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Au sommaire de l'édition du jeudi 20 avril : Patrick Le Hyaric démonte trois idées reçues sur Jean-Luc Mélenchon, les "Whirlpool" protestent contre la délocalisation de leur usine d’Amiens en Pologne, les prisonniers politique palestiniens en grève de la faim, Erdogan et l'Europe et un hommage à Armand Gatti.
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00:00Générique
00:05Bonjour et bienvenue dans Regards sur l'actualité.
00:08Bonjour Patrick Lelyaric.
00:09Bonjour.
00:10Alors on commence bien sûr avec l'actualité politique.
00:14Dimanche, les Français vont se rendre aux urnes pour le premier tour de l'élection présidentielle.
00:19Depuis quelques semaines, une dynamique s'est créée autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon,
00:23que vous soutenez, et dont la présence au second tour est désormais tout à fait possible.
00:28Certains électeurs de gauche ont encore des réticences à voter pour le candidat de la France insoumise,
00:34car ils lui reprochent notamment une proximité supposée avec Vladimir Poutine.
00:38Qu'est-ce que vous leur répondez Patrick ?
00:39Il est tout à fait vraisemblable que si Jean-Luc Mélenchon vivait en Russie,
00:44il serait un des premiers opposants à M. Poutine,
00:47car il ne partage rien de ses choix politiques, de ses restrictions de liberté.
00:53Je n'ai rien à voir avec cet homme.
00:56Sinon une chose, je ne veux pas de la guerre en Europe !
01:00Non, son positionnement ne porte pas sur la politique intérieure
01:05ou sur la personnalité du président russe.
01:07Il porte sur une question géopolitique.
01:10C'est-à-dire que dans les conflits, dans les tensions qui existent aujourd'hui,
01:15dans les relations qu'on doit avoir avec un certain nombre de pays,
01:19on ne peut pas mettre, comme veulent le faire certains, la Russie.
01:23Pas M. Poutine.
01:24La Russie comme pays, c'est une question de géopolitique.
01:28D'ailleurs, le général de Gaulle a reconnu la Chine en 1964.
01:33Ça n'a jamais fait de lui un maoïste ni un communiste.
01:36Très loin de là.
01:37Mais pas.
01:38Par contre, il considérait la Chine comme un grand pays.
01:41Et l'histoire lui a donné raison, qui allait jouer un rôle sur la scène mondiale
01:47au plan diplomatique, économique, politique, géopolitique même.
01:53Donc c'est ça la question de fond.
01:55M. Mélenchon n'est pas un féodé à Poutine ni à qui que ce soit.
02:00Il examine une situation globale.
02:03Et dans cette situation globale, l'Union européenne devrait avoir un autre rôle.
02:07La France devrait retrouver sa diplomatie active pour faire abaisser les tensions,
02:16réduire les guerres et ne pas intervenir partout, comme on le fait aujourd'hui.
02:20Alors justement, vous parliez de l'Europe.
02:21Autre frein au vote Mélenchon, on lui reproche de vouloir quitter l'Union européenne et l'euro.
02:26Alors, vrai ou faux ?
02:27C'est faux.
02:29Il vient de s'expliquer mardi soir dans son meeting reproduit en hologramme depuis Dijon,
02:35où il explique aussi ce que nous disons, c'est-à-dire que la question de la réforme des traités
02:45européens,
02:46c'est-à-dire une réforme qui peut aller jusqu'à l'abandon de ces traités
02:53pour réécrire un traité favorable au peuple, favorable à une Europe sociale et écologique,
02:59c'est cette question-là qui est posée.
03:02Quant à la sortie de l'euro, qui est encore une question parallèle,
03:08qui n'est pas tout à fait la même question,
03:10on ne peut pas sortir de l'euro comme cela,
03:13tant il y a interdépendance entre les économies,
03:16entre les systèmes bancaires aujourd'hui,
03:18pas seulement à l'échelle européenne, mais à l'échelle du monde.
03:21Nous n'avons pas envie que le dollar soit notre monnaie de référence mondiale.
03:27Nous voulons un euro, mais qui soit transformé avec une banque centrale européenne
03:33dont l'objectif essentiel, c'est de pousser, d'inciter l'investissement productif,
03:42l'investissement de transition environnementale,
03:46l'investissement dans les services publics pour que nous ayons accès aux biens communs,
03:50c'est-à-dire ce que nous proposons, c'est une lutte, pour le coup,
03:54une lutte de classe très dure pour une transformation de la construction européenne actuelle,
04:02une transformation des institutions financières et bancaires,
04:06de telle sorte que les familles populaires ne perdent pas,
04:11mais qu'au contraire, elles gagnent en pouvoir d'achat,
04:14et elles gagnent en emploi et en transition environnementale.
04:17Enfin, il y a tous ceux qui, relayant les discours des médias dominants,
04:22martèlent que le programme de Jean-Luc Mélenchon,
04:25ce programme de relance serait trop coûteux et qu'il ruinerait le pays.
04:29Qu'en pensez-vous ?
04:31Force est de constater que ce qui ruine le pays
04:35et qui met l'Union européenne et la France dans l'impasse,
04:40ce sont les politiques qui ont été mises en œuvre ces dernières années,
04:44particulièrement ces dix dernières années,
04:46qui est une politique qui consiste, à partir d'une pensée totalement folle,
04:52à dire qu'il faut sans cesse aider les détenteurs de capitaux,
04:57et à partir de ce moment-là, ça va créer de l'emploi.
05:01L'expérience, la vie, montre que c'est exactement le contraire qui se passe.
05:06Plus on a donné d'argent aux grands détenteurs de capitaux,
05:09plus ceux-ci ont rémunéré leurs actionnaires,
05:14plus ils ont mis de l'argent dans les paradis fiscaux,
05:17c'est-à-dire que le parasitisme et l'impasse est aujourd'hui.
05:22Par contre, ce qui est proposé, c'est une nouvelle répartition des richesses
05:28qui viseraient, par exemple, à faire en sorte que les 190 milliards,
05:34qui ces quinze dernières années à peu près,
05:38ont été transférés des salaires, de la protection sociale,
05:43vers le capital,
05:45ceux-ci reviennent aux salaires.
05:47Ce n'est pas un programme révolutionnaire,
05:49ce n'est que revenir à une situation qui existait il y a douze ou quinze ans.
05:54Ce n'est pas très révolutionnaire,
05:56mais c'est un début de processus pour la justice.
05:59Si on faisait la chasse aux paradis fiscaux et à l'évasion fiscale,
06:05mais on peut récupérer rapidement 80 milliards.
06:08Combien d'écoles on peut construire avec ça ?
06:10Combien de policiers on peut nommer ?
06:12Combien d'enseignants on peut nommer ?
06:14Combien de bibliothèques on peut construire ?
06:17Combien de petits paysans, de petits artisans, de start-upers
06:23on peut aider à créer leurs entreprises ?
06:26Et eux, en les aidant, c'est-à-dire, eux, oui,
06:29il faut les exonérer pendant un temps d'un certain nombre d'impôts
06:34ou de cotisations où il faut leur fournir du crédit à bas taux d'intérêt,
06:42voire, moi, je suis personnellement pour le crédit nul.
06:46Je suis même pour le crédit bonifié, comme cela se faisait à la Libération,
06:51quand il fallait reconstruire des parcelles de notre industrie et de notre agriculture.
06:56Ceci est encore possible aujourd'hui.
07:00L'argent qu'on a donné sous la pression du grand patronat,
07:04dans le cadre de ce qu'on a appelé le contrat compétitivité,
07:07puis le pacte dit d'emploi et de solidarité,
07:11cet argent-là n'a pas servi du tout à cela.
07:15Il a servi à alléger un certain nombre de cotisations sociales des entreprises,
07:20mais on a provoqué de l'injustice,
07:22puisqu'on a allégé leurs cotisations sociales,
07:24donc elles ne participent plus aux biens communs.
07:27On a augmenté celle de la famille qui va faire ses commissions,
07:32au supermarché ou chez le commerçant du coin,
07:35parce qu'on a augmenté la TVA,
07:38donc on a augmenté l'impôt global,
07:39on a pressuré les collectivités locales,
07:42on les a obligés donc à augmenter également l'impôt local,
07:47mais ceci n'est pas bénéfique pour l'emploi,
07:52n'est pas bénéfique pour le redéploiement économique.
07:55Et donc, c'est une inversion qui est aujourd'hui proposée,
07:59qui est dans une nouvelle cohérence,
08:01et cette nouvelle cohérence est tout à fait faisable,
08:05puisque, je répète, nous ne proposons pas les deux premières années
08:10de procéder à une révolution transcendantale,
08:14il s'agit souvent de revenir à un peu de justice
08:18qui a déjà existé en France.
08:20Donc, c'est un autre compromis,
08:22un autre compromis social et un autre compromis économique
08:25qui est proposé.
08:27C'est plutôt du keynésianisme que de la révolution marxiste.
08:30Alors, on passe au chiffre de la semaine,
08:33286, c'est le nombre de salariés de Whirlpool Amiens
08:36qui vont perdre leur travail
08:38suite à la délocalisation de leur usine en Pologne
08:41dès 2018, usine de fabrication de sèche-linge.
08:45Ils manifestaient à Paris mardi 18 avril,
08:48on les écoute.
08:49Depuis de nombreuses années,
08:50on a fait des efforts et des efforts
08:52pour que notre site soit pérenne.
08:53On a même donné des RTT en 2008
08:57avec l'accord Optima.
08:58On a fait tout ce qu'il fallait,
09:00alors nous, délégués et les employés,
09:02on fait tout ce qu'il fallait
09:03pour que le site soit durable.
09:05Et aujourd'hui,
09:06sans qu'aucune négociation soit possible,
09:09on nous dit qu'il y a des localisations.
09:11Donc oui, on est en colère.
09:12Oui, on est en colère.
09:13Depuis le 24 janvier, on est en colère.
09:14C'est quoi l'avenir pour ces gens
09:15qui sont souvent un peu cassés
09:17par le travail qu'ils ont vécu
09:18pendant toutes ces années ?
09:19C'est là nos questions.
09:21Qu'est-ce qui va être mis en place
09:22par le groupe pour tous ces gens-là ?
09:25Qu'est-ce qui va être mis en place
09:27pour que tous ces gens-là
09:28se sortent de la misère ?
09:30Parce que, vous savez,
09:31c'est déjà compliqué tous les mois.
09:32Moins de 1 500 euros par mois,
09:34c'est très très dur.
09:35Là, on va se retrouver au chômage
09:37avec des salaires de 1 000 euros.
09:38Il y en a pour qui ça va être très très dur.
09:40Il y a des personnes qui sont seules,
09:42qui élèvent des enfants.
09:44Ça va être très très compliqué.
09:45Et moi, c'est beaucoup pour ces gens-là
09:47que je m'inquiète.
09:47Enfin, le groupe et tous ces multinationales,
09:49tout ça, ils ne le voient pas.
09:50Eux, ce qu'ils veulent,
09:52c'est du profit.
09:525 millions de dollars
09:53qui se sont encore mis à E4,
09:5519% d'augmentation,
09:57des dividendes doublés.
09:59L'action Whirlpool,
10:00elle est passée de 50 dollars en 2012
10:02à 170 dollars en 2016.
10:05Donc, eux, ils se sont goinfrais.
10:07Nous, on n'a jamais rien eu.
10:08Nous, tout ce qu'on demandait,
10:09c'est de garder notre travail
10:10à moins de 1 500 euros par mois.
10:12On appelait ça de la survie.
10:13Mais on travaillait.
10:16Mais là, ils ont retiré,
10:17depuis le 24 janvier,
10:18ils ont retiré le moindre sourire
10:20qui restait à mes collègues.
10:22Ils l'ont retiré.
10:23Et alors, qu'est-ce que vous attendez
10:24des politiques là ?
10:25On est en pleine campagne électorale.
10:26Vous savez, des politiques
10:27qui fassent déjà des lois
10:28pour éviter de délocaliser
10:29toutes les usines en France.
10:31Parce que là,
10:31c'est la porte ouverte à tout.
10:32Donc, on voit Whirlpool
10:33qui s'en va en Pologne.
10:34J'ai justement été visiter
10:36la Pologne avec le copain
10:37de l'usine d'Indesit
10:38au Whirlpool là-bas.
10:39Les salaires, c'est 450 euros par mois.
10:40Donc, Whirlpool va encore faire
10:42du bénéfice sur le dos des gens là-bas.
10:43Comme ils ont fait du bénéfice
10:45sur le nôtre aussi à Amiens.
10:46Alors, dans cette région de Picardie,
10:48les fermetures d'usines se multiplient
10:50avec à chaque fois une cause unique,
10:52le dumping social.
10:53Alors, est-ce que c'est une fatalité
10:55à votre avis ?
10:56Non, ce n'est pas une fatalité.
10:57On est dans une cohérence
11:00extrêmement négative.
11:03On avait en France
11:04un grand groupe électroménager,
11:06c'était Moulinext,
11:07dans la région de Caen,
11:08et pour beaucoup,
11:10qu'on a détruit
11:12pour les mêmes raisons.
11:15Recherche de rémunération
11:16des actionnaires
11:18et sous-investissement
11:20dans la recherche-développement.
11:21Et on nous avait dit
11:23ceci désormais est dépassé.
11:26Il y a des gens plus compétitifs que nous.
11:28Dans les gens plus compétitifs,
11:29il y avait Whirlpool.
11:31Aujourd'hui, Whirlpool se trouve
11:32dans la même situation
11:35puisque au nom toujours
11:36de la rentabilité,
11:37comme l'expliquent très bien
11:39les salariés et les syndicalistes
11:40que nous venons d'entendre.
11:42On dit, mais on peut augmenter encore
11:44la rémunération des actionnaires
11:46en déplaçant l'entreprise en Pologne.
11:50Donc, il faut maintenant
11:53agir assez sérieusement.
11:55Il faut légiférer,
11:58en tout cas se donner les moyens,
12:01dans le Parlement français,
12:04de bloquer des plans
12:06de délocalisation comme cela
12:09dès lors que ça ne sert
12:10que les profits boursiers
12:13ou la rémunération
12:14supérieure des actionnaires.
12:16Secondement, il faut que l'Union européenne
12:19elle-même
12:21établisse un code,
12:22établisse une directive
12:24qui vise
12:26en même temps
12:28que le feraient les États
12:30à empêcher cette mécanique.
12:33Et enfin, évidemment,
12:35il faut que l'Union européenne
12:36prenne des dispositions
12:38contre le dumping social.
12:39C'est-à-dire qu'il faut
12:41que le salaire en Pologne
12:43se rapproche
12:45et les niveaux de protection sociale
12:46se rapprochent
12:47de ce que nous connaissons ici.
12:49C'est ce qu'on appelle
12:49l'harmonisation sociale par le haut.
12:52Dès lors qu'on aurait
12:54l'harmonisation sociale par le haut,
12:56les mêmes niveaux de salaire,
12:57les mêmes niveaux de protection sociale,
12:59le débat ne se pose plus
13:01en termes de concurrence.
13:02Ce fameux terme
13:03qui est inscrit
13:04dans tous les traités européens
13:06dont on nous demande
13:07de ne pas renégocier,
13:10de ne pas changer.
13:11Mais on voit bien
13:12pour l'avis des gens,
13:12il faut absolument changer ça.
13:15On ne peut pas rester
13:16avec un code
13:17qui est un code
13:18qui autorise cela
13:20et donc mettre des gens
13:21sur le carreau.
13:23Alors évidemment,
13:24les salariés,
13:25la population de l'ODS
13:26en Pologne
13:27a tendance
13:28à accueillir
13:30les usines,
13:32l'usine.
13:33On comprend.
13:34Mais on serait
13:36dans un autre panorama
13:38si on décidait
13:39qu'il faut
13:41du développement
13:43industriel
13:43partout
13:44sur le territoire
13:45européen
13:45sans concurrence,
13:47c'est-à-dire
13:47un développement
13:48dans la coopération
13:50entre les salariés
13:51eux-mêmes
13:52et entre
13:53l'industrie,
13:54les systèmes industriels
13:55eux-mêmes.
13:56Alors là,
13:56vous évoquez
13:57la répartition
13:57plus favorable
13:58pour le travail
14:00et puis le fait
14:00d'avoir des salaires
14:01harmonisés,
14:02mais il y a aussi
14:02toute la question
14:03de la recherche.
14:04On a constaté
14:04dans cette usine
14:05comme dans d'autres
14:06qu'on abandonnait
14:07totalement la recherche,
14:08c'est-à-dire
14:08qu'on créait
14:09les conditions
14:10d'une faillite
14:11quelque part.
14:11Est-ce qu'il n'y a pas
14:12un moyen aussi
14:13de la part
14:13des hommes politiques
14:14et des lois
14:15de faire en sorte
14:16que les entreprises
14:17soient obligées
14:18d'investir une part
14:19substantielle
14:19de leurs bénéfices
14:20dans la recherche
14:21et le développement
14:22pour rester justement
14:23compétitifs,
14:24comme on dit ?
14:24Bien sûr,
14:25les marges
14:26qui sont dégagées
14:27devraient aller
14:27au salaire
14:29à l'emploi
14:29et à la formation,
14:31devraient aller
14:31aux investissements
14:32productifs,
14:33au renouvellement
14:33des machines
14:34et devraient aller
14:36à la recherche.
14:37D'ailleurs,
14:37il y a un mécanisme
14:39en France,
14:40le crédit d'impôt
14:41recherche,
14:41il faudrait savoir
14:42si Whirlpool
14:43en a bénéficié
14:44et ce qu'ils en ont fait.
14:46On sait que ça sert
14:47souvent à autre chose
14:48que la recherche
14:49elle-même
14:50parce que oui,
14:51on a aujourd'hui
14:53avec le numérique
14:54des technologies nouvelles
14:56qui se développent,
14:57qui ouvrent
14:58des possibilités
14:59considérables
15:00avec des robots
15:01ménagers,
15:01avec une multitude
15:04de possibilités
15:06qui allègent
15:07le travail
15:08quand même,
15:09qui allègent
15:10et qui est parfois
15:11aussi bien plus efficace
15:13et donc,
15:14il faut aider
15:16partout
15:16la recherche
15:18et obliger,
15:20mais ça,
15:21pour cela,
15:22il faut légiférer,
15:23il faut que
15:23les salariés
15:25aient plus de pouvoir
15:26d'intervention
15:27sur la gestion
15:28et l'orientation
15:29des entreprises
15:30dès lors qu'on serait
15:31dans ce dialogue
15:32conflictuel,
15:33évidemment,
15:33ça ne se passerait pas
15:34comme aujourd'hui.
15:35On passe maintenant
15:36à un sujet
15:37qui vous tient à cœur,
15:38il s'agit des prisonniers
15:39palestiniens,
15:40des prisonniers politiques.
15:42Depuis le lundi 17 avril,
15:44plus d'un millier
15:44d'entre eux
15:45ont entamé
15:45une grève de la faim,
15:47une action menée
15:48à l'initiative
15:48de Marwan Barghouti,
15:50député du Fatah,
15:51en prison depuis 2002
15:52et condamné
15:53par un tribunal
15:54militaire israélien
15:55à cinq peines
15:56de prison
15:57à perpétuité.
15:58Celui qu'on surnomme
15:59le Mandela palestinien
16:01explique que cette grève
16:02vise à mettre fin
16:04aux abus
16:04de l'administration pénitentiaire
16:06dont il dénonce
16:07les actes de torture
16:08et les traitements dégradants.
16:10Alors Patrick,
16:11vous appelez depuis des années
16:12à la libération
16:13de Marwan Barghouti
16:14et de tous
16:15les prisonniers palestiniens.
16:16Pensez-vous
16:17que cette grève de la faim
16:18puisse déboucher
16:19sur une issue positive
16:20pour eux ?
16:21L'action des prisonniers
16:24politiques palestiniens
16:26porte sur les conditions
16:27de détention.
16:28C'est-à-dire,
16:28on a réduit
16:29le temps de visite
16:31des familles,
16:31on a réduit
16:32la possibilité
16:34pour les familles
16:35de venir
16:36tous les 15 jours,
16:37on a reporté
16:38désormais
16:38à chaque mois.
16:39Ils sont extrêmement
16:42maltraités,
16:42ils n'ont pas accès
16:43à un certain nombre
16:44de choses
16:45ou possibilité
16:46de lecture,
16:47de formation,
16:47etc.
16:48Et donc,
16:49la grève de la faim
16:50porte là-dessus,
16:50sur l'amélioration
16:51de leurs conditions
16:52et il faut évidemment
16:54les soutenir
16:55parce que l'autorité
16:56israélienne aujourd'hui
16:58outrepasse tous les droits,
17:00y compris les droits
17:01des conventions de Genève
17:02sur les prisonniers
17:03politiques eux-mêmes.
17:05Secondement,
17:05il y a une question,
17:06c'est qu'il faut faire reculer
17:08ce système de détention
17:11administrative
17:11sans procès
17:12qui peut maintenir
17:13des prisonniers
17:14parfois six mois,
17:17un an,
17:17parfois un an et demi,
17:18deux ans,
17:20sans procès,
17:21donc il faut absolument
17:23faire reculer ça.
17:24Et enfin,
17:24vous avez raison,
17:25la question fondamentale,
17:27c'est la libération
17:28des prisonniers
17:30parce qu'il y a
17:31aujourd'hui
17:31300 enfants en prison,
17:33il y a 13 parlementaires,
17:34imagine-t-on
17:35qu'il y ait 13 parlementaires,
17:36ne serait-ce qu'un parlementaire
17:37français aujourd'hui
17:39en prison
17:39pour ses opinions politiques
17:41ou parce qu'il veut
17:42libérer le pays.
17:43c'est ce qu'on faisait
17:45aux communistes
17:47ici pendant la résistance
17:49ou pendant la lutte
17:50d'émancipation
17:51du peuple algérien,
17:53c'est ce qu'on leur a fait.
17:54Mais ça,
17:56ça relève
17:57de la justice
17:59politique
17:59et ça relève
18:00des conventions
18:02internationales.
18:03Et on ne peut pas
18:04se prétendre
18:05le pays le plus démocratique
18:07du monde
18:07en maintenant des gens
18:08ainsi en prison
18:09parce que libérer
18:10les prisonniers politiques,
18:11c'est commencer
18:12à libérer
18:13la Palestine elle-même
18:14et créer
18:15les conditions
18:15de l'État.
18:16On se tourne maintenant
18:17vers la Turquie,
18:18un pays qui,
18:19depuis la victoire
18:20à l'arraché du oui
18:21au référendum
18:22de dimanche dernier,
18:23est en marche
18:23vers la dictature
18:24sous les applaudissements
18:25de Donald Trump.
18:27Alors que
18:27toutes les capitales
18:28occidentales
18:29ont manifesté
18:30de la retenue
18:31à l'égard d'Erdogan,
18:32Donald Trump
18:33s'est en effet singularisé
18:34en s'empressant
18:35de le féliciter
18:36pour sa victoire.
18:38Rappelons par ailleurs
18:39que le bombardement
18:40américain
18:40contre une base
18:41du régime syrien
18:42avait été applaudi
18:43par Ankara.
18:44Le nouveau président américain
18:45et son homologue turc
18:46semblent donc
18:47sur la même ligne politique,
18:49celle du nationalisme belliqueux.
18:51Vous semble-t-il possible
18:52de leur opposer
18:53une Europe de la paix ?
18:54Oui,
18:55il y a
18:55une sorte d'alliance
18:57des droites nationalistes
18:59aujourd'hui
18:59pour se défendre
19:00et on voit
19:01où cela peut mener.
19:03C'est extrêmement inquiétant.
19:05D'autre part,
19:06il faut continuer
19:07à demander des comptes
19:09sur la manière
19:11dont on a obtenu
19:13ce résultat
19:14d'une courte majorité
19:16victorieuse
19:17pour le oui
19:18au plein pouvoir
19:19à M. Erdogan.
19:20Et ça,
19:21toutes les organisations
19:23démocratiques,
19:24les organisations
19:25des droits humains,
19:26tous les États démocratiques
19:28doivent continuer
19:28à demander ces comptes.
19:30en même temps,
19:32une question se pose,
19:33c'est-à-dire
19:34quelle est la meilleure façon
19:36d'aider aujourd'hui
19:38les démocrates turcs,
19:39les progressistes turcs,
19:41les journalistes
19:41ou les magistrats turcs
19:43aujourd'hui emprisonnés,
19:45c'est qu'il n'est pas dit,
19:48je me rappelle
19:49d'une conversation
19:50que j'ai eue
19:50il y a plusieurs semaines
19:52de cela
19:52avec Yann Koundar,
19:54qui lui
19:55a été un peu
19:58dur avec moi
19:59puisqu'il m'a dit
20:01si vous continuez
20:04à voter des textes,
20:05à voter des résolutions
20:07visant à rejeter
20:10la Turquie,
20:12même si on n'est pas d'accord,
20:13même si on est dans la lutte
20:14contre les dirigeants turcs,
20:17vous créerez les conditions
20:19d'une situation
20:20de non-retour pour nous
20:22parce que le fait
20:23qu'il y avait
20:24des négociations
20:25d'engager
20:26avec
20:28l'Union Européenne
20:30pour
20:32une association
20:33voire une intégration
20:34dans l'Union Européenne,
20:35nous, ça nous permettait
20:37de nous revendiquer
20:38de la nécessité
20:40des droits
20:40et des libertés
20:41et donc des conditions
20:42de ce qu'on appelle
20:43l'accord d'Amsterdam
20:45pour pouvoir venir
20:46dans l'Union Européenne.
20:47Il est bien évident
20:48que
20:48si
20:49M. Erdogan
20:51franchit
20:51une étape supplémentaire,
20:53par exemple,
20:53un référendum
20:54sur la peine de mort
20:55qu'il gagnerait
20:57en admettant
20:57qu'il le gagne,
20:58évidemment,
20:59ça coupe totalement
21:00les ponts
21:00et ça peut laisser
21:02les démocrates turcs
21:04en difficulté.
21:04Donc,
21:05la question n'est pas facile,
21:06loin de là,
21:07et chacun de nous
21:09est traversé
21:09par plusieurs options.
21:11je proposerais
21:13qu'ensemble
21:14les mouvements français,
21:16les associations françaises,
21:18les avocats,
21:19les juristes français
21:22discutent
21:23pour examiner
21:25quelle est la meilleure
21:26manière aujourd'hui
21:27de créer les conditions
21:29pour aider
21:30la Turquie
21:32à recouvrer sa liberté
21:33et pour battre Erdogan
21:34parce qu'il n'est pas imbattable,
21:36même le résultat
21:37du référendum
21:38à sa façon
21:41qui est contestée,
21:43montre
21:43qu'il n'a pas
21:44une large majorité
21:46derrière lui.
21:47Donc,
21:48la fenêtre existe toujours
21:50pour mener ce combat
21:51et je crois
21:51qu'il faut le faire.
21:52On termine
21:53avec un hommage
21:54à Armand Gatti,
21:55homme aux mille vies,
21:57tour à tour résistant,
21:58journaliste,
21:59cinéaste
21:59et auteur de théâtre.
22:00Ce grand poète
22:01est décédé jeudi 6 avril
22:03à l'âge de 93 ans,
22:04laissant derrière lui
22:06une œuvre engagée,
22:07novatrice
22:08et marquée
22:08par les expériences collectives.
22:10Alors Patrick,
22:11est-ce que vous pourriez
22:11nous dire un mot
22:12d'Armand Gatti
22:13auquel les amis
22:13de l'humanité
22:14ont rendu hier
22:15un hommage
22:15chez lui
22:16à la parole errante
22:17à Montreuil ?
22:18Oui,
22:19Armand Gatti
22:19c'est un résistant
22:21comme vous l'avez dit
22:22et c'est un créateur,
22:24un journaliste,
22:25il a eu le prix
22:25Albert Londres
22:27et un producteur
22:32en quelque sorte,
22:33un accoucheur
22:33de pièces de théâtre
22:35et son arme
22:37ça a toujours été
22:39la parole
22:39et son grand horizon
22:41comme le nôtre
22:42c'est pour ça
22:43qu'on se retrouve
22:44avec lui
22:45c'est l'émancipation
22:47humaine
22:48et il était
22:49à la manière
22:50de Molière
22:50et de Brecht
22:51et il savait
22:52qu'écrire du théâtre,
22:56jouer des pièces de théâtre
22:57ça participait
22:58à l'émancipation humaine
23:01d'autant que
23:02ce théâtre
23:04c'est le théâtre
23:05entre guillemets
23:06de la comédie humaine
23:07en tout cas
23:08de notre humanité
23:09dans ses difficultés
23:11dans ses cruautés
23:12parfois
23:12dans sa beauté aussi
23:14dans ses beautés
23:15et donc à partir
23:16de ce moment-là
23:18il faut
23:20je crois
23:21dire
23:22à toutes celles
23:23et ceux qui le peuvent
23:24dire aux jeunes
23:25et bien
23:27faites effort
23:28pour découvrir
23:29redécouvrir Armand Gatti
23:31et le faire connaître
23:32autour de vous
23:34on y apprend beaucoup
23:35car c'était
23:37un grand monsieur
23:38et un beau monsieur
23:40Merci Patrick Le Yarrick
23:41Merci
23:42On se retrouve très bientôt
23:43pour un nouveau numéro
23:44de Regards sur l'actualité
23:46Sous-titrage Société Radio-Canada