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  • il y a 20 heures
Le comédien et metteur en scène Simon Abkarian s'est glissé dans le rôle de rédacteur en chef d'un jour de la rédaction de l'Humanité.

Connu pour avoir incarné Missak Manouchian dans l'Armée du crime, de Robert Guédiguian, Simon Abkarian s'invite dans l'Humanité du 22 janvier, avec son point de vue sur l'actualité.

Avenir du cinéma, mais aussi: féminisme, loi séparatisme, capitalisme Pole Emploi, chômage... L'acteur -qui a passé la journée au coeur de la rédaction- se livre en exclusivité dans les pages du journal .

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Transcription
00:00Alors, Simon Abkarian, tu as accepté d'être rédacteur en chef d'un jour de l'Humanité, et on t
00:06'en remercie.
00:06Qu'est-ce qui t'intéressait un peu dans cette expérience et quel rapport t'entretiens à la presse en
00:11général ?
00:12Moi, je pense qu'une presse libre, c'est le signe d'une bonne santé d'un pays dit démocratique.
00:20Et je trouve que l'humain fait son travail d'engagement, d'abord journalistique, ensuite humain et humaniste,
00:29d'essayer de faire progresser le monde en le racontant au plus près de la réalité,
00:37tout en restant attentif aux sources où elle va chercher ses infos.
00:43Tu as participé tout à l'heure à la réunion de rédaction, toi on a même pris les rênes.
00:48Qu'est-ce qui te semblait important à faire découvrir, à révéler aux lecteurs de l'Humanité et aux autres
00:54potentiels,
00:54dans l'actualité de demain, qu'est-ce qui t'a semblé intéressant d'aller piocher et développer ?
00:59Je trouve que comme la finance s'est globalisée, je trouve que le monde s'est globalisé,
01:05c'est-à-dire qu'on est un monde et on subit de plein fouet d'abord le joug économique,
01:12qui nous est imposé par une classe, une petite partie de personnes qui en oppriment une grande partie,
01:20et aussi cette crise sanitaire qui nous frappe toutes et tous de plein fouet.
01:27Donc l'actualité, si tu veux, elle se raconte d'elle-même, il y a juste à prendre le stylo
01:33et à la communiquer.
01:36Parce qu'il y a de l'autre côté des contrefeux qui sont allumés pour que justement cette actualité ne
01:41soit pas vue objectivement
01:43et vécue pleinement et intelligemment par les gens pour qu'ils puissent se faire l'idée, leur propre idée.
01:50La pire des choses qui puisse arriver à un pays, c'est la population qui se dirait « je ne
01:58comprends pas ce qui est en train de se passer ».
01:59Et je pense que c'est ce que veulent les politiques, c'est qu'on n'y comprenne rien et
02:03qu'ils disent « on va s'en occuper, ne vous inquiétez pas ».
02:05Et du coup, on est relayé, relégué encore à l'état de, on est infantilisé, voire instrumentalisé, réduit à l
02:12'état de gens qui, en gros, nous disent « achète et tais-toi ».
02:17Justement, et ta présence nous y a encouragés.
02:21Demain, on ouvre le journal sur la manière dont la pandémie bouscule à la fois l'industrie cinématographique,
02:28mais la création cinématographique est bien au-delà, tout le monde de la culture et le spectacle vivant notamment.
02:33Pour le pire ou pour le meilleur, on verra dans le journal de demain, tu vas intervenir dessus dans le
02:39journal de demain,
02:40notamment dans l'éditorial qu'on t'a confié.
02:43Quel regard, toi, tu portes, qui était en création, qui a divers projets sur ce monde de la culture qui
02:48est complètement sous cloche
02:50et quelles traces il peut laisser quand, dans un pays, on a estimé la création et le rôle de spectateur
02:57comme non essentiel ?
02:59Moi, je trouve que c'est une hérésie que de dire que c'est non essentiel.
03:04Évidemment, la nourriture, j'en parle dans ce que j'ai écrit, la nourriture du corps est importante,
03:10mais celle de l'esprit est aussi importante.
03:11C'est-à-dire que la bonne santé d'une démocratie, encore une fois, puisque je vis dans une démocratie
03:16qui,
03:17voilà, malgré toutes les croche-pattes qu'on essaye de lui faire, notamment au niveau social,
03:25j'y vis et j'y suis heureux d'y être dans ce pays et dans cette utopie-là.
03:30Et un pays sans ces artistes, même plus que culturels, les artistes, l'art de vivre mieux,
03:39de comprendre mieux et de raconter mieux son monde, est un pays sans ailes et sans poumons, sans ciel.
03:44Enfin, c'est quelqu'un, on est voué à re-ramper jusqu'à se remettre de la station quatre pattes,
03:50se remettre debout et nous raconter nous-mêmes, à nous-mêmes.
03:54Est-ce que tu peux expliquer un peu au lecteur le choix des sujets sur lesquels tu as souhaité intervenir
03:59dans le journal de demain ?
04:00Je vais parler des séparatismes, de la nouvelle mode qu'a lancée le gouvernement via M. Darmanin.
04:11J'avais l'impression qu'il y avait déjà des lois qui existaient et qui remettent les couverts
04:15pour encore plaire et montrer plus de muscles que l'extrême droite.
04:20Je vais parler de la dette qu'on va nous remettre sur le tapis à la fin de cette crise,
04:29parce que cette crise, fatalement, je l'espère au plus vite, va prendre fin,
04:33et voir à quelle chose ils vont nous faire payer.
04:35Quand il n'y a pas d'argent, il y en a, ils en trouvent.
04:38Et puis tout d'un coup, en 21, fin de cette année, ils diront qu'il n'y a plus
04:43d'argent,
04:43alors qu'il y en aura juste pour nous faire payer.
04:46Je tic, il y a une dette que je n'ai pas contractée, je ne veux pas la rembourser.
04:50Je vais parler aussi du chômage, du pôle emploi,
04:56et comment il y a des endroits où on stigmatise les chômeurs et les chômeuses.
05:03Trouver l'angle pour punir la personne qui est inscrite légitimement au chômage,
05:10puisqu'elle cotise, et de les punir, de trouver l'angle pour...
05:15C'est-à-dire de rendre le chômeur ou la chômeuse qui est en état de fraude presque.
05:20Et comment on entretient justement le chômage pour forcer les gens à dire
05:25« Ah, j'ai un boulot, je suis content », et qu'importe les conditions,
05:27enfin, on pourrait écrire des livres et des livres là-dessus.
05:32Je vais parler du féminisme, parce que c'est un sujet auquel je suis très attaché.
05:42Je vais vous faire une petite histoire, je suis marié à une femme qui vient de Sarguemines,
05:47et à Sarguemines il y avait les faïences, les faïenceries.
05:50Et il y a le casino de Sarguemines qui est très joli d'ailleurs,
05:53et juste à l'entrée du casino il y a une espèce d'arche comme ça,
05:57comme l'arche de triomphe, l'arche de triomphe, mais en minuscule, en miniature.
06:00Et il y a une garçonnière, en fait, il y a une fenêtre avec des rideaux comme ça,
06:04il y a un mannequin qui représente le propriétaire des faïenceries.
06:09Et le type, en fait, il se mettait là, et puis il voyait les ouvrières arriver,
06:14et puis il disait, celle-là, mais ce qui est bien c'est qu'il s'est encore exposé,
06:20ils en sont fiers.
06:21Un pays comme la France où on parle encore de parité,
06:24je trouve qu'il faut se questionner comment on en est encore là, quoi.
06:30Alors qu'on arrive à voyager dans l'espace, à fendre l'atome en quatre,
06:35et tout d'un coup on arrive et dit, les salaires c'est pas les mêmes,
06:37toi t'es une fille, moi je suis un garçon, moi je vais peut-être plus que toi.
06:40Et ça, je prends un exemple un peu primaire, mais il existe.
06:46Et pour parler de l'actualité, en fait, l'actualité, comme on se disait tout à l'heure,
06:53elle se raconte d'elle-même, il suffit de la transcrire.
06:56C'est-à-dire que si Brecht était vivant aujourd'hui,
07:00il aurait de quoi écrire des pièces in folio,
07:05des trilogies à n'en plus finir.
07:11Parce que, c'est-à-dire qu'on est arrivé à un moment où la gouvernance,
07:15qui est assujettie à la finance, se caricature elle-même, quoi.
07:20Il n'y a plus de majesté dans notre gouvernance.
07:24L'éthique, n'en parlons pas.
07:26Ils l'ont plié en quatre comme un mouchoir.
07:28Ils l'ont enfoui dans le tiroir où s'entassent les vieux objets caduques dont on ne sert plus.
07:35Bon, l'éthique, quand on dit ça, on vous rit au nez.
07:37Alors, je pense qu'il faut remettre l'éthique au centre de la politique
07:40pour pouvoir retrouver un peu de dignité quant aux échanges qu'on a.
07:45Parce que là, même les échanges qu'ont les gouvernants, les ministères, les différents ministères et les syndicats, par exemple,
07:53ou les associations,
07:55ils sont souvent accusateurs et souvent indignes, quoi, vis-à-vis des interlocuteurs,
07:59qui viennent juste pour venir essayer de reconstruire ou sauver quelque chose, quoi.
08:04Voilà. Donc, voilà.
08:06Donc, je suis très content d'être là et je ne suis pas forcément content de parler de ces sujets
08:12parce que j'aurais voulu ne pas avoir les traités.
08:16mais ils existent, donc il faut en parler.
08:18Voilà.

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