00:00C'est quoi cette douleur qui peut nourrir une personne
00:04pour arriver à détester l'autre, aussi gratuitement ?
00:10On fait ce qu'on veut, on est chez nous, d'accord ?
00:12Ils vous insultent ?
00:14Oui, bonobo, rentrez chez vous.
00:16Alors, va à la dîche.
00:19On est arrivé.
00:30Je pense que ce qu'on voit à l'écran dans cette séquence,
00:32c'est une réalité que vous vivez au quotidien ?
00:34C'est une réalité, une réalité.
00:37Depuis combien de temps ?
00:38Ça a commencé tout doucement.
00:40On vous met les bâtons dans les roues, comme ça.
00:43Oui, c'est insidieux en fait.
00:44Oui, jusqu'à vous pousser, vous pousser, vous pousser,
00:48et arriver à un moment, c'est devenu le harcèlement.
00:53L'harcèlement, voilà, et les mots sont arrivés.
00:58Divine a dit une chose très juste tout à l'heure.
01:01Elle a dit, je ne connais pas une seule personne d'origine immigrée
01:06qui n'ait pas eu à vivre quelque chose de cet ordre-là,
01:09et elle a évidemment raison.
01:10Cet affaiblissement de son estime personnelle,
01:13elle a, pour beaucoup, beaucoup de gens,
01:15on ne le dit pas assez, mais des conséquences psychologiques durables,
01:19des conséquences sur leur bien-être, en fait,
01:22qui se transforment plutôt en un mal-être,
01:24et y compris dans leur rapport à la vie,
01:26dans leur rapport aux gens, dans leur rapport à leur métier,
01:30à leur progression de carrière, etc.
01:32Donc en fait, les conséquences indirectes de ce racisme
01:39sont bien plus importantes que le mal-être
01:42qu'il provoque chez les individus qui en sont victimes.
01:50Dire aussi que tout cela s'inscrit dans un contexte national extrêmement préoccupant,
01:56particulièrement depuis les dernières élections européennes,
01:59où on sent bien une libération de la parole raciste.
02:02Il y a quelques jours, c'était un chauffeur de bus, à Thiers,
02:06dans le Val-de-Marne, qui a été blessé par un automobiliste,
02:10qu'il a traité de bouignoule.
02:12Ça m'est bien sûr arrivé, à la fois quand j'étais adolescent
02:15et dans la vie politique ensuite.
02:17J'ai toujours l'impression d'ailleurs,
02:18quand on est confronté à ça et qu'on est responsable politique,
02:22que c'est vraiment le dernier argument qui reste
02:25à ceux qui n'ont plus rien à vous opposer.
02:27Donc oui, oui, bien sûr, ça m'est arrivé.
02:29C'est ce qui fait que, je pense, comme beaucoup d'autres,
02:32je suis très sensible à la question de la lutte contre les discriminations,
02:35contre le racisme et contre toutes les formes de domination d'ailleurs.
02:45Mais qu'est-ce qu'on leur raconte là-bas pour que des personnes
02:51osent aussi ouvertement, aussi gratuitement commencer à nous insulter ?
02:58J'ai dit non, non, non, non, il n'y en a pas question que je reste les bras croisés.
03:03Je vais me lever et je vais vers des gens qui veulent une unité.
03:12Je suis allé au Parti communiste.
03:17Personne ne connaissait ma motivation, je suis arrivé, voilà.
03:21J'ai dit je vais me mobiliser à mes moindres connaissances,
03:25à mes moindres capacités, à donner main forte, à la distribution des tracts,
03:32à faire ce que je pouvais faire.
03:36Oui, j'en ai mis dans la boîte aux lettres des voisins,
03:39parce que j'avais trop subi, trop subi, il en est mis,
03:44pour leur dire que non, on existe aussi.
03:47Il y a des gens comme nous qui ne veulent pas.
03:52C'est cette fracture-là des races qui ont besoin d'unité,
03:57qui ont besoin d'avancer ensemble,
03:59qui ont besoin de travailler ensemble et de vivre ensemble.
04:02Merci.
04:06Merci.