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  • il y a 1 semaine
BARBES BATAILLES offre un regard inédit sur le quartier populaire de la Goutte d'or à Paris, à travers l'histoire de l'immigration et des luttes de ses habitants. Rencontre avec ses réalisateurs Lydie Marlin et Andres Criscaut au Festival international du grand reportage d'actualité (Figra) qui s'est tenu à Saint-Omer.
Le documentaire est diffusé sur France 3 Ile-de-France, ce lundi 18 mars, après le Soir 3, dans le cadre de la collection «Nous sommes tous d’ailleurs et d’ici».
Portrait d’un quartier, d’un individu, ou chronique sociale, les documentaires de la collection D’ici et d’ailleurs racontent la vie, les galères et les engagements.
À chaque région de France 3, son film. Parmi eux, quelques petites pépites. Comme Barbès batailles, pour Paris- Île-de-France. Les réalisateurs, Lydie Marlin et Andrés Criscaut, récemment installés dans ce quartier à la réputation sulfureuse, sont allés à la rencontre des militants. Et surtout des vieux Algériens. Ils retracent l’histoire sociale et anticolonialiste de ce lieu qui l’a marqué de manière indélébile. Ces chibanis, qui parlent avec beaucoup de retenue de la guerre d’Algérie, racontent comment Barbès était, en France, un des hauts lieux de résistance du FLN.

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Transcription
00:00Barbès s'est construit avec les différentes vagues migratoires que la France a connues.
00:05Mais a surtout été un champ de bataille unique en son genre.
00:11L'épicentre de la guerre d'Algérie en métropole.
00:14Le théâtre principal de la lutte des sans-papiers.
00:17Mais aussi la tête de pont d'un certain fantasme de l'invasion musulmane.
00:23Ces trois épisodes ont marqué les politiques migratoires des 60 dernières années
00:28et ont fait évoluer les mentalités de nombreux Français.
00:32Je m'appelle Lydie Marlin, je suis journaliste de formation et réalisatrice de documentaires.
00:38Je m'appelle Andrés Crisco, je viens de l'Argentine.
00:43Ça fait huit ans que je suis en France.
00:47J'ai tombé amoureux d'un Français et nous sommes débarqués à la Goutte d'Or.
00:51D'abord, il faut savoir que c'était un travail de trois ans.
00:54Donc on a pris du temps aussi pour gagner la confiance des interlocuteurs.
00:59La photo de mon père sur ce journal en dessous, il y a marqué au dépôt, celui-ci vient de
01:07tuer ou de voler.
01:09On le punira, mais le problème nord-africain en France ne sera pas résolu pour autant.
01:20Ça nous a surpris parce que mon père n'est pas un gangster.
01:25Et là, chaque semaine à Paris, la police effectue des rafes pour retirer les éléments nord-africains douteux.
01:35Mais ne vaudrait-il pas mieux prendre le problème à la racine ?
01:40Et stopper l'immigration ?
01:47Le 28 rue de la Goutte d'Or était un lieu où il y a eu pas mal de gens
01:57qui se sont fait tabasser par la police, par les harkis.
02:04Dès qu'on voyait la police arriver, les autocars avec des gens qu'on faisait descendre et qu'on voyait
02:12pas forcément remonter.
02:13Donc on sait, le quartier, tous les gens du quartier savent ce qui se passait dans ce lieu.
02:19Quand on y descendait, on revenait pas forcément tout de suite.
02:23Très peu de journaux avaient relaté l'affaire de la torture au 28 rue de la Goutte d'Or.
02:28Et d'ailleurs, un des seuls journaux de l'époque, c'était l'Humanité.
02:33J'ai vécu étant officier de carrière avec un uniforme.
02:37On m'a mis à Paris en civil avec des faux policiers.
02:42On ne voulait pas avouer que c'était des militaires.
02:56Je viens de l'Argentine avec toute la tradition de la dictature, la guerre sale qu'il y avait là
03:02-bas.
03:02Et au moment où j'ai découvert que dans le quartier, c'était un point fort de la guerre d
03:09'Algérie où la guerre d'Algérie était importée dans le quartier,
03:14la police de Paris ne peut avouer qu'il y avait des militaires parce que sinon c'était dire que
03:18la guerre d'Algérie est arrivée dans la métropole.
03:21Quand on commence à s'intéresser à l'histoire du quartier, on se rend compte très vite que dès l
03:27'origine, dès le 19e siècle,
03:30il y a déjà ce terreau de résistance, de bastions populaires, de mobilisation.
03:39Notamment quand on sait que, par exemple, Louise Michel tenait ses banquets populaires à la goutte d'or.
03:44C'est quelque chose qui traverse les époques et qui fait partie finalement de l'identité du quartier.
03:50Je ne peux pas accepter, moi, qu'il y ait des gens qui dorment dehors, qu'on traite comme des
03:55chiens, mais moins bien que des chiens.
03:59On ne leur donne même pas suffisamment d'eau.
04:02Tu vois ce que je veux dire ? Aujourd'hui, le quartier reste encore un quartier véritablement d'accueil.
04:08Moi, je connais plein de gens dans le quartier de la goutte d'or qui vont accueillir des gens.
04:13Bon, il n'y a non seulement qu'à regarder à la paroisse, là, ils continuent d'accueillir,
04:19mais il y a plein de gens qui ouvrent leurs portes pour aider les gens à laver un peu de
04:26linge ou bien à prendre une douche, etc.
04:27Les documentaires de la bataille, c'est un peu un appel pour rescaper cette mémoire populaire du quartier.
04:37Le quartier est un quartier chaleureux, c'est un quartier d'humanité, et ça, je crois que vous l'avez
04:43bien sorti.
04:44Pour moi, c'est l'essentiel. Merci.
04:48La réception était super bonne, mais on espère aussi de pouvoir profiter de cette excuse du documentaire de Valgrès-Bataille
04:59pour éclencher un peu la récupération de cette mémoire, de cette histoire, de ce patrimoine immatériel qu'il y a
05:09dans le quartier.
05:09Pour nous, cinéastes, c'est un chant incroyable de rencontres et d'histoires à raconter.
05:19Moi, je voulais remettre à l'honneur la pétanque.
05:22Parce qu'à l'époque, nous, on se jouait au foot, on va dire en haut du Coeur Léon,
05:27parce qu'il y avait un mur, ça s'appelait le démol, et les vieux Français jouaient à la pétanque
05:31en bas.
05:32Et quand le ballon est tombé sur leur boule, purée, on s'engueulait.
05:37Et puis voilà, c'était vraiment les vieux Français, les vieux racistes d'époque avec les bérets et tout.
05:41Et puis finalement, à force de s'engueuler, on s'est rapprochés un petit peu,
05:46puis ils nous ont appris à jouer à la pétanque.
05:48Et on a adhéré au club de pétanque, et tu vois qu'on peut combattre le racisme quand on apprend
05:53à se connaître.
05:54On a adhéré, on a joué à la pétanque.
05:57Mon frère est devenu champion de France de pétanque, grâce à ces vieux-là,
06:02qui au début, on ne s'aimait pas réciproquement parce qu'on ne se donnait pas les moyens de se
06:07connaître réellement.
06:08Et j'ai voulu restituer la pétanque là parce que c'est quelque chose qui rapproche les gens.
06:13C'est ça que j'ai retenu de cette histoire.

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