38Donc c'est en plusieurs étapes.
03:40Et ensuite, très vite est venue la notion de se mobiliser en collectif,
03:44puisqu'on s'est dit qu'en fait on ne lutte pas seul, on lutte en rassemblant un maximum de
03:49gens.
03:49Et donc la famille a créé le collectif, très vite rejoint par des associations,
03:53notamment dans le nord de la France, là où ça s'est passé,
03:57et après les associations, des gens de la société civile, etc.
04:00Ça s'est lancé comme ça.
04:02Et puis on avait aussi à cœur des réseaux sociaux,
04:05puisque c'est aussi sur les réseaux sociaux qu'on fait entendre notre voix
04:08auprès des gens qui ne sont pas du tout dans le nord de la France, etc.
04:11Mais donc nous, la notion de collectif, elle s'est imposée tout de suite à nous,
04:14parce qu'on était dans l'urgence en fait.
04:16On était complètement dans l'urgence.
04:18Euro, c'est un peu la même chose ?
04:19Ça vous semblait indispensable et urgent de vous rassembler et de constituer un collectif ?
04:27Je n'ai pas bien compris.
04:28Est-ce que vous aussi, ça vous semblait important de vous rassembler,
04:31de vous regrouper avec les proches de la victime ?
04:33Est-ce que ça vous semblait important pour mener le combat ?
04:36Très très important, parce que c'est le même combat en fait.
04:41Donc surtout c'est le racisme, voilà, et l'islamophobie, tout ça.
04:49Donc c'est le même combat.
04:51Donc on se retrouve dans le même bateau en fait.
04:55Voilà.
04:56Vous, je crois que vous étiez au 1er mai,
04:58à la commémoration de la mort de Brayen Bouarmes, c'est ça ?
05:01Oui, j'étais là-bas.
05:03Et l'idée c'était de faire...
05:05Exactement, de se faire entendre, voilà,
05:09parce qu'on est victime de la même sorte.
05:13Donc ensemble, c'est donner la main, donner du courage
05:16pour que notre voix puisse entendre et que ce crime soit en fait arrêté en France.
05:28Ça permet aussi de soutenir les autres proches aussi des victimes, de ces victimes.
05:33Par exemple, Nadia, c'est ça de la sœur ?
05:35La sœur de Jamel, oui.
05:36Comment elle va en ce moment ?
05:38C'est très compliqué puisqu'elle a perdu son frère,
05:42donc elle perd une part d'elle forcément.
05:45Et je pense que la lutte qu'on mène, c'est aussi ce qui nous anime,
05:49c'est aussi ce qui nous permet de rester motivés,
05:52de se lever le matin en ayant un objectif.
05:55Et comme vous le disiez, c'est très important aussi...
05:58Enfin, j'étais aussi au 1er mai pour la mort de Saïd Bouaram.
06:05C'était les 30 ans.
06:05Brahim Bouaram, pardon.
06:06Les 30 ans en plus.
06:06Les 30 ans de la communauté.
06:07Et c'était pour dire, en fait, en 30 ans,
06:09les crimes racistes, ils n'ont pas disparu.
06:11Il y en a toujours.
06:12Il y a eu Jamel Benjabala, il y a eu Abu Bakar Sissé,
06:15tout récemment encore Hichem Merahoui, si je ne dis pas de bêtises.
06:18Donc c'était important en fait de se fédérer et de dire,
06:22ensemble on dit stop, ensemble on dit non.
06:24Et la lutte, elle ne se fait pas chacun dans son coin.
06:26Et c'était très important en fait.
06:27Et même pour les gens qui ne sont pas victimes de racisme
06:30ou des gens qui peut-être ne vont jamais commettre ça dans leur vie,
06:33c'est aussi important qu'ils soient sensibilisés à ces questions-là.
06:36Justement, Nassim, vous disiez que les meurtres de vos cousins,
06:39de votre père Saïd, ce ne sont malheureusement pas les seuls crimes racistes
06:42ces dernières années et dans l'histoire.
06:44Peut-être, Florent, tu peux nous faire un petit point sur la situation ?
06:47Oui, oui.
06:47On a quelques éléments de compréhension.
06:49Parce qu'on voit qu'il y a une accélération très nette,
06:53en fait des crimes à caractère raciste en France.
06:56Ce n'est pas la première fois, évidemment, dans l'histoire qu'il y a des vagues.
06:59Mais là, sur les quatre ou cinq dernières années,
07:01on recense autour d'une dizaine de meurtres, vraiment à caractère raciste.
07:05Et des meurtres qui n'ont pas toujours un écho médiatique.
07:10C'est le cas pour celui de Djamal.
07:12Mais on a un peu parlé de certaines affaires,
07:15comme l'attentat de la rue d'Inguin.
07:17C'était en décembre 2022 à Paris,
07:19quand trois personnes ont été abattues dans le centre culturel kurde.
07:23On pense aussi, pour donner quelques exemples récents,
07:27au rugbyman Federico Aramburu,
07:29qui lui a été tué parce qu'il s'était opposé au racisme
07:32de deux anciennes figures du GUD.
07:35Et il y en a d'autres.
07:36On a fait un petit peu le test, entre guillemets,
07:40autour de nous ces derniers jours,
07:43en parlant d'Angela Rostas.
07:45Et peu près personne ne connaissait son nom,
07:47alors que c'était une femme rome,
07:50qui a été tuée à coups de fusil devant son mobilhome.
07:52C'était en février 2023.
07:54Et des affaires comme ça, il y en a plusieurs,
07:55dont on n'a pas forcément entendu parler.
07:58Il faut ajouter à ça que, selon le ministère de l'Intérieur,
08:01il y a une vingtaine d'attentats d'extrême droite
08:02qui auraient été déjoués depuis 2017,
08:05avec soit ce qu'on appelle des louis solitaires,
08:08des personnes qui d'eux-mêmes vont passer à l'acte,
08:12ou le plus souvent, c'est des groupes
08:13qui se constituent d'abord sur les réseaux sociaux.
08:17Et en ce moment, on a un exemple avec le procès
08:20du groupe Action des forces opérationnelles.
08:22C'est des suprémacistes blancs
08:24qui prévoyaient de s'attaquer à des mosquées.
08:27Et je précise qu'à chaque fois, on l'a un peu dit,
08:31mais à chaque fois ou presque,
08:32les idées politiques de ces auteurs
08:33sont très clairement revendiquées,
08:36comme dans le cas d'Hicham Merawi.
08:39Justement, tu parlais d'Hicham Merawi,
08:40on a aussi, vous commencez à en parler.
08:42Alors, on a essayé de faire venir une personne de la famille,
08:44mais c'était trop compliqué,
08:45c'est des gens qui viennent du Sud, etc.
08:47Mais on a quand même eu envie de parler un peu de cette histoire.
08:49Donc, on va regarder le reportage de Franck Cartelet,
08:52qui est journaliste à l'Humanité.
08:53On regarde ça, puis on en discute juste après.
08:56Hicham Merawi était coiffeur à Puget-sur-Argent dans le Var.
08:59Le 31 mai dernier, le quadragénaire tunisien
09:02est victime d'un assassinat raciste
09:03tué de 5 balles devant son salon de coiffure.
09:06L'auteur, son voisin Christophe Beljambe,
09:0953 ans et sans emploi,
09:11nie toujours la motivation raciste de son crime.
09:13Il y a de plus en plus de personnes racistes, malheureusement.
09:17Ils ne s'en cachent plus.
09:19En fait, aujourd'hui, il y a beaucoup d'agressions racistes.
09:23Il y a beaucoup de paroles aussi.
09:25J'en ai vécu.
09:26Je veux dire, il n'y a rien qui change.
09:27On est des êtres humains avant tout.
09:29Moi, pour ma part, je n'embête personne.
09:31Je suis française, de confession musulmane, d'origine tunisienne.
09:35Il y a une humiliation qu'aujourd'hui on vit.
09:38Il faut que ça s'arrête parce que regarder le racisme,
09:40ça a poussé à la mort d'Abou Bakar,
09:42à la mort d'Hichem,
09:43à la mort de plein de personnes.
09:45Mais le racisme, il faut qu'il arrête.
09:47Le parquet national antiterroriste a révélé que le criminel avait diffusé,
09:51avant sa virée meurtrière,
09:53une vidéo sur Facebook où celui-ci déclarait
09:56« Français, réveillez-vous,
09:58allez les chercher là où ils sont ».
10:00Tuer de sang-froid un jeune homme
10:03par rapport à pas grand-chose.
10:06Ils étaient à côté,
10:08mais il avait une vraie haine
10:14de la différence d'un monde musulman.
10:18Pour l'association SOS Racisme,
10:20la hausse inquiétante des violences verbales et physiques
10:23est un phénomène qu'elle lit directement
10:25à la droitisation de la parole politique.
10:29En libérant leurs paroles racistes,
10:32en visant de façon,
10:34avec une espèce d'obsession en fait,
10:37l'islam,
10:38en visant les personnes étrangères,
10:39on voit que les personnages politiques
10:42viennent en fait créer de la haine,
10:45qui viennent aussi légitimer en fait la haine
10:48de la part des citoyens
10:50et ensuite que ces personnes passent à l'acte.
10:53Le 11 juin,
10:54dans sa ville natale de Kéroa en Tunisie,
10:56le cercueil d'Hichem a été accueilli par les larmes
10:59et cris de douleurs de sa famille.
11:18Merci beaucoup à Franck Cartelet pour ce sujet,
11:20merci beaucoup à Mouna d'avoir répondu aussi à ces questions.
11:23Je vois beaucoup de messages de soutien,
11:25de courage dans le chat, etc.
11:27Donc voilà,
11:28sachez que vous êtes aussi soutenu par beaucoup de gens.
11:30Je veux aussi réagir un peu à ce reportage.
11:33Pardon,
11:33je vous voyais Yoro se coller la tête,
11:35est-ce que c'est des images qui vous troublent ?
11:37Est-ce que vous voyez peut-être des similitudes
11:39avec votre histoire ?
11:40Des choses qui se ressemblent ?
11:42Bien sûr,
11:44parce que c'est vraiment triste.
11:49Voilà,
11:50ça me revient en tête directement sur la mort de mon cousin,
11:57Boubacar,
11:58qui a été assassiné sur le même truc,
12:02l'islamophobie, la raciste.
12:05C'est vraiment triste et dur de s'y porter,
12:12surtout de perdre un frère.
12:17Dans cette façon-là,
12:19ça a tout souffré moi, vraiment.
12:22Nassim,
12:23vous voyez des similitudes un peu
12:24entre l'histoire d'Ishem
12:25et l'histoire de Jamel Benjabala, votre cousin ?
12:27Bien sûr qu'il y a des similitudes,
12:28puisque c'est la haine qui tue dans ces cas-là,
12:32donc il y a forcément des similitudes.
12:34Et sur les motivations aussi des personnes qui passent à l'acte,
12:36il y a forcément des similitudes.
12:37Ce sont des gens qui se radicalisent la plupart du temps
12:41sur les réseaux sociaux,
12:42qui ont, comme l'a dit dans le reportage
12:45la membre des SOS Racisme,
12:46c'est aussi la droitisation de la parole,
12:48enfin la parole raciste qui se libère,
12:50que ce soit sur les plateaux télé,
12:51dans les journaux, etc.
12:53Et à part de nos hommes et femmes politiques ?
12:55Nos hommes et femmes politiques, bien évidemment,
12:56qui appuient là-dessus.
12:59Et en fait, après, des gens passent à l'acte.
13:00Ils ne se rendent pas compte que ce qu'ils disent,
13:02derrière, il y a des morts,
13:04et qu'après, il y a des familles endeuillées,
13:06qu'il y a une fracture dans la société.
13:08Donc évidemment qu'il y a des similitudes
13:10entre le meurtre d'Hicham Meraoui,
13:11le meurtre de Jamel Ben-Jabala,
13:13et en fait, on ne sait juste pas quand ça va s'arrêter,
13:15parce que la société, elle n'ouvre pas réellement les yeux.
13:18Il y a même une sorte d'invisibilisation,
13:20la plupart du temps, de ces crimes racistes,
13:22et des actes racistes en général.
13:24On peut voir aussi qu'il y a certaines similitudes,
13:26par exemple, avec le meurtre de Brahim Bouaram,
13:29dans le reportage qu'on a vu de Hicham,
13:31parce que c'est vrai que, pour le coup,
13:32c'est un militant d'extrême droite
13:33qui a tué un homme parce qu'il était arabe.
13:35Et est-ce que vous pensez qu'on peut se dire
13:37qu'en 30 ans, rien n'a changé, finalement ?
13:39– On peut dire ça, oui.
13:42En 30 ans, il n'y a pas vraiment
13:45pas grand-chose qui a changé.
13:47Et puis, quand on voyait la parole,
13:50ça se libère racistes et tout ça.
13:53– Effectivement, plus, comme vous dites,
13:55c'est le fait qu'on en entend aussi,
13:58c'est de plus en plus accepté, en quelque sorte,
14:00on a l'impression qu'avec tout ce qu'on entend, effectivement…
14:03– Je ne veux pas utiliser de me banaliser dans un sens,
14:06de dire, c'était il y a 30 ans,
14:09en 95, on est en 2025,
14:11on peut faire une longue liste
14:12des crimes racistes qu'il y a eu,
14:14on a l'impression que peu de choses changent
14:16et que la parole raciste, justement,
14:18elle se libère encore plus.
14:21Enfin, l'extrême droite monte en flèche
14:24dans le pays depuis quelques années
14:25et on le voit avec la banalisation
14:28des actes racistes, des actes antisémites, etc.
14:31– Est-ce qu'il faut bien qu'il y ait des conséquences
14:32derrière les discours ?
14:33– Bien sûr, bien sûr.
14:35– On a l'impression que la libération de la parole
14:38leur donne à ces gens-là
14:39comme une légitimité pour passer à l'acte.
14:43Le meurtrier, Dichen Mirawi,
14:46lui, il fait des vidéos au moment de son acte,
14:49il cite clairement le Rassemblement national
14:51et il dit aux Français,
14:52la prochaine fois, votez mieux.
14:56la question que vous voulez vous poser,
14:57c'est, vous, dans votre combat,
14:59qui est avant tout le combat pour que la justice
15:02soit reconnue pour vos proches,
15:05est-ce que votre combat pour la justice,
15:07c'est aussi forcément un combat contre l'extrême droite ?
15:09Est-ce que vous le voyez un peu comme ça ?
15:12– Au début, on ne le voit pas comme ça,
15:15parce qu'au début, c'est surtout un combat personnel
15:19pour défendre la personne qui est décédée,
15:21pour notre « moi, c'est mon cousin »,
15:24pour Nadia, c'est son frère,
15:25donc c'est surtout pour la famille,
15:26c'est un combat dont on a besoin, nous,
15:28pour faire notre deuil, pour être en paix.
15:31Et on se rend compte très vite qu'en fait,
15:33c'est un combat qu'on doit aussi mener
15:34sur le plan politique, malheureusement,
15:36on n'a pas le choix,
15:36et donc c'est un combat qu'on doit mener
15:38contre l'extrême droite, contre la haine,
15:40tout simplement, donc contre les discours de haine,
15:42contre tout ce que l'extrême droite véhicule,
15:45parce que Brahim Bouharram, s'il est décédé,
15:49c'était un militant d'extrême droite,
15:51Jamel Benjabala, il s'est fait assassiner
15:53par un membre d'une milice d'extrême droite,
15:55donc il y a en fait des gens qui sont prêts à tuer
15:58au nom de leurs idées,
15:59donc forcément, on doit alerter la société là-dessus.
16:03– Vous êtes d'accord, Saïd ?
16:05Yorouj, vous va hocher la tête ?
16:06– Effectivement, je suis 100% d'accord avec cette idée,
16:10et surtout, j'avais même dit ces mots
16:14lors du premier rassemblement sur la mort d'Aboubacar,
16:19j'avais dit celle-ci, j'ai dit,
16:21il faut que ça s'arrête,
16:25parce que c'était Aboubacar,
16:28demain ça sera qui ?
16:30et même pas,
16:31un peu de temps seulement,
16:32on entend que Issa Moussa a été tué.
16:36Qu'est-ce qui amène tout ça ?
16:38Ça veut dire qu'il y a quelque chose.
16:40L'idée qui est sur la tête des gens,
16:43il faut qu'ils sortent de cette idée en fait,
16:47c'est-à-dire de vivre ensemble,
16:52dans la paix,
16:53que tu sois musulman ou non-musulman,
16:56on est tous des lettres humains.
16:59On a à vivre comme des êtres humains,
17:03d'enlever la haine, la carte,
17:05ceci et ça, ceci et ça.
17:06Ce n'est pas ça la France.
17:10Saïd, pour vous aussi,
17:11c'est un combat personnel
17:12qui en fait au bout d'un moment
17:12prend une portée,
17:14vous demandez la reconnaissance de la justice,
17:16et qui finalement prend aussi une portée politique.
17:18Est-ce que pour vous aussi c'est le cas ?
17:19En fait pour moi,
17:20la justice a été rendue en 1998
17:24en procès cour d'assises.
17:27Alors c'est vrai que la personne
17:29a pris 8 ans dans la prison,
17:31après ça ne remplace pas mon père quoi.
17:35Mais ce que je veux dire en fait,
17:37moi pendant tous les rassemblements
17:38ou la cohémération de mon père,
17:39j'ai un message à passer,
17:41c'est que vivre ensemble,
17:44dans le respect de chacun,
17:45et puis après c'est des...
17:47Parfois, moi je les comprends,
17:49c'est des actes un peu gratuits quoi,
17:51pour rien,
17:52parce qu'on est différent,
17:53et puis pourquoi on arrive là ?
17:57Pour quelqu'un qui est...
17:59Moi j'ai grandi dans la montagne,
18:01en fait je suis venu en France à la rue de...
18:02Au Maroc, c'est ça ?
18:03Au Maroc, oui, c'est ça.
18:05Le mot racisme, je ne le connaissais pas.
18:07Oui, c'est en France que vous avez découvert le racisme.
18:09Oui, voilà, ça me dit que le racisme,
18:12c'est un terrain,
18:13et puis voilà,
18:15j'arrive en France,
18:16je vois un petit peu les...
18:18Je ne vais pas dire qu'en France,
18:20c'est de mon dératiste,
18:22mais bon après c'est...
18:24Tu as des gens un petit peu déplacés,
18:27pourquoi on arrive à ce...
18:29C'est quoi qui pousse à aller aux gens
18:34à faire des actes gratuits, pour rien quoi.
18:37Justement, cette question, vous avez la réponse,
18:38vous comprenez pourquoi il y a des...
18:40Qu'est-ce qui pousse les gens
18:41à faire des actes gratuits, justement ?
18:42Est-ce que vous avez trouvé la réponse
18:43au bout de 30 ans ?
18:44Pour l'instant, je n'ai pas vraiment de...
18:46Mon niveau, je n'ai pas...
18:48Je ne comprends pas.
18:51Ça ne devrait même pas exister.
18:54On va regarder un petit extrait.
18:57Euro Sissé, vous avez participé
18:57à une conférence de presse
18:58après le meurtre de votre cousin.
19:00On regarde la prise de parole
19:01de votre oncle, Djibril Sissé,
19:04et on en discute après.
19:06Triste aussi à la fois
19:07des traitements médiatiques au début
19:09qui a été fait parce qu'ils nous ont fait croire
19:11au début que c'était des frères musulmans
19:14qui se sont assassinés.
19:16Et puis comme disaient
19:17certaines réactions tardives
19:19de certains responsables politiques,
19:23là aujourd'hui, tout ce que moi,
19:25je peux vous dire,
19:25c'est que la justice soit faite
19:27pour notre neveu.
19:30Donc Djibril Sissé,
19:31donc l'oncle d'Abou Bakar,
19:32votre oncle aussi, Euro,
19:35dans l'extrait, il dit qu'il est triste
19:37du traitement médiatique.
19:38Alors il demande que la justice soit faite, évidemment.
19:40Il dénonce aussi le traitement médiatique.
19:42Pourquoi, selon vous,
19:42les médias ont essayé de faire croire
19:44que c'était un musulman
19:45qui avait tué un autre musulman ?
19:47Comment vous comprenez ça ?
19:49– Ben, je suis d'accord,
19:51parce qu'au début,
19:55c'est ce qu'on nous a fait croire,
19:59que c'est deux musulmans
20:00qui sont tués dans la mosquée.
20:03Mais après, on a appris que non,
20:05ce n'était pas ça.
20:06– Et pourquoi, selon vous,
20:07c'est le premier truc que les médias ont dit
20:09sans information ?
20:10Parce qu'on pourrait comprendre
20:11que les médias ne savent pas très bien,
20:12donc ils restent prudents.
20:13Mais là, le premier truc qu'ils racontent,
20:16c'est ça.
20:17Comment vous comprenez ça ?
20:18Comment c'est possible de faire ça ?
20:20– Bon, c'est la question même que je me pose.
20:24Voilà, je ne comprends pas, en fait.
20:28Sans connaître la vraie raison,
20:30en même temps,
20:30ils nous balancent cette info
20:32pour dire que ce sont des musulmans
20:34qui sont tués dans la mosquée.
20:36Après, on a vu que ce n'était pas vrai.
20:40C'était faux.
20:42Il y a un non-musulman
20:45qui est venu tuer,
20:47un musulman
20:49par rapport à sa religion.
20:53– Merci, j'ai l'impression que vous vouliez réagir.
20:55– Oui, parce que je pense
20:58qu'il fallait très vite sortir une information
21:00et que ça allait un petit peu dans leur sens.
21:02Ça va dans le climat actuel.
21:06Les musulmans sont peut-être pris pour cible en ce moment.
21:09L'islam est pris pour cible.
21:10L'immigration, tout comme, à une époque,
21:13les Juifs étaient pris pour cible,
21:15l'antisémitisme était très présent en France.
21:17Et il l'est toujours, d'ailleurs, dans certains discours.
21:19Et il fallait...
21:20Ce sont des journalistes
21:21qui avaient sûrement besoin d'une information très rapide,
21:24qui ne prennent même pas la peine
21:25de vérifier leurs informations.
21:27Leur métier, il est régi par des règles.
21:29Il y a une charte, la charte de Munich, etc.
21:31Ils n'en ont rien à faire.
21:32Ils n'en ont rien à faire.
21:33Ils donnent l'information.
21:35Et c'est une violence pour la famille Sissé.
21:38Je pense que c'est une violence énorme
21:39parce qu'il y a la violence du crime,
21:42la violence ensuite des journalistes,
21:44la violence du système policier,
21:45la violence de la justice.
21:46On reçoit une vague de violence
21:48qui est...
21:50Enfin, on s'en retrouve seul.
21:52Alors que, quand on regarde
21:53les trois personnes qui sont décédées,
21:55c'est des gens qui sont intégrés dans la société.
21:58Moi, mon cousin, il était éducateur spécialisé.
22:00Abou Bakar Sissé, il était bénévole dans une mosquée.
22:03Brahim Bouaram, il n'avait rien demandé.
22:06Il travaillait en France.
22:07Enfin, ce sont des gens comme les autres.
22:09Et on les a pris pour cible uniquement
22:11parce que ces gens-là étaient animés par la haine.
22:13Donc, je pense que ça va avec tout ce qu'on a dit
22:15sur les discours de haine
22:16qui font le climat actuel de la France.
22:20Vous avez rétabli les faits.
22:22C'est-à-dire que c'est un non-visulement
22:24qui est venu tuer un musulman
22:26parce qu'il est musulman.
22:28Pour autant, dans les médias
22:30et dans le gouvernement, Bruno Retaille,
22:33il y a eu un refus de parler d'islamophobie.
22:36Même des débats assez incroyables là-dessus.
22:41Comment est-ce que vous, vous l'avez vécu
22:43et comment est-ce que vous vivez même maintenant
22:45le fait qu'on refuse de parler d'islamophobie ?
22:50C'est ça, c'est très, très, très difficile pour nous
22:55parce que la douleur qu'on ressent même,
22:59c'est tellement fort.
23:02Jusqu'à présent, moi, je n'arrive pas à me remettre.
23:07Voilà, je n'arrive pas à me remettre comme il faut
23:11parce qu'il ne veut pas connaître comme un acte crime.
23:19important, c'est un crime.
23:22Il faut la condamner, il veut prendre à la légère.
23:27Nous, on a perdu quelqu'un.
23:30On ne peut plus, rien n'est pas, rien n'est pas,
23:33on ne peut la remplacer en fait.
23:36La seule chose qui pouvait nous soulager,
23:38c'est de reconnaître le fait.
23:45– Parler d'islamophobie,
23:47l'islamophobie, c'est vrai qu'on ne le répète pas assez souvent,
23:49mais c'est quelque chose qui scientifiquement a été démontré.
23:51Il y a beaucoup de travaux de sciences sociales
23:53qui expliquent que ça existe,
23:54que ce n'est pas du tout, comme parfois certains peuvent le dire,
23:57un fantasme ou quelque chose qui n'existerait pas.
24:00C'est vraiment des violences qui ciblent les musulmans
24:03par rapport à leur religion
24:04et c'est important effectivement de le dire.
24:06– Exactement, il faut le dire, il faut le dénoncer,
24:09il faut qualifier le crime tel qu'il est, voilà.
24:15– On commence par bien nommer les choses.
24:17– Exactement, le fait que la justice même n'ait pas reconnu
24:21le fait comme un acte terroriste,
24:24nous déjà ça nous choque franchement,
24:26on n'arrive pas à comprendre.
24:28Comment ne pas qualifier ce crime comme un acte terroriste ?
24:33– Et ça vous n'avez pas eu d'explication ?
24:35– On n'a pas eu d'explication, ni rien.
24:39Voilà, franchement, ça nous fait mal, très très mal.
24:45– Nassim, c'est pareil, il me semble, votre cousin,
24:47le caractère raciste n'a pas été reconnu par la justice.
24:49– Tout à fait, aujourd'hui, l'assassin,
24:54il est mis en examen pour meurtre.
24:56Il n'est pas du tout mis en examen pour meurtre à caractère raciste
24:59et donc c'est la principale cause de notre combat,
25:00c'est la reconnaissance du caractère raciste.
25:01– Alors qu'il était militant d'extrême droite,
25:03qu'il avait proféré des enjeux racistes, etc.
25:06– Pour remettre un peu de texte,
25:08pourquoi vous considérez que c'est un meurtre raciste ?
25:11Donc je vais mettre évidemment des guillemets,
25:14il insultait votre cousin de Bougnoul, de Sarrazin, etc.
25:17Il envoyait des cochons en chocolat pour Pâques,
25:20il envoyait des saucissons avec marqué « halal » au feu.
25:23Enfin, il y a des vraies raisons de considérer que c'est un meurtre raciste.
25:26Et j'avais une question à vous poser,
25:28c'est qu'au départ, on a beaucoup parlé d'un crime passionnel,
25:31parce que c'est l'ex-conjoint de la compagne de Jamel.
25:37Et du coup, ma question, c'est pourquoi vous pensez que cet acte a d'abord été présenté comme ça
25:42?
25:42Et pourquoi vous pensez qu'on a du mal à reconnaître le caractère raciste de ce meurtre,
25:45malgré toutes les preuves, tous les faits dont j'ai parlé ?
25:48Pour nous, c'est clair que c'est un meurtre à caractère raciste,
25:51que c'est le racisme qui a animé ce meurtre,
25:52parce qu'il y a eu un harcèlement raciste qui s'est étalé sur plusieurs années.
25:57Jamel Benjabala, il avait déposé plusieurs plaintes qui n'ont pas été du tout traitées,
26:01qu'on a rangées dans un dossier tranquillement en attendant qu'il se fasse assassiner.
26:05Pour nous, le caractère raciste, il est bien imposé.
26:09Aujourd'hui, pourquoi il n'est pas reconnu ?
26:10En fait, on n'a pas de réponse.
26:12On est laissé sans réponse.
26:13C'est une violence de plus, une violence institutionnelle de plus.
26:15On est laissé sans réponse.
26:17Nous, on peut avoir des hypothèses.
26:20On peut se dire que, pour les institutions judiciaires,
26:23s'ils reconnaissent le caractère raciste, c'est aussi avouer une faute,
26:26parce que s'ils avaient traité en amont, peut-être qu'aujourd'hui,
26:29Jamel Benjabala serait vivant et je ne serais pas sur ce plateau.
26:33Donc, on pense que ça vient de tout ça, mais on est laissé sans réponse.
26:36Il y a quelqu'un qui demande, est-ce que l'État vous fournit une aide psychologique ?
26:41Alors, je suppose que non, mais c'est vrai que c'est important.
26:45Qu'est-ce que fait l'État ?
26:46C'est une question intéressante.
26:48Non, non, rien du tout.
26:50Ça nous accompagne.
26:51Pour vous dire, l'assassin fait partie d'une milice extrême droite qui est armée,
26:56qui s'entraîne à tirer dans la forêt, qui a été documentée par énormément de journalistes.
27:00Tous les autres membres sont encore en liberté, armés.
27:03Et Nadia, la sœur de Jamel, qui vit dans le nord de la France,
27:06elle ne bénéficie même pas de protection policière, elle bénéficie de rien du tout.
27:10Donc on est limite vraiment laissé un petit peu à l'abandon, vraiment.
27:15C'est la même chose pour vous, Yoro et Saïd ?
27:19Exactement.
27:21Personne ne vous accompagne, vous n'avez aucun soutien psychologique, judiciaire ?
27:26Personne ne vous accompagne, aucun soutien psychologique, rien du tout, rien.
27:32Saïd, je précise en plus que vous êtes policier, c'est ça, de métier ?
27:35Donc en plus, vous travaillez pour l'État ?
27:37L'État, pareil, ne déclenche rien à vos concerns ?
27:41Non, je ne suis pas policier national, je suis policier municipal, je sais, il y a une différence,
27:46il y a une différence entre termes.
27:51Non, non, non.
27:52Après, comme je disais tout à l'heure, le jugement a eu 98, après, pour la considération, rien.
28:03Depuis 98, tu ne s'est rien passé ?
28:05Oui, même avant.
28:08Est-ce que vous avez été accompagné entre 95 et 98 ?
28:10Est-ce que vous avez été accompagné ?
28:11Parce qu'en plus, vous étiez très jeune à l'époque.
28:14En fait, moi, à l'époque, je vivais, je l'ai dit tout à l'heure, au Maroc, dans un
28:20village, quoi.
28:21Et vous êtes arrivé en France quand, du coup ?
28:23En fait, je suis arrivé en France en 2007, je me suis installé vers 2009, définitivement en France.
28:31Mais je vivais en France, en fait, je vivais en Maroc avec ma mère et ma soeur.
28:36Il n'y a pas de, en fait, il n'y a pas de, comment on peut dire,
28:38on était, je le disais, on était laissé à quoi.
28:41Il n'y a eu pas de soutien.
28:44Oui.
28:45Bah, en fait, tu vois, on est lèvresé à nous-mêmes, quoi.
28:49Il n'y a pas de...
28:51Pourtant, moi, j'avais 9 ans à l'époque.
28:53Bah oui, bien sûr.
28:54Après, c'est vrai que moi, je me souviens, quand mon père, quand le surpire est arrivé en village,
29:02c'est vrai qu'il y a eu beaucoup de foule et tout ça.
29:04Mais quelques jours après, t'es lèvresé à toi-même.
29:09Est-ce que parmi vous trois, vous avez, par exemple, été soutenus par des personnalités politiques ?
29:18Moi, quand même, nous, on n'a pas eu mal de soutien.
29:23On est soutenus par beaucoup de députés, des maires, donc, qui nous ont beaucoup soulagés.
29:36Dites qu'ils sont toujours là, ils seront toujours présents.
29:40Donc, à nos côtés, pour nous aider, voilà, et à traverser ces moments difficiles.
29:49Pour moi, de mon côté, c'est vrai que la congémération de chaque année, ça me fait un peu du...
29:56Ça me fit du bien, un petit peu, pour se rappeler.
29:59Et puis, un petit peu le deux, quoi.
30:03Concernant votre question, le soutien, un petit peu pour des personnalités politiques,
30:07il y a madame la maire de Paris, qui organise, je veux dire, à travers la ville de Paris, la
30:13congémération chaque année.
30:14Après, on a quelques élus locaux, Yann Brossat, et...
30:20J'ai vu aussi, vous parlez de cette commémoration, donc, c'est tous les ans, le 1er mai.
30:23Donc, là, la dernière, c'était il y a quelques mois, il y avait effectivement Yann Brossat.
30:26Je l'ai vu aussi, j'ai un peu regardé, il y a eu des images avec Emmanuel Macron et
30:29Jean-Luc Mélenchon.
30:30La première fois, c'était avec François Mitterrand.
30:32Donc, il y a effectivement plusieurs personnalités comme ça qui sont passées.
30:36Je profite aussi pour remercier les associations, c'est pas que je les oublie, parce qu'en fait, depuis 1995,
30:41ils sont là, tous les...
30:44En fait, c'est des gens fidèles au mouvement.
30:49Ils sont là depuis 1995.
30:51C'est vrai qu'il y a eu, entre les élections 2017, il y avait M. le Président Emmanuel Macron
30:58qui est venu.
31:00Et je me rappelle aussi, il y avait M. Jean-Luc Mélenchon.
31:03Il me semble que j'avais vu Jean-Luc Mélenchon.
31:06Est-ce que c'est des images qui vous touchent, qui vous font plaisir ?
31:10Est-ce que, finalement, c'est pas ça qui est important, de voir des politiques venir ?
31:14Est-ce que vous avez peur, parfois, de la récupération aussi, politique ?
31:16Non, c'est très important, en fait, à partir du moment que c'est...
31:19Voilà, pour rappeler les faits, et puis, d'ailleurs, que, voilà, c'est...
31:24On n'est pas dans le bon sens, et puis, voilà.
31:26Ouais, c'est très important, quoi.
31:28Bon, je veux dire, n'importe quel parti politique,
31:32un politique qui vient pour dénoncer et tout ça, en tant que famille,
31:36ça nous... ça nous... ça nous fait du bien.
31:38Et puis, c'est vrai qu'il y a toujours des douleurs,
31:42mais on ne peut rien faire, quoi.
31:44Oui, de voir que c'est considéré.
31:46Nassim, je crois que vous l'y a...
31:47C'est vrai que, oui, ça peut, au début, faire un petit peu peur,
31:49peut-être, la récupération politique, mais, en fait,
31:52le soutien que les politiques nous apportent...
31:55Enfin, moi, dans l'histoire, c'est un peu plus compliqué,
31:56parce qu'au début, les politiques n'étaient même pas au courant de l'affaire.
31:58Il fallait que ce soit nous, la famille,
31:59qui allions chercher les politiques sur Facebook, sur Instagram,
32:02et ensuite, ça s'est lancé comme ça.
32:05On a eu des soutiens de différents partis politiques,
32:09et notamment les associations, c'est très important de le rappeler,
32:11les associations qui sont là depuis le début
32:14et qui avancent avec nous.
32:16Mais la récupération de la politique, elle peut faire peur.
32:19On a besoin des politiques, mais, en fait,
32:21c'est très bien d'être là aux hommages et aux commémorations,
32:24mais nous, on attend qu'il y ait des actes, en fait.
32:26Nous, on va juger les politiques sur leurs actes,
32:28sur ce qu'ils disent et sur ce qu'ils font.
32:30Leur présence aux commémorations,
32:32elle fait un bien pour notre deuil,
32:35elle fait un bien pour notre paix intérieure,
32:36mais dans le système,
32:40c'est là qu'on les attend réellement,
32:41pour qu'il y ait du changement,
32:42parce qu'ils ont été élus, ils représentent le peuple.
32:46Donc, nous, en tant que membres de ce peuple-là,
32:48on attend d'eux qu'ils fassent leur travail.
32:51Oui, vous disiez qu'on a besoin des politiques.
32:53Justement, pour vous, c'est obligatoire,
32:55c'est nécessaire de politiser votre combat, le message.
32:58C'est un besoin ?
33:02Nous, on l'a fait parce qu'on jugeait que c'était important,
33:05parce que notre Djamel Benjabala,
33:09nous, on pense qu'il est mort à cause de l'extrême droite.
33:12L'extrême droite infiltre la vie politique,
33:15donc il fallait aller sur le terrain politique.
33:18Mais pour nous, c'est aussi très important
33:19de susciter l'éveil dans la société civile, en fait.
33:22Parce que c'est la société civile qui vote,
33:25c'est la société civile qui subit aussi,
33:27enfin, c'est des gens au quotidien,
33:28qui subit les micro-agressions racistes,
33:32les actes racistes, etc.
33:34Donc, il faut mettre au courant cette société,
33:37il faut mettre au courant nos concitoyens
33:39de ce qui se passe dans ce pays.
33:40Et donc, ça passe par la politique,
33:42mais ça passe aussi beaucoup par la société civile,
33:46mettre au courant les gens,
33:48que les gens sachent ce qui se passe,
33:50et pour qu'ils votent, au final.
33:52Justement, vous parliez du racisme, du climat raciste.
33:55Peut-être, Florence, c'est important de nous faire un petit point
33:56sur les chiffres, sur ce qu'on sait,
33:59est-ce que le racisme augmente, est-ce que la violence augmente ?
34:01Oui, ce qu'on parlait tout à l'heure des meurtres à caractère raciste,
34:05mais il y a, en tout cas, une parole raciste qui se libère.
34:09De toute façon, il suffit malheureusement d'allumer sa télé
34:13ou les réseaux sociaux.
34:16Même là, Saïd, on en parlait tout à l'heure,
34:19que quand un de vous fait des vidéos,
34:21il vaut mieux pas regarder les commentaires
34:22et voir ce qu'il peut s'y dire.
34:25Mais dans les données aussi du ministère de l'Intérieur,
34:28on voit, en tout cas, ces dernières années,
34:30que ça remonte, alors que ça a baissé
34:33pendant plusieurs décennies, en fait,
34:35et qu'en 2024, il y a 9 350 crimes ou délits
34:39à caractère xénophobe ou anti-religieux
34:42qui ont été comptabilisés.
34:43C'est une hausse de 11% par rapport à 2023.
34:46Mais ce qui est intéressant aussi avec ce chiffre,
34:49c'est qu'il est largement sous-estimé.
34:52C'est ce que dit, notamment,
34:54la Commission nationale consultative des droits de l'homme,
34:57qui a rendu un rapport la semaine dernière.
35:00Et cette commission, elle estime
35:01qu'il y a, l'année dernière,
35:031,2 million de personnes de 14 ans ou plus
35:07qui ont été victimes au moins une fois dans l'année
35:10d'une atteinte à caractère raciste, antisémite,
35:13islamophobe ou xénophobe.
35:14Donc ça fait 97% de ces personnes-là
35:18qui ne portent pas plainte.
35:19La raison principale, en tout cas,
35:21c'est ce que dit la commission,
35:22c'est un manque de confiance
35:24vis-à-vis de la police et de la justice,
35:25un manque de confiance qui est exacerbé
35:27par le contexte politique dont on a parlé
35:30avec une extrême droite qui monte,
35:31un ministre de l'Intérieur qui scande
35:34à bas le voile dans un meeting,
35:36qui reprend les mêmes mots que l'ERN,
35:37qui organise des rafles de sans-papier.
35:41Et justement, sur ce contexte-là,
35:46on disait que le gouvernement
35:48avait tardé à réagir
35:50sur la mort d'Abou Bakar Sissé.
35:53Est-ce que le gouvernement, ensuite,
35:56a eu des discours ?
35:58Est-ce que vous avez senti une réception ?
36:00Est-ce que vous pensez que c'est juste...
36:02Voilà, on le retaille,
36:05on fait un discours et après on passe à autre chose ?
36:06Ou est-ce qu'il y a des suites à ça ?
36:09Est-ce que vous avez été recontacté,
36:10ensuite, par le gouvernement ?
36:13Non, parce qu'après le propos même qu'il a dit
36:20concernant l'histoire du sans-papier,
36:22tout ça,
36:25donc c'est une manche...
36:28Bon, je ne peux pas dire le mot,
36:30mais quand même, bon,
36:31on trouve ça venant de la part
36:33d'un grand messer comme lui.
36:36Bon, franchement,
36:37il se trouve que ça n'est pas du tout respectable
36:43pour quelqu'un qui est mort.
36:48Donc, c'est pour cette raison même que...
36:52même quand il nous a invités,
36:55donc on a décliné l'invitation,
36:59donc avec le respect.
37:02Voilà.
37:03Vous trouviez que c'était hypocrite de sa part ?
37:05Oui, effectivement.
37:06Il a communiqué d'ailleurs là-dessus en disant
37:09« Mais si, bien sûr, j'ai proposé aux familles
37:11et c'est elles qui ont refusé. »
37:13Une façon aussi de...
37:14Vous rejetez la faute, quoi.
37:15Voilà.
37:16Son discours ou le discours des politiques.
37:17C'était assez scandaleux à voir,
37:19d'un regard extérieur aussi,
37:21parce que voilà,
37:22c'était vous qui refusiez le dialogue
37:24et pas lui qui était fermé.
37:25On a perdu quelqu'un,
37:27on est en train de faire une délée,
37:30donc...
37:31et venir qualifier
37:34de notre mort
37:37de sans-papiers
37:39ou un truc comme ça.
37:41Voilà, c'est...
37:43C'est trop.
37:44Franchement.
37:45Nassim, vous voulez réagir ?
37:46Oui, je voulais réagir
37:47par rapport à ce qu'on disait.
37:49C'est très hypocrite
37:51de la part de Bruno Retailleau
37:52d'ensuite inviter la famille,
37:54mais à chaque fois
37:54qu'il y a ces crimes racistes,
37:55on va constamment peut-être
37:57remarquer une forme
37:59de tentative de justification
38:02de l'extrême droite.
38:03Bruno Retailleau
38:04qui parle d'Abu Bakar Sissé
38:05en disant le malien...
38:07Enfin, non, je crois
38:07que c'était Éric Zemmour
38:08qui disait le malien,
38:09Bruno Retailleau
38:09qui dit le sans-papier,
38:11alors que, bah...
38:12Enfin, c'est...
38:12Peu importe.
38:12On nous fait sentir
38:13comme étant des sous-citoyens.
38:15Oui, on n'utilise même plus
38:16leur prénom.
38:16Voilà, on est...
38:17Enfin, il s'appelle
38:17Abou Bakar Sissé.
38:19Enfin, c'est pas un sans-papier,
38:20enfin, c'est...
38:21C'est pour Jamel Benjabala...
38:23Et quand bien même...
38:23Et quand bien même,
38:24ça a été,
38:24ça ne justifie en rien
38:25ce qui s'est passé.
38:26Pour mon cousin,
38:27Jamel Benjabala,
38:28on a parlé très vite
38:29de crime passionnel,
38:30on ne citait même pas son nom,
38:31on disait l'ex-compagnon.
38:33À chaque fois,
38:33on a une tentative
38:34de justification
38:35qu'on remarque
38:36à chaque fois
38:37sur chaque crime.
38:39Donc, c'est très hypocrite
38:40après, de la part
38:41de certaines personnalités politiques
38:43qui sont dans un camp
38:44quand même ciblé
38:45de la vie politique,
38:46d'ensuite vouloir
38:47faire bonne figure
38:48en invitant les familles.
38:50Nous, il y a eu
38:50des questions au gouvernement,
38:51il n'a même pas
38:52déni répondre,
38:53il n'a rien fait pour nous.
38:54Et je suis sûr
38:55que si l'affaire
38:56avait été beaucoup plus médiatisée,
38:57il aurait envoyé
38:58une invitation
38:58en nous demandant
38:59de venir, etc.
39:00On aurait bien évidemment
39:01décliné,
39:01puisqu'il fait partie
39:03des gens
39:03qui font monter
39:04les discours de haine
39:06dans notre pays.
39:07En vous écoutant,
39:08on a un peu l'impression
39:08que vous avez été jeté
39:09dans le militantisme
39:10dont vous avez été obligé
39:11de mener ces combats.
39:13Yoro, par exemple,
39:14est-ce que votre quotidien
39:15a changé ?
39:15Est-ce que dans la vie
39:17de tous les jours,
39:17ça change de devoir incarner,
39:19de devoir mener ce combat ?
39:20Qu'est-ce que ça change ?
39:24Ben...
39:25En mon quotidien,
39:26bon, ça change beaucoup de choses
39:31dans mon quotidien.
39:33Parce que c'est un combat.
39:37pour moi,
39:37c'est un combat
39:39à vie.
39:41À vie, c'est-à-dire que même
39:42si un jour,
39:43vous avez justice ?
39:44C'est-à-dire que la justice
39:46soit faite.
39:49Fait son travail.
39:50Voilà.
39:51C'est quelque chose
39:51de toute façon
39:52qui reste,
39:52qui accompagne...
39:53Exactement.
39:54Parce que ça,
39:55c'est un truc,
39:57je ne peux jamais effacer
39:58dans ma mémoire.
40:01Je ne peux jamais oublier.
40:03Donc,
40:05s'il y a...
40:06même s'il y a un cas comme ça,
40:08ça serait toujours mon combat.
40:12Voilà.
40:13Pour ne pas que...
40:14Pour montrer aux gens
40:15que ce n'est pas bien.
40:20et de dire qu'allons
40:23dans le même sens,
40:24allons vers la paix,
40:26allons vers vivre ensemble.
40:30Ça ne sert à rien
40:31de dire tel et tel
40:34et comme ça et comme ça.
40:36On est tous désignés.
40:38C'est vrai que quand vous dites...
40:39Pardon.
40:40Oui.
40:40C'est-à-dire que quand vous dites
40:41que c'est ces combats-là
40:43qui transforment complètement
40:44vos vies,
40:45que vous le vouliez ou non,
40:46très souvent,
40:47et on se sent rapidement seul
40:49et vous avez dû parfois
40:50vous-même peut-être
40:51devenir un petit peu
40:52enquêteur, avocat.
40:54Tout à l'heure,
40:54vous disiez Nassim aussi
40:55que vous aviez dû
40:55vous-même interpeller
40:56les politiques.
40:57Donc, finalement,
40:58vous vous êtes retrouvés
40:58à être spécialistes
40:59parfois de choses
41:00qui n'ont rien à voir
41:01avec ce à quoi
41:02vous étiez destinés
41:03et donc aussi
41:05un petit peu ce devoir
41:06que vous avez ressenti
41:07de vous mobiliser,
41:08de par exemple
41:08créer des collectifs,
41:10d'aller justement
41:11interpeller les politiques,
41:13les médias,
41:13etc.
41:14Et est-ce que du coup
41:15vous vous êtes senti désarmé
41:17dans ce combat-là,
41:18de devoir vous retrouver
41:20du jour au lendemain,
41:22à devoir se mobiliser
41:23et après avoir vécu
41:24quelque chose aussi
41:25qui bouleverse à jamais
41:26et qui...
41:27– Je ne me suis jamais
41:29senti désarmé.
41:32Voilà.
41:35Donc, toujours,
41:36j'ai le courage.
41:37À chaque fois,
41:38même la mort d'Hichem,
41:43donc, ces jours-là,
41:44lors des rassemblements,
41:46malgré mes occupations,
41:47j'ai dit,
41:48mais il faut que j'aille
41:48parce que c'est un combat
41:50qu'on mérite
41:51d'aller tous ensemble.
41:53d'un corps
41:55et de sensibiliser
41:56aussi les gens
41:58pour éviter
41:59ce genre d'éclif.
42:00– Qui en parleraient,
42:01oui,
42:01le plus possible aussi
42:02aux gens pas directement
42:03concernés,
42:03mais qui ne se rendent
42:05peut-être pas compte
42:06aussi de la grévitée
42:07puisque c'est vrai
42:07que comme on dit,
42:08on en parle très très peu
42:09dans les médias.
42:10– On se sent soutenus
42:11par les gens
42:14à qui on en parle,
42:15mais on se sent
42:16désarmés
42:16face au système.
42:18c'est surtout ça,
42:19c'est que
42:20quand c'est…
42:21enfin,
42:22personne n'est prêt à ça,
42:23personne n'est prêt
42:24à faire le deuil
42:25d'un proche
42:25dans des conditions
42:26encore terribles
42:28à lesquelles on est confronté
42:29et personne n'est prêt
42:31au combat
42:31qu'on doit mener ensuite
42:32quand c'est nous
42:33qui devons interpeller
42:34les politiques.
42:35On devient spécialiste
42:37de choses
42:37qu'on ne maîtrise pas,
42:39personne n'est prédestiné
42:40à ça,
42:41mais justement,
42:42comme on l'a dit,
42:43c'est le courage
42:44qui nous anime
42:44et en fait,
42:45on se dit
42:47si on veut vraiment
42:48que ça n'arrive plus,
42:49il faut se mobiliser
42:50et en fait,
42:50on le fait pour nous,
42:52pour notre paix intérieure,
42:52pour le proche
42:53qu'on a perdu,
42:53mais aussi,
42:54c'est un combat global
42:55pour toutes les autres personnes
42:57et c'est peut-être ça aussi
42:58qui nous permet
42:58d'avancer,
42:59de se dire qu'en fait,
43:00ce qu'on fait,
43:00on ne le fait pas pour rien,
43:01on le fait pour nous
43:02et pour toutes les personnes
43:04qui subissent ça au quotidien
43:05et qu'on veut aussi défendre.
43:07Vous parliez tout à l'heure
43:08des associations aussi
43:09qui vous ont aidé,
43:12c'est quelles associations,
43:13en quoi,
43:14est-ce qu'ils vous aident
43:15sur le côté,
43:16sur le volet judiciaire ?
43:18– Dans mon cas,
43:20nous,
43:20dans le collectif,
43:22on a le MRAP,
43:24on a la SOS Racisme,
43:27la Ligue des droits de l'homme
43:28et la Maison des potes
43:30et diverses associations
43:31au niveau local
43:33qui nous aident,
43:34qui nous apportent
43:34un soutien aussi
43:37dans nos prises de parole,
43:39savoir ce qu'on a le droit
43:40de dire,
43:40ce qu'on ne peut pas dire,
43:41sur le côté judiciaire aussi,
43:43parce que, par exemple,
43:43une association comme SOS Racisme,
43:45ils ont un pôle judiciaire
43:46qui nous aide énormément
43:49et ensuite,
43:50ils nous aident aussi,
43:50bien évidemment,
43:51lorsqu'on veut organiser
43:53des rassemblements,
43:54des commémorations,
43:56ça nous aide beaucoup.
43:57Pour la famille de Jamel,
43:59nous,
43:59on a un rassemblement
44:01qui a lieu
44:03samedi 28
44:04et donc là,
44:05les associations
44:05sont à Dunkerque,
44:07devant le tribunal judiciaire
44:08et donc là,
44:09les associations
44:09sont super importantes pour nous
44:11et elles nous aident énormément.
44:14Ça nous paraissait important
44:15de faire un petit point
44:16sur le PNAT,
44:17donc le parquet national
44:18d'antitatorisme,
44:18parce que c'est un truc
44:19qui peut paraître un peu abstrait
44:21mais pourtant,
44:21ça paraît fondamental
44:22pour bien comprendre
44:23cette histoire.
44:24Est-ce que tu peux nous faire
44:24un petit point,
44:25Florent, là-dessus ?
44:26Oui, le PNAT,
44:27il a été créé en 2019,
44:29il est encore assez récent
44:30et on voit
44:30qu'il évolue un petit peu.
44:33En fait,
44:33il se saisit lui-même
44:35dans deux cas.
44:37Le plus simple,
44:38c'est quand un acte
44:39est revendiqué
44:40par un groupe
44:41qui est catégorisé
44:43comme terroriste,
44:44Daesh par exemple,
44:45mais en fait,
44:46il n'y en a pas
44:46pour l'extrême droite
44:47et c'est ça
44:47qui complique l'affaire
44:49dans les cas
44:50dont on parle.
44:51Et donc,
44:52dans ces cas-là,
44:53il faut regarder
44:53au cas par cas
44:55selon trois éléments,
44:56c'est la gravité
44:57de l'acte,
44:58la volonté
44:59d'intimider
45:00la population
45:01ou une partie
45:02de la population
45:03avec cet acte
45:04et la personnalité
45:05de l'auteur.
45:07La personnalité
45:08de l'auteur,
45:08en gros,
45:09c'est s'il a des troubles
45:13psy typiquement
45:14et ce qu'on comprend
45:15dans le cas
45:16d'Abou Bakar Tisset,
45:17c'est pour ça
45:17que je vous demandais
45:18tout à l'heure
45:18si on vous a donné
45:19des explications
45:20sur pourquoi
45:20le PNAT n'a pas été saisi.
45:22Ce qu'on comprend,
45:23c'est qu'ils disent
45:23que la justice
45:25dit qu'il avait
45:27des troubles psy
45:28et donc,
45:29c'est probablement
45:30pour ça
45:30qu'il n'a pas été saisi.
45:31Ce qui est étonnant,
45:32c'est qu'on ne vous donne
45:33aucune explication.
45:35Mais ce qui peut surprendre,
45:38c'est pourquoi
45:38justement
45:39le parquet antiterroriste
45:40a été saisi
45:41pour l'affaire Meraoui,
45:42Dichem Meraoui,
45:43et pas pour d'autres affaires
45:46pourtant similaires.
45:48Et en fait,
45:48ce qu'on comprend,
45:49à l'humanité,
45:50on a enquêté,
45:51je vous invite à lire
45:51un article
45:52qu'on a fait
45:52il y a deux semaines,
45:54on a enquêté
45:55pour essayer
45:55de comprendre
45:56un petit peu tout ça
45:57et quand on a posé
45:59la question
45:59de pourquoi l'attaque
46:00au centre culturel kurde
46:03en décembre 2022
46:05pourquoi le PNAT
46:06ne s'est pas saisi
46:08à ce moment-là,
46:09en fait,
46:09le magistrat nous a répondu
46:11il ne faut pas regarder
46:12des affaires
46:12qui datent
46:13de quelques années
46:14avec les yeux de 2025.
46:15C'était il y a deux ans et demi.
46:17En fait,
46:17ce qu'on comprend,
46:18c'est qu'à l'époque,
46:19ce qui nous paraît fou,
46:20ils ne considéraient pas
46:22que cet acte-là
46:23était fait
46:23pour terroriser
46:24une partie de la population,
46:25ce qui paraît pourtant
46:26assez clair
46:27même dans vos trois cas,
46:30dans les cas de vos familles.
46:31Et alors même que,
46:33je voulais juste
46:33faire un point là-dessus,
46:34les services de renseignement,
46:36ça fait un moment
46:37au moins depuis 2017
46:38qu'ils alertent
46:39sur la menace
46:40d'un terrorisme
46:41d'extrême droite.
46:43Quelques chiffres,
46:44il y aurait aujourd'hui
46:45entre 2 000 et 3 000
46:46individus membres
46:47de groupuscules
46:48d'extrême droite
46:48potentiellement violents,
46:50dont 1 300
46:51sont fichés S.
46:53Mais ce qu'on nous a expliqué,
46:55c'est que malgré
46:56toutes les alertes
46:57des renseignements,
46:58le pouvoir,
46:58c'est le pouvoir politique
46:59qui n'a pas voulu entendre
47:00l'ampleur de cette menace
47:01et il avait dans son agenda
47:03d'autres objectifs
47:04comme mettre en avant
47:06un terrorisme
47:07d'extrême gauche
47:08qui pourtant
47:08ne se reprend jamais
47:10aux personnes
47:11ou un prétendu
47:12éco-terrorisme
47:13et ce qu'on dit
47:14assez long
47:14sur nos gouvernements
47:15depuis 2017.
47:16Peut-être pour terminer,
47:18Nassim,
47:19vous nous avez parlé
47:19de ce rassemblement
47:20samedi à Dunkerque,
47:21c'est devant le tribunal,
47:23c'est ça ?
47:23Devant le tribunal judiciaire.
47:24Le but,
47:25c'est donc de vous rassembler,
47:26j'imagine que vous appelez
47:27tout le monde
47:27à vous rejoindre
47:27et pour demander
47:29la reconnaissance
47:30du crime à caractère raciste ?
47:31Oui, c'est exactement ça.
47:32En fait, l'objectif,
47:33c'est...
47:34Il y a une lettre ouverte
47:35aussi qui circule
47:35qui a été aujourd'hui signée
47:36par quasiment 35 000 personnes.
47:38Qu'on peut signer en ligne ?
47:39Qu'on peut signer en ligne
47:40sur change.org.
47:41Et pour nous,
47:42c'est important aussi
47:42de se déplacer
47:43et de montrer
47:45à la justice
47:46que, d'accord,
47:47on est sur les réseaux sociaux
47:48mais on est aussi présent
47:50devant vous physiquement
47:51et on veut rassembler
47:52un maximum de gens
47:54de tout parti politique,
47:55de toute opinion
47:56pour montrer qu'en fait,
47:57on est tous présents ici
47:59pour la même cause
48:00et qu'on ne lâchera pas en fait.
48:01Et qu'on ne lâchera pas
48:02tant que justice n'est pas rendue
48:04et quand justice sera rendue,
48:05ce qu'on espère,
48:06le combat,
48:06il va continuer
48:07parce que c'est un combat
48:08qui est sur le très très long terme.
48:12Salide,
48:12j'imagine que vous,
48:13le prochain rendez-vous,
48:13c'est la prochaine commémoration.
48:15Est-ce qu'il y a d'autres événements
48:16auxquels vous voulez inviter
48:17les gens qui nous regardent avant ?
48:20Non, en fait,
48:22comme je l'ai expliqué,
48:23c'est toujours un combat personnel.
48:25Du coup,
48:27il n'y a que le 1er mai
48:28que je me retrouve
48:29en fait
48:31au plus proche
48:32avec les amis
48:34et puis la famille
48:36ainsi que les associations.
48:39Sinon,
48:39je n'ai pas d'autres dates.
48:40C'est déjà bien.
48:42Si le 1er mai,
48:43vous faites la fête,
48:44j'allais dire la fête du travail,
48:47au détour du manifestation,
48:48vous pouvez aussi aller commémorer
48:50le 1er mai,
48:51la mort de Brahim Bouhrab.
48:53Et vous,
48:53à Bouboukar Sissé,
48:53est-ce que prochainement,
48:54il y a un événement,
48:55une marche ?
48:56Est-ce qu'on peut vous soutenir
48:57d'une quelque façon
48:58dans votre combat ?
49:01Bon,
49:02pour l'instant,
49:04on n'a pas organisé
49:06une marche,
49:09mais dans les jours à venir,
49:12on pense le faire.
49:14parce que notre voix
49:15n'est pas encore entendue
49:17par la justice.
49:18Donc,
49:19on va la faire
49:21dans les jours à venir.
49:23Où est-ce qu'on peut retrouver
49:23l'information ?
49:24Est-ce qu'il y a
49:25un site internet,
49:26une page sur les réseaux sociaux
49:27où on peut trouver,
49:28une fois que vous aurez
49:30organisé cette marche,
49:32comment on est au courant
49:32et comment on peut
49:33le dire aux gens de bien-être ?
49:35Oui,
49:36en fait,
49:36on a créé un site
49:40sur Instagram,
49:43la famille Boacar Sissé.
49:46Voilà,
49:47et là-bas,
49:47il se passe
49:48toutes les informations
49:50concernant
49:52tous les événements.
49:54Merci beaucoup
49:55à tous les trois.
49:56J'ai vu encore une fois
49:57beaucoup de messages
49:57de soutien dans le chat,
49:58beaucoup de courage.
49:59On vous souhaite aussi
49:59beaucoup de courage
50:00dans vos luttes
50:01et dans votre vie.
50:02Je vous invite
50:03à quitter le plateau,
50:04c'était vraiment
50:04un moment assez fort.
50:06Encore merci
50:06d'être venu,
50:07d'avoir répondu
50:08à nos questions.
50:09Oui,
50:09je précise que forcément
50:10les journalistes
50:11de l'Huma
50:11et l'Humanité
50:12tout entière,
50:13de toute façon,
50:15vous suivent
50:16et c'est ce que vous disiez
50:17que c'est sur le temps long
50:18évidemment que le journal
50:19et ses membres
50:21suivent ces sujets-là
50:22sur le temps long.
50:23Merci.
50:23Merci beaucoup
50:24à tous les trois.
50:25Merci.
50:25Bonne bonne soirée.
50:26Merci.
50:27Merci.
50:27Beaucoup de courage.
50:28Merci beaucoup.

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