- il y a 35 minutes
L'ancien président de la Commission européennne embauché par Goldman Sachs - la banque symbole de toutes les turpitudes du capitalisme financier mondial -, une ancienne commissaire européenne, Neelie Kroes, administratrice d'une société offshore aux Bahamas... ces scandales n'en finissent pas d'affaiblir la crédibilité de l'Europe, faisant le lit de tous les populismes. Débat avec les députés Eva Joly, Pervenche Béres et Patrick Le Hyaric, animé par Jean-Jacques Régibier.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:11Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:14Nous allons parler de ces affaires, on ne dit pas encore tout à fait scandale, on en parlera tout à
00:18l'heure,
00:19qui ébranlent la Commission européenne depuis quelques semaines et par contamination, j'allais dire, toute l'Europe, toutes les institutions
00:25européennes.
00:26Ça a démarré notamment avec l'embauche, bien sûr, de José Manuel Barroso chez Goldman Sachs.
00:32Depuis, il y a eu d'autres affaires ou des débuts d'affaires, on va en parler en détail avec
00:36vous.
00:37Pervenche Bérez, vous êtes députée socialiste et démocrate.
00:40Eva Jolie, vous êtes députée Vert, Alliance Libre Europe.
00:43Et Patrick Le Yaric, vous êtes députée gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:48Merci à vous trois d'être autour de cette table.
00:51Alors, on reprend quand même José Manuel Barroso chez Goldman Sachs.
00:55Tout le monde en a beaucoup parlé.
00:56Il y a eu un tollé assez général tout de même pour dénoncer l'embauche de l'ancien président de
01:01la Commission européenne chez ce banquier.
01:03Rappelons tout de même que Goldman Sachs, ce n'est pas non plus tout à fait n'importe quel banquier.
01:07C'est quelqu'un qui a trompé ses clients, on peut le dire.
01:11Dans l'affaire des subprimes, il y avait clairement tromperie.
01:15C'est celui qui a aidé également le gouvernement grec à maquiller ses comptes de manière à pouvoir passer à
01:21l'euro.
01:21C'est un peu la banque tout de même symbole de la finance folle au niveau mondial et de toutes
01:26les dérives du capitalisme financier.
01:28Alors, il y a eu beaucoup de réactions autour de cette affaire, avec un peu de recul.
01:33Qu'est-ce qui vous semble finalement le plus grave, le plus condamnable dans cette embauche de Barroso par Goldman
01:39Sachs ?
01:40Comment c'est Pérange Bérasse là-dessus ?
01:42Moi, je n'ai jamais soutenu M. Barroso et aucun socialiste français n'a jamais soutenu M. Barroso, ni en
01:502004, ni en 2009.
01:52Je sais pourquoi.
01:53M. Barroso a été un choix beaucoup soutenu par le Royaume-Uni à l'époque,
02:01qui n'était pas conforme à l'intérêt général européen.
02:04Et cette personne qui a quand même présidé pendant 10 ans la Commission européenne,
02:11qui au terme des traités incarne l'intérêt général européen,
02:15qui soi-disant respecte le délai de 18 mois avant de chercher un nouveau poste,
02:22accepte pour conseiller la banque d'investissement en Goldman Sachs à la suite du Brexit,
02:30je pense que c'est une honte.
02:33C'est une honte.
02:34Et pour Jean-Claude Juncker, qui est à la tête de la Commission aujourd'hui,
02:42qui a dit que cette Commission était la Commission de la dernière chance,
02:46je suis assez frappée de la timidité avec laquelle il a réagi après l'annonce de cette embauche de Barroso.
02:57Moi, quand j'ai fait un rapport à la suite du déclenchement de la crise,
03:02des subprimes et de ses effets en Europe,
03:05en 2010, j'avais invité les États membres à boycotter Goldman Sachs.
03:10Goldman Sachs est une banque dont vous avez décrit quelques-unes des turpitudes,
03:14mais qui est sans commune mesure, avec aucune autre banque dont on parle,
03:21qui est sans doute le symbole, la face immergée d'un iceberg,
03:25mais c'est vraiment le symbole d'une dérive de la financiarisation de l'économie.
03:30Ce sont des gens qui ne pensent pas qu'ils gèrent des services financiers.
03:36Ce sont des gens qui parlent d'une industrie financière.
03:40Ce sont ces gens qui ont imprimé cette culture du 17% de taux de retour et de profit sur
03:47n'importe quel argent placé.
03:50Donc je pense que le fait que M. Barroso, qui à mon avis n'a pas besoin de ça pour
03:55vivre,
03:57accepte d'aller travailler chez Goldman Sachs, c'est vraiment détruire l'idée européenne.
04:04Et d'ailleurs, vous avez vu, les syndicats à la Commission,
04:07ce n'est pas des gauchistes qui se réveillent tous les matins en signant des pétitions.
04:12Là, il y a 150 000 personnes qui ont signé tout syndicat confondu une pétition contre ça.
04:18Ils se sentent trahis comme fonctionnaires européens.
04:21Et la médiatrice, qui est aussi quelqu'un de très raisonnable, qui regarde les choses un peu objectivement,
04:28elle a demandé à ce qu'on s'occupe de cette affaire.
04:31– Eva Jolie, est-ce que vous diriez la même chose ? D'abord, que ça ne pouvait pas être
04:34pire, d'une certaine manière ?
04:35– Je suis tout à fait d'accord avec Pervenche.
04:37C'est très scandaleux.
04:39Les Verts non plus n'ont pas voté pour M. Barroso.
04:41Nous avons aussi appris que, pendant sa présidence, il avait des rendez-vous secrets avec Goldman Sachs.
04:48C'est-à-dire, l'influence de Goldman Sachs dans la politique européenne, on peut le craindre.
04:56Et donc, Barroso apparaît, pour ce qu'il a été, l'homme des multinationales,
05:01et donc le contraire à l'intérêt des citoyens européens.
05:05Donc, ce qui est important aujourd'hui, c'est ce que nous en faisons.
05:10Et il est évident qu'il faut prolonger déjà le délai pendant lequel un ancien commissaire
05:17ou le président de la commission ne peut pas aller travailler là où il a contrôlé.
05:22– Rappelons qu'aujourd'hui, c'est 18 mois le délai.
05:26Il y a toujours du côté des Verts une proposition pour que ça passe à 5 ans.
05:31– À 5 ans.
05:32– Et ça ne passe pas pour l'instant, cette proposition-là.
05:34– Pas simplement, ça ne passe pas.
05:35C'était d'abord à 3 ans.
05:37– C'est ça.
05:37– Et je le regrette de vous dire que les socialistes n'ont pas soutenu cela.
05:41Ils n'ont pas soutenu l'amendement qui portait le délai de 18 mois à 3 ans
05:47dans le rapport de Pascal Durand.
05:48– Dans la déclaration écrite que nous avons co-signée,
05:50nous demandons le réexamen de cette question.
05:52Donc, ce n'est pas tous les socialistes.
05:53– Non, mais donc, par contre, ce qui est important aujourd'hui,
05:56c'est que tu m'assures que lors d'un futur vote,
05:59les socialistes français, la délégation française soutiendraient…
06:03– Mais moi, je voudrais, là-dessus, sur cette affaire de passerelle,
06:07comment est-ce qu'on passe d'un poste à l'autre ?
06:09– C'est ça, oui.
06:10– Peut-être un mot, parce que la question,
06:12ce n'est pas tellement les 18 mois ou les 5 ans, etc.
06:15C'est que je crois qu'il faut aussi…
06:17Ça a existé en France depuis longtemps,
06:20après, il a fallu corriger,
06:22mais c'est qu'il y a un espèce de comité qui juge chaque embauche.
06:26Quand on est un ancien commissaire et qu'on va prendre un nouveau job,
06:29moi, je trouverais ça normal que pendant un temps long,
06:33on soit obligé de passer devant une espèce de commission de vérification.
06:37– Pour dire ce qu'on va faire.
06:38– Pour dire ce qu'on va faire et qu'il y ait un comité qui dise
06:42si c'est compatible avec l'ancienne fonction de commissaire ou pas.
06:46– Là, il faut s'imaginer une haute autorité,
06:49un peu à l'image de ce que nous avons en France,
06:51qui sont compétentes pour juger de la compatibilité
06:57et aussi d'où vient la personne.
07:00– On va y revenir en détail sur ces questions
07:03de quoi faire de cette affaire, effectivement.
07:06Patrick Loiaric, simplement sur cette affaire générale,
07:09est-ce que vous considérez que cette affaire Barroso,
07:11c'est l'exception extraordinaire
07:14qui confirme le bon fonctionnement par ailleurs
07:17et la moralité de la Commission européenne et des institutions européennes,
07:21parce qu'il n'est pas le seul, on va en reparler tout à l'heure.
07:23Comment vous voyez les choses ?
07:24Est-ce que c'est exceptionnel ou est-ce que malgré tout,
07:26c'est un risque permanent ?
07:28Ils ne sont pas tous comme ça.
07:29– Malheureusement, je crois que ce n'est pas exceptionnel.
07:31Je crois qu'on est en train de bâtir un monde
07:34sur les critères d'institutions internationales
07:38et du capitalisme mondialisé de plus en plus financiarisé.
07:43Et on a la création un peu partout dans les États-nations
07:46à l'échelle de l'Union européenne,
07:48mais aussi dans les institutions internationales.
07:52Quelque chose qu'on peut appeler l'oligarchie,
07:55des rapports très incestueux
07:57entre ceux qui répondent du suffrage universel
08:02et le monde des affaires,
08:04maintenant le monde des médias de plus en plus.
08:06Et donc, on se rend compte
08:07qu'on passe de l'un à l'autre pour préserver le système.
08:10Le fond de la question, il est là.
08:13– Alors, rappelons, puisqu'on a commencé à en dire un mot,
08:16qu'il n'est pas le seul.
08:17Ce n'est pas la seule affaire.
08:19– Non, mais ils ne sont pas tous comme ça non plus.
08:21– Bien sûr, bien sûr.
08:21– Il faut quand même faire attention.
08:22– Mais on va les citer quand même,
08:23parce que tout le monde en a entendu parler.
08:25Il y a un autre cas,
08:26c'est le cas de l'ancienne commissaire européenne au numérique,
08:28Nelly Cross, dont on a appris qu'elle avait été administratrice
08:32d'une société offshore au Bahamas,
08:34qui a rejoint Uber,
08:35puis le leader mondial du cloud Salesforce.
08:39Et puis, alors, il y a une autre affaire
08:41qui concerne Cogni Degarde,
08:43qui n'est pas exactement de la même nature.
08:45– Mais quand même, quand il sert à l'environnement,
08:47qui passe sur Volkswagen.
08:49– Voilà.
08:50Sachant que pendant son mandat,
08:52elle était chargée de superviser
08:53les émissions de CO2 des automobiles.
08:56Donc, ça commence à faire tout de même beaucoup tout ça.
09:01Est-ce que, tout le monde en a conscience,
09:04mais est-ce qu'on peut essayer de définir
09:06les conséquences quand même dramatiques
09:08de ces histoires, de ces affaires,
09:11en termes politiques ?
09:13Ça crée des ravages.
09:14– Non, mais c'est pour ça que moi,
09:15j'accorde beaucoup d'importance
09:16à ce que nous disons
09:18et au fait que nous soyons entendus.
09:20Parce que pour moi,
09:22qui croit que dans un monde globalisé,
09:26l'avenir des Français est plus sécurisé
09:29et sera plus prospère au sein de l'Union européenne,
09:33la Commission est une institution importante.
09:36C'est l'institution dans laquelle
09:38on peut définir l'intérêt général européen.
09:40Mais pour ça, on a besoin, effectivement,
09:42que les choses soient impeccables.
09:45– Ce n'est pas la dure qu'elles prennent.
09:47– Mais attendez, ne me dites pas
09:48que tous les commissaires sont des marreaux.
09:50– Bien sûr, bien sûr.
09:51– Mais il faut faire attention.
09:53– Bien sûr.
09:53– Non, mais il faut faire attention.
09:55– Bien sûr.
09:55– Alors, après…
09:56– C'est la question que j'ai posée à Patrick Lééric.
09:57– Ils ne sont pas tous les mêmes.
09:59Ceci dit, il y a un système
10:01de désignation des commissaires.
10:03– C'est les États membres qui désignent.
10:05Nelly Crous, elle a été…
10:06– Mais attendez, on peut parler.
10:07– Attendez, allez-y, Patrick Lééric, fini.
10:09– Il y a un système qui conduit,
10:11qu'on le veuille ou non, à accepter ceci.
10:15Vous l'avez subi à vos dépens.
10:17– Non, quand il s'est agi de valider ici
10:22la nomination du commissaire Moscovici
10:24proposée par le chef de l'État français
10:26et le gouvernement français,
10:28il a fait l'objet d'un tir de barrage
10:31dans la presse et dans cette enceinte insupportable.
10:35Le jour de son évaluation devant les commissions
10:39du Parlement européen, on a quasiment été tous,
10:43en tout cas toutes la gauche et les écologistes,
10:46à son secours.
10:47Pourquoi ? Quel était le problème ?
10:50Comme la droite voulait maintenir le commissaire Cagnetté,
10:55on a fait un tir de barrage sur Moscovici
10:59sur des questions qui n'avaient rien à voir
11:01avec la morale et la probité,
11:03qui avaient à voir avec la manière
11:05dont il avait géré la France
11:07et on lui intimait l'ordre de dire
11:10qu'il n'avait pas respecté le critère des 3%.
11:13À ce tarif-là, dès lors que c'est une majorité centrale
11:17composée du PPE et des socialistes et démocrates,
11:20si vous vouliez avoir le commissaire Moscovici
11:23et les Français étaient peut-être plus attachés
11:25encore que les autres,
11:26il a fallu céder sur Cagnetté.
11:28Malheureusement, il y a un système quand même qui n'est pas bon.
11:32Eva Jolie, revenons tout à l'heure,
11:34Père Vanche-Bérès,
11:35parler de la difficulté effectivement qu'il y a
11:41malgré tout de régler ces questions.
11:43Comment on peut repartir ?
11:44Parce qu'on a l'impression que dans cette lutte
11:47contre ce qu'on peut appeler la corruption,
11:49enfin c'est une forme de corruption,
11:50on a l'impression qu'on part de très loin,
11:52que c'est très difficile,
11:53que c'est très long,
11:54que c'est très compliqué
11:55et qu'entre-temps, les opinions travaillent
11:57et ne travaillent pas dans le bon sens.
11:58Qu'est-ce qu'il y a moyen de faire réellement
12:01pour que les choses évoluent ?
12:03Vous avez évoqué quelques mesures tout à l'heure.
12:05Est-ce qu'on peut y revenir tout de même en détail ?
12:08Oui, je pense que la première chose à faire,
12:10c'est de prolonger le délai
12:12pendant lequel un ancien commissaire
12:14ou un membre même fonctionnaire de la commission
12:16ne puisse pas pantoufler
12:18pour passer de 18 mois à 300 minimum
12:20et plutôt 5 ans.
12:22Ça, c'est une première chose.
12:24Et ensuite, il faut réfléchir peut-être
12:26sur une interdiction pure et simple
12:28parce que ce que nous voyons aujourd'hui,
12:31c'est, et on le dit souvent
12:32dans la lutte contre la corruption,
12:34ce qui compte, c'est moi d'où tu viens
12:37plus qu'où tu veux aller.
12:39Et donc, si tous les commissaires
12:41se voient salariés de Goldman Sachs,
12:44on peut poser des questions sur leur travail.
12:46Donc, il y a toute une réflexion à avoir.
12:49Il faut faire aussi des modifications institutionnelles,
12:52créer une haute autorité indépendante
12:55qui aurait les derniers mots sur ces questions-là
12:59pour juger de la compatibilité et de la probité.
13:04Donc, ça, c'est...
13:06Et ensuite, je pense qu'il est important de répondre de leurs actes.
13:10Il est important aujourd'hui que nous fermions la commission,
13:14le parlement, le conseil à Barroso.
13:16Nous ne sommes pas obligés de le recevoir.
13:18Donc, son canet d'adresse, il doit avoir zéro valeur.
13:21Et pour Nelly Croce, nous devons la convoquer devant la commission Panama Papers
13:28qui a le mandat et l'interroger sur sa société.
13:34Et ensuite, pas se contenter simplement de ses réponses,
13:37mais faire déclencher une enquête
13:40pour savoir quels sont les fonds qui ont transité par cette société
13:45et quelle était leur origine.
13:47Et donc, prendre chaque situation qui se présente
13:51et aller au fond.
13:53Et les gens doivent être responsables.
13:55Nelly Croce, Olaf peut faire un bout d'enquête,
13:58mais surtout le procureur néerlandais.
14:00C'est à lui de voir si cette société cachait autre chose
14:05que ce qu'elle en dit.
14:08On n'est pas obligés de croire les gens sur parole.
14:10– Quelles sont vos propositions, Père Vange-Berès,
14:13sachant qu'encore une fois, on a quand même un peu l'impression
14:18que pour certains, ça a été dit autour de cette table,
14:21le passage par la commission européenne, finalement,
14:24c'est une bonne étape dans une carrière d'affairiste
14:27au niveau mondial, dans les grands groupes industriels
14:30ou dans les banques.
14:31On va finir par le penser.
14:33– Je ne suis pas pour le recrutement uniquement de personnes
14:36de troisième âge à la commission européenne.
14:38– Bien sûr.
14:38– Donc je pense qu'un commissaire peut avoir le droit
14:41de retravailler après avoir été commissaire.
14:44Simplement, le fait d'avoir été détenteur
14:47en partie de l'intérêt général européen
14:52doit se traduire par des droits et des obligations très strictes.
14:56C'est un honneur absolu d'être commissaire.
14:59Et derrière, ça ne peut pas se passer dans n'importe quelle condition
15:03avec simplement la construction d'un carnet d'adresse
15:05que l'on revend.
15:06D'où cette idée que j'ai évoquée au début de notre retretien,
15:09dont je me réjouis qu'elle soit partagée,
15:11que tout poste qui serait accepté par un commissaire
15:16après l'exercice de son mandat
15:19devrait être validé par une commission de surveillance,
15:22appelons-le comme on veut, haute autorité ou que sais-je,
15:25pour qu'il y ait un droit de regard public
15:30sur la partie publique qu'est devenue cette personne
15:33lorsqu'elle a été commissaire.
15:35On n'est plus la même personne une fois qu'on a été commissaire
15:38avant qu'après.
15:40Tous ne semblent pas le comprendre, c'est ça.
15:42Ben oui, mais je crois que c'est le rôle de législateur
15:46de faire valoir ce point de vue.
15:48Et j'espère beaucoup qu'avec la déclaration écrite
15:51que nous avons initiée ici,
15:52avec le mouvement qu'ont engagé les syndicats,
15:56avec l'intervention de la médiatrice,
15:58on va pouvoir continuer à exercer la pression.
16:00Et le débat en plénière dans cette session,
16:04il contribue aussi pour ne pas baisser la garde.
16:07Parce que ce sont des choses que nos concitoyens voient très bien
16:11et sur lesquelles nous partageons leur ire.
16:15Donc il faut bien transformer cette ire en une énergie positive
16:18pour permettre à la commission de faire son travail
16:20dans des façons correctes.
16:22Alors Patrick Larrick, ce qu'on propose là,
16:24c'est des mesures de contrôle, voire de coercition, etc.
16:28J'allais dire banalement qu'on a l'impression tout de même
16:31que c'est lié au fait qu'il y a une sorte d'effondrement
16:34de l'esprit public chez un certain nombre de dirigeants
16:37de très haut niveau.
16:38Et au niveau européen, il y a quand même quelque chose qui va mal.
16:42C'est des rapports incestueux,
16:44donc il n'y a pas d'esprit public là-dedans.
16:47On nous fait croire que c'est l'intérêt général européen.
16:49C'est l'intérêt de quelques multinationales à base nord-américaine,
16:54de surcroît, c'est même pas à base européenne.
16:57Chacune et chacun d'eux.
17:00Les policières ne prennent pas leurs ordres chez Goldman Sachs.
17:03Mais tu peux répéter ça tant que tu veux.
17:07Moi, je suis désolé.
17:08Ces gens-là ont donné des coups de poignard
17:13dans l'idée européenne.
17:15Quand même.
17:15Je ne dis pas dans l'Union européenne actuelle,
17:19parce que l'Union européenne actuelle,
17:21elle sert ces multinationales et ces puissances d'argent.
17:26Qu'on le veuille ou non, on peut nous raconter ce qu'on veut.
17:29Toutes les décisions qui sont prises,
17:31la majorité des décisions qui sont prises,
17:33vont dans l'intérêt de ces affairistes,
17:36de ces multinationales, de ces puissances d'argent.
17:40On peut prendre tous les sujets.
17:41Les questions sociales, les questions environnementales.
17:44sur tous les sujets, il en est ainsi.
17:47Et donc, quand ça se double ouvertement
17:51du fait d'aller travailler justement
17:55pour l'intérêt particulier,
17:57l'intérêt des grandes sociétés multinationales,
18:00eh bien, on n'empêchera pas les gens
18:03de considérer qu'on n'est pas en train
18:07de construire une Europe pour eux,
18:09on est en train de faire l'Europe contre eux.
18:11L'avance Béresse, oui.
18:12Il n'empêche que tout le monde a conscience
18:15que dans les grands voleurs de profits,
18:18il y a des choses qui s'appellent les GAFA,
18:20Google, Apple, Facebook ou Amazon,
18:22et que c'est parce que la Commission européenne
18:25avait des pouvoirs
18:27qu'une commissaire libérale conséquente
18:30a pu imposer une amende de 13 milliards d'euros
18:34ou 12 milliards d'euros à Apple.
18:36Donc moi, mon objectif...
18:37La France ne veut pas de sa cote-part, quoi.
18:40Le sujet, ce n'est pas la question de la France,
18:43la question, c'est l'Irlande.
18:45Oui, bien sûr.
18:46Non, mais j'attends que de la commissaire,
18:49qu'elle ait le même courage
18:50s'agissant des agissements de McDonald's au Luxembourg.
18:54Parce que là, on voit bien que...
18:56Pourquoi est-ce que quelqu'un comme moi,
18:58je suis autant engagée à penser
19:01que dans un monde globalisé,
19:02avec des puissances telles que les multinationales
19:05auxquelles nous avons à faire face,
19:07eh bien, on a besoin d'un pouvoir européen fort,
19:10qui répond à une certaine éthique,
19:12mais ça, c'est notre devoir,
19:14d'être vigilants, d'exercer le contrôle politique
19:16pour qu'il en soit ainsi.
19:17Merci.
19:17Évangélie, oui.
19:18Oui.
19:18Il est important de se rappeler de Margaret Vestager,
19:22qui fait bien la pièce à Barroso.
19:25Elle, elle a eu le courage
19:26et elle représente l'Europe que nous aimons.
19:30Et on voit que seule l'Europe a pu imposer Apple.
19:34Seule l'Europe avait la possibilité de dire à Apple,
19:37vous devez 13 milliards à l'Irlande,
19:41en utilisant l'idée de concurrence,
19:45de level playing field.
19:47Et donc ça, c'est un début
19:49et elle va sans doute continuer,
19:51elle va en prendre d'autres.
19:52Et ça, elle, à elle toute seule,
19:55elle redresse l'honneur de la Commission.
19:57Et là, l'opinion sait que c'est l'intérêt public.
20:00C'est leur intérêt.
20:01Alors, lié à ces questions plus ou moins souterraines,
20:05parce qu'encore une fois,
20:06ces affaires, on ne les apprend pas de la bouche
20:09des gens qui sont directement concernés.
20:11On les apprend par la presse,
20:15via des lix quelconques,
20:16via des lanceurs d'alerte.
20:17Donc, on se rend compte aussi aujourd'hui
20:18de l'importance de préserver les lanceurs d'alerte,
20:21d'avoir des dispositifs d'information
20:23qui soient transparents, etc.
20:25Alors, deux questions.
20:26Une, à vous, Eva Jolie,
20:27Les Verts ont lancé la plateforme EULIX.
20:30C'est très récent.
20:31Dites-nous en quelques mots,
20:32voilà, dites-nous de quoi il s'agit.
20:33Donc, EULIX est une plateforme sécurisée
20:36qu'on trouve sur la page web
20:39d'Europe Ecologie Les Verts,
20:41et au D-Vert,
20:44et où chaque...
20:46Donc, où ceux qui ont des renseignements
20:48d'intérêt général,
20:50qu'ils pensent utile de partager
20:52avec le monde entier,
20:54peuvent le transmettre
20:55sans s'exposer eux-mêmes.
20:57Et c'est aussi la réplique
20:59à l'absence de protection réelle
21:02des lanceurs d'alerte.
21:04Donc, leur donner la possibilité
21:06de dire ce qu'ils sont à dire,
21:08mais en gardant l'anonymat.
21:10Parce que, même nous,
21:12qui exploitons les renseignements
21:14qui tombent sur cette plateforme,
21:16nous n'avons pas la possibilité
21:18de remonter à la source.
21:20Et autre chose,
21:21il y a une commission d'enquête
21:23qui est en cours sur les Panama Papers,
21:24donc qui font partie de ces questions.
21:26Vous en faites partie, Patrick Leyaric,
21:28où est-ce qu'on en est à l'heure actuelle ?
21:30Elle vient de se mettre en place.
21:31On est tous les trois membres.
21:32Ah oui, j'y ai tous les trois membres.
21:33Pardon, excusez-moi.
21:35Mais Patrick Leyaric aussi.
21:36C'est la mise en place.
21:37Il y a eu une première audition
21:39du groupement des journalistes
21:40qui ont fait les enquêtes,
21:42qui était d'ailleurs très intéressante.
21:43Donc, on en est au début aujourd'hui.
21:45Mais on souhaite autant sur la commission
21:48qui a traité l'évasion fiscale de Luxembourg
21:51que celle-là,
21:52et que peut-être les Bahamas,
21:54pas peur demain,
21:56on souhaite que ça aille au bout
21:58et qu'on prenne des décisions en conséquence,
22:01parce qu'il y a quand même
22:02des milliers de milliards à récupérer
22:04pour le bien commun.
22:05Et qu'on le fasse savoir réellement,
22:08parce que c'est vrai que la durée
22:10sur laquelle fonctionnent
22:11des commissions comme celle
22:12à laquelle vous participez,
22:15ça ne répond pas immédiatement
22:17à l'actualité, j'allais dire.
22:19Bon, ça va être un an.
22:19Mais vous voyez quand même,
22:20ça va être un an.
22:21Vous voyez que depuis le début
22:22de cette mandature,
22:23à cause du LuxLeak,
22:24grâce au LuxLeak,
22:26il y a une pression qui s'exerce.
22:27Et c'est pour ça que
22:28une émission comme la vôtre
22:29est si importante aussi.
22:31il faut populariser.
22:33Est-ce qu'il y a une intuition ?
22:34On sait qu'il y a de la fraude,
22:36on sait qu'il y a de l'évasion fiscale,
22:37etc.
22:38On sait qu'il y a des paradis fiscaux.
22:40Mais tant qu'on n'a pas fait le travail
22:43des journalistes d'aller chercher,
22:45d'aller fouiller,
22:46de pouvoir dire
22:46« là, ça ne va pas »,
22:48tant qu'on n'a pas fait le travail d'enquête,
22:50on ne peut pas obtenir des résultats.
22:53D'où l'importance de cette pression
22:55qu'on a mis en place
22:56dans ce Parlement européen
22:57et qu'on arrive,
22:59encore une fois,
23:00malheureusement,
23:00ou grâce aux révélations
23:04qui tombent
23:05au fil des informations,
23:07grâce au travail des lanceurs d'alerte,
23:10pour faire avancer les choses.
23:11Parce que les gens se rendent compte
23:12que dans ce moment
23:13où l'argent public est si cher
23:15ou si rare,
23:17c'est absolument scandaleux
23:18que des entreprises ne payent pas l'impôt.
23:20Et du coup,
23:21je crois que nous,
23:22moi j'ai vu l'initiative des Verts,
23:24moi je ne pense pas
23:25que nous avons vocation
23:26à nous transformer
23:29en journalistes nous-mêmes,
23:30mais je pense que ce qui est important,
23:32nous, au Parlement européen,
23:33C'est une plateforme,
23:34qui reçoit.
23:35Moi, je ne suis pas une ONG
23:36qui va faire ça.
23:37Donc, moi, mon objectif,
23:38c'est d'obtenir
23:39que la Commission européenne
23:40mette sur la table
23:41ce qu'elle refuse de faire
23:42pour l'instant,
23:43un statut de protection
23:44des lanceurs d'alerte.
23:45Ça, c'est quand même très important.
23:46Ça vous paraît central, aujourd'hui,
23:47ces questions
23:48dont on est en train de débattre là,
23:49Eva Joly,
23:50en Europe, c'est fondamental ?
23:52Ce qui est fondamental,
23:53c'est la transparence.
23:55Et l'expérience que nous avons
23:57de LuxLeak,
23:58de la Commission
24:00qui suivait LuxLeak,
24:01c'est justement
24:02la difficulté
24:03qu'il y avait
24:03à obtenir de la Commission
24:05des documents
24:07pour nous permettre
24:07de travailler,
24:08pour nous permettre
24:09de contrôler la Commission.
24:11Et l'idée de cette plateforme
24:13est née du fait
24:14qu'il y avait des gens
24:15qui prenaient des risques
24:16et qui nous apportaient
24:17les documents.
24:18Et donc, c'est pour permettre
24:19à cela de se faire éventuellement
24:21d'une façon sécurisée.
24:22Patrick Luiaric,
24:24cette lutte
24:24pour la transparence,
24:26complexe,
24:26on voit bien que ce n'est pas facile.
24:28Vous y croyez quand même
24:29à l'heure actuelle
24:30au sein de l'Europe ?
24:32Il faut l'amener ?
24:33Je ne sais pas répondre à ça.
24:35Tout est un combat.
24:36C'est-à-dire,
24:36il faut que nous,
24:38nous fassions notre travail
24:39le mieux possible,
24:40que nous le fassions
24:42en lien avec les lanceurs d'alerte,
24:44avec la presse,
24:45en tout cas ceux
24:46qui font des investigations,
24:47et puis en lien avec les citoyens
24:49qui nous ont demandé
24:51d'exercer un mandat
24:52à leur service ici.
24:54Voilà.
24:54Merci à vous
24:55pour la participation
24:57à ce débat.
24:58Merci à vous
24:58qui nous avez suivis
24:59et puis rendez-vous
25:00pour un autre débat
25:01qui sera enregistré ici demain
25:03depuis le Parlement européen
25:04de Strasbourg.
25:04Au revoir.
25:05Merci à vous.