00:00Karine Berneau est en direct avec nous. Bonjour Madame la Présidente de Nantes Université.
00:04Merci d'accepter notre invitation.
00:07Votre réaction d'abord, avant qu'on en vienne à l'état des lieux précis, je dirais, des dégradations au
00:12sein de votre université,
00:13votre réaction à ce qui s'est passé après 4 jours d'occupation de locaux au sein de l'université
00:18de Nantes, ces dégradations, ces tags, etc.
00:23Bon écoutez, j'ai pas de mots à part l'écœurement, la colère aussi.
00:29Je dois le dire parce que c'est un bâtiment qui est fait pour des cours, pour des activités administratives
00:35et qui a été saccagé.
00:36Vraiment, je pense qu'il n'y a pas d'autre mot. Les images parlent d'elles-mêmes et il
00:41n'y a rien qui peut justifier ça.
00:42Je pense qu'il faut vraiment dissocier ce qui s'est passé dans ce bâtiment du mouvement de la jeunesse
00:47sur des revendications, me semble-t-il,
00:49qui peuvent être légitimes à bien des égards. Mais là, ce qu'on a vécu, c'est autre chose. Et
00:53il faut vraiment faire la part des choses, me semble-t-il.
00:55– Les dégâts, on les aperçoit derrière vous, madame la présidente de Nantes Université.
01:00Quelle est l'ampleur de ces dégâts ? On a l'impression que certains locaux, certaines salles sont littéralement saccagées.
01:07– Oui, je vous confirme, c'est le bon mot. Le bâtiment a été saccagé. Là, on a récupéré, nous,
01:13l'accès au bâtiment il y a seulement quelques heures.
01:16Donc on est en train, en fait, de faire le tour pour prendre la mesure de ce qui s'est
01:21passé dans ce bâtiment, des travaux à réaliser,
01:24du coût que ça va représenter, du temps que ça va prendre aussi. Parce qu'il faut se dire que
01:28là, pendant des semaines,
01:30probablement, il ne pourra pas y avoir d'activité dans ce bâtiment. Donc ça veut dire des milliers d'étudiants
01:35et de nombreux collègues
01:36qui vont être entravés dans leurs études, dans leur travail, à cause de ces personnes qui se sont octroyées le
01:44droit d'occuper ce bâtiment
01:46et de le saccager pour une cause, honnêtement, que je ne parviens pas à comprendre. Je ne sais pas vous
01:50dire ce qui peut justifier.
01:51Alors pour moi, c'est injustifiable ce qui s'est passé dans ce bâtiment.
01:53L'évaluation des dégâts a commencé. Pour l'instant, vous diriez que ça se chiffre à combien ?
02:01C'est très difficile à dire. Comme vous le disiez, on n'a pas le recul suffisant. Mais on est
02:05sur plusieurs centaines de milliers d'euros.
02:07À un moment où, vous le savez, les universités sont dans une grande difficulté financière.
02:12Et donc plusieurs centaines de milliers d'euros, c'est autant d'argent qu'on n'utilisera pas pour accompagner
02:16nos étudiants,
02:17pour recruter des collègues. Donc l'impact, en fait, il est directement pour la communauté universitaire.
02:23C'est catastrophique.
02:24Ce sont des étudiants de votre université qui ont saccagé, parce qu'il n'y a pas d'autre mot,
02:29ces locaux ?
02:33Non, je ne peux pas vous dire en fait qui était présent et qui vraiment a procédé à ces opérations.
02:39Moi, je n'ai pas de visibilité. Vous savez, quand le bâtiment a été occupé, on a voulu demander de
02:43mon équipe.
02:44Il y a une intrusion de personnes extérieures à l'université dans vos locaux.
02:49Mais c'est le moment qu'on est en train de vivre. C'est le moment qu'on est en
02:52train de vivre.
02:53Ce que je voulais vous dire, c'est qu'on a voulu accéder au bâtiment une fois qu'il a
02:57été occupé.
02:57Des membres de mon équipe ont voulu se rendre sur place. Le bâtiment était barricadé.
03:01Et on nous a interdit d'entrer dans le bâtiment.
03:04Alors que j'ai la responsabilité, en tant que président de l'université, d'assurer la sécurité des personnes qui
03:09sont dans nos bâtiments.
03:10Je n'étais pas en capacité de le faire. Et très vite, la situation s'est dégradée.
03:13Il faut prendre la mesure quand même de ce qui s'est passé.
03:16Il y a un étudiant, par exemple, un élu étudiant, qui a été menacé de mort avec un couteau.
03:22Il y a des comportements à risque dans ce bâtiment.
03:24Pas la nuit dernière. Parce qu'il n'était sans doute pas considéré comme étant digne d'être présent dans
03:32ces locaux.
03:32Je ne vais pas vous en douter parler à la place des personnes qui ont formulé ces menaces.
03:36Mais je fais ce constat. Pas la nuit dernière, mais la nuit précédente.
03:39On a eu des comportements à risque. Les secours ont dû venir.
03:42Des collègues ont dû venir sur les lieux pour voir ce qui se passait.
03:44Moi, j'étais extrêmement inquiète.
03:47Un bâtiment, en fait, qui est sur plusieurs étages, par sa configuration, il pouvait y avoir des chutes.
03:51Il y aurait pu y avoir des blessés. Il y aurait pu y avoir des morts, en fait.
03:55C'est extrêmement inquiétant.
03:57Et encore une fois, je veux vraiment insister.
03:59Il ne faut pas amalgamer ce qui se passe dans ce bâtiment avec le mouvement qui est en cours.
04:04Il faut vraiment faire la part des choses.
04:05On sait que quand il y a des mouvements qui peuvent être lits...
04:08C'est extrêmement inquiétant et hallucinant ce que vous nous racontez.
04:12Pardon, mais je rebondis sur vos propos.
04:14Vous êtes la présidente de l'université.
04:16Et pendant quasiment quatre jours, vous n'avez pas eu la possibilité d'accéder aux locaux qui étaient occupés.
04:22En parallèle de quoi ?
04:23Les forces de l'ordre n'avaient elles-mêmes pas la possibilité de déloger ces occupants
04:28qui, en plus de cela, procédaient à des dégradations, à des actes de vandalisme sans nous.
04:35On les voit derrière vous, encore une fois.
04:37En fait, on a voulu essayer de trouver une solution pour régler le problème.
04:43Et donc, on a proposé que dans le cadre du mouvement qui est en cours, des étudiants qui peuvent légitimement
04:50être mobilisés,
04:51c'est ça aussi l'université, et l'université c'est un lieu de débat, de contradiction, de confrontation d
04:57'idées,
04:57qu'on puisse leur attribuer un lieu pour se retrouver, discuter, ce qui est totalement légitime.
05:03Cette proposition, elle a été rejetée.
05:04En parallèle, la situation s'est dégradée, comme je vous le disais à l'instant.
05:08Et donc, moi, je vous le dis, tel que je l'ai vécu et ressenti, j'ai été contrainte de
05:13faire appel aux forces de l'ordre
05:14parce que ça ne pouvait pas durer.
05:16Vous voyez, au bout de trois jours, l'état dans lequel est ce bâtiment.
05:19Je ne sais pas ce qui se serait passé si ça avait continué.
05:20Il a donc fallu quatre jours pour que les forces de l'ordre interviennent.
05:25Pendant ces quatre jours, les dégradations se sont poursuivies.
05:27Ça, vous savez, c'est estimer la situation.
05:31Moi, je ne vais évidemment pas m'exprimer au nom des forces de l'ordre,
05:34mais voilà, il y avait à évaluer la situation, à estimer la manière dont ça se passait.
05:39Je pense que ce sont des décisions qui ne sont pas faciles à prendre.
05:41Je pense que vous pouvez le comprendre.
05:42On était en extrême grande vigilance.
05:44Moi, depuis mercredi, j'étais en cellule de crise en permanence pour suivre ce qui se passait dans ce bâtiment.
05:49Mais il faut mesurer le moment, en fait, pour que ça se passe le mieux possible.
05:54Et je dis bien pas bien, mais le mieux possible.
05:56Et le fait est que l'évacuation s'est faite dans le calme, qu'il n'y a pas eu
06:00de blessés.
06:00Je tiens aussi à le souligner parce que c'était évidemment, vous vous doutez, une inquiétude.
06:05Et il faut le dire, ça s'est passé calmement.
06:08Aujourd'hui, nous reprenons possession de ce bâtiment.
06:11Et nous allons, avec les équipes, nous mobiliser pour le rendre à nouveau à sa fonction première,
06:17qui est celle d'accueillir des étudiants et des collègues et de faire vivre une université.
06:20Il ne pourrait pas y avoir de cours ni de conférences, ni je ne sais quoi,
06:24dans ces locaux pendant quand même plusieurs jours ou semaines ?
06:29Plusieurs semaines. Plusieurs semaines, certainement.
06:32C'est très difficile aujourd'hui de vous dire exactement.
06:35Encore une fois, on vient juste de rentrer dans le bâtiment.
06:38Mais plusieurs semaines, c'est certain.
06:41Sincèrement, Madame la Présidente, vous dites qu'on vient juste de rentrer dans le bâtiment.
06:44Les premières secondes, quand vous entrez dans ce bâtiment, vous vous dites quoi ?
06:48Vous réagissez comment ? Vous ressentez quoi ?
06:52C'est un choc.
06:54Sincèrement, c'est un choc.
06:55Même si, vous vous en doutez, on s'attendait à ce qu'il y ait des dégradations.
07:00Mais quand on est dedans, c'est très différent.
07:03Surtout que ce bâtiment, moi, je le connais.
07:04Je l'ai vu vivre, je l'ai vu avec des étudiants dans le cadre de ces activités normales.
07:08Et là, le voir dans cet état, c'est un écœurement.
07:11Ça prend au trip.
07:13Vraiment, ça prend au trip de se dire qu'il y a des gens qui sont capables de faire ça
07:18dans une institution publique qui a pour mission la formation et la recherche.
07:22Quel sens ça peut avoir et quelle cohérence ça peut avoir ?
07:25Moi, je ne comprends pas.
07:26Et comme je vous le disais, c'est pour moi vraiment injustifiable et indéfendable.
07:30On me souffle qu'il y a environ un an, une situation similaire s'est déjà produite à l'université
07:35de Nantes.
07:39Pas similaire.
07:40Sincèrement, moi, je n'ai jamais connu ce qu'on est en train de vivre là d'une telle ampleur.
07:45Moi, je n'ai jamais connu ça.
07:47Il y a eu des mouvements, évidemment, à l'université.
07:50Mais encore une fois, il y a des mouvements qui sont légitimes.
07:52Il y a des mouvements qui sont légitimes.
07:54La jeunesse, elle a le droit de s'exprimer et c'est ce qu'elle revendique précisément.
07:58Mais en revanche, ce genre de choses, ça, ce n'est pas légitime.
08:03Vous avez déposé plainte, naturellement, j'imagine, je suppose, ou c'est en cours ?
08:07Bien sûr, bien sûr, bien sûr, bien sûr, évidemment.
08:12J'ai une question qui me revient en tête parce que vous nous disiez qu'à ce stade, vous n
08:17'êtes pas en mesure d'identifier les auteurs de ce saccage.
08:22Est-ce que vous imaginez néanmoins que parmi ces auteurs, il puisse y avoir des étudiants de l'université de
08:29Nantes ?
08:29Et si tel est le cas, quelle sera la réponse de l'université, la sanction plus exactement de l'université
08:34?
08:35Non mais je suis incapable de répondre. Pardon, mais je ne peux pas répondre à votre question.
08:40Je ne sais pas qui était dans ce bâtiment et qui a fait quoi.
08:42Mais si des étudiants de votre université figurent parmi les auteurs de ce saccage, qu'est-ce qui va leur
08:47arriver sur le plan universitaire ?
08:48C'est assez simple. Il y a des procédures qui sont prévues. D'abord, comme on vous l'a dit,
08:57on a porté plainte.
08:58Donc si la plainte conduisait à identifier des personnes qui ont participé à ces opérations, il y aura un volet
09:04judiciaire qui sera lié à cette plainte.
09:06Et puis nous, s'il apparaissait que des étudiants soient identifiés et pris part à ces faits, on a aussi
09:12la possibilité d'engager des poursuites disciplinaires et on le fait de manière systématique.
09:17J'ai une question, madame la présidente de Dante Université. La mobilisation lycéenne et étudiante, adjointe, se poursuit.
09:25Dans les circonstances actuelles, vu ce qui s'est passé dans certains locaux de votre université, vous maintenez quand même
09:31cette possibilité offerte aux étudiants de se rassembler,
09:35de dialoguer dans les locaux avec le risque, avec cette menace qui pèse désormais de dégradation majeure au sein de
09:40votre université ?
09:41— Ça, ça reste à voir, évidemment, au regard de ce qui va se passer dans les jours qui viennent.
09:46Mais encore une fois, moi, je veux vraiment pas faire de confusion entre...
09:51— Est-ce que si après-demain, on vous demande un prêt de locaux, je ne sais quoi, pour discuter
09:55de la suite de la mobilisation, vous allez dire « OK, allez-y, on regarde ce qui vient de se
09:59passer ».
10:00— On examine. On examine la situation. On examine la situation. Je peux pas vous faire une réponse a priori
10:06comme ça. On examine, en fait, toutes les demandes qui nous parviennent,
10:09au regard des locaux disponibles, au regard des personnes qui formulent la demande. Ce sont des étudiants de l'université.
10:15Il n'y a pas de raison, a priori, de refuser.
10:19— Question d'Antoine Oberdorf de l'Opinion, madame. — Bonjour, madame la présidente. Évidemment, on est tous médusés par
10:23la scène de désolation
10:25que vous avez derrière vous, qui est, bon, quelque part entre le squat et la ZAD. Une chose que j
10:31'aurais aimé savoir, c'est y a-t-il des compagnies de sécurité,
10:35des agents de sécurité qui, le jour et peut-être même la nuit, surveillent les établissements dans votre campus ?
10:43— Bien sûr. Nous avons un pôle sûreté. Nous avons un marché avec des prestataires pour assurer la sécurité sur
10:53les campus.
10:53Autant vous dire que ce sont des budgets qu'on n'a pas, qu'on utilise pour faire ce genre
10:57de choses, mais parce qu'on se doit de le faire.
11:00Donc oui, bien sûr. Peut-être pas assez par rapport à ce qu'il faudrait faire. Mais on fait avec
11:04les moyens qu'on a.
11:04Mais oui, oui, on a des collègues qui sont mobilisés. Et je vous assure qu'ils sont vraiment très mobilisés
11:10sur ces questions-là.
11:11Et d'ailleurs, j'en profite pour les saluer et les remercier.
11:13— Merci, Karine Berthaud, présidente de Nantes Université.
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