00:00Cyprien va distribuer des cartons rouges à nos collègues, c'est Red Flag.
00:08Cyprien, pour rappel, Red Flag, c'est la chronique où tu te branches sur les plateaux télé
00:11pour prendre la température du débat public et du traitement médiatique.
00:15Là, mon petit doigt me dit que tu vas nous parler de remaniement.
00:18Oui, ton petit doigt a bien lu le lancement que je t'ai écrit.
00:21Ce week-end, la France en délire a vibré autour de l'hôtel de Matignon,
00:24enfin si j'en crois le temps d'antenne consacré au sujet,
00:28car la rumeur est vraie, messieurs, dames, oui, nous avons un nouveau Premier ministre,
00:32oui, fumée blanche, abémousse, Bayrou.
00:35Ça y est, c'est que la deuxième émission est déjà complètement vrillée.
00:39Bon, bref, les chaînes d'info en continu étaient chauffées à blanc.
00:42Oui, j'ai craqué, mais les chaînes d'info aussi, pour elles, c'était un peu Noël avant l'heure
00:45et en même temps, c'est logique parce que c'est parfait, cette histoire de remaniement
00:49pour meubler du temps d'antenne, surtout quand le président prend son temps,
00:53ce qui permet de passer en revue tous les scénarios possibles.
00:55Donc on a eu Bayrou, Le Cornu, L'Escure, Vautrin, Cazeneuve, ma mère, ta cousine,
01:00souviens-toi.
01:00Et pourquoi pas ?
01:01Et ça fonctionne très bien parce que c'est la pure politique fiction,
01:05ça se feuilletonne, ça demande zéro argent, zéro reportage, zéro journaliste,
01:09si on est honnête, et c'est juste du commentaire à vide.
01:12Et pour vous le prouver, j'ai testé pour vous le 9h midi de BFM,
01:15c'était le vendredi 13 décembre au matin, avant que Bayrou ne soit nommé,
01:18c'est trois heures de direct où ils n'ont parlé de rien, de rien d'autre,
01:22trois heures où il n'y avait aucune actualité à l'antenne, si ce n'est l'attente.
01:25C'était un peu du Samuel Beckett, le machin, c'était en attendant Bayrou, regardez.
01:28À 9h44, François Bayrou est depuis maintenant une heure et quart dans le bureau d'Emmanuel Macron à l'Elysée.
01:36Neila Latrousse, question très simple, 10h16, François Bayrou ou pas François Bayrou à Matignon ?
01:42Écoute, et c'est très curieux ce qui est en train de se passer.
01:43Prudence, oui, François Bayrou a passé près de deux heures dans le bureau d'Emmanuel Macron ce matin,
01:48l'entretien est désormais terminé, mais non, François Bayrou n'est pas nommé,
01:52et peut-être qu'il y a d'autres hypothèses qui sont toujours sur la table ce matin.
01:55Les choses sont en train de bouger, Anne-Saëra Dubois ?
01:59Ça fait 2h45 que je suis à l'antenne autour de cette table, et qu'effectivement les choses...
02:03C'est un cercle condolé.
02:04Non, moi j'adore, c'est mon métier, mais quand même, les choses se passent de manière très, comment dire,
02:12zigzagante.
02:12Donc voilà, vous avez vu 3h de direct, et 3h de rien, et Maxime Souitec, le présentateur, on est tout
02:17ému à la fin.
02:18Et c'est que le début, puisqu'on est bientôt reparti pour un tour avec tous les autres ministres,
02:22et les commentateurs vont pouvoir spéculer en mode troubinoscope géant,
02:25alors qui va à l'intérieur, qui va au Quai d'Orsay, qui va à Bercy, ou tiens, encore mieux,
02:29question vraiment en or,
02:31est-ce que grâce à l'ouragan à Mayotte, Bruno Retailleau va rester ministre ?
02:34Et je vous jure, c'est une vraie question de plateau télé.
02:35Et on voit bien toute l'urgence et la gravité de la situation,
02:39et je pense aussi, et vous me pardonnerez de faire de la base politique politicienne,
02:44mais que ça va renforcer le poids de Bruno Retailleau,
02:47et peut-être le rendre d'ailleurs incontournable dans le gouvernement qui est en train de se mettre en place.
02:53Voilà, voilà, je suis sûr que les Mahorais apprécieront d'avoir contribué à faire avancer la situation ici à Paris.
02:57Mais bon, assez parlé de Mayotte, on en a trop parlé.
02:59Parlons de Bayrou, bien sûr, on reste concentré.
03:01Qui dit Premier ministre dit portrait, bien sûr.
03:04Et là encore, c'est BFM qui s'y colle le premier.
03:06François Bayrou, qui est né le 25 mai 1951 à Bordaire, dans les Pyrénées-Atlantiques.
03:11C'est un fils d'agriculteur.
03:13Il devient professeur agrégé en lettres classiques.
03:171974, il commence à militer.
03:20Et puis il va ensuite poursuivre son engagement politique.
03:23On va aller un peu plus loin.
03:24En 1993, François Bayrou, qui devient pour la première fois ministre,
03:28il fait son entrée au gouvernement d'Edouard Balladur
03:30et devient alors le plus jeune ministre de l'Éducation nationale de la Ve République à 41 ans.
03:36En 2002, première candidature à l'élection présidentielle avec son slogan « La France humaine ».
03:42Voilà pour ce splendide portrait de François Bayrou.
03:45Donc je résume, si j'écoute bien BFM, il est né, ok.
03:48Il a milité, où ça, dans quel parti, pour faire quoi, démerdez-vous.
03:51Après, il est devenu ministre, pour faire quelle réforme, vous saurez pas plus.
03:54Voilà, quitte à pomper la page Wikipédia d'un homme politique,
03:57c'est con d'avoir coupé toute la partie sur, genre, la politique, non ?
04:00C'est vrai que c'est une vision très dépolitisée du parcours de Bayrou, en tout cas.
04:03Ouais, et en fait, ça colle assez bien avec le récit médiatique de cette nomination,
04:07à savoir celle d'un homme du centre, donc du milieu, donc modéré,
04:10donc avec qui on doit forcément pouvoir négocier,
04:12comme l'ont martelé en concert France Info, TF1 et LCI pendant tout le week-end.
04:16C'est François Bayrou et c'est logique.
04:18Il est au centre.
04:20Il fallait quelqu'un qui soit…
04:22S'il était trop à gauche, il perdait la droite.
04:24S'il était trop à droite, il perdait la gauche.
04:26Et, d'une certaine manière, quelqu'un qui soit expérimenté.
04:29Je vais me faire l'avocat du diable,
04:30mais quoi de mieux qu'un centriste pour réconcilier la droite et la gauche,
04:33puisque c'était le grand projet ces derniers jours ?
04:35C'est un macroniste soutenu Emmanuel Macron, mais en même temps,
04:39c'est quelqu'un qui a une identité politique, qui a été trois fois candidat à la présidentielle.
04:43C'est pas n'importe qui, François Bayrou, notamment son groupe sur la taxation des hauts profits
04:48a eu des positions qui rejoignaient les vôtres.
04:50Il n'y a aucun moyen de discuter avec eux ?
04:52Il n'y a aucun moyen ?
04:53Ben voilà, c'est du macronisme dans le texte.
04:55Les journalistes ont complètement intégré, comme bien d'autres,
04:57le fait qu'on ne pouvait gouverner qu'au centre,
04:59que le clivage gauche-droite s'est dû dépasser.
05:01Dans ces conditions, la synthèse est donc forcément les politiques libérales,
05:05les réductions de dépenses publiques, les privatisations et les cadeaux fiscaux aux entreprises.
05:09Et là, on rejoint ce qu'on se disait, souvenez-vous, sur l'obsession du casting.
05:12S'il n'existe qu'un chemin politique, le libéralisme,
05:14il ne reste que les variations de personnalités à commenter,
05:17c'est-à-dire le petit feuilleton du pouvoir.
05:19Alors qu'en vrai, Bayrou et Barnier, c'est un peu la même politique ?
05:21C'est exactement le même délire, même Bayrou et Barnier,
05:23mais ils se font tous comme si c'était une espèce de bouffée d'air frais
05:26et que le problème avec lui était désormais réglé.
05:28Et pourtant, François Bayrou risque lui aussi une censure,
05:30puisque la situation n'a pas bougé.
05:32La gauche se sent toujours flouée et le RN a toujours la cartouche de la censure bien en poche.
05:37Pour autant, sur les plateaux, on nous explique que la censure, ça va bien cinq minutes.
05:40Le sacrifice de Michel Barnier, vous savez, n'aura peut-être pas été inutile.
05:44L'expérience de la censure a permis à tout le monde de réaliser
05:47que celle-ci avait un coup politique.
05:49Une fois, ça va, deux fois, c'est plus risqué.
05:51Je suis tout à fait d'accord, il faut que tous les autres s'accordent sur une non-censure.
05:55Mais je ne crois pas une minute qu'il y aura une censure.
06:00Ça n'est pas possible.
06:01Tout le monde sait très bien qu'on ne peut pas recommencer le même drame qu'avec Barnier.
06:06C'est un fusil à un coup, cette affaire de censure.
06:08Oui, ce n'est pas possible.
06:10Vous le sentez venir, ce récit qui se réinstalle pour qu'on nous explique une nouvelle fois
06:14qu'une nouvelle censure, ce serait encore le chaos, la chionlit, l'instabilité,
06:18histoire de pousser la gauche à être raisonnable cette fois.
06:20Ben ouais, ne faites pas les cons, quoi, en fait.
06:22Abandonnez tout espoir d'une politique de rupture, les gars.
06:24On vous dit que la solution, c'est Bayrou.
06:26Il est modéré, le gars.
06:27Bref, c'est la bourgeoisie qui appelle ses opposants à la raison.
06:30Et ça, c'est quand même un gros red flag.
06:34Merci beaucoup, Cyprien Lumi, toi qui as l'habitude de scruter aussi beaucoup la télé.
06:39Est-ce que tu as repéré les mêmes choses ?
06:41Oui, ben nous, justement, on va faire la prochaine émission pour Blast sur le sujet un petit peu.
06:46Enfin, ce n'est pas le sujet principal, mais on parle quand même beaucoup de Bayrou
06:49et effectivement, des heures et des heures et des heures de vide.
06:51Ils sont tous surexcités.
06:53On sent qu'ils adorent ça, vraiment faire un petit peu des pronostics, savoir alors,
06:57ce sera Bayrou, pas Bayrou, passer des heures à filmer des grilles, des portes vides et tout.
07:01Enfin, vraiment avec des commentaires.
07:03Toujours Alain Duhamel qui va venir pour donner son anecdote.
07:06Vous saviez qu'il adorait Henri IV, par exemple.
07:08Il fait vraiment des trucs indispensables.
07:10Et ça, ça peut tenir des heures.
07:11Et eux, ils adorent ça, quoi.
07:13Faire leur petit pari et tout.
07:14Je ne l'ai pas mis, mais à un moment, il y a un breaking news parce qu'il est
07:16passé
07:16par la porte de derrière de l'Elysée, ce qui veut dire que ça ne s'est pas si bien
07:18passé que ça.
07:19Enfin, bref.
07:19C'est vraiment de gros.
07:20C'est un des priorités au direct où juste, il se reservait un verre d'eau, je crois,
07:22dans une autre réunion.
07:23Oui.
07:23Où du coup, on coupait tout en plateau.
07:25Enfin, bon, vraiment.
07:25...
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