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  • il y a 7 heures
La maire de Paris, Anne Hidalgo, a dévoilé mardi 10 mai, jour de commémoration de l'esclavage, une statue en hommage à l'héroïne de la lutte contre le rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe, prénommée Solitude et exécutée il y a 220 ans.

De Solitude, née esclave à la fin du XVIIIe siècle, on ne connaît en effet que le nom et les circonstances de son décès: son exécution le 29 novembre 1802 en Guadeloupe pour avoir participé à la révolte contre le rétablissement de l'esclavage, décrété par le Premier consul Napoléon Bonaparte, qui a secoué l'île quelques mois plus tôt.

Capturée, Solitude a échappé quelques mois à la potence car elle était enceinte et "son enfant à naître était une marchandise qui avait une valeur dans ce monde-là", a rappelé Jean-Marc Ayrault. Mais la jeune femme sera pendue le lendemain de son accouchement.

La statue du sculpteur Didier Audrat représente Solitude, un poing levé, serrant la déclaration de Louis Delgrès, autre figure guadeloupéenne de la lutte contre l'esclavage, l'autre main protégeant son ventre rond. Elle est située dans le jardin portant déjà son nom, inauguré en septembre 2020, dans le XVIIe arrondissement de Paris.

"Les actes que nous posons doivent avoir du sens par rapport à ceux que nous voulons honorer mais aussi par rapport à l'avenir", a déclaré la maire de Paris, Anne Hidalgo, expliquant que l'inauguration de cette statue représentait "un acte de réparation vis-à-vis des descendantes et des descendants de l'esclavage", mais également "un message aux générations qui viennent".

Solitude, elle, est passée au rang de légende aux Antilles, notamment grâce à sa biographie romancée par l'écrivain André Schwartz-Bart, "la Mulâtresse Solitude" parue 170 ans après sa mort, en 1972. "C'est une résistante à l'asservissement de l'homme par l'homme et une héroïne pour la liberté" a déclaré Simone Schwartz-Bart, l'épouse du biographe qui a participé à l'inauguration.

"Des femmes noires en statue, il y en a déjà à Paris, mais il s'agit de statues allégoriques des représentations de l'Afrique, d'un continent exotisé", a déclaré de son côté Jean-Marc Ayrault, ancien Premier Ministre et président de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage.

"Aujourd'hui ce n'est pas l'idée abstraite qui est représentée, c'est une femme dont on connaît le nom et le destin, une femme et une mère, une Guadeloupéenne et une Française, une rebelle et une citoyenne, au moment où le pouvoir avait cessé de croire en la liberté", a-t-il ajouté.

Après avoir rendu un vibrant hommage à cette figure de la lutte contre l'esclavage, la comédienne guadeloupéenne Laurence Joseph a souligné : "Le parcours de Solitude est celui de nombreuses femmes aujourd'hui dans notre société, qui se battent énormément pour atteindre leurs objectifs".

L'abolition de l'esclavage ne sera décrété en France qu'en 1848.

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Transcription
00:00Il fallait une figure historique féminine
00:02et cette figure historique, la mine à très solitude,
00:06moi je pense que ça fait sens, surtout aujourd'hui particulièrement en ce 10 mai.
00:26Son parcours, c'est un petit peu le parcours de beaucoup de femmes en fait aujourd'hui.
00:29Dans notre société, qui se battent énormément pour arriver à leurs objectifs.
00:35Et pour moi, cette femme, elle représente ce côté héroïque
00:39qu'on a toutes les femmes globalement dans le monde,
00:41mais particulièrement les femmes descendantes d'esclaves.
00:45Il faut avoir la matérialisation de la chose.
00:48Ce n'est pas parce que c'est dans les livres et tout ça,
00:50tout le monde ne nous fait un bouquin, alors que quand on va passer, on la voit.
00:53On va la voir et il faut matérialiser les choses
00:55pour que les gens aient en mémoire ce qui s'est passé.
00:58Et pas forcément que les gens qui sont descendants d'esclaves, mais aussi les autres.
01:07C'est une combattante qui se révolte contre les forces de Napoléon
01:12et qui participe au combat.
01:15Et le peu que l'on sache d'elle, c'est qu'elle est enceinte
01:18et ne sera pas exécutée en même temps que ses compagnons d'armes,
01:22justement parce qu'on attendra son accouchement avant de le faire.
01:25Elle brandit un parchemin
01:30qui représente le pamphlet
01:32et qui a été diffusé par le commandant d'Elgrès,
01:35qui était le commandant de la place en Guadeloupe
01:38et qui a justement rassemblé les combattants
01:41pour lutter contre l'armée de Napoléon.
01:43Donc c'est ce pamphlet qu'elle brandit haut devant elle.
01:48Et d'un autre côté, il fallait prendre en compte
01:51sa situation de femme enceinte.
01:53Donc son autre main, la main gauche,
01:56qui est glissée sous son ventre
01:57comme un appel à un futur probable,
02:02à un espoir en tout cas,
02:03pour un futur pour les autres générations.
02:10La Mulatresse Solitude, c'est une résistante
02:14à l'asservissement de l'homme par l'homme.
02:17C'est une héroïne pour la liberté.
02:22Nous fêtons également aujourd'hui
02:26le cinquantième anniversaire
02:28de la parution de la Mulatresse Solitude.
02:31Ça fait cinquante ans que le livre a paru
02:34et il est toujours d'actualité.
02:39C'est le temps qui juge les œuvres.
02:43Et donc le temps, il faut croire,
02:46à juger cette œuvre digne d'être retenue.
02:52C'est plus qu'un geste, c'est un miroir.
02:55C'est un appel.
02:57C'est une mémoire.
03:00Nous avons une flamme du soldat inconnu.
03:04Nous avons maintenant une inconnue qui ne l'est plus.
03:10Une femme qui représente
03:13ses anciens premiers de corvée
03:16et qui font la richesse de notre nation.
03:23La solitude est une Guadeloupéenne,
03:25est une esclave guadeloupéenne et une révoltée.
03:28Mais c'est une femme, c'est une femme noire
03:30qui parle à l'ensemble de l'humanité
03:32et pas seulement aux Guadeloupéens,
03:34pas seulement aux Antillais.
03:36Et le fait qu'elle soit là aujourd'hui
03:38est une forme non seulement d'hommage,
03:40mais de rappel.
03:42Et en plus, vous voyez la forme de la statue,
03:44c'est carrément une vigie,
03:45c'est une figure de proue,
03:46et une vigie qui est là pour nous rappeler à nous-mêmes,
03:49pour nous rappeler à ce passé
03:52qui, certes, est le passé,
03:55mais habite encore notre histoire,
03:57habite tous les afro-descendants
03:59et tous les descendants d'esclaves dont je suis.
04:01Et c'est vrai que c'est une mémoire
04:04que nous avons peu l'habitude de voir honorée
04:07par la République française.
04:09Et là, que la ville de Paris ait fait ce choix-là,
04:12ça me semblait nécessaire.
04:14Et de toute façon, il n'est jamais trop tard pour bien faire.

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