00:00Et l'attaque de Trappes, on revient sur celle-ci qualifiée d'attentat terroriste raciste par Emmanuel Macron.
00:05Elle a fait un mort, cinq blessés, dont une enfant de 12 ans, pour en parler.
00:08Dominique Soppo est avec nous, président de SOS Racisme.
00:11Bonjour, merci d'être avec nous.
00:13Alors Emmanuel Macron a parlé d'un tournant.
00:16Est-ce que vous partagez ces propos ? Qu'est-ce qu'ils disent de la gravité de cet acte
00:20?
00:22La gravité de cet acte, c'est que les attaques racistes ne sont jamais des faits divers.
00:26Ça vient dire quelque chose de la société, de son évolution.
00:29Malheureusement aussi d'idéologies qui ont progressé dans les têtes, au point où des personnes se disent qu'il est
00:35essentiel pour elles d'aller prendre des armes et d'aller tirer sur des gens à raison de leur couleur
00:40de peau, de leur religion, de leur nationalité, y compris donc sur une fillette de 12 ans.
00:46Ce que l'on peut dire, c'est que ça s'inscrit dans une séquence qui ne commence pas malheureusement
00:51avec cet acte-là,
00:53puisque ça fait maintenant plus de deux ans que dans notre pays, il y a un retour des crimes racistes.
00:57Je peux penser à Angela Rostas, à Jamel Benjabala, à Yishan Mirawi, à Aboubakar Sissé,
01:03à trois militants kurdes qui ont été aussi abattus en plein Paris, rue d'Angélien, il y a maintenant deux
01:11ans également.
01:12Donc on est dans une séquence de retour des crimes racistes qui n'a pas fait l'objet de réponses
01:19à la hauteur nécessaire des autorités.
01:22Je rappelle qu'à Aboubakar Sissé, lorsqu'il a été assassiné, M. Rotaillot, qui était ministre de l'Intérieur et
01:28donc ministre des Cultes,
01:29ne s'est même pas déplacé sur les lieux du crime.
01:33Donc je suis très content qu'Emmanuel Macron, s'il puisse dire, se soit déplacé et eu des mots forts.
01:40On aurait pu s'attendre à ce qu'ils aient été prononcés auparavant.
01:44Et en tout cas, j'espère que cela créera une réflexion collective sur la dangerosité des propos racistes
01:51qui ont maintenant antennes très largement ouvertes, comme on l'a encore vu il y a quelques jours,
01:56lorsque dans les explications des pillages du 17 octobre, on a vu toute une série de leaders, notamment d'extrême
02:02droite,
02:03venir expliquer que tout cela était le fait de hordes de barbares, de hordes de sauvages,
02:07comme l'ont dit M. Bardella ou Zemmour, à longueur d'antenne.
02:12Quand on tient ce type de propos, quand on explique que le noir, l'arabe, le musulman, l'étranger,
02:16ce sont des dangers existentiels pour le pays, ce sont des sauvages, ce sont des barbares,
02:20il ne faut pas s'étonner que derrière, il y ait des personnes qui disent
02:23« ces gens-là, il faut les abattre ».
02:25– Dominique Sopo, au-delà de la polémique sur le « c'est la première fois » du président de
02:29la République,
02:30manifestement, il a compris que les mots étaient malheureux, il a utilisé d'autres mots,
02:34il a dit « ne baissez pas les yeux », ce sont des mots qui résonnent chez vous ?
02:39– Bien sûr, ce sont des mots qui résonnent, il est important que le président de la République,
02:44en tant que représentant de la République, tienne des mots forts,
02:47parce que le racisme, c'est quelque chose qui est contraire à l'esprit de la République,
02:52la République réprime le racisme dans le code pénal, la République c'est la liberté, l'égalité,
02:58la fraternité, autant de principes qui sont des beaux principes,
03:01qui normalement devraient mettre à distance la pensée raciste, les actes racistes,
03:06malheureusement, évidemment, on sait bien que ce n'est pas le cas,
03:09mais il est important que la République rappelle ce qu'est le cadre,
03:13notamment dans ces mois périlleux pour notre démocratie,
03:18et dans cette séquence de retour ou d'affirmation d'une parole raciste extrêmement régulière,
03:24qui a eu tendance à se banaliser, et qui, aujourd'hui, fait partie quasiment de discours
03:31auxquels on s'est malheureusement trop habitués,
03:34sans toujours bien mesurer ce que cela produisait dans les esprits.
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