00:11Bonjour à vous et merci d'être avec nous pour cette rencontre depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:17Bonjour Agit Polat, vous êtes le représentant des relations extérieures du Conseil démocratique kurde en France.
00:24Et merci à vous également Patrick Leyari d'être avec nous, vous êtes je le rappelle député européen de la
00:30gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:32On va reparler de la situation des Kurdes, un des peuples les plus grands, les plus importants de la Turquie
00:39et du Moyen-Orient.
00:41Aujourd'hui comme depuis longtemps d'ailleurs, mais aujourd'hui tout spécialement en proie à de grands périls, je crois
00:47qu'on peut le dire comme ça.
00:49Si nous en reparlons, c'est pour plusieurs raisons. On en a reparlé dans l'actualité française depuis quelques jours,
00:55notamment en raison de la visite du président turc Erdogan, visite officielle en France il y a quelques jours.
01:05Rappelons Agit Polat, comment sont traités les Kurdes aujourd'hui en Turquie ?
01:12Une oppression totale, des arrestations, une politique de négation et d'élimination envers les Kurdes.
01:21Et généralement nous voyons que dès qu'on se pose au régime turc d'Erdogan, on se retrouve en prison
01:30ou à l'exil.
01:30– Rappelons-le, des députés sont en prison, notamment bien sûr le responsable, c'est la team Demirtas qui est
01:43le président,
01:45qui était le président du HDP à l'Assemblée nationale turque, dont le procès est en cours, va commencer et
01:53qui risque 140 ans de prison.
01:54– Exactement, il y a plus de 90 maires qui ont été destitués de leur fonction, il y a plus
02:01de 12 députés qui sont arrêtés,
02:06dont il y en a 7 qui sont déchus de leur mandat et qui sont notamment en prison aussi.
02:13Et aujourd'hui il n'y a pas du tout l'occasion, la base de faire une politique démocratique en
02:22Turquie,
02:22ça c'est vraiment très net et très clair. Mais malgré ça, on voit aujourd'hui que la France, le
02:28gouvernement français,
02:30continue à établir des liens avec la Turquie, avec un pays dont aucun pays européen ne veut se rapprocher.
02:38Mais aujourd'hui on voit très bien que la France peut inviter directement Erdogan,
02:43et juste pendant la période des assassinats du cinquième anniversaire de nos trois camarades
02:48qui ont été assassinés ici en plein milieu de Paris.
02:50– On va en redire un mot tout à l'heure, ajoutons quand même concernant la situation globale au Moyen
02:56-Orient,
02:56la situation également des Kurdes, notamment en Syrie et notamment en Irak, tout spécialement en Syrie,
03:03et on fait lien avec effectivement la Turquie, puisque la Turquie à l'heure actuelle menace très clairement,
03:09militairement, dans un pays qui n'est pas le sien, la Syrie, les populations kurdes
03:13qui sont implantées dans le secteur et qui ont organisé des modes de fonctionnement.
03:19On pense au Rojava, à ce secteur, à cette province qui est administrée à l'heure actuelle par des Kurdes.
03:26– Aujourd'hui, le canton de Afrin est sous la menace du régime turc.
03:32Erdogan menace depuis quatre jours en disant qu'ils ont seulement une semaine pour se retirer de là-bas.
03:38Et les personnes dont il en parle, ce sont les autorités kurdes, c'est-à-dire les Kurdes qui sont
03:46actuellement là-bas.
03:47Et il dit que le YPG, le PYD et tous les autres partis et composants de la Fédération de la
03:55Nord du Syrie
03:56sont des terroristes affiliés au PKK. Et c'est pour cette raison que c'est une menace pour eux, selon
04:03lui bien sûr,
04:04et qu'ils doivent se retirer. Et s'ils ne se retirent pas d'ici une semaine,
04:07qui reste seulement plus que deux jours, Erdogan menace de rentrer militairement là-bas, à Afrin,
04:14pour occuper bien sûr. Puisqu'à l'heure actuelle, les militaires turcs, l'armée turque, sont à Idlib, en Syrie,
04:22suite aux accords qu'il y a eu entre la Russie et la Syrie, dont on n'entend pas trop
04:28parler aussi sur les médias.
04:30Mais il y a à peu près un millier de militaires turcs qui se trouvent aujourd'hui à Idlib.
04:37et qui ont encerclé complètement le canton de Afrin. D'un côté, il y a des groupes djihadistes qui sont
04:44affiliés,
04:45qui sont soutenus par la Turquie, du côté de Djarablus. Au sud, du côté de Idlib, il y a directement
04:52l'armée turque.
04:53Et au nord, de toute façon, c'est la frontière de la Turquie. Et ils veulent encercler Afrin, à l
04:58'heure actuelle,
04:59pour occuper ce territoire.
05:03Ajoutons, pour préciser ces rapports, entre la Turquie et la France,
05:11sur ce à quoi vous y alliez tout à l'heure, il y a trois ans, trois militantes kurdes ont
05:15été assassinées dans Paris.
05:19L'anniversaire de leur mort, de leur assassinat, c'était pratiquement le jour de la visite du président Erdogan, ici
05:28à Paris.
05:30Vous avez aujourd'hui, vous le dites, des informations nouvelles sur les causes et les raisons et les commanditaires
05:38de cet attentat, de ce crime qui a été commis. Qu'est-ce que vous pouvez en dire de manière
05:44certaine ?
05:45Nous sommes convaincus que l'état turc est derrière ces assassinats. Pour nous, c'est très net.
05:51Jusqu'à cinq ans, ça fait cinq ans qu'aujourd'hui, il y a eu ces assassinats.
05:55Depuis ces cinq ans, nous avons tout le temps répété que nous demandions la vérité et la justice.
06:00À l'heure actuelle, nous pouvons dire que nous avons la vérité, mais nous n'avons toujours pas la vie
06:04de justice.
06:05Il y a cinq, six mois de ça, deux hauts responsables du mythe ont été arrêtés.
06:10Police secrète turc.
06:11Exactement. Le mythe, c'est le service secret turc, qui ont été arrêtés par une opération spéciale du PKK au
06:17Kurdistan irakien.
06:19Et du coup, ces deux hauts responsables ont fait des révélations.
06:23Et dans ces révélations, dans ces aveux, ils disent, ils donnent des informations...
06:28Ils donnent le nom de celui qui a tiré.
06:29Exactement. Ils donnent des informations très précises, comme quoi ces assassinats ont été planifiés par le mythe.
06:37ont été planifiés, excusez-moi, par le Conseil national de la sécurité turc et a été mis en œuvre par
06:45le mythe.
06:46Et du coup, le mythe est directement une organisation qui est rattachée au Premier ministre, qui était à l'époque
06:54Erdogan.
06:54Et juste pendant les assassinats, pendant le cinquième anniversaire de ces assassinats,
07:01M. Macron invite son cher ami Erdogan en France.
07:04Et ceci, je voudrais aussi le préciser, nous le considérons comme une insulte, comme un outrage vis-à-vis des
07:11Kurdes, vis-à-vis de nos trois camarades.
07:13Puisque non seulement elles sont assassinées ici, en plein milieu de Paris,
07:18et deuxièmement, pendant leur anniversaire, Erdogan, l'assassin que nous considérons, la personne que nous considérons comme assassin,
07:27est directement ici, à Paris.
07:29Et on n'en parle pas, Patrick Le Yari, qu'énormément, malgré tout, vous avez assisté à de nombreuses manifestations
07:35qui ont eu lieu,
07:35notamment à Paris, à l'occasion à la fois de l'anniversaire de ces assassinats,
07:39et aussi pour manifester contre l'avenue d'Erdogan en France.
07:43Finalement, ça ne remue pas le monde entier.
07:45Si on pense à ce qu'a été, par exemple, il y a 50 ans, l'enlèvement de Ben Barka
07:50à Paris,
07:51qui a quand même suscité une désapprobation générale, malgré tout,
07:56on s'aperçoit qu'aujourd'hui, l'assassinat de trois militants de Kurdes dans Paris,
07:59finalement, ça ne fait pas plus de bruit que ça.
08:03Non, parce qu'il y a une sorte de chape de plomb.
08:06D'abord, il y a des accords de coopération policière entre la Turquie et la France,
08:12qui ne sont pas très sains, parce que ce sont des accords de coopération policière
08:18qui portent précisément sur la chasse aux militantes et aux militants démocrates,
08:24et surtout aux progressistes kurdes.
08:28Et secondement, les médias, comme on dit dans leur ensemble,
08:36se refusent sur ces sujets-là à mener l'enquête,
08:40à écouter ce qui se dit de part et d'autre.
08:43Et par exemple, les révélations qui ont été faites il y a quelques jours,
08:47et que vient de rappeler notre ami,
08:50n'ont été reprises que très peu par les journaux,
08:54et pas du tout par la télévision et la radio.
08:57Qu'est-ce que vous pensez de l'attitude, au-delà de la France,
09:00de l'attitude en général de l'Europe ?
09:02Sachant qu'on a dit un petit peu ce qui se passe ici au niveau du Parlement européen, évidemment.
09:08On sait ce qui se passe au niveau du Conseil de l'Europe,
09:12malgré tout également, qui a mis en procédure de suivi, comme on dit,
09:16un peu sous surveillance la Turquie, mais pas plus que ça finalement,
09:19même si l'une des institutions du Conseil de l'Europe,
09:23la Convention de Venise, a décidé de...
09:26C'est clairement affiché contre notamment la nouvelle Constitution turque
09:35qui a été soumise à référendum au mois d'avril dernier.
09:38Mais est-ce que ça suffit ou est-ce que ça ne suffit pas ?
09:40On s'aperçoit bien que dans la situation actuelle,
09:43Erdogan n'a pas grand-chose à faire de ce genre de décision,
09:48de réaction, de petite réaction européenne ?
09:50Non, non, ça ne suffit pas.
09:51Je ne veux pas être vraiment très très dur,
09:53mais l'Europe joue aux trois singes.
09:55Peut-être que c'est une définition un petit peu bizarre aussi, on pourra dire.
10:00Mais l'Europe joue aux trois singes.
10:02Dès qu'il s'agit des Kurdes, il ne veut pas voir.
10:05Dès qu'il s'agit des Kurdes, il ne veut pas entendre.
10:07Dès qu'il s'agit des Kurdes, il ferme les yeux.
10:10Et du coup, ce qui se passe aujourd'hui à l'heure actuelle,
10:12c'est un petit peu ça.
10:15Il est inadmissible, il est inadmissible que dans un pays
10:19qui est sur le processus d'être adhéré à l'Europe, on va dire,
10:25il est inadmissible qu'un pays membre du Conseil de l'Europe
10:30puisse faire de telles choses
10:33et qu'un silence total soit face à la Turquie.
10:38Par exemple, tout à l'heure aussi, je l'ai dit,
10:40il y a plus de 90 maires qui ont été destituées de leur mandat.
10:44C'est-à-dire que plus de 90 personnes sont aujourd'hui en prison.
10:48Il y a plus de 12 députés qui sont aujourd'hui en prison.
10:517 d'entre eux ont été déchus de leur mandat.
10:53Il est inadmissible d'accepter ce genre de choses
10:56et de rester silencieux face aux actes de négation de l'État turc.
11:01Comment, là aussi, en sortir, ou en tous les cas, en minimum avancer
11:05sur cette question qui concerne les Kurdes aujourd'hui
11:09et qui concerne les Kurdes en Europe ?
11:10Rappelons que les communautés kurdes sont aussi très importantes en Europe.
11:13Elles sont importantes en France, elles sont importantes en Allemagne, bien sûr.
11:16Comment avancer sur ces questions dont l'Europe ne semble pas se soucier
11:21alors qu'elles concernent le Moyen-Orient
11:23et que ces guerres au Moyen-Orient et cette situation au Moyen-Orient
11:27a bien sûr des incidences, on le disait dans un autre débat
11:30à propos des migrants, sur notamment les questions de migration, etc.
11:33Que faire aussi là-dessus ?
11:35Il faut obtenir qu'on arrête l'hypocrisie.
11:41D'abord, on ne peut pas dire d'un côté
11:45qu'on a fait reculer, voire battre Daesh
11:52grâce au courage des Kurdes,
11:55de l'organisation des Kurdes partout.
11:59C'est les Kurdes qui souvent dans les municipalités
12:01depuis très longtemps ont fait la solidarité
12:05avec les migrants notamment, pas seulement.
12:10Troisièmement, s'il en est ainsi,
12:13il faut sortir le PKK de la liste des organisations terroristes.
12:17On ne peut pas dire que ce sont des terroristes
12:19qui ont chassé Daesh.
12:22Deuxièmement,
12:25sur l'élargissement
12:26ou un accord possible d'association,
12:30il faut arrêter de faire les hypocrites.
12:32D'un côté, on donne beaucoup d'argent
12:34à la Turquie
12:35pour qu'elle serve
12:37de lieu de blocage
12:41des réfugiés
12:42qui doivent fuir les endroits
12:44où ils sont.
12:45mais on donne aussi beaucoup d'argent
12:49à la Turquie
12:51dans le cadre du processus d'adhésion
12:54dont des chapitres.
12:55Dans des chapitres du processus d'adhésion,
12:57je crois qu'il y a un programme
12:59sur cinq ou six ans
13:00de 4,5 milliards d'euros
13:03qu'on donne à la Turquie
13:05pour faciliter cela.
13:06Mais dans les lignes budgétaires,
13:08il y a des lignes budgétaires
13:09de l'argent qui est donnée
13:11pour le respect de l'État de droit.
13:13Donc, quand on est dans une situation
13:15comme ça,
13:15il faut porter le débat
13:18devant la communauté publique
13:22qui existe en Europe,
13:24bien au-delà de l'Union européenne.
13:26Et il faut utiliser
13:28le dispositif des sanctions économiques
13:30lorsque ça se pose.
13:32Il faut faire fi
13:34de certains intérêts économiques,
13:36parfois,
13:36pour garder un peu la tête haute
13:40dès lors qu'on se revendique
13:42d'un certain nombre
13:43de valeurs universelles.
13:45D'un mot à Guy de Polat,
13:46ce soutien de l'Europe,
13:47par ailleurs,
13:48vous le dites,
13:49c'est important
13:50et fondamental
13:51parce que finalement,
13:52s'il n'y a pas le soutien de l'Europe,
13:53vous n'allez pas en trouver
13:54les cures de beaucoup ailleurs ?
13:57Bien évidemment
13:58que le soutien de l'Europe
13:59est important,
14:00mais nous ne disons pas
14:01qu'il est primordial.
14:02Nous avons vécu jusqu'à présent
14:04sans le soutien de l'Europe.
14:05Et je pense aussi
14:06que nous pouvons aussi vivre
14:07sans le soutien de l'Europe.
14:10Mais c'est une réalité
14:12que si on a le soutien de l'Europe,
14:14les choses seront encore plus faciles.
14:18Voilà, je vous remercie.
14:20On poursuira bien sûr ce débat
14:21et on continuera
14:22à suivre ce qui se passe
14:23pour les populations kurdes,
14:25aussi bien ici en Europe
14:26qu'évidemment au Moyen-Orient
14:28et en Turquie.
14:29Merci à vous de nous avoir suivis.
14:30A bientôt, au revoir.