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  • il y a 11 heures
Menaces militaires contre les territoires kurdes, répression accrue en Turquie, retrait américain. Jamais la situation du peuple kurde n'a semblé aussi critique. Que faire ? Le point avec Agit Polat, porte-parole du Conseil démocratique kurde en France, et Patrick Le Hyaric, député européen.

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00:00...
00:11Bonjour et bienvenue dans cette rencontre depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:15Nous allons parler de la situation des Kurdes au Moyen-Orient, en Turquie, en Europe et en France.
00:21D'ailleurs, en tous les cas, en lien avec la France.
00:23Avec vous, Aguide Pola, vous êtes le porte-parole du Conseil démocratique kurde en France.
00:28Et avec vous, Patrick Le Yariq, vous êtes député européen, gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:35Merci à vous d'être autour de ce plateau.
00:37Avant peut-être d'évoquer les sujets dont je viens de parler,
00:41quelques nouvelles peut-être, Aguide Pola, du leader kurde, Abdullah Ocalan,
00:47dont on n'avait plus de nouvelles depuis pratiquement trois ans maintenant.
00:51Rappelons que ça fait 18 ans qu'il est en prison, bientôt 19 ans qu'il est en prison en
00:55Turquie.
00:55Et là, il y a quelques jours, son frère, Mehmet Ocalan, a pu lui rendre visite.
01:01Est-ce qu'on en sait un peu plus de cette rencontre, de ce qui s'y est passé ?
01:06Est-ce qu'on a des nouvelles ?
01:07Pas tout à fait.
01:08Pas tout à fait, puisqu'on attend toujours une déclaration officielle du HDP
01:14qui avait annoncé cet entretien entre le frère d'Abdallah Ocalan et lui-même.
01:21Pour le moment, on n'en sait pas plus, on ne sait pas trop ce qui s'est passé,
01:24on ne sait pas trop ce qu'ils ont évoqué.
01:27Mais nous avons juste une information, c'est que l'entretien a duré seulement une vingtaine de minutes, très court.
01:34Ça a eu lieu un samedi.
01:36Sur l'île-prison d'Imrali ?
01:37Exactement.
01:38Rappelons-le, en mer de Marmara, c'est ça ?
01:40Sur l'île-prison d'Imrali, là où se trouve Abdallah Ocalan en tant que détenu,
01:44tout seul sur cette île depuis exactement vingt ans.
01:47Il s'est été fait arrêter en 1999, le 15 février.
01:52Et aujourd'hui, pratiquement, nous en sommes à ses vingt ans de détention sur cette île-prison.
02:00Il est tout seul sur cette île.
02:02Parce qu'il y a eu des co-détenus à un certain moment avec lui.
02:06Il y a eu des co-détenus lors des entretiens, pour parler des négociations de paix.
02:14Mais après ça, il y a eu l'isolement qui a été imposé.
02:17Tous les détenus ont été...
02:18Quand les négociations ont été arrêtées.
02:20Exactement.
02:21Et pour le moment, on peut dire qu'on n'a pas plus d'informations concernant cette situation.
02:26Mais une chose est claire, c'est qu'il y a un régime d'isolement spécial qui est imposé à
02:32Abdelallah Ocalan.
02:32C'est-à-dire que depuis 2011, il ne reçoit plus ses avocats.
02:37C'est interdit.
02:38En dehors de ça, depuis septembre 2016, nous n'avons pas eu de nouvelles de sa part.
02:43Aucune nouvelle de sa part.
02:45Ni ses avocats, ni sa famille, ni les représentants politiques du HDP
02:50qui avait la possibilité de lui rendre visite lors de ses négociations,
02:56lors de ce processus de paix qu'il y avait entre le PKK et l'État turc.
03:02Et depuis septembre 2016, il n'y avait plus aucune nouvelle.
03:06En tout cas, cet entretien a rassuré énormément le peuple kurde,
03:10mais aussi l'ensemble...
03:10Vous vous demandez dans quel État est-à Abdelallah Ocalan ?
03:13Exactement. On n'avait pas du tout de nouvelles de sa part.
03:15Et c'était extrêmement préoccupant.
03:18Ça a rassuré d'un point de vue,
03:20mais d'autre part, ça ne revient pas à ce que ce régime d'isolement a été brisé ou a
03:25été enlevé.
03:26C'est pour cette raison qu'aujourd'hui, il y a eu un mouvement de grève de la faim
03:30qui avait débuté avec les Laguvennes.
03:33C'est pour cette raison que les grévistes ont cette préoccupation
03:40comme quoi ce régime d'isolement continue encore.
03:45Rappelons-le, Patrick Leyeri, que Abdelallah Ocalan va avoir 70 ans, je crois, cette année.
03:51C'est un des plus vieux prisonniers politiques aujourd'hui au monde.
03:57Et il a un régime tout à fait incroyable, tout à fait exceptionnel de la part d'un pays,
04:01la Turquie, qui est un pays qui fait partie du Conseil de l'Europe,
04:04qui se trouve à quelques mètres d'ici.
04:05D'ailleurs, le Conseil de l'Europe, dans un rapport qu'il a rendu public il y a quelques mois
04:10de ça,
04:10a dit qu'il se faisait du souci pour Abdelallah Ocalan.
04:13Et pour l'instant, rien n'y fait. L'Europe n'y fait rien.
04:15On est pourtant dans un cadre de violations flagrantes des droits de l'homme élémentaire dans cette affaire.
04:22Oui, parce que manifestement, il y a, comme toujours,
04:26des intérêts considérés comme supérieurs à celui des droits humains
04:30et à l'exercice de la vie politique,
04:33c'est-à-dire que les négociations qu'il y a avec M. Erdogan
04:38entre l'Union européenne et lui-même, la Turquie,
04:43le gouvernement de Turquie,
04:45conduit à demander à M. Erdogan un certain nombre de choses,
04:49en échange de quoi on se tait.
04:52On se tait sur toutes les violations des droits de l'homme,
04:55en échange du fait que la Turquie est le réceptacle d'un certain nombre de réfugiés
05:03et un moyen en finance de surcroît.
05:07Donc ceci est extrêmement malsain.
05:10C'est-à-dire qu'on tolère de la Turquie ce qu'on ne tolère d'aucun autre État par
05:15ailleurs.
05:16On va revenir sur les grévistes de la faim.
05:19Agit Pola, c'est une des formes aujourd'hui que prend le combat des Kurdes,
05:24non seulement en Turquie, ici aussi en France.
05:27Rappelons qu'ici, même à Strasbourg,
05:29il y a à l'heure actuelle 15 militants et militanteux kurdes
05:32qui sont en grève de la faim depuis le 17 décembre,
05:36si je ne me trompe.
05:38Il y a, vous l'avez cité, Leila Güven qui est en grève de la faim depuis beaucoup plus longtemps,
05:45qui est une députée kurde, qui est en grève en Turquie.
05:49Dites-nous un mot parce qu'on arrive là à un nombre de jours de grève de la faim
05:53qui commencent à être extrêmement inquiétants pour la santé de cette députée.
05:57Du coup, ce mouvement de grève de la faim a été lancé par Leila Güven,
06:01par son propre initiative,
06:03qui est aujourd'hui à son 69e jour précisément,
06:06qui est vraiment entre la vie et la mort,
06:09comme le précisait l'ordre du communiqué du PCF.
06:13Je tiens à souligner que nous sommes extrêmement préoccupés par sa santé.
06:18Leila Güven a entamé cette grève de la faim
06:20pour briser l'isolement qui est imposé sur le leader kurde,
06:23Abdullah Öcalan,
06:25et qui est aujourd'hui à son 69e jour.
06:27Mais malgré ça, personne ne réagit.
06:30Une réaction très faible de la part de la presse aussi,
06:34qui n'en parle pas du tout,
06:35pas du tout, en dehors du journal L'Humanité,
06:38on peut le dire et le souligner,
06:40que nous n'avons pas énormément entendu parler la presse,
06:44juste un article de l'AFP qui était tombé,
06:46et c'était juste ça.
06:48Mais aujourd'hui, c'est une députée,
06:50avant tout, il faut le préciser,
06:52élue démocratiquement en Turquie,
06:54emprisonnée par la suite,
06:55suite au régime dictatorial d'Erdogan.
06:59Pourquoi ?
06:59Parce qu'elle s'opposait au régime turc d'Erdogan.
07:02Pourquoi ? Parce qu'elle n'acceptait pas
07:04les politiques d'oppression
07:06que le régime turc menait,
07:08à l'encontre des Kurdes,
07:10et à l'encontre de tous les autres opposants.
07:12Et c'est suite à ça que, voilà,
07:14elle s'est fait arrêter.
07:15En prison, maintenant,
07:16après avoir lancé sa grève de la faim,
07:19il y a eu d'autres groupes également aussi
07:22qui l'ont suivi.
07:23C'est-à-dire qu'il y a plus de 226 prisonniers politiques kurdes
07:29qui sont actuellement en grève de la faim en Turquie.
07:32D'autre part, il y a un groupe de 15 militants kurdes
07:38qui sont également en grève de la faim
07:40ici à Strasbourg, dans cette ville.
07:42D'autre part, il y a encore un autre militant
07:46qui se trouve à Erbil,
07:50qui est également en grève de la faim,
07:52illimité et sans relais aussi.
07:53Et un autre qui est à Galère.
07:55Et un autre aussi qui a commencé aujourd'hui au Canada.
07:58Est-ce que la grève de la faim
08:00devient une des formes de combat
08:02dans cette situation particulièrement difficile
08:04que connaît à l'heure actuelle,
08:06ils connaissent les Kurdes à l'heure actuelle,
08:07devient une des formes de combat
08:09contre la situation actuelle
08:11qui est faite en Turquie, hors de Turquie ?
08:13La grève de la faim, je pense qu'on pourrait vraiment
08:15le classer comme une forme de combat
08:18la plus difficile.
08:19La plus difficile puisque vous voyez des personnes
08:21en face de vous qui sont en train
08:23de se rapprocher de la mort jour par jour.
08:27Et bien entendu, pour ces personnes aussi,
08:29c'est difficile puisque d'une part,
08:31il y a une lutte contre un certain régime
08:35qui mène une politique de négation,
08:39d'extermination, d'oppression.
08:42Et d'autre part, il y a une lutte
08:44qui est menée en interne aussi.
08:47En fin de compte, c'est une grève de la faim
08:48et il faut être conscient de ça.
08:50Il faut être déterminé, il faut avoir une conviction.
08:53Et je pense que c'est un double combat
08:54qu'aujourd'hui ces grévistes mènent.
08:56D'une part vers l'extérieur et d'autre part à l'intérieur.
08:59Et c'est pour ces raisons qu'on peut le dire.
09:01Oui, les Kurdes ont l'habitude,
09:03connaissent très bien cette forme de résistance
09:05et l'entament juste au moment
09:07où vraiment la politique démocratique
09:10ou bien les chemins d'une politique démocratique
09:13ne sont plus abordables.
09:14Et aujourd'hui, c'est le cas.
09:15En Turquie, c'est le cas.
09:17Puisqu'il y a eu une période de paix,
09:19de négociations qui n'a abouti à rien du tout.
09:22Nous l'avons très bien vu que la Turquie,
09:25qui a remarqué à partir du moment où ils étaient en train de perdre
09:28avec ce processus qui avait commencé,
09:31c'est pour ça qu'ils ont rompu la table de négociation.
09:35Alors, on reparlera tout à l'heure de la situation en Turquie même.
09:40Parlons de la situation en règle générale au Moyen-Orient actuellement.
09:44Il y a un élément relativement nouveau,
09:46même s'il n'est pas très clair.
09:48Les États-Unis ont annoncé le départ de leurs propres troupes
09:51du secteur où ils étaient en lien avec les Kurdes,
09:57notamment avec les IPG, les groupes kurdes,
10:02qui se battent depuis bientôt 4 ans contre Daesh.
10:05La plus grande partie du territoire de l'État islamique a été libéré,
10:10mais des groupes de Daesh sont toujours présents.
10:14Comment est-ce que vous interprétez ces décisions des États-Unis
10:16et quelles sont les conséquences,
10:18autant qu'on puisse savoir exactement ce qui se passe ?
10:20On en est où aujourd'hui ?
10:22Puisque des États-Unis, de Donald Trump en l'occurrence,
10:25nous arrivent à la fois des informations et pratiquement des contre-informations
10:29qui disent un peu le contraire ou autre chose que ce qui a été dit initialement.
10:33Où est-ce qu'on en est concrètement aujourd'hui,
11:03sur le terrain ?
11:05Et du coup, le fait que Trump annonce cette décision de retrouver des troupes américaines
11:14par un tweet était extrêmement choquant.
11:18D'une part, choquant parce qu'on sait très bien qu'il y a la Turquie de l'autre côté
11:23de la frontière
11:23qui se préparait à rentrer, à envahir comme ils l'ont fait à Afrin,
11:29une nouvelle fois, cette fois-ci pour l'est de l'Euphrate,
11:32c'est-à-dire la partie qui est complètement contrôlée par les Kurdes, par les FDS plutôt.
11:38Du coup, ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'on voit très bien que la Turquie met une
11:43certaine pression sur les États-Unis,
11:45sur les États-Unis pour essayer de faire en sorte d'envahir l'euro-java.
11:50D'autre part, avec toute la pression qu'il y a à l'échelle internationale,
11:57au niveau de l'opinion publique,
11:58on voit que, voilà, ni les États-Unis, ni la France aussi, de son côté,
12:04n'a pu vraiment continuer sur cette décision.
12:08La France a plutôt une position qui est en faveur des Kurdes,
12:12on peut le dire pour le moment, en tout cas.
12:14Mais qu'est-ce qui va se passer par la suite ?
12:15On ne sait pas trop.
12:16L'objectif de la Turquie, on le sait, c'est entrer en Syrie,
12:21envahir cette zone qui est complètement contrôlée par les Kurdes.
12:24Ils le disent très ouvertement, de toute façon.
12:26Ils disent que notre problème n'est pas avec les Kurdes,
12:29mais avec les YPG et les YPJ.
12:32Mais qui est-ce qui sont ceux-là ?
12:33Ce sont des Kurdes, de toute manière.
12:35C'est pour ça qu'il y a...
12:35Ils se battent contre Daesh et les milices du même type depuis des années.
12:41Exactement.
12:42Et suite à ça, on peut dire qu'il y a une guerre qui est à la porte,
12:45une guerre qui attend les Kurdes.
12:47Les Kurdes se sont préparés,
12:49et ils en sont bien conscients des conséquences.
12:53Et c'est pour cette raison que, d'une part,
12:55sur l'échelle militaire, il y a une préparation,
12:58mais d'autre part, sur l'échelle diplomatique aussi,
13:00il y a une préparation aussi.
13:03Pour essayer d'éviter une guerre turque,
13:07une politique d'invasion de la Turquie,
13:11c'est pour cette raison que les Kurdes intensifient
13:14leur action diplomatique à l'échelle internationale
13:17pour essayer d'éviter cette tentative d'invasion
13:20et ce massacre, massacre turque.
13:22Je reviens tout de même, parce que c'est important
13:25qu'on essaie de comprendre, même si on est à beaucoup de niveaux
13:29dans une situation un peu irrationnelle,
13:31pour essayer de comprendre les intentions, effectivement,
13:34qui sont importantes à l'heure actuelle,
13:35de la Turquie et des États-Unis.
13:38Trump a dit à la fois « on s'en va »,
13:40ensuite il a dit « on reste »,
13:44et puis il a dit par ailleurs,
13:45il a dit publiquement aux Turcs, à Erdogan,
13:48« ne vous avisez pas de passer de l'autre côté
13:51parce qu'on va économiquement vous rendre la vie difficile, etc. »
13:56En même temps, il semble qu'il y ait des accords
13:58qui aient tout de même été passés
13:59entre les États-Unis et la Turquie.
14:03Vous allez même, vous je crois, jusqu'à parler d'accords
14:05qui ressembleraient à ceux de Saxe-Picot en 1916,
14:10qui sont les accords entre les Anglais et les Français
14:13qui se sont partagés, tout ce secteur,
14:15tout ce territoire actuellement.
14:17Et quel est le jeu ?
14:19Est-ce qu'on peut comprendre cette partie-là du jeu ?
14:21Même si, comme nous le disait un des grévistes de la fin,
14:25ici à Strasbourg il y a quelques jours,
14:26on est dans un nid de guêpes
14:27et que c'est très compliqué d'imaginer ce qui se passe
14:30dans un nid de guêpes
14:31où il y a les grandes puissances internationales,
14:33les puissances régionales, les pays régionaux
14:35et des groupes différents
14:37qui sont sur ce petit territoire.
14:40Rappelons-le, c'est tout petit cette région.
14:41En fait, pour comprendre la politique du Moyen-Orient,
14:44je pense qu'il faut vivre au Moyen-Orient.
14:46C'est la plus simple façon de comprendre
14:49ce qui se passe là-bas.
14:51Et actuellement, ce qui se passe,
14:53c'est que ni les États-Unis, ni l'Europe, ni la Russie
14:55n'a pas de stratégie à long terme
15:00concernant cette situation qui se passe plus particulièrement en Syrie.
15:04Et c'est pour cette raison que
15:06toutes les démarches qui sont effectuées
15:09par les États-Unis, par la Russie, par la Turquie
15:12ou par les autres pays régionaux
15:13sont des démarches qui sont faites sur un court terme.
15:16C'est-à-dire qu'ils sont plutôt quotidiens.
15:19Ils essayent d'anticiper par rapport aux évolutions journalières.
15:22Et aujourd'hui, c'est ce qui se passe.
15:24D'une part, on voit que Trump,
15:26qui après avoir parlé au téléphone avec Erdogan,
15:29annonce qu'ils vont retirer leurs troupes du terrain.
15:32Par la suite, on voit que la même personne,
15:35Trump, fait une autre déclaration en disant qu'ils vont en rester.
15:37Par la suite, on voit que cette même personne
15:40fait une autre déclaration en disant
15:41qu'ils vont également essayer d'éviter
15:44qu'il y ait un massacre kurde.
15:45Mais d'autre part, on voit aussi cette même personne
15:47qui parle d'une zone de sécurité.
15:50Une zone de sécurité...
15:52Il faut savoir qu'à l'échelle du territoire, c'est beaucoup.
15:5420 000, ça fait exactement 32 kilomètres, précisément.
15:57Et en parlant de 20 000, Kobané est à la frontière.
16:01Kamichlo est à la frontière.
16:02Derrick est à la frontière.
16:04Qu'est-ce qui va se passer alors ?
16:06C'est ça le problème qu'on n'arrive pas trop à comprendre
16:08avec les 20 000 de Trump.
16:11Mais du coup, une chose est claire,
16:12c'est qu'ils essayent...
16:14Il y a un accord secret.
16:15Moi, c'est ce que je pense, en tout cas.
16:17Il y a un accord secret du type Saïs-Picot,
16:20je l'avais déjà évoqué auparavant,
16:24entre Erdogan et Trump, entre la Turquie et les États-Unis.
16:27Et ils essayent de faire en sorte de concrétiser,
16:30de pratiquer, de matérialiser tous ces accords
16:33qu'il y a eu petit à petit,
16:34en essayant d'adapter au développement quotidien.
16:39Saïs-Picot, ce sont des accords...
16:41Disons que ce secteur est un secteur professionnel
16:46des accords secrets,
16:47puisque les Saïs-Picot auxquels vous faites allusion
16:48étaient un accord secret.
16:51Exactement.
16:51C'est-à-dire que ce dépeçage qu'on a découvert petit à petit
16:54de cette partie du Moyen-Orient
16:56avait été organisé dans le plus grand secret,
16:59en plein milieu de la guerre,
17:00entre les Anglais et les Français.
17:02Quelle lecture vous faites, vous, Patrick Loyaric,
17:04de cette situation là-bas ?
17:06Comment on peut la lire ?
17:08C'est important dans la mesure où il faut des appuis,
17:11j'allais dire, ne serait-ce que militants,
17:12pour dire qui on soutient,
17:14quelle est la position qu'on soutient,
17:16dans quelle conjoncture,
17:17même si, comme on vient de le dire,
17:18c'est extrêmement compliqué,
17:19ça change tous les jours.
17:21Oui, j'ai ta raison de dire
17:23que c'est extrêmement complexe à comprendre.
17:28La stratégie des États-Unis est complexe.
17:30La stratégie des Russes est également complexe.
17:33On ne comprend pas un certain nombre d'actes
17:36qu'ils ont produit et qui ont mis les Kurdes
17:39totalement à découvert,
17:41il y a quelques mois de cela.
17:45Je crois qu'il y a une sorte de guerre de territoire,
17:49de guerre de proie des Russes,
17:51pour des raisons historiques.
17:53Des États-Unis, vraisemblablement,
17:56il faudrait pouvoir le penser dans le cadre
17:58de ce fameux projet de grand Moyen-Orient,
18:01et de partage des ressources du sous-sol,
18:05du sol peut-être,
18:06mais du sous-sol vraisemblablement,
18:09parce qu'une des motivations
18:11du déclenchement de la guerre en Irak
18:13était également ça.
18:15Et l'autre facteur qui est compliqué à comprendre,
18:20c'est le jeu d'alliances,
18:22souvent, variable,
18:24souvent, avec Israël,
18:25lequel Israël aussi écrase, lui,
18:29le peuple palestinien le rejette de sa terre,
18:34lui refuse son État et sa terre.
18:36Et donc, il y a des jeux des grandes puissances
18:39sur le Proche et le Moyen-Orient
18:40qui sont extrêmement dangereux.
18:42Et dans un contexte comme ça,
18:45l'Union européenne comme entité politique,
18:48mais la France, du fait de son histoire,
18:51du fait de son rôle d'ailleurs,
18:53à la fin de la Première Guerre mondiale,
18:55et même dans le cadre de l'acceptation du partage
18:59de cette écriture manuelle des frontières
19:03sans grande cohérence,
19:05devrait jouer un rôle diplomatique extrêmement important
19:08pour que chaque peuple soit reconnu,
19:11chaque peuple trouve sa souveraineté politique,
19:16économique, démocratique.
19:19et ne pas continuer à faire ce jeu de dupe
19:26avec Erdogan et la Turquie,
19:28mais surtout Erdogan,
19:29et aussi avec Israël,
19:32dont les intentions sont souvent à double ou triple détente.
19:37De quoi, aujourd'hui,
19:39puisque là on parle du contexte international
19:42et du contexte de la solidarité internationale,
19:44s'il y en a,
19:45quel est l'état de cette solidarité ?
19:47On pense plus directement, nous, un petit peu à la France
19:50à l'heure actuelle,
19:51mais à l'Europe en général,
19:52vous en avez parlé les uns les autres.
19:54De quoi les Kurdes ont besoin aujourd'hui ?
19:57Les Kurdes ont besoin d'un soutien international avant tout.
19:59Les Kurdes ont besoin d'une reconnaissance,
20:02d'un statut politique pour cette région.
20:06Durant cette période de guerre qu'il y a eu en Syrie,
20:10entre 2012 et maintenant 2019,
20:14les peuples de cette région ont beaucoup souffert.
20:16Ils ont beaucoup souffert suite à ces guerres,
20:19suite à ces massacres qu'il y a eu.
20:21D'une part du côté du régime de Bachar el-Assad,
20:25d'autre part du côté des djihadistes,
20:27de Daesh, d'Al-Qaïda, d'Al-Nosra,
20:29d'autre part du côté de la Turquie,
20:33d'autre part du côté de la Russie.
20:35Ces peuples ont vraiment souffert.
20:36Et c'est pour cette raison qu'aujourd'hui,
20:38il faut qu'il y ait une paix qui soit instaurée
20:40dans ce territoire, dans cette zone.
20:43Pour qu'il y ait une paix qui soit instaurée
20:45sur cette partie de la Syrie, du Moyen-Orient,
20:49il faut absolument une reconnaissance
20:52d'un statut politique pour cette région.
20:54Et le seul moyen, c'est ça,
20:56les Kurdes, les autres peuples de cette région
20:58ont besoin de cette paix pour vivre normalement.
21:04Est-ce que cette question,
21:06la manière dont elle va être résolue,
21:08cette question des Kurdes,
21:10on parle de la tragédie actuellement du peuple kurde,
21:13parce que c'est vrai que où,
21:15quelle que soit la direction dans laquelle
21:16vous retournez, c'est difficile.
21:18Est-ce que là, effectivement,
21:20comme vous êtes en train de le dire,
21:21il pourrait y avoir la clé autour de ce mot paix
21:24que vous prononcez,
21:25d'un renouveau, j'allais dire,
21:28de tout Moyen-Orient,
21:29et d'une réorganisation et d'une relecture
21:31autour de cette idée de paix,
21:33portée aujourd'hui, il faut bien le dire,
21:35que par les Kurdes, pratiquement, dans cette région ?
21:37Les Kurdes ont tout le temps annoncé
21:38qu'ils étaient prêts à établir une paix,
21:40ou bien entamer un processus
21:42qui pourra ouvrir la porte
21:44d'une paix durable sur ce terrain au Moyen-Orient,
21:47et plus particulièrement au Kurdistan.
21:49Et du coup, ce qui se passe,
21:50c'est la Turquie qui impose la guerre,
21:53puisque la politique actuelle d'Erdogan
21:55est basée sur une politique de guerre.
21:57C'est ça qu'il faut comprendre.
21:59Et c'est pour cette raison qu'il insiste aussi.
22:01Il y a des élections,
22:02on en parlera peut-être tout à l'heure,
22:03aussi, en Turquie pendant le mois de mars 2019.
22:08Et c'est pour cette raison
22:09qu'il insiste encore plus sur sa politique de guerre,
22:12puisque jusqu'à présent,
22:12Erdogan a pu convaincre ses électeurs
22:15suite à cette politique de guerre
22:17qui maintient depuis maintenant 17 ans.
22:19Et c'est comme ça que la population
22:21s'est adaptée à cette forme de politique,
22:25à cette perception, qui essaie d'intensifier le nationalisme, d'une part.
22:33D'autre part, qui essaie d'intensifier cette certaine perception
22:37qui est plutôt, on va dire, une islamisation radicale,
22:43et qui assemble ces deux points,
22:47et essaie de le canaliser contre les autres partis politiques,
22:51et plus particulièrement en pratique, contre le peuple kurde,
22:54pour essayer d'obtenir de nouveaux électeurs.
22:57Et aujourd'hui, c'est ce qui se passe concrètement.
22:59Erdogan insiste sur sa politique de guerre
23:01pour essayer de gagner.
23:02Et je ne pense pas du tout
23:03qu'avant les élections,
23:06quoi qu'il en soit,
23:07Erdogan n'essayera pas du tout
23:09de parler d'une paix
23:10avec ni le PKK,
23:12ni avec le peuple kurde,
23:13ni bien Erdogan
23:14essayera d'éviter
23:16de parler d'une nouvelle opération militaire
23:21contre l'Eurojava.
23:23Erdogan, dans tous les cas,
23:24clé aussi de la situation dans cette région.
23:26Voilà, écoutez, on va devoir se quitter.
23:28Merci à vous, à Guy Pola,
23:30merci à Patrick Lojaric
23:31d'être venu en parler.
23:32Bien sûr, on continuera à suivre,
23:36et on en reparlera avec vous,
23:38avec les uns et les autres.
23:39Merci à vous de nous avoir suivis.
23:41À bientôt, au revoir, merci.

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