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  • il y a 2 semaines
Cédric Clérin, rédacteur en chef de l’Humanité Dimanche, réagit au plan de déconfinement annoncé par le Premier ministre, Édouard Philippe, à l’Assemblée nationale.

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Transcription
00:00Bonjour Cédric Lérin.
00:02Bonjour.
00:02Vous êtes rédacteur en chef de l'Humanité Dimanche et vous venez de suivre le plan de déconfinement
00:08annoncé par le Premier ministre, Édouard Philippe, à l'Assemblée nationale.
00:11Alors tout d'abord sur la forme, alors que de nombreux parlementaires demandaient un débat et du temps
00:17pour discuter de ce plan de déconfinement,
00:20cette annonce d'Édouard Philippe est-elle le symbole d'une certaine fragilité du gouvernement ?
00:25C'est sans doute la première faille dans le plan de déconfinement,
00:28c'est la manière dont il a été élaboré, parce que malgré les belles phrases d'Édouard Philippe,
00:33il n'est pas acceptable aujourd'hui que ce soit une annonce du Premier ministre sans aucun débat
00:39à l'Assemblée nationale qui permette de lancer ce plan.
00:42D'ailleurs le Premier ministre se sent obligé de dire qu'il a choisi de parler devant le Parlement,
00:49enfin c'est quand même le minimum des choses.
00:52Il semble faire une faveur au Parlement en parlant devant lui plutôt que sur TF1,
00:56c'est effectivement le minimum dans une démocratie,
00:58mais on peut imaginer qu'il aurait été normal qu'il ait d'abord le plan avec le Parlement,
01:02et non pas comme ça se passe cet après-midi, qu'il vienne l'exposer.
01:06Là maintenant les chefs de groupe expriment une opinion sur l'ensemble du plan,
01:12et après un vote, c'est vraiment le minimum, minimum de ce qu'on peut faire en démocratie,
01:17et c'est un vrai gros problème, parce que tous les Français attendent un plan qui concerne leur vie,
01:22leur santé, et tout ça aura été élaboré en catimini,
01:26et après il y aura des consultations a posteriori, au lieu d'avoir des consultations,
01:31un débat dans le Parlement, des consultations avec les syndicats, les associations, etc.
01:35Ça, ça viendra après, nous a dit le Premier ministre,
01:37ce qui est quand même très curieux du point de vue démocratique.
01:40Mais le gouvernement n'en est malheureusement pas à son coup d'essai,
01:42puisque depuis le début de la crise, le Président décide relativement seul de tout ce qui se passe,
01:47parfois le Premier ministre lui-même a eu à en souffrir,
01:50là le Premier ministre use de son pouvoir à lui face au Parlement.
01:54Bon, peut-être que ça bouge un petit peu, parce qu'il a cru bon de s'en excuser presque,
01:59mais enfin, sur la méthode, c'est quand même très problématique.
02:02Le fait qu'Edouard Philippe maintienne cette date du 11 mai pour activer ce plan de déconfinement progressif,
02:09est-il en fin de compte une manière de répondre positivement aux entrepreneurs
02:13qui souhaitent relancer l'activité dans les meilleurs délais ?
02:17En tout cas, c'est l'impression que ça donne quand on l'entend,
02:20puisque l'une des grandes annonces de ce plan, c'est que ça sera peut-être le 11 mai,
02:25ou peut-être pas en réalité, puisqu'ils s'accrochent d'un côté le 11 mai,
02:29mais ils nous disent qu'ils vont regarder les indicateurs pour savoir si c'est possible de déconfiner le 11
02:34mai,
02:34en fonction du nombre de bains, en fonction des places hospitalières,
02:38en fonction de l'évolution de la crise sanitaire.
02:39En réalité, ils décideront si c'est oui ou non le 11 mai, en fonction des départements, qu'on déconfine.
02:45Donc ça veut dire qu'on n'est pas prêt, ça veut dire que les incertitudes sont énormes.
02:48Donc dans ces cas-là, on peut se demander pourquoi cette précipitation au 11 mai,
02:53on l'a vu du point de vue démocratique, on va très vite.
02:55Là, il y a une pression du patronat pour ouvrir un maximum d'entreprises.
02:59On remarque d'ailleurs que des entreprises réouvrent aujourd'hui dans un cadre légal qui paraît un petit peu flou.
03:05Pourquoi aujourd'hui et pas il y a une semaine ? Pourquoi aujourd'hui et pas après le 11 mai
03:10?
03:10On n'en sait pas plus sur après le 11 mai.
03:12D'ailleurs, qui c'est qui va décider des entreprises des conditions un peu lâches qu'on a entendues de
03:18la part du Premier ministre ?
03:20Un petit peu de masque, un petit peu de distanciation sociale.
03:22Enfin, ça ne paraît pas très contraignant.
03:24Est-ce que les commissions, le CSCCT vont être saisies ?
03:27Est-ce que les syndicats l'ont leur voir dire sur les conditions de travail,
03:30les conditions sanitaires dans les entreprises ?
03:32Ou est-ce qu'à partir du 11 mai, ou plus tard, les entreprises feront ce qu'elles veulent pour
03:39ouvrir ?
03:41C'est un des gros flous qu'il y a dans le plan.
03:46Et on voit bien qu'effectivement, une forme de précipitation autour de cette date du 11 mai,
03:49c'est sans doute pour donner des gages aux entreprises, à des secteurs entiers,
03:53qui voudraient aujourd'hui reprendre l'activité et pouvoir engranger à nouveau les profits.
03:59On pourrait aussi, d'ailleurs, à propos de profits, parler de Sanofi,
04:04qui va verser 4 milliards à ses actionnaires.
04:08On n'a pas entendu le Premier ministre qui aurait pu balancer son propos,
04:12au moins en disant qu'on va réouvrir des choses,
04:14mais on demande à chacun de participer à l'effort national,
04:17et donc en interdisant les dividendes dans la période.
04:20Ça n'a pas été le cas.
04:21Ce qui est un indice supplémentaire de là où regarde le Premier ministre pour prendre ses décisions.
04:26– Alors, une dernière question.
04:28Selon vous, les décisions, les annonces d'Edouard Philippe,
04:32sont-elles de nature à renforcer l'opinion des Français
04:35sur la politique du gouvernement de ces dernières semaines ?
04:39– Je ne crois pas que ça va les rassurer,
04:41parce que s'il fallait résumer d'un mot ce qui va se passer à partir de l'11 mai,
04:44c'est quand même le flou.
04:46Là, on attendait des certitudes.
04:48Je ne sais pas quelle aurait été l'audience cet après-midi,
04:50mais sans doute très importante, du discours du Premier ministre.
04:54– Grosso modo, c'est très flou, c'est peut-être le 11 mai, peut-être pas,
04:59c'est au bon vouloir des uns et des autres que ceci et cela va ouvrir.
05:04Les écoles, on n'en sait finalement pas beaucoup plus,
05:06ça intéresse beaucoup de Français,
05:07et ça a des implications en chaîne, les ouvertures des écoles.
05:12Et aujourd'hui, on n'y voit pas plus clair que ce matin
05:15sur comment ça va s'ouvrir ou pas s'ouvrir.
05:17Donc, pour l'instant, c'est le grand flou.
05:19Donc, je ne crois pas que les Français, ce soir, soient très rassurés
05:22et pensent qu'il y a un gouvernement qui tient la barre fermement
05:28et qui sait là où il va.
05:29Sans doute que la forme qu'on a évoquée tout à l'heure
05:31est un peu un aveu de faiblesse de la part du gouvernement de décider seul.
05:36Et les injonctions contradictoires et les flous,
05:39qui restent très nombreux aujourd'hui,
05:41n'ont sans doute pas rassuré beaucoup de Français.
05:45Les inquiétudes sont légitimes,
05:46et il y a des dossiers, il ne faut pas se le cacher,
05:48qui sont difficiles à traiter.
05:50Il y a beaucoup de Français qui ont envie de retourner au travail
05:53parce qu'ils en ont besoin du point de vue des revenus,
05:55mais ils exigent des conditions sanitaires optimales.
06:00Aujourd'hui, on n'a pas beaucoup de réponses
06:03sur dans quelle mesure on va reprendre le boulot,
06:06dans quelle mesure on va reprendre l'école.
06:07Et donc, le flou n'est pas levé.
06:10On a gagné un monsieur météo tous les soirs,
06:12puisque le directeur général de la Santé va nous expliquer
06:14quels départements sont rouges et verts tous les soirs,
06:16visiblement.
06:17Je ne suis pas sûr que ce soit ça qui permette
06:19complètement aux Français de se rassurer.
06:21Merci, Cédric Clérin,
06:22et à bientôt sur la page Facebook de l'Humanité.
06:26Merci, l'humanité.fr.
06:28Merci, Cédric Clérin,
06:31et à bientôt sur la page Facebook de l'Humanité.fr.
06:36Sous-titrage FR ?

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