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  • il y a 2 jours
En pleine crise de la presse accentuée par le covid-19, l'Humanité est parti à la rencontre de Cathy, marchande de journaux à Paris, dans le 14e arrondissement.
Passionnée, elle nous livre les difficultés de son métier : un véritable sacerdoce.
Une commerçante qui apporte au delà de la vente de nombreux titres de presse, un lien indispensable avec les habitants de son quartier. Un lien que l'information numérique ne remplacera jamais. Rencontre.

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Transcription
00:00C'est tout de même assez sacerdoce d'être marchand de journaux maintenant.
00:03Ou d'avoir un magasin, un petit magasin comme moi.
00:05Mais il faut vraiment vouloir.
00:07Il n'y a pas sa vie.
00:09On travaille beaucoup, fait beaucoup d'heures.
00:11Et ce qui est alors pire que moi, puisqu'il y a le temps, il fait chaud, il fait froid.
00:15Il faut vraiment aimer ça, quoi.
00:17Voilà, ma chère. Merci pour la commande, madame.
00:19Merci, belle-heure.
00:2117.
00:22En carte, vous préférez ?
00:23Oui, on y va.
00:24Le matin, on reçoit un bordereau.
00:27Donc, il vient de Prestalis, bien sûr.
00:30Voilà.
00:31Et on a les reçus et les invendus.
00:34Donc là, par exemple, dans les publications, j'ai reçu ici Paris 3.
00:39Et je mets mes invendus.
00:40Donc, je cherche dans le magasin.
00:42Il y a quelqu'un.
00:43Je cherche dans le magasin les titres.
00:46Et après, voilà.
00:47Je vais faire des invendus, des coiffes.
00:49Et tout ça, ça va repartir dans le SAS ce soir.
00:53C'est difficile à gérer, les invendus ?
00:55Non.
00:56Pour moi, non.
00:57Maintenant, c'est une technique.
00:59Enfin, ça va vite.
01:00Je connais par cœur.
01:02Non.
01:03Quand on connaît bien son magasin...
01:04Il y a quelqu'un...
01:05Bonjour, monsieur.
01:06Bonjour, madame.
01:06C'est de la manutention.
01:08C'est de la manutention.
01:09C'est tout.
01:09Voilà.
01:10Il faut déballer, remballer.
01:12Moi, j'aime bien.
01:15Moi, j'aime bien ce côté travail physique.
01:17C'est pour ça que je ne pourrais pas télétravailler.
01:19Ça, c'est sûr.
01:20C'est pour ça que je ne pourrais pas télétravailler.
01:21Merci, bien.
01:22Voilà.
01:22Au revoir, monsieur.
01:23Au revoir.
01:24Moi, j'aime bien, vous voyez, Franck, j'aime bien ce côté déballé, remballé.
01:28Moi, j'adore le matin savoir ce que je vais recevoir.
01:30Moi, j'ai toujours connu les marchands de journaux.
01:32Alors, donc, ça fait partie de la vie.
01:35Ça fait partie des commerces.
01:37Moi, je pense que c'est un commerce indispensable.
01:39Mais bon, c'est vrai qu'ils sont plutôt en voie de disparition.
01:42Plutôt.
01:43Dans quel sens c'est indispensable ?
01:45Culturellement, déjà.
01:47Pour l'info, pour la culture.
01:49On va sur son ordinateur, on lit son journal, on lit ses infos,
01:53on les partage avec personne.
01:55Nous, on en a partagé un peu, un peu beaucoup même.
01:59Donc, voilà, il n'y a rien.
02:00Il n'y a pas de contact humain.
02:02C'est de l'info comme ça, en direct, sans rien.
02:05Moi, je suis pour la presse papier, voilà.
02:08Alors, qu'est-ce qui vous plaît dans la presse papier ?
02:10Ce qui me plaît, c'est de me toucher, de me toucher du livre.
02:16Et puis, pour lire, je trouve que c'est plus confortable à lire qu'Internet.
02:29Les jeunes, pas le Parisien, pas les Echos, pas l'Huma, pas...
02:34Non, non, non, non, non, ils n'achètent pas.
02:37Charlie Hebdo ?
02:38Un peu, oui.
02:39Charlie Hebdo, je dirais que c'est une clientèle plus âgée.
02:42C'est des gens de plus de 50 ans.
02:45Ce n'est pas les jeunes.
02:47Non, je pense que les jeunes, ils doivent regarder tout ça, mais par Internet.
02:53Vous en pensez quoi, de la presse sur Internet ?
02:57Je n'en pense rien, je ne la regarde jamais.
02:59Je ne sais pas comment c'est, la presse sur Internet.
03:01Je n'ai jamais regardé, je ne sais pas.
03:03Je n'en sais rien.
03:05Pour moi, c'est...
03:10Je ne sais pas, je ne la regarde pas.
03:13Pourquoi ?
03:13Parce que déjà, je suis marchande de journaux, donc j'ai les journaux.
03:16Et puis, moi, j'ai toujours aimé le papier, c'est ça.
03:17En fait, quand j'avais 16 ans, j'ai commencé, à 18 ans, pour payer mes études,
03:24je travaillais chez un marchand de journaux.
03:25Qui, à l'époque, cartonnait.
03:28Je ne sais plus, il avait François le matin, François l'après-midi,
03:32Le Monde, le Monde l'après-midi.
03:35Et c'était 500 mondes.
03:38Et c'était toute la journée qu'on travaillait.
03:40La papeterie, ça explosait.
03:43On travaillait super bien.
03:46C'est une grosse presse, mais il avait tout de même trois vendeuses.
03:49Et cette presse a disparu il y a deux ans.
03:53Où habite ma mère, à Mongeron, dans l'Essonne.
03:55Pareil, grosse presse, bien placée, terminée.
03:58Moi, j'aime le papier.
04:00Je suis une papivore.
04:02Peut-être pas distinguée, mais une papivore quand même.
04:06Voilà.
04:06Donc, je...
04:08Ça me cloue, moi.
04:10Les réseaux sociaux ?
04:12Pour me trouver un fiancé ?
04:14Non.
04:15Non.
04:16Oui, les gabriels.
04:18Non, je...
04:19Non, c'est...
04:20Il y a certainement des personnes âgées qui sont...
04:24Non, pas accro, comme on est maintenant, mais qui y vont.
04:28Moi, ça ne m'intéresse absolument pas.
04:30Mais absolument pas.
04:31J'ai besoin de vous rencontrer, de vous parler, de vous toucher éventuellement,
04:34ou que vous me touchez.
04:38Avec le numérique, on va créer du chômage, du chômage, du chômage, autant qu'est autant.
04:45Moi, je n'ai pas envie, j'ai envie que ma libraire reste là, j'ai envie qu'elle soit
04:49là.
04:49J'ai envie de commerce, de proximité, je ne veux plus être que derrière un écran.
04:54Non.
04:55Je ne veux pas.
04:58L'avenir de la presse papier, vous la voyez comment ?
05:02En fait, sincèrement, je n'ai aucune idée.
05:04Je n'ai aucune idée.
05:08Vous pensez qu'elle a un avenir qui m'aime ?
05:12Je ne sais pas.
05:16Je pense qu'elle va un petit peu durer, parce que ça vient par qui j'ai détenu la presse
05:21aussi.
05:22Ce sont des gros groupes financiers.
05:24Que ce soit Bernard LVMH, Libération avec Drahi, je ne sais plus.
05:30Voilà, donc c'est leur danseuse un petit peu.
05:33Elle fait l'opinion aussi, la presse.
05:38Donc, je ne sais pas.
05:48Il y a beaucoup de marchands de journaux qui font autre chose.
05:51Qui vendent des tours Eiffel, qui vendent de l'eau, qui vendent des bonbons.
05:55On le voit dans les nouveaux kiosques.
05:57C'est comme ça, peut-être qu'ils s'en sortent un petit peu.
05:59Ils ne s'en sortent pas avec la presse, à mon avis.
06:02Ils s'en sortent avec tous les produits dérivés.
06:06Merci.
06:10Merci, monsieur.
06:11Moi, j'ai un peu les livres.
06:13Vous voyez, comme le disait la dame tout à l'heure, dans mon quartier, les gens me commandent des livres.
06:18Donc, ça me permet de tenir aussi par les livres un petit peu.
06:21Vous voyez ? Et puis, ce qui joue un peu, c'est quand on s'entend bien aussi, comme moi
06:25qui suis là depuis 20 ans.
06:27Donc, les gens me connaissent.
06:29Bon, j'aime bien les gens.
06:31Donc, j'aime bien le contact avec tout le monde.
06:34Donc, ça joue aussi, ça fidélise les gens.
06:35Enfin, c'est pour ça aussi que j'ai fait ce boulot-là.
06:38Vous vouliez un paquet cadeau ?
06:40Ah, je veux bien, oui.
06:42Bon, c'est pas pour moi.
06:43C'est pas pour vous ?
06:44Non, c'est pour moi.
06:45Bon, je vous fais ça.
06:46C'est important pour vous qu'il existe encore des marchands de journaux comme Catherine ?
06:51Oui, des marchands de journaux et des librairies, oui.
06:54Pourquoi ?
06:56Parce que c'est notre culture qui doit se maintenir.
07:01Et puis, c'est un rapport avec les gens aussi.
07:06Et c'est ça qui me gêne dans Internet aussi, bien pour les commandes par Internet et tout le reste.
07:15Internet, je me débrouille.
07:17Mais lire son journal tranquillement, assise sur son fauteuil, échanger avec mon mari sur l'actualité, échanger aussi avec Cathy,
07:30commander des livres à Cathy, ce qui ne m'oblige pas à aller à la FNAC où il y a
07:37plein de monde et où c'est fatigant, parce que je suis retraité, comme vous le voyez.
07:44Pour moi, c'est fondamental d'avoir des marchands de journaux.
07:47Ici, quand je suis arrivée dans ce quartier, je vais peut-être dire il y a à peu près 19
07:51ans, il y en avait six.
07:56Je suis toute seule avec Madame Nguyen en haut.
07:58Et aujourd'hui ?
07:59Et aujourd'hui, il y en a deux.
08:02En marchand de journaux.
08:03En marchand de journaux.
08:05Bonjour Madame.
08:05Petite question terrible, l'office et le spectacle, c'est reparu ?
08:09Non, pas encore.
08:11Parce que moi, avant, je travaillais chez Marx et Spencer.
08:13J'ai été 15 ans et j'ai été licenciée comme les 4400 personnes, 1700 en France.
08:19Et en plus, j'étais syndicaliste.
08:21Donc après ça, avec mes indemnités de licenciement, j'ai acheté le magasin.
08:26Ça fait combien de temps que vous êtes là ?
08:302002.
08:32Et le petit pépé, enfin le petit pépé, oui, c'était le petit pépé, qui était là avant moi, il
08:35est resté 34 ans.
08:37Donc lui, il a eu les années vraiment très très glorieuses de la presse, il le disait lui-même.
08:42Il le disait lui-même.
08:43Donc moi, quand j'ai repris avec lui, je suis restée travailler avec lui parce qu'il n'y croyait
08:47pas trop qu'une femme,
08:50voilà, que j'allais me lever tôt le matin, faire les invendus, voilà.
08:54Et donc on a essayé tous les deux et puis voilà.
08:57Voilà, et avant ça, j'avais un client, c'est sa mère qui tenait le magasin.
09:01Elle a tenu le magasin peut-être pendant 20 ans, où elle faisait presse, librairie, papeterie, mercerie.
09:09À l'époque, c'était aussi une mercerie, enfin voilà.
09:12Donc ça fait 34 pour lui, 20 pour moi pratiquement, et je dirais 15 ou 20 pour la dame.
09:193, 4, 5, 6, 7, oui, il a 75 ans à peu près ce magasin.
09:22Moi qui suis attachée aussi à mon magasin, puisque c'est mon bébé, enfin c'est mon quatrième enfant, on
09:26va dire.
09:27C'est mon quatrième enfant.
09:28Ça m'a été assez reprochée de temps en temps par ma mère et tout, en disant, tu penses qu
09:32'à ton boulot, tu penses...
09:33Et c'est vrai que j'ai passé beaucoup de temps dans le magasin quand mes enfants étaient plus jeunes,
09:38quoi, voilà.
09:40Je travaille le dimanche matin, je travaille tout le temps en fait.
09:43Enfin je travaille, vous avez vu, je papote, hein.
09:45C'est ça qui est bien.
09:46Il y a le travail et il y a le papotage.
09:48Bonjour madame.
09:49Rentrez madame.
09:52Bonjour.
09:54Allez-y madame.
09:57Moi c'est vrai que je n'ai pas développé autre chose à part les livres, un peu la papeterie
10:02et la carterie.
10:03Donc moi je dirais entre 500, 800, 1000 euros, moins de 1000 euros par mois.
10:10Ça c'est certain, c'est moins de 1000.
10:12Ça tombe 800 euros.
10:14A peu près 800 euros par mois.
10:16Comment on peut vivre avec une rémunération si faible ?
10:20On ne peut pas, moi, c'est parce que j'ai, voilà, je ne vis pas toute seule, j'ai
10:23mon mari.
10:24Mais sinon c'est vrai que je ne pourrais pas, je serais obligée, je ne joue pas causette, je serais
10:29obligée de dormir dans le magasin.
10:30Je veux dire, je ne pourrais pas me payer un, enfin je ne pourrais pas.
10:34La presse papier ne doit pas disparaître.
10:37D'abord, le journal, ça ne se lit pas que tout seul.
10:41Je veux dire, ça se lit, les gens, ils regardent, ils vous disent, par exemple, moi je me souviens dans
10:45le métro,
10:45les gens qui vous faisaient des remarques.
10:49Et puis ça fait un lien social, si vous voulez, que difficilement l'écran peut faire.
11:04A cause du confinement, j'ai moins de titres, mais il y a des moments, vous vous rappelez, il y
11:08a des années, ça dégorgeait de partout.
11:11Mais dégorgeait, il y a des trucs que je ne vends.
11:13Là, regarde, pourquoi d'un seul coup, je reçois ça ?
11:18Voilà, allez comprendre.
11:19Regardez ce que je reçois, ce que j'ai reçu pendant le confinement.
11:23Voilà, je reçois elle en portugais.
11:28Il y a deux mois, M. Camus, j'en ai reçu 15 en portugais.
11:32C'est mieux que l'allemand alors.
11:33Alors, je le prête à la marchandise de fruits et légumes qui est portugaise et elle me rapporte pour le
11:37regarder.
11:38Ça fait du retour.
11:39Ça fait des retours, ça fait de l'argent.
11:41Mais moi, je suis débité.
11:42C'est mieux au niveau de trésorerie.
11:43Mais moi, je suis débité, moi.
11:44Mais bien, si.
11:44Je suis débité pour être recrédité deux mois après quand ils reprennent ça pour m'en mettre un autre en
11:49plus.
11:50Alors, voilà, voyez.
11:51Ça ne vous coûte pas d'argent, les invendus ?
11:53Ben si.
11:54En fait, je ne reçois jamais d'argent de Prestalys.
11:57Je renvoie et ils font un truc sur mes ventes.
12:00Et je suis payée par rapport aux ventes.
12:02Et j'ai quoi ? 19 à 20 % de commission sur les titres.
12:06Donc, quand vous vous vendez un télé-z à 55 centimes, vous avez 20 % de commission.
12:11Donc, calculez, quoi.
12:12Voilà.
12:15C'est ce qu'elle voulait savoir ?
12:17Elle voulait le monde.
12:18Alors, elle s'arrête avec sa voiture.
12:19À chaque fois, elle encombre.
12:20Mais bon, ce n'est pas grave.
12:21C'est une de mes clientes que j'aime beaucoup aussi.
12:23Elle a une petite maison et pendant le confinement, j'ai été livrer des journaux aussi à des gens qui
12:27ne sortaient pas.
12:28Donc, j'allais lire.
12:29Et je continuais à la livrer le matin.
12:31Donc, je livrais là Marie-Josée.
12:32Je livrais Claude qui est là.
12:34Je livrais la petite dame, une que vous avez vue tout à l'heure.
12:37Je leur portais les journaux.
12:39Comme ça, ils étaient contents d'avoir leurs journaux puisqu'ils ne sortaient pas.
12:43Ils étaient âgés, donc un peu plus peur que les autres.

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