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  • il y a 5 heures
Malaise, incertitudes, inquiétudes ... Lors de la première session du Parlement après l'arrivée de Trump au pouvoir, beaucoup de députés ne cachent pas leur pessimisme devant la pression que fait peser le nouveau président américain sur l'Europe, que ce soit dans le domaine économique, commercial, militaire, numérique ou géostratégique.

Est-ce étonnant lorsque Trump menace de s'emparer du Groenland qui est un territoire européen, qu'il dit vouloir utiliser l'arme de la taxe contre les produits venus d'Europe, ou qu'il annonce que l'UE va devoir apprendre à se défendre toute seule parce qu'elle ne bénéficiera plus du parapluie militaire des Etats-Unis ?

Cette crise révèle la vulnérabilité et la dépendance de l'Europe, au moment où elle est par ailleurs aux prises avec des difficultés économiques et sociales, dans un contexte politique où l'extrême droite ne cesse de progresser.

Quels sont les éléments d'analyse dont on dispose pour évaluer la situation ? Quelles pistes pour y répondre à gauche ?

Entretien avec la députée européenne Marina Mesure ( La Gauche ), après sa participation à plusieurs réunions de groupes politiques du Parlement européen, où ces questions ont été abordées.

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Transcription
00:00Bonjour, bonne année à toutes et à tous et bienvenue dans cet entretien au Parlement européen de Strasbourg.
00:06Marina Mesur, bonjour à vous aussi. Bonne année et merci encore une fois d'être sur le plateau de l
00:11'Humanité.
00:11Je rappelle que vous êtes députée européenne du groupe La Gauche.
00:15Alors, première session 2025 au Parlement européen, mais aussi première session depuis l'entrée en fonction de Donald Trump à
00:25la présidence des États-Unis.
00:26Et, il faut dire une chose, ça tangue un peu. On entend ici, partout, le nom de Donald Trump prononcé,
00:35c'est sur toutes les lèvres.
00:36Et ce qu'on entend dans les conversations, dans les réunions, dans les discussions qu'on peut avoir ici et
00:41là, en fait, c'est une inquiétude et même une peur par moment.
00:44Comment vous... On reparlera tout à l'heure en détail des différents aspects, évidemment, de nos rapports aux États-Unis.
00:50Mais comment vous ressentez un peu cette ambiance, vous ?
00:53Oui, c'est vrai qu'on ressent de l'inquiétude, de la peur. Mais je pense que c'est quand
00:59même beaucoup d'hypocrisie.
01:00Pourquoi ? Parce que derrière, on a l'impression qu'on découvre qui est Donald Trump.
01:06Il y a quand même déjà eu une présidentielle et il a déjà été à la tête des États-Unis
01:10pendant quelques années.
01:13Donc aujourd'hui, il est dans une surenchère. Mais c'est surtout, j'espère, un moment pour nous rendre compte
01:20que les États-Unis peuvent être un danger direct pour l'Union européenne.
01:25Et c'est peut-être là où il va y avoir un basculement avec cette nouvelle présidentielle.
01:28C'est ça. Parce que c'est exactement ce que vous dites. C'est-à-dire qu'on l'a
01:31déjà connue. L'Europe l'a déjà connue au pouvoir.
01:34On a connu Biden derrière, etc. Et il y a des rapports normaux entre l'Union européenne et les États
01:39-Unis comme pays alliés, comme pays avec qui on commerce, etc.
01:43Avec qui on a plein d'intérêts communs. Mais là, on a l'impression quand même, effectivement, qu'il se
01:48passe un petit truc différent.
01:49On n'est plus dans la même configuration.
01:52Tout à fait. Je pense que c'est la différence. Il y a un peu deux aspects. C'est sur
01:56le plan militaire et sur le plan économique.
01:58Là, Donald Trump arrive à nouveau à la tête des États-Unis d'Amérique à un moment où il y
02:05a la guerre, la guerre en Ukraine.
02:07À un moment où ses premières déclarations sont des déclarations dans lesquelles il ne parle pas de l'Ukraine.
02:12Dans lesquelles, par contre, il parle d'annexer le Groenland qui appartient au Danemark.
02:19Il parle de rattacher le Canada aux États-Unis pour en faire un 51e État des États-Unis d'Amérique.
02:28C'est quand même des déclarations qui mettent le ton.
02:33Sachant que quand je parle du Danemark, du Canada, ce que les gens doivent comprendre, c'est que c'est
02:38des pays qui appartiennent à l'OTAN.
02:39Cette alliance militaire que nous avons avec les États-Unis.
02:43Et lorsqu'un des pays est menacé, on est censé, les États membres de l'OTAN, notamment la France,
02:48aller en soutien à l'État qui est agressé, menacé.
02:51Donc c'est en ça, d'un point de vue militaire, qu'il y a une extrême inquiétude par rapport
02:58aux déclarations de Donald Trump.
02:59Et sur le plan économique, la situation est dramatique en Europe.
03:03On vit une réelle désindustrialisation.
03:05On est en train de perdre des millions d'emplois.
03:09En France, on parle pour le début d'année de 300 000 emplois qui sont menacés.
03:14Et donc dans ce moment-là, Donald Trump arrive avec l'idée d'une guerre commerciale,
03:19avec l'augmentation des droits de douane qui va avoir un impact direct sur l'Europe et sur nos entreprises.
03:24Et donc c'est peut-être à ces deux titres qu'il y a une différence significative en son premier
03:29mandat et celui-ci.
03:31D'autres conséquences qu'on n'est pas non plus en mesure, je continue sur la question de l'économie,
03:35qu'on n'est pas forcément tout de suite en mesure d'évaluer très précisément,
03:40mais on voit quand même comment ça se profile.
03:42On parlait de la question des taxes.
03:44Il avait d'ailleurs aussi manipulé cette notion-là lors de son premier mandat.
03:49Mais là, il revient sur cette question-là.
03:52La taxation, le rééquilibre, comme il dit, des échanges entre l'Europe et les États-Unis.
03:58Donc acheter plus de choses américaines, on a commencé avec le gaz de schiste,
04:03et en rééquilibrant de ce côté-ci.
04:07Et sinon, effectivement, taxation.
04:09Il utilise la taxation avec d'autres prix, comme la Chine par exemple.
04:14Donc c'est extrêmement important.
04:16D'abord pour qui finalement ?
04:18Nos entreprises, nos agriculteurs, pour un peu tout le monde.
04:20Pour un peu tout le monde, en effet.
04:23Et effectivement, dans les exemples cités,
04:26d'un point de vue économique, qu'est-ce qui est en train de se passer ?
04:28Par exemple, quand on parlait de l'augmentation des barrières douanières,
04:31parlons des panneaux solaires, parce que c'était la bataille qu'on a menée l'année dernière.
04:34C'est un bon exemple.
04:35C'était un bon exemple, parce que lorsque les États-Unis rehaussent les droits de douane,
04:40la production chinoise de panneaux solaires, qu'est-ce qu'elle fait ?
04:42Elle ne va plus aux États-Unis, elle revient sur l'Europe.
04:45Et donc on se retrouve, nous, avec les panneaux solaires chinois
04:47qui arrivent en masse sur le marché, qui sont même vendus à perte,
04:50et donc les derniers producteurs de panneaux solaires européens et français,
04:53dont notamment Sistovi à Nantes, mettent la clé sous la porte.
04:56Donc ça veut dire qu'une industrie extrêmement stratégique,
04:58parce que l'industrie solaire, nous en avons besoin,
05:01disparaît du jour au lendemain,
05:02parce que nous avons les États-Unis qui haussent les droits de douane
05:05et une production chinoise qui revient sur le continent européen.
05:09Eh bien, de la même manière, ils ont haussé les droits de douane sur l'automobile,
05:13et on voit bien que nous sommes, effectivement...
05:15On est coincés entre les deux.
05:16On est coincés avec, là, l'automobile, c'est la prochaine crise,
05:19et c'est avec 13 millions d'emplois menacés à nouveau en Europe.
05:22Et quand on perd l'automobile, qu'est-ce qu'on perd après ?
05:24Eh bien, la sidérurgie, parce que quand vous avez ArcelorMittal, Dunkerque,
05:2970% de ce qu'ils produisent en termes d'acier, c'est pour l'automobile.
05:32Donc il y a un effet domino, et donc c'est des millions d'emplois qui sont menacés
05:35du fait des politiques, pour le coup, des politiques commerciales européennes désastreuses,
05:41parce qu'il faut le dire aussi, c'est-à-dire que nous, on devrait prendre des mesures
05:44et aller vers plus de protectionnistes pour ne pas laisser rentrer justement tous ces produits,
05:48n'importe comment, et protéger les industries stratégiques,
05:51relocaliser nos industries stratégiques.
05:54Mais effectivement, il faut arrêter d'être naïf ou hypocrite.
05:58Il y a le coup social, vous en parlez, on en parle là, tout de suite,
06:02qui est aussi une véritable menace, d'autant qu'on est dans une conjoncture européenne,
06:07et vous êtes, vous, d'autres députés de la gauche, bien placés pour en parler.
06:12Dans un moment où on ne peut pas dire que Trump ou pas Trump,
06:17c'est-à-dire même en temps normal, si on prend les derniers mois ou les dernières années précédentes,
06:21la question sociale a été beaucoup soutenue à bras-le-corps par l'Union européenne.
06:26Donc, c'est une faiblesse de plus dans une situation qui est déjà à risque.
06:31Dans une Europe affaiblie.
06:32Voilà.
06:33Une Europe affaiblie, disons-le clairement.
06:35Et effectivement, là, ça a été le grand retour, la fin de la mandature, le début de celle-ci,
06:40avec les politiques d'austérité.
06:42Donc, c'est à nouveau, à un moment où il y a des millions de gens qui peinent à se
06:45nourrir chaque jour,
06:46à se loger, des millions d'emplois menacés,
06:49eh bien, on est en train de remettre sur la table les règles budgétaires,
06:52le fait de couper dans l'hôpital, dans l'éducation, dans la santé.
06:55Enfin, c'est totalement absurde.
06:57Mais c'est effectivement une Europe affaiblie.
06:59Et une Europe affaiblie, il faudrait ça à Donald Trump qui arrive au pouvoir,
07:03c'est d'autant plus inquiétant.
07:05Est-ce que l'Europe, du coup, on peut poser la question en ce moment-là,
07:07on en reparlera pour d'autres sujets tout à l'heure,
07:09mais est-ce que l'Europe, sur ces questions-là, n'a pas été quand même politiquement très légère,
07:14en matière de prévision, en matière d'alliance,
07:16puisqu'on a l'air de découvrir aujourd'hui que notre allié de toujours,
07:20ça ne marche pas.
07:22Est-ce qu'il n'y a pas une faillite quand même de l'Union européenne
07:25sur sa manière de prévoir, parce que c'est quand même gouverner,
07:28c'est quand même sain,
07:29et surtout à l'échelle d'un attractif comme l'Europe.
07:33Ce n'est pas un petit pays, l'Europe.
07:34Non, non, prévoir, planifier, effectivement,
07:37c'est ce qui n'advient pas.
07:38Et avoir des alternatives aussi.
07:40Non, non, elle s'est totalement rendue dépendante des États-Unis.
07:43Et d'ailleurs, vous le mentionnez tout à l'heure, je ne suis pas revenue dessus,
07:45mais sur le gaz, c'est exactement ça.
07:47C'est-à-dire, on dit, bon, on a une dépendance vis-à-vis du gaz russe.
07:50Très bien, c'est vrai.
07:52Donc, on la bascule sur les États-Unis.
07:54Et maintenant, on est totalement dépendante du gaz liquéfié américain.
07:57Et 60% du gaz liquéfié américain, le premier client, c'est l'Union européenne.
08:01Donc, ça veut dire qu'on se rend totalement dépendante des États-Unis sur le gaz
08:04et sur les questions énergétiques qui sont éminemment importantes
08:08pour la compétitivité et pour notre société.
08:11– Et on continue à dire, en 2035, si je ne me trompe pas,
08:15le gaz, il faut le supprimer, il faut remplacer par autre chose.
08:18– Oui, on continue et on continue à libéraliser le secteur,
08:21ce qui fait qu'on n'a aucune maîtrise sur les prix de l'électricité
08:24qui sont pourtant, le prix de l'électricité et du gaz d'ailleurs,
08:27qui sont pourtant des éléments majeurs à notre compétitivité.
08:30Quand on sait, l'énergie aujourd'hui aux États-Unis, c'est trois fois moins cher
08:34que dans l'Union européenne, mais pas parce qu'ils produisent de l'électricité à bas coût,
08:39parce qu'ils ne la vendent pas de la même manière,
08:41c'est-à-dire avec des prix totalement spéculatifs
08:43qui font qu'aujourd'hui, des énergéticiens prennent les marges au milieu
08:46et donc nous avons une électricité très chère,
08:48juste parce qu'il y a de la spéculation.
08:50Donc ces questions-là sont aussi des questions,
08:51quand on parlait des politiques européennes,
08:54il y a le fait d'avoir signé tous ces accords de libre-échange,
08:56de ne mettre rien en place pour protéger nos industries stratégiques,
08:59mais il y a aussi les questions énergétiques,
09:01c'est-à-dire qu'est-ce qu'on a fait sur le plan énergétique
09:03pour avoir des prix régulés pour les ménages, pour les entreprises ?
09:06Eh bien tout ça, on a failli au sein de l'Union européenne.
09:10Donc aujourd'hui, on est totalement dépendant de cet allié,
09:14de cet allié entre guillemets,
09:16parce que moi je pense qu'il est de moins en moins notre allié.
09:20Et donc on voit Ursula von der Leyen qui arrive à nouveau
09:24et qui dit que ce partenariat transatlantique est durable,
09:28qu'il faut le renforcer,
09:30mais c'est totalement un contre-courant de ce qui est en train de se passer
09:35et des conséquences qu'on va avoir nous en Europe.
09:36Un discours qui s'éloigne, c'est déjà le cas,
09:39mais qui s'éloigne de plus en plus de la réalité basique
09:42que tout le monde peut observer,
09:43je vais dire ne serait-ce que comme vous le disiez.
09:44Déconnecter.
09:44Que ce serait-ce que chez lui.
09:48Juste un petit mot,
09:49puisque vous abordez cette question-là,
09:52le prix de l'énergie qui effectivement pèse énormément
09:54sur les entreprises, sur les villes en Europe,
09:58les activités, etc.
10:00En grande partie, c'est effectivement
10:02la conséquence des sanctions
10:04qui ont été prises par l'Union européenne contre la Russie.
10:07On ne va pas revenir sur le débat
10:09est-ce qu'il y avait raison de ne pas prendre des sanctions,
10:14mais en tous les cas, on s'aperçoit que le coût économique
10:17et le coût social, du coup,
10:18parce qu'in fine, c'est comme ça que ça se termine,
10:21est lourd de cette affaire.
10:22Est-ce qu'il n'y a pas eu aussi un manque
10:25de clairvoyance,
10:26de savoir-faire diplomatique,
10:30de manière d'arranger les choses,
10:33de voir les choses autrement,
10:34sur une question aussi grave qu'une guerre ?
10:36Il y a eu effectivement un peu de tout ça.
10:39Et les sanctions,
10:41elles ont été totalement inefficaces
10:43et contre-productives.
10:44Je lisais, justement,
10:46je reprenais les chiffres,
10:48mais je lisais que lorsqu'on a commencé
10:50avec les sanctions face à la Russie,
10:54le PIB de la Russie a diminué de 1,2%.
10:59En 2020, donc en 2022,
11:01en 2023 et en 2024,
11:03il augmente le produit intérieur brut de 3,6%.
11:08Derrière, la Russie s'est renforcée dans des secteurs,
11:10c'est-à-dire que l'automobile, par exemple,
11:11dont on parlait tout à l'heure,
11:13lorsque les partenaires,
11:15les entreprises européennes sont parties,
11:17il y a eu un investissement massif dans ces secteurs-là.
11:21Et donc, le développement, la modernisation,
11:23de secteurs,
11:24et donc aujourd'hui, en Russie,
11:26il y a une production industrielle
11:28qui augmente de l'ordre de 4% par an.
11:30Donc, en fait,
11:31les sanctions,
11:32elles ont été totalement inefficaces
11:33par rapport à l'objectif qui était voulu.
11:37On a une Russie qui s'est renforcée,
11:40en fait, d'un point de vue économique,
11:41qui a renforcé ses liens aussi
11:42avec d'autres, en fait, entités.
11:45Elle s'est renforcée avec les liens avec la Chine,
11:48avec la Turquie,
11:49qui est devenue une plateforme logistique,
11:51justement pour vendre les biens à la Russie.
11:54Et derrière, l'Union européenne,
11:57de son point de vue,
11:58elle a un produit intérieur brut qui stagne,
12:02qui est autour de 0,4%, 0,9%.
12:05Donc, vous voyez, au niveau des sanctions,
12:08ça a été totalement contre-productif.
12:10– Un autre mot clé qu'on entend souvent ici,
12:15là, depuis quelques jours aussi,
12:17au sein du Parlement européen,
12:19c'est le mot « souveraineté ».
12:20Il faut retrouver notre souveraineté,
12:22comme si on l'avait perdu, rapidement.
12:24Mais comment faire ?
12:27Alors, on aborde des questions extrêmement lourdes.
12:30L'économie, la question militaire,
12:33la question aussi de l'indépendance sur les réseaux,
12:37de l'indépendance numérique, etc.
12:39Ce sont des gros, gros secteurs.
12:41On n'est pas sur des petits détails.
12:43Comment est-ce qu'on peut regagner cette souveraineté
12:47si on considère qu'elle est perdue ?
12:49Et en réalité, effectivement, on a perdu
12:52et on risque de perdre encore plus
12:54par rapport à la situation mondiale
12:56qui concerne Trump, mais qui concerne aussi tout le monde,
12:58qui concerne les contradictions qu'il y a
13:00entre la Chine, les États-Unis, la Russie, etc.
13:03On est dans ce grand chambardement
13:05où on voit bien que ça ne sent pas bon,
13:09les contradictions s'aiguisent,
13:11les guerres sont quand même relativement proches.
13:14On vient de le voir avec plusieurs exemples.
13:18Cette souveraineté, j'allais dire,
13:19sur quelle base, même si on ne va pas entrer
13:21dans les détails-là,
13:22mais sur quelle base politique, j'allais dire,
13:24on peut l'imaginer aujourd'hui ?
13:26Dans un groupe comme le vôtre,
13:27vous en parlez, j'imagine.
13:28Oui, oui, bien sûr.
13:30La souveraineté, lorsqu'on parle d'une souveraineté
13:33industrielle ou par exemple militaire,
13:36ça revient un peu à ce que j'ai déjà abordé,
13:39c'est-à-dire la question du protectionnisme.
13:41C'est-à-dire, quand je dis protectionnisme,
13:43je dis être souverain, ça veut dire
13:45produire ce dont on a besoin.
13:47Eh bien, lorsqu'on décide que telles industries
13:49sont stratégiques, on doit pouvoir les produire en Europe.
13:52Et donc, on doit se donner les moyens
13:54de les produire en Europe.
13:55Comment on se donne les moyens ?
13:56Eh bien, en protégeant de la concurrence
13:59des loyales extérieures et en permettant
14:02à ces entreprises de pouvoir avoir des activités
14:04avec un prix de l'énergie qui soit abordable,
14:08avec le carnet de commandes,
14:10c'est-à-dire l'investissement public.
14:12Les États-Unis, ces 30 dernières années,
14:13ils ont multiplié par deux leurs investissements publics
14:16pendant que l'Union européenne les a augmentés
14:18de l'ordre de 40%.
14:19Donc, là aussi, il y a des choses à faire.
14:22Et là, sur le point militaire,
14:24c'est qu'il faut qu'on arrête d'acheter américain.
14:26C'est-à-dire que quand on voit aujourd'hui,
14:28encore une fois, qu'on nous demande,
14:30et d'ailleurs, c'était une demande de Donald Trump,
14:31d'augmenter à nouveau le budget pour la défense.
14:35Mais avec derrière un budget qui est lié au fait d'acheter américain.
14:42C'est-à-dire que pour complaire à Donald Trump,
14:44on lui dit qu'il va falloir aller acheter l'armement aux États-Unis.
14:47Alors qu'on a des pays, et notamment la France,
14:49qui produit, qui a une industrie de l'armement extrêmement importante.
14:53Qui vend à l'extérieur.
14:54Qui vend à l'extérieur, etc.
14:55Donc, la souveraineté, c'est aussi de se dire
14:58que les achats de la défense de l'armement en Europe
15:02doivent se faire au sein de l'Union européenne.
15:04Et c'est à ce titre aussi que je trouve extrêmement inquiétant
15:08que dans les premières discussions qu'il y a pu avoir
15:11dans cette fameuse commission de la défense
15:13qui a été créée récemment au Parlement européen,
15:15un programme sur l'industrie de l'armement
15:18qui visait avant 100% d'achat armement européen
15:22et qui aujourd'hui l'ouvre à 35% vers l'extérieur hors Union européenne.
15:27Donc, on perd la souveraineté parce qu'on n'achète plus en Europe
15:31ces armes extrêmement stratégiques.
15:33Et avec, je dois aussi peut-être le rajouter,
15:36mais des partenaires qui ne sont pas très fiables.
15:38Je pense notamment à l'Allemagne.
15:39Entre la relation France-Allemagne sur ces questions-là,
15:43sur le dernier scandale, entre guillemets,
15:47ça a été les boucliers antimissiles,
15:50où ils sont allés prendre les équipements aux États-Unis
15:53alors même que la France et l'Italie avaient développé ces mêmes équipements.
15:57Donc, on a aussi, dans la coopération que nous avons au sein de l'Union européenne,
16:03des principes qui doivent être respectés
16:04si on veut rester souverain aussi sur ces questions-là.
16:07C'est ça qui est important, ce point que vous abordez là.
16:10C'est que l'Europe arrive, peut-être à la différence de ce qui a été le cas il y
16:15a 10 ou 15 ans,
16:16l'Europe arrive dans cette situation mondiale que vous êtes en train de décrire
16:19de manière divisée quand même.
16:23On sent bien, il y a des pays qui clairement disent qu'ils sont dans l'Union européenne
16:27mais qu'ils ne sont pas, la Hongrie, qu'ils font ce qu'ils veulent, etc.
16:29On sait ces choses-là.
16:30Mais on voit très bien, regardant avec la Pologne, regardant avec l'Allemagne, etc.
16:34Il y a des divisions, avec l'Italie bien entendu, il y a des divisions un peu partout.
16:38Là-dessus se greffe un autre phénomène, c'est que les extrêmes droites
16:40montent un peu partout à l'heure actuelle, en Autriche, etc.
16:43Donc ce n'est pas fait, et je vous poserai une question d'ailleurs là-dessus tout à l'heure,
16:48ça ne se passe pas non plus dans une conjoncture où l'Europe est unie et forte, j'allais dire.
16:52C'est ça, l'été de l'Union européenne.
16:54Tout à fait, on a au sein même, quand je parlais de partenaires
16:58qui ne sont pas forcément fiables, c'est au sein même de l'Union européenne.
17:01C'est pour ça qu'il doit y avoir des règles communes,
17:03c'est pour ça qu'on doit mettre tout sur la table et on doit se dire à un moment
17:06donné
17:06si on veut avoir une souveraineté dans le domaine de la défense
17:10qui est absolument essentielle.
17:12On est dans une période d'incertitude au niveau international
17:14et donc on ne peut pas dépendre des puissances étrangères.
17:18Donc quand on se fixe cet objectif-là, mais est-ce qu'on ne se l'est fixé ?
17:21Pas vraiment, parce que là on se fixe de dire
17:23notre allié c'est les Américains, donc à partir de là...
17:28Mais si nous, en tout cas, on était à la tête de la Commission
17:31et on se fixait cet objectif-là, derrière, on fait en sorte
17:35qu'il y a une véritable coopération en Europe
17:37pour pouvoir produire ce dont on a besoin dans le domaine militaire,
17:40dans le domaine industriel, dans le domaine pharmaceutique,
17:43dans tous les domaines qui permettent, on parlait de l'agriculture aussi,
17:47dans tous ces domaines-là.
17:49Tout ce qu'on est en train de dire là,
17:51qui est à l'ordre du jour, on va dire, de toutes les conversations ici,
17:55de tous les débats en ce moment,
17:57est-ce que vous pensez que les bases qu'on esquisse un peu comme ça,
18:01en tous les cas les pistes d'une redéfinition de ce que pourrait faire l'Europe,
18:06ça peut être partagé dans une institution comme le Parlement européen ?
18:10Est-ce que vous sentez qu'il peut y avoir une sorte de consensus ?
18:13On sait très bien qu'à l'extrême droite, il n'y en aura pas beaucoup,
18:15mais est-ce qu'on peut avoir un consensus un peu plus large ?
18:19On voit les réactions même du PPE à l'heure actuelle
18:21par rapport à ce qui se passe aux États-Unis, etc.,
18:23qui sont aussi des réactions de crainte, d'incertitude, etc.
18:27Est-ce qu'on peut penser que le Parlement européen
18:30puisse retrouver ce qui n'était pas le cas à l'heure actuelle ?
18:33Vous, le groupe de gauche, vous êtes très minoritaire
18:35et c'est très difficile de réussir à l'heure actuelle
18:37à convaincre d'autres groupes,
18:39y compris des groupes dits de gauche,
18:41sur des objectifs qui semblent fondamentaux.
18:44Est-ce que ce n'est pas le moment ou le moyen
18:47ou la circonstance, la conjoncture,
18:49qui ferait que puisse se créer au sein du Parlement européen
18:52sur des objectifs de retour à la souveraineté sur les bases
18:55qu'on esquisse là ?
18:57Nouvellement, est-ce que vous en parlez autour de vous ?
18:59Est-ce que ça tourne cette idée-là ?
19:00Alors, moi je suis assez pessimiste en la matière,
19:05je dois l'avouer,
19:06parce que j'ai participé, il y avait le débat justement
19:08sur les relations avec Donald Trump,
19:11avec la nouvelle administration américaine,
19:14hier au Parlement européen.
19:16Et donc j'ai écouté les interventions de tous les groupes politiques
19:19pendant le débat,
19:20et je n'ai pas vu beaucoup de remise en cause
19:25de ce qu'étaient les relations historiques avec les États-Unis,
19:29alors même que la situation est différente,
19:32peut-être que nous l'avons décrit pendant notre échange.
19:36Ce que j'ai vu, c'est le retour à,
19:39c'est nos alliés,
19:41et ça doit les rester.
19:43Et quand je vois le secrétaire général de l'OTAN,
19:47qui est venu aussi dans cette institution,
19:50pour échanger avec nous,
19:52et pour nous parler justement de la nouvelle administration
19:55de Donald Trump,
19:56et qu'il nous a dit sur des sujets extrêmement importants,
19:59comme le Groenland, j'en parle encore,
20:01parce que quand même c'est un État membre,
20:02c'est-à-dire que ça appartient au Danemark,
20:03un État membre est menacé directement par les États-Unis,
20:06et qu'il m'a répondu,
20:08lorsque je lui ai demandé qu'est-ce qu'on va faire,
20:10parce qu'on est dans une alliance commune,
20:12et qu'il m'a dit,
20:13vous savez l'important,
20:14ce n'est pas qui contrôle le Groenland,
20:18mais sa sécurité,
20:19et que ce point-là n'ait pas été soulevé
20:21par aucun des autres groupes,
20:23je trouve ça extrêmement inquiétant.
20:26Donc je parle de ça parce que
20:28j'ai le sentiment qu'il reste encore dans cette naïveté,
20:33et dans le fait que,
20:34pour complaire aux États-Unis,
20:36demain on donnera le Groenland,
20:37on ira acheter l'armement aux États-Unis,
20:40donc en gros on leur demande
20:42qu'est-ce que vous voulez
20:42pour être dans vos bonnes grâces,
20:45et on vous le donnera.
20:46Moi c'est ça le discours en fait que j'ai entendu.
20:49Ce n'est pas un discours de
20:50on va être non-aligné,
20:52on va avoir une parole d'Europe
20:55de la part de l'Union européenne
20:57qui est non-alignée aux puissances étrangères.
21:00Ah oui, ah oui.
21:01Mais alors, est-ce que du coup ça ne veut pas dire
21:03que l'Europe même,
21:05en tant qu'Europe,
21:06en tant qu'unité européenne,
21:07en tant que structure européenne
21:09d'alliance entre les pays,
21:10n'est pas elle-même en grand danger ?
21:14Puisque ça va être facile finalement
21:16à ceux qui sont contre l'Union européenne
21:19de dire, attendez, regardez,
21:21qu'est-ce que c'est que cette Union européenne
21:23qui est incapable de répliquer
21:24à une difficulté réelle
21:25qui touche les gens d'Annalie, d'Anner, etc.
21:28Est-ce que vous ne pensez pas
21:29que ça risque de mettre en cause
21:30l'idée même de coopération
21:33et d'Union européenne
21:35qui finalement, dans une situation de crise
21:37qui l'interpelle,
21:38ne réagit pas ou mal,
21:40d'après ce que vous dites ?
21:41C'est un risque.
21:42C'est un risque réel.
21:45Là, on ne sait pas,
21:47les prochains mois, les prochaines années,
21:49il y a quand même une forme d'incertitude
21:50de ce qui va se passer sur les extrêmes.
21:53Alors, ils ont des positions un peu particulières
21:56parce qu'ils sont tous allés féliciter Donald Trump.
21:59Ils sont tous...
22:01Ils nous ont proposé Elon Musk
22:03pour le prix Sakharov,
22:05donc un peu comme le prix Nobel,
22:06si je peux me permettre,
22:07pour simplifier pour les personnes
22:08qui ne connaissent pas le prix Sakharov.
22:10Mais, enfin, et en même temps,
22:13c'est quand même assez contradictoire.
22:15C'est-à-dire que là, vous avez un pays
22:18qui va directement par son action
22:20sur le plan économique, militaire,
22:22va négativement impacter
22:25le continent européen et l'Union européenne.
22:27Et cette extrême droite va le féliciter
22:30et limite la cérémonie d'investiture.
22:33Donc, c'est l'occasion aussi
22:36de montrer l'hypocrisie de l'extrême droite
22:39qui ne comprend rien sur le fond.
22:42C'est-à-dire, le fond, c'est, à un moment donné,
22:44est-ce qu'on est capable d'avoir,
22:46au niveau européen,
22:48une souveraineté qui nous permet
22:50de ne pas dépendre des autres ?
22:52Au vu des relations qu'ils veulent entretenir
22:54avec Donald Trump,
22:55pour qu'ils aient visiblement de l'amnération,
22:57ce n'est pas le cas.
22:58Donc, je ne comprends pas vraiment
23:00la position de l'extrême droite
23:02et ce qu'ils vont pouvoir répondre
23:04lorsqu'on va avoir les conséquences directes
23:07des politiques de Donald Trump
23:09sur l'Union européenne
23:10et sur le quotidien des gens.
23:11Juste un petit mot,
23:12une dernière question,
23:13on en terminera là.
23:15Parce que tout ce qu'on est en train de dire là
23:17suppose et nécessite
23:18qu'il y ait une connaissance
23:20de ce qu'on est en train de dire.
23:20Et c'est vrai que la souveraineté numérique,
23:23c'est aussi le grand,
23:24la grande tarte à la crème,
23:25si on peut dire, du moment,
23:26avec Musk, avec X, etc.
23:29On l'a perdu aussi un peu.
23:30Comment faire pour que ces questions
23:32qu'on aborde là,
23:33soient des questions citoyennes
23:34dont on puisse s'en parler,
23:35qu'elles soient connues
23:36et qu'on n'entre pas dans un système
23:38où finalement on est minoritaire
23:40dans la parole,
23:41où nos paroles ne sont pas connues
23:44par les gens
23:44et que les débats ne sont pas connus.
23:46C'est aussi un grand chantier
23:47qui est en train de s'ouvrir,
23:48ça, à l'heure actuelle.
23:49C'est difficile.
23:50C'est difficile de rendre accessible tout ça.
23:52Ce sont des enjeux un peu complexes.
23:55Mais après, ça, c'est les moyens
23:56de communication.
23:57Nous, on essaye au quotidien,
23:59à travers...
23:59Mais dans l'humanité, bien sûr.
24:00Déjà, voilà.
24:01On a des médias qui vont permettre
24:05de rendre accessibles ces sujets-là.
24:06Et nous, on essaye au quotidien
24:07par des moyens de communication
24:09un peu classiques,
24:10mais à travers des vidéos,
24:11d'expliquer concrètement
24:13ce qui est en train de se passer
24:14et de le rendre accessible
24:15pour que tout le monde s'en saisisse
24:16et qu'on prenne la gravité
24:17de la situation
24:17et qu'on puisse se réagir collectivement,
24:19qu'on puisse se mobiliser collectivement
24:21face à cela.
24:22Merci, Marina Mesur.
24:23Merci beaucoup.
24:24Merci à vous.
24:24Et puis, on a une année devant nous.
24:25Merci, à bientôt.
24:26Au revoir.
24:27Au revoir.
24:27Et merci à vous qui nous avez suivis.
24:29Au revoir.
24:30A bientôt.

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