00:00Alors, Simon Abkarian, tu as accepté d'être rédacteur en chef d'un jour de l'Humanité, et on t
00:06'en remercie.
00:06Qu'est-ce qui t'intéressait un peu dans cette expérience et quel rapport t'entretiens à la presse en
00:11général ?
00:12Moi, je pense qu'une presse libre, c'est le signe d'une bonne santé d'un pays dit démocratique.
00:20Et je trouve que l'humain fait son travail d'engagement, d'abord journalistique, ensuite humain et humaniste,
00:29d'essayer de faire progresser le monde en le racontant au plus près de la réalité,
00:37tout en restant attentif aux sources où elle va chercher ses infos.
00:43Tu as participé tout à l'heure à la réunion de rédaction, toi on a même pris les rênes.
00:48Qu'est-ce qui te semblait important à faire découvrir, à révéler aux lecteurs de l'Humanité et aux autres
00:54potentiels,
00:54dans l'actualité de demain, qu'est-ce qui t'a semblé intéressant d'aller piocher et développer ?
00:59Je trouve que comme la finance s'est globalisée, je trouve que le monde s'est globalisé,
01:05c'est-à-dire qu'on est un monde et on subit de plein fouet d'abord le joug économique,
01:12qui nous est imposé par une classe, une petite partie de personnes qui en oppriment une grande partie,
01:20et aussi cette crise sanitaire qui nous frappe toutes et tous de plein fouet.
01:27Donc l'actualité, si tu veux, elle se raconte d'elle-même, il y a juste à prendre le stylo
01:33et à la communiquer.
01:36Parce qu'il y a de l'autre côté des contrefeux qui sont allumés pour que justement cette actualité ne
01:41soit pas vue objectivement
01:43et vécue pleinement et intelligemment par les gens pour qu'ils puissent se faire l'idée, leur propre idée.
01:50La pire des choses qui puisse arriver à un pays, c'est la population qui se dirait « je ne
01:58comprends pas ce qui est en train de se passer ».
01:59Et je pense que c'est ce que veulent les politiques, c'est qu'on n'y comprenne rien et
02:03qu'ils disent « on va s'en occuper, ne vous inquiétez pas ».
02:05Et du coup, on est relayé, relégué encore à l'état de, on est infantilisé, voire instrumentalisé, réduit à l
02:12'état de gens qui, en gros, nous disent « achète et tais-toi ».
02:17Justement, et ta présence nous y a encouragés.
02:21Demain, on ouvre le journal sur la manière dont la pandémie bouscule à la fois l'industrie cinématographique,
02:28mais la création cinématographique est bien au-delà, tout le monde de la culture et le spectacle vivant notamment.
02:33Pour le pire ou pour le meilleur, on verra dans le journal de demain, tu vas intervenir dessus dans le
02:39journal de demain,
02:40notamment dans l'éditorial qu'on t'a confié.
02:43Quel regard, toi, tu portes, qui était en création, qui a divers projets sur ce monde de la culture qui
02:48est complètement sous cloche
02:50et quelles traces il peut laisser quand, dans un pays, on a estimé la création et le rôle de spectateur
02:57comme non essentiel ?
02:59Moi, je trouve que c'est une hérésie que de dire que c'est non essentiel.
03:04Évidemment, la nourriture, j'en parle dans ce que j'ai écrit, la nourriture du corps est importante,
03:10mais celle de l'esprit est aussi importante.
03:11C'est-à-dire que la bonne santé d'une démocratie, encore une fois, puisque je vis dans une démocratie
03:16qui,
03:17voilà, malgré toutes les croche-pattes qu'on essaye de lui faire, notamment au niveau social,
03:25j'y vis et j'y suis heureux d'y être dans ce pays et dans cette utopie-là.
03:30Et un pays sans ces artistes, même plus que culturels, les artistes, l'art de vivre mieux,
03:39de comprendre mieux et de raconter mieux son monde, est un pays sans ailes et sans poumons, sans ciel.
03:44Enfin, c'est quelqu'un, on est voué à re-ramper jusqu'à se remettre de la station quatre pattes,
03:50se remettre debout et nous raconter nous-mêmes, à nous-mêmes.
03:54Est-ce que tu peux expliquer un peu au lecteur le choix des sujets sur lesquels tu as souhaité intervenir
03:59dans le journal de demain ?
04:00Je vais parler des séparatismes, de la nouvelle mode qu'a lancée le gouvernement via M. Darmanin.
04:11J'avais l'impression qu'il y avait déjà des lois qui existaient et qui remettent les couverts
04:15pour encore plaire et montrer plus de muscles que l'extrême droite.
04:20Je vais parler de la dette qu'on va nous remettre sur le tapis à la fin de cette crise,
04:29parce que cette crise, fatalement, je l'espère au plus vite, va prendre fin,
04:33et voir à quelle chose ils vont nous faire payer.
04:35Quand il n'y a pas d'argent, il y en a, ils en trouvent.
04:38Et puis tout d'un coup, en 21, fin de cette année, ils diront qu'il n'y a plus
04:43d'argent,
04:43alors qu'il y en aura juste pour nous faire payer.
04:46Je tic, il y a une dette que je n'ai pas contractée, je ne veux pas la rembourser.
04:50Je vais parler aussi du chômage, du pôle emploi,
04:56et comment il y a des endroits où on stigmatise les chômeurs et les chômeuses.
05:03Trouver l'angle pour punir la personne qui est inscrite légitimement au chômage,
05:10puisqu'elle cotise, et de les punir, de trouver l'angle pour...
05:15C'est-à-dire de rendre le chômeur ou la chômeuse qui est en état de fraude presque.
05:20Et comment on entretient justement le chômage pour forcer les gens à dire
05:25« Ah, j'ai un boulot, je suis content », et qu'importe les conditions,
05:27enfin, on pourrait écrire des livres et des livres là-dessus.
05:32Je vais parler du féminisme, parce que c'est un sujet auquel je suis très attaché.
05:42Je vais vous faire une petite histoire, je suis marié à une femme qui vient de Sarguemines,
05:47et à Sarguemines il y avait les faïences, les faïenceries.
05:50Et il y a le casino de Sarguemines qui est très joli d'ailleurs,
05:53et juste à l'entrée du casino il y a une espèce d'arche comme ça,
05:57comme l'arche de triomphe, l'arche de triomphe, mais en minuscule, en miniature.
06:00Et il y a une garçonnière, en fait, il y a une fenêtre avec des rideaux comme ça,
06:04il y a un mannequin qui représente le propriétaire des faïenceries.
06:09Et le type, en fait, il se mettait là, et puis il voyait les ouvrières arriver,
06:14et puis il disait, celle-là, mais ce qui est bien c'est qu'il s'est encore exposé,
06:20ils en sont fiers.
06:21Un pays comme la France où on parle encore de parité,
06:24je trouve qu'il faut se questionner comment on en est encore là, quoi.
06:30Alors qu'on arrive à voyager dans l'espace, à fendre l'atome en quatre,
06:35et tout d'un coup on arrive et dit, les salaires c'est pas les mêmes,
06:37toi t'es une fille, moi je suis un garçon, moi je vais peut-être plus que toi.
06:40Et ça, je prends un exemple un peu primaire, mais il existe.
06:46Et pour parler de l'actualité, en fait, l'actualité, comme on se disait tout à l'heure,
06:53elle se raconte d'elle-même, il suffit de la transcrire.
06:56C'est-à-dire que si Brecht était vivant aujourd'hui,
07:00il aurait de quoi écrire des pièces in folio,
07:05des trilogies à n'en plus finir.
07:11Parce que, c'est-à-dire qu'on est arrivé à un moment où la gouvernance,
07:15qui est assujettie à la finance, se caricature elle-même, quoi.
07:20Il n'y a plus de majesté dans notre gouvernance.
07:24L'éthique, n'en parlons pas.
07:26Ils l'ont plié en quatre comme un mouchoir.
07:28Ils l'ont enfoui dans le tiroir où s'entassent les vieux objets caduques dont on ne sert plus.
07:35Bon, l'éthique, quand on dit ça, on vous rit au nez.
07:37Alors, je pense qu'il faut remettre l'éthique au centre de la politique
07:40pour pouvoir retrouver un peu de dignité quant aux échanges qu'on a.
07:45Parce que là, même les échanges qu'ont les gouvernants, les ministères, les différents ministères et les syndicats, par exemple,
07:53ou les associations,
07:55ils sont souvent accusateurs et souvent indignes, quoi, vis-à-vis des interlocuteurs,
07:59qui viennent juste pour venir essayer de reconstruire ou sauver quelque chose, quoi.
08:04Voilà. Donc, voilà.
08:06Donc, je suis très content d'être là et je ne suis pas forcément content de parler de ces sujets
08:12parce que j'aurais voulu ne pas avoir les traités.
08:16mais ils existent, donc il faut en parler.
08:18Voilà.