00:00Barbès s'est construit avec les différentes vagues migratoires que la France a connues.
00:05Mais a surtout été un champ de bataille unique en son genre.
00:11L'épicentre de la guerre d'Algérie en métropole.
00:14Le théâtre principal de la lutte des sans-papiers.
00:17Mais aussi la tête de pont d'un certain fantasme de l'invasion musulmane.
00:23Ces trois épisodes ont marqué les politiques migratoires des 60 dernières années
00:28et ont fait évoluer les mentalités de nombreux Français.
00:32Je m'appelle Lydie Marlin, je suis journaliste de formation et réalisatrice de documentaires.
00:38Je m'appelle Andrés Crisco, je viens de l'Argentine.
00:43Ça fait huit ans que je suis en France.
00:47J'ai tombé amoureux d'un Français et nous sommes débarqués à la Goutte d'Or.
00:51D'abord, il faut savoir que c'était un travail de trois ans.
00:54Donc on a pris du temps aussi pour gagner la confiance des interlocuteurs.
00:59La photo de mon père sur ce journal en dessous, il y a marqué au dépôt, celui-ci vient de
01:07tuer ou de voler.
01:09On le punira, mais le problème nord-africain en France ne sera pas résolu pour autant.
01:20Ça nous a surpris parce que mon père n'est pas un gangster.
01:25Et là, chaque semaine à Paris, la police effectue des rafes pour retirer les éléments nord-africains douteux.
01:35Mais ne vaudrait-il pas mieux prendre le problème à la racine ?
01:40Et stopper l'immigration ?
01:47Le 28 rue de la Goutte d'Or était un lieu où il y a eu pas mal de gens
01:57qui se sont fait tabasser par la police, par les harkis.
02:04Dès qu'on voyait la police arriver, les autocars avec des gens qu'on faisait descendre et qu'on voyait
02:12pas forcément remonter.
02:13Donc on sait, le quartier, tous les gens du quartier savent ce qui se passait dans ce lieu.
02:19Quand on y descendait, on revenait pas forcément tout de suite.
02:23Très peu de journaux avaient relaté l'affaire de la torture au 28 rue de la Goutte d'Or.
02:28Et d'ailleurs, un des seuls journaux de l'époque, c'était l'Humanité.
02:33J'ai vécu étant officier de carrière avec un uniforme.
02:37On m'a mis à Paris en civil avec des faux policiers.
02:42On ne voulait pas avouer que c'était des militaires.
02:56Je viens de l'Argentine avec toute la tradition de la dictature, la guerre sale qu'il y avait là
03:02-bas.
03:02Et au moment où j'ai découvert que dans le quartier, c'était un point fort de la guerre d
03:09'Algérie où la guerre d'Algérie était importée dans le quartier,
03:14la police de Paris ne peut avouer qu'il y avait des militaires parce que sinon c'était dire que
03:18la guerre d'Algérie est arrivée dans la métropole.
03:21Quand on commence à s'intéresser à l'histoire du quartier, on se rend compte très vite que dès l
03:27'origine, dès le 19e siècle,
03:30il y a déjà ce terreau de résistance, de bastions populaires, de mobilisation.
03:39Notamment quand on sait que, par exemple, Louise Michel tenait ses banquets populaires à la goutte d'or.
03:44C'est quelque chose qui traverse les époques et qui fait partie finalement de l'identité du quartier.
03:50Je ne peux pas accepter, moi, qu'il y ait des gens qui dorment dehors, qu'on traite comme des
03:55chiens, mais moins bien que des chiens.
03:59On ne leur donne même pas suffisamment d'eau.
04:02Tu vois ce que je veux dire ? Aujourd'hui, le quartier reste encore un quartier véritablement d'accueil.
04:08Moi, je connais plein de gens dans le quartier de la goutte d'or qui vont accueillir des gens.
04:13Bon, il n'y a non seulement qu'à regarder à la paroisse, là, ils continuent d'accueillir,
04:19mais il y a plein de gens qui ouvrent leurs portes pour aider les gens à laver un peu de
04:26linge ou bien à prendre une douche, etc.
04:27Les documentaires de la bataille, c'est un peu un appel pour rescaper cette mémoire populaire du quartier.
04:37Le quartier est un quartier chaleureux, c'est un quartier d'humanité, et ça, je crois que vous l'avez
04:43bien sorti.
04:44Pour moi, c'est l'essentiel. Merci.
04:48La réception était super bonne, mais on espère aussi de pouvoir profiter de cette excuse du documentaire de Valgrès-Bataille
04:59pour éclencher un peu la récupération de cette mémoire, de cette histoire, de ce patrimoine immatériel qu'il y a
05:09dans le quartier.
05:09Pour nous, cinéastes, c'est un chant incroyable de rencontres et d'histoires à raconter.
05:19Moi, je voulais remettre à l'honneur la pétanque.
05:22Parce qu'à l'époque, nous, on se jouait au foot, on va dire en haut du Coeur Léon,
05:27parce qu'il y avait un mur, ça s'appelait le démol, et les vieux Français jouaient à la pétanque
05:31en bas.
05:32Et quand le ballon est tombé sur leur boule, purée, on s'engueulait.
05:37Et puis voilà, c'était vraiment les vieux Français, les vieux racistes d'époque avec les bérets et tout.
05:41Et puis finalement, à force de s'engueuler, on s'est rapprochés un petit peu,
05:46puis ils nous ont appris à jouer à la pétanque.
05:48Et on a adhéré au club de pétanque, et tu vois qu'on peut combattre le racisme quand on apprend
05:53à se connaître.
05:54On a adhéré, on a joué à la pétanque.
05:57Mon frère est devenu champion de France de pétanque, grâce à ces vieux-là,
06:02qui au début, on ne s'aimait pas réciproquement parce qu'on ne se donnait pas les moyens de se
06:07connaître réellement.
06:08Et j'ai voulu restituer la pétanque là parce que c'est quelque chose qui rapproche les gens.
06:13C'est ça que j'ai retenu de cette histoire.