00:00C'est tout de même assez sacerdoce d'être marchand de journaux maintenant.
00:03Ou d'avoir un magasin, un petit magasin comme moi.
00:05Mais il faut vraiment vouloir.
00:07Il n'y a pas sa vie.
00:09On travaille beaucoup, fait beaucoup d'heures.
00:11Et ce qui est alors pire que moi, puisqu'il y a le temps, il fait chaud, il fait froid.
00:15Il faut vraiment aimer ça, quoi.
00:17Voilà, ma chère. Merci pour la commande, madame.
00:19Merci, belle-heure.
00:2117.
00:22En carte, vous préférez ?
00:23Oui, on y va.
00:24Le matin, on reçoit un bordereau.
00:27Donc, il vient de Prestalis, bien sûr.
00:30Voilà.
00:31Et on a les reçus et les invendus.
00:34Donc là, par exemple, dans les publications, j'ai reçu ici Paris 3.
00:39Et je mets mes invendus.
00:40Donc, je cherche dans le magasin.
00:42Il y a quelqu'un.
00:43Je cherche dans le magasin les titres.
00:46Et après, voilà.
00:47Je vais faire des invendus, des coiffes.
00:49Et tout ça, ça va repartir dans le SAS ce soir.
00:53C'est difficile à gérer, les invendus ?
00:55Non.
00:56Pour moi, non.
00:57Maintenant, c'est une technique.
00:59Enfin, ça va vite.
01:00Je connais par cœur.
01:02Non.
01:03Quand on connaît bien son magasin...
01:04Il y a quelqu'un...
01:05Bonjour, monsieur.
01:06Bonjour, madame.
01:06C'est de la manutention.
01:08C'est de la manutention.
01:09C'est tout.
01:09Voilà.
01:10Il faut déballer, remballer.
01:12Moi, j'aime bien.
01:15Moi, j'aime bien ce côté travail physique.
01:17C'est pour ça que je ne pourrais pas télétravailler.
01:19Ça, c'est sûr.
01:20C'est pour ça que je ne pourrais pas télétravailler.
01:21Merci, bien.
01:22Voilà.
01:22Au revoir, monsieur.
01:23Au revoir.
01:24Moi, j'aime bien, vous voyez, Franck, j'aime bien ce côté déballé, remballé.
01:28Moi, j'adore le matin savoir ce que je vais recevoir.
01:30Moi, j'ai toujours connu les marchands de journaux.
01:32Alors, donc, ça fait partie de la vie.
01:35Ça fait partie des commerces.
01:37Moi, je pense que c'est un commerce indispensable.
01:39Mais bon, c'est vrai qu'ils sont plutôt en voie de disparition.
01:42Plutôt.
01:43Dans quel sens c'est indispensable ?
01:45Culturellement, déjà.
01:47Pour l'info, pour la culture.
01:49On va sur son ordinateur, on lit son journal, on lit ses infos,
01:53on les partage avec personne.
01:55Nous, on en a partagé un peu, un peu beaucoup même.
01:59Donc, voilà, il n'y a rien.
02:00Il n'y a pas de contact humain.
02:02C'est de l'info comme ça, en direct, sans rien.
02:05Moi, je suis pour la presse papier, voilà.
02:08Alors, qu'est-ce qui vous plaît dans la presse papier ?
02:10Ce qui me plaît, c'est de me toucher, de me toucher du livre.
02:16Et puis, pour lire, je trouve que c'est plus confortable à lire qu'Internet.
02:29Les jeunes, pas le Parisien, pas les Echos, pas l'Huma, pas...
02:34Non, non, non, non, non, ils n'achètent pas.
02:37Charlie Hebdo ?
02:38Un peu, oui.
02:39Charlie Hebdo, je dirais que c'est une clientèle plus âgée.
02:42C'est des gens de plus de 50 ans.
02:45Ce n'est pas les jeunes.
02:47Non, je pense que les jeunes, ils doivent regarder tout ça, mais par Internet.
02:53Vous en pensez quoi, de la presse sur Internet ?
02:57Je n'en pense rien, je ne la regarde jamais.
02:59Je ne sais pas comment c'est, la presse sur Internet.
03:01Je n'ai jamais regardé, je ne sais pas.
03:03Je n'en sais rien.
03:05Pour moi, c'est...
03:10Je ne sais pas, je ne la regarde pas.
03:13Pourquoi ?
03:13Parce que déjà, je suis marchande de journaux, donc j'ai les journaux.
03:16Et puis, moi, j'ai toujours aimé le papier, c'est ça.
03:17En fait, quand j'avais 16 ans, j'ai commencé, à 18 ans, pour payer mes études,
03:24je travaillais chez un marchand de journaux.
03:25Qui, à l'époque, cartonnait.
03:28Je ne sais plus, il avait François le matin, François l'après-midi,
03:32Le Monde, le Monde l'après-midi.
03:35Et c'était 500 mondes.
03:38Et c'était toute la journée qu'on travaillait.
03:40La papeterie, ça explosait.
03:43On travaillait super bien.
03:46C'est une grosse presse, mais il avait tout de même trois vendeuses.
03:49Et cette presse a disparu il y a deux ans.
03:53Où habite ma mère, à Mongeron, dans l'Essonne.
03:55Pareil, grosse presse, bien placée, terminée.
03:58Moi, j'aime le papier.
04:00Je suis une papivore.
04:02Peut-être pas distinguée, mais une papivore quand même.
04:06Voilà.
04:06Donc, je...
04:08Ça me cloue, moi.
04:10Les réseaux sociaux ?
04:12Pour me trouver un fiancé ?
04:14Non.
04:15Non.
04:16Oui, les gabriels.
04:18Non, je...
04:19Non, c'est...
04:20Il y a certainement des personnes âgées qui sont...
04:24Non, pas accro, comme on est maintenant, mais qui y vont.
04:28Moi, ça ne m'intéresse absolument pas.
04:30Mais absolument pas.
04:31J'ai besoin de vous rencontrer, de vous parler, de vous toucher éventuellement,
04:34ou que vous me touchez.
04:38Avec le numérique, on va créer du chômage, du chômage, du chômage, autant qu'est autant.
04:45Moi, je n'ai pas envie, j'ai envie que ma libraire reste là, j'ai envie qu'elle soit
04:49là.
04:49J'ai envie de commerce, de proximité, je ne veux plus être que derrière un écran.
04:54Non.
04:55Je ne veux pas.
04:58L'avenir de la presse papier, vous la voyez comment ?
05:02En fait, sincèrement, je n'ai aucune idée.
05:04Je n'ai aucune idée.
05:08Vous pensez qu'elle a un avenir qui m'aime ?
05:12Je ne sais pas.
05:16Je pense qu'elle va un petit peu durer, parce que ça vient par qui j'ai détenu la presse
05:21aussi.
05:22Ce sont des gros groupes financiers.
05:24Que ce soit Bernard LVMH, Libération avec Drahi, je ne sais plus.
05:30Voilà, donc c'est leur danseuse un petit peu.
05:33Elle fait l'opinion aussi, la presse.
05:38Donc, je ne sais pas.
05:48Il y a beaucoup de marchands de journaux qui font autre chose.
05:51Qui vendent des tours Eiffel, qui vendent de l'eau, qui vendent des bonbons.
05:55On le voit dans les nouveaux kiosques.
05:57C'est comme ça, peut-être qu'ils s'en sortent un petit peu.
05:59Ils ne s'en sortent pas avec la presse, à mon avis.
06:02Ils s'en sortent avec tous les produits dérivés.
06:06Merci.
06:10Merci, monsieur.
06:11Moi, j'ai un peu les livres.
06:13Vous voyez, comme le disait la dame tout à l'heure, dans mon quartier, les gens me commandent des livres.
06:18Donc, ça me permet de tenir aussi par les livres un petit peu.
06:21Vous voyez ? Et puis, ce qui joue un peu, c'est quand on s'entend bien aussi, comme moi
06:25qui suis là depuis 20 ans.
06:27Donc, les gens me connaissent.
06:29Bon, j'aime bien les gens.
06:31Donc, j'aime bien le contact avec tout le monde.
06:34Donc, ça joue aussi, ça fidélise les gens.
06:35Enfin, c'est pour ça aussi que j'ai fait ce boulot-là.
06:38Vous vouliez un paquet cadeau ?
06:40Ah, je veux bien, oui.
06:42Bon, c'est pas pour moi.
06:43C'est pas pour vous ?
06:44Non, c'est pour moi.
06:45Bon, je vous fais ça.
06:46C'est important pour vous qu'il existe encore des marchands de journaux comme Catherine ?
06:51Oui, des marchands de journaux et des librairies, oui.
06:54Pourquoi ?
06:56Parce que c'est notre culture qui doit se maintenir.
07:01Et puis, c'est un rapport avec les gens aussi.
07:06Et c'est ça qui me gêne dans Internet aussi, bien pour les commandes par Internet et tout le reste.
07:15Internet, je me débrouille.
07:17Mais lire son journal tranquillement, assise sur son fauteuil, échanger avec mon mari sur l'actualité, échanger aussi avec Cathy,
07:30commander des livres à Cathy, ce qui ne m'oblige pas à aller à la FNAC où il y a
07:37plein de monde et où c'est fatigant, parce que je suis retraité, comme vous le voyez.
07:44Pour moi, c'est fondamental d'avoir des marchands de journaux.
07:47Ici, quand je suis arrivée dans ce quartier, je vais peut-être dire il y a à peu près 19
07:51ans, il y en avait six.
07:56Je suis toute seule avec Madame Nguyen en haut.
07:58Et aujourd'hui ?
07:59Et aujourd'hui, il y en a deux.
08:02En marchand de journaux.
08:03En marchand de journaux.
08:05Bonjour Madame.
08:05Petite question terrible, l'office et le spectacle, c'est reparu ?
08:09Non, pas encore.
08:11Parce que moi, avant, je travaillais chez Marx et Spencer.
08:13J'ai été 15 ans et j'ai été licenciée comme les 4400 personnes, 1700 en France.
08:19Et en plus, j'étais syndicaliste.
08:21Donc après ça, avec mes indemnités de licenciement, j'ai acheté le magasin.
08:26Ça fait combien de temps que vous êtes là ?
08:302002.
08:32Et le petit pépé, enfin le petit pépé, oui, c'était le petit pépé, qui était là avant moi, il
08:35est resté 34 ans.
08:37Donc lui, il a eu les années vraiment très très glorieuses de la presse, il le disait lui-même.
08:42Il le disait lui-même.
08:43Donc moi, quand j'ai repris avec lui, je suis restée travailler avec lui parce qu'il n'y croyait
08:47pas trop qu'une femme,
08:50voilà, que j'allais me lever tôt le matin, faire les invendus, voilà.
08:54Et donc on a essayé tous les deux et puis voilà.
08:57Voilà, et avant ça, j'avais un client, c'est sa mère qui tenait le magasin.
09:01Elle a tenu le magasin peut-être pendant 20 ans, où elle faisait presse, librairie, papeterie, mercerie.
09:09À l'époque, c'était aussi une mercerie, enfin voilà.
09:12Donc ça fait 34 pour lui, 20 pour moi pratiquement, et je dirais 15 ou 20 pour la dame.
09:193, 4, 5, 6, 7, oui, il a 75 ans à peu près ce magasin.
09:22Moi qui suis attachée aussi à mon magasin, puisque c'est mon bébé, enfin c'est mon quatrième enfant, on
09:26va dire.
09:27C'est mon quatrième enfant.
09:28Ça m'a été assez reprochée de temps en temps par ma mère et tout, en disant, tu penses qu
09:32'à ton boulot, tu penses...
09:33Et c'est vrai que j'ai passé beaucoup de temps dans le magasin quand mes enfants étaient plus jeunes,
09:38quoi, voilà.
09:40Je travaille le dimanche matin, je travaille tout le temps en fait.
09:43Enfin je travaille, vous avez vu, je papote, hein.
09:45C'est ça qui est bien.
09:46Il y a le travail et il y a le papotage.
09:48Bonjour madame.
09:49Rentrez madame.
09:52Bonjour.
09:54Allez-y madame.
09:57Moi c'est vrai que je n'ai pas développé autre chose à part les livres, un peu la papeterie
10:02et la carterie.
10:03Donc moi je dirais entre 500, 800, 1000 euros, moins de 1000 euros par mois.
10:10Ça c'est certain, c'est moins de 1000.
10:12Ça tombe 800 euros.
10:14A peu près 800 euros par mois.
10:16Comment on peut vivre avec une rémunération si faible ?
10:20On ne peut pas, moi, c'est parce que j'ai, voilà, je ne vis pas toute seule, j'ai
10:23mon mari.
10:24Mais sinon c'est vrai que je ne pourrais pas, je serais obligée, je ne joue pas causette, je serais
10:29obligée de dormir dans le magasin.
10:30Je veux dire, je ne pourrais pas me payer un, enfin je ne pourrais pas.
10:34La presse papier ne doit pas disparaître.
10:37D'abord, le journal, ça ne se lit pas que tout seul.
10:41Je veux dire, ça se lit, les gens, ils regardent, ils vous disent, par exemple, moi je me souviens dans
10:45le métro,
10:45les gens qui vous faisaient des remarques.
10:49Et puis ça fait un lien social, si vous voulez, que difficilement l'écran peut faire.
11:04A cause du confinement, j'ai moins de titres, mais il y a des moments, vous vous rappelez, il y
11:08a des années, ça dégorgeait de partout.
11:11Mais dégorgeait, il y a des trucs que je ne vends.
11:13Là, regarde, pourquoi d'un seul coup, je reçois ça ?
11:18Voilà, allez comprendre.
11:19Regardez ce que je reçois, ce que j'ai reçu pendant le confinement.
11:23Voilà, je reçois elle en portugais.
11:28Il y a deux mois, M. Camus, j'en ai reçu 15 en portugais.
11:32C'est mieux que l'allemand alors.
11:33Alors, je le prête à la marchandise de fruits et légumes qui est portugaise et elle me rapporte pour le
11:37regarder.
11:38Ça fait du retour.
11:39Ça fait des retours, ça fait de l'argent.
11:41Mais moi, je suis débité.
11:42C'est mieux au niveau de trésorerie.
11:43Mais moi, je suis débité, moi.
11:44Mais bien, si.
11:44Je suis débité pour être recrédité deux mois après quand ils reprennent ça pour m'en mettre un autre en
11:49plus.
11:50Alors, voilà, voyez.
11:51Ça ne vous coûte pas d'argent, les invendus ?
11:53Ben si.
11:54En fait, je ne reçois jamais d'argent de Prestalys.
11:57Je renvoie et ils font un truc sur mes ventes.
12:00Et je suis payée par rapport aux ventes.
12:02Et j'ai quoi ? 19 à 20 % de commission sur les titres.
12:06Donc, quand vous vous vendez un télé-z à 55 centimes, vous avez 20 % de commission.
12:11Donc, calculez, quoi.
12:12Voilà.
12:15C'est ce qu'elle voulait savoir ?
12:17Elle voulait le monde.
12:18Alors, elle s'arrête avec sa voiture.
12:19À chaque fois, elle encombre.
12:20Mais bon, ce n'est pas grave.
12:21C'est une de mes clientes que j'aime beaucoup aussi.
12:23Elle a une petite maison et pendant le confinement, j'ai été livrer des journaux aussi à des gens qui
12:27ne sortaient pas.
12:28Donc, j'allais lire.
12:29Et je continuais à la livrer le matin.
12:31Donc, je livrais là Marie-Josée.
12:32Je livrais Claude qui est là.
12:34Je livrais la petite dame, une que vous avez vue tout à l'heure.
12:37Je leur portais les journaux.
12:39Comme ça, ils étaient contents d'avoir leurs journaux puisqu'ils ne sortaient pas.
12:43Ils étaient âgés, donc un peu plus peur que les autres.