- il y a 2 jours
Tour d'horizon avec Camille Planchenault, syndicaliste Sud-Travail au ministère du Travail, concernant les obligations des employeurs et les droits des salariés durant cette profonde crise sanitaire. Il dénonce également le message de sa hiérarchie : "restez chez vous, répondez aux questions et n'allez pas voir ce qui se passe dans les entreprises".
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00:00Bonjour Camille Planchenot, vous êtes syndicaliste Sud Travail au ministère du Travail et vous exercez depuis 11 ans.
00:09Alors pour information, on rappelle l'inspection du travail a pour objectif d'assurer la bonne application du droit du
00:15travail par les entreprises.
00:17Alors vous personnellement, comment exercez-vous votre travail durant cette crise sanitaire et quelles sont vos difficultés ?
00:24Alors la difficulté effectivement ça va être l'accès aux entreprises puisque par définition on limite évidemment l'accès.
00:35Alors nos missions ne sont pas bloquées totalement mais clairement on a pour consigne en tout cas de ne se
00:44déplacer que pour les situations d'urgence
00:45qui vont être celles liées habituelles, donc celles liées aux accidents du travail graves ou mortels
00:52et toutes situations éventuellement de harcèlement ou ce genre de choses.
00:58Mais là se rajoute aussi la problématique des droits d'alerte liées au Covid-19,
01:04donc aux situations de danger grave et imminent liées à cette situation-là.
01:08Donc ça c'est ce qu'on peut faire, ça limite le champ mais on continue à le faire.
01:16Vous personnellement avez-vous recours au télétravail ?
01:20Alors oui, je suis chez moi, je suis en télétravail.
01:26Ça a pu être mis en place un peu difficilement parce que le ministère du travail n'est pas équipé
01:30pour.
01:32On avait jusqu'à la semaine du 13 mars un système qui ne permettait que 2000 connexions simultanées.
01:39On est un ministère où on est 9000, donc c'était vraiment bloquant.
01:43Là on a, ça s'est progressivement mis en route.
01:46Mais l'idée c'est d'avoir une majorité de gens qui sont en train de travailler.
01:52Malheureusement la consigne n'est pas forcément suivie partout et il y a eu encore la semaine dernière
01:57beaucoup de collègues qui étaient dans les locaux parce que la consigne n'avait pas clairement été donnée
02:03de renvoyer chez eux un maximum de gens pour éviter les conflits.
02:08Il faut de toute façon un roulement.
02:10Il faut qu'il y ait des gens quand même dans les unités départementales pour recevoir le courrier,
02:15les alertes, pour répondre et transférer les lignes téléphoniques pour le renseignement.
02:20C'est un certain nombre de personnes qui doivent rester.
02:22Alors, à quelles obligations les entreprises qui n'ont pas recours au télétravail sont-elles tenues ?
02:29Est-ce que vous pouvez nous les rappeler ?
02:33Alors, on va dire que ça va crescendo.
02:36Le texte qui fonde leur obligation, c'est l'obligation du respect des principes de prévention,
02:43qui est d'abord d'éviter le risque.
02:45Donc c'est pour ça qu'on a cette mesure de télétravail.
02:48C'est-à-dire, toute activité qui permet l'éloignement et la distanciation sociale, on le fait.
02:55Donc tout ce qui est télétravaillable doit être fait.
02:59Donc ça, c'est le premier étage, on va dire.
03:01Le deuxième étage, ça va être pour les activités qui ne sont pas télétravaillables.
03:06Soit on ne les fait plus parce qu'elles ne sont pas urgentes.
03:08Elles peuvent être reportées, donc on les annule.
03:11Soit, si vraiment elles sont indispensables à l'activité,
03:14on s'organise pour gérer cette distanciation sociale.
03:19Et selon les activités, je vais prendre un exemple un peu concret.
03:22Quand vous faites du soin à domicile de personnes âgées, la toilette, ce genre de choses,
03:26par définition, vous ne pouvez pas la télétravailler,
03:29vous ne pouvez pas faire la distanciation sociale, donc vous êtes obligés de vous approcher.
03:33Et dans ce cas-là, on arrive sur les protections individuelles et collectives,
03:36alors l'occurrence individuelle, c'est-à-dire porter des masques, des gants,
03:39éventuellement une tenue de travail qui permet de se protéger.
03:43Et si tout ça n'est pas possible,
03:47eh bien on peut avoir du coup, en dernier ressort,
03:50vient le dispositif d'activité partielle, le chômage partiel,
03:53qui permet de stopper l'activité
03:57et d'avoir une prise en charge partielle des salaires,
04:00en tout cas dans 84% du SMIC net,
04:04jusqu'à 4,5 fois le SMIC.
04:06C'est ça la manière dont les entreprises doivent réfléchir.
04:12Alors, quels sont les risques encourus
04:14si certaines entreprises, notamment, n'appliquaient pas ces règles ?
04:20Alors, là, contrairement à ce que peut dire le ministre,
04:24ou ce qu'a pu indiquer le ministère,
04:27l'obligation de santé, l'obligation pour l'employeur
04:32d'assurer la santé des salariés,
04:34est une obligation de moyens d'y te renforcer.
04:36C'est-à-dire que, pour le dire clairement,
04:39l'employeur n'a pas juste l'obligation
04:43de faire des efforts, et tant pis si ça ne marche pas,
04:47il doit tout faire.
04:49Il doit tout faire pour assurer la sécurité de ses salariés.
04:53Et donc, respecter toutes ces consignes-là.
04:56Si on prend l'exemple du Covid,
04:59évidemment, le Covid circule partout,
05:01donc on ne peut pas éviter ce risque-là.
05:05C'est la première étape, ça serait l'éviter,
05:06mais à part aller sur la Lune, il n'y a pas vraiment de possibilité.
05:11Donc, c'est tout faire, c'est ce que je viens d'indiquer.
05:13Ça consiste par télétravailler tout ce qui peut l'être,
05:17éviter les tâches compliquées,
05:20pour la sécurité, les reporter,
05:23ou faire faire autre chose à des salariés.
05:26Pour une période temporaire, ça peut être fait.
05:30faire la distanciation sociale, mettre en place les protections,
05:33et puis sinon, arrêter l'activité.
05:36Voilà.
05:37Et ça, l'employeur ne peut pas s'y soustraire.
05:40Et on n'a pas atténué, en tout cas,
05:42c'est surtout les tribunaux qui l'ont défini,
05:44on n'a pas atténué cette sécurité avec l'apparition du Covid.
05:48Les textes de loi sont toujours les mêmes.
05:50Et le schéma juridique est finalement déjà connu.
05:54Le texte que je viens de vous citer sur les principes généraux de prévention,
05:57il est dans le Code du travail depuis un moment,
05:58il est largement connu.
06:00Et évidemment, la situation est très complexe,
06:03mais le cheminement est toujours le même.
06:06Alors, dans le cas où un employeur refuserait de mettre un de ses salariés en télétravail,
06:13alors que cela est possible,
06:15que peut-il faire ?
06:18Alors, le salarié, dans ce cas-là,
06:29la réponse est un peu complexe,
06:31parce que ce n'est pas parce que l'employeur ne met pas en télétravail
06:35que pour autant le salarié sera en danger.
06:40Donc, il ne pourrait pas, derrière ce que je veux dire par là,
06:42utiliser juste ce fait-là pour dire qu'il peut se mettre en retrait.
06:48Il n'empêche que l'obligation, les principes généraux,
06:52c'est d'abord éviter ce risque-là et le diminuer au maximum.
06:55Et le télétravail diminue bien plus le risque
06:58que le fait de travailler dans les mêmes locaux,
07:00même à une certaine distance.
07:02Donc, c'est une situation où le salarié pourrait alerter
07:06l'inspection du travail ou ses représentants du personnel
07:10pour faire remonter ça.
07:12Et nous, nous aurions les moyens de rappeler à l'employeur,
07:15d'abord, par différents moyens,
07:17juridiques, de son obligation et de ses différents étages,
07:21et donc, c'est-à-dire la priorité au télétravail.
07:23Sur ce point-là, effectivement, le code du travail,
07:27de mémoire, c'est L12-22-11,
07:29il faudrait que je vérifie ça,
07:30mais prévoit spécifiquement la possibilité
07:33de mettre les gens en télétravail
07:35sans leur accord d'office
07:37en cas de circonstances exceptionnelles,
07:39et la pandémie en fait clairement partie.
07:42Donc, il n'y a pas de raison en fait que l'employeur ne le fasse pas.
07:45Pour autant, pour un salarié,
07:48il prendrait des risques juridiquement
07:50à se mettre en droit de retrait
07:51juste parce qu'il n'y a pas eu cette possibilité de télétravail.
07:55Donc, il vaut mieux faire appel aux IRP
07:57et à l'inspection du travail.
07:58D'accord.
08:00Alors, en pleine crise sanitaire liée au coronavirus,
08:03les salariés d'une entreprise qui estiment être exposés
08:06à un véritable risque de contamination,
08:09comment ça se passe concrètement ?
08:10Est-ce qu'ils peuvent saisir l'inspection du travail ?
08:13De quelle manière ?
08:14Et le droit de retrait, enfin, peut-il s'exercer
08:17s'il y a effectivement des collègues à eux
08:19qui sont touchés par ce virus ?
08:24Alors, là, encore une fois, c'est une réponse en droit.
08:27Évidemment, tout ça, ça serait à la main des juges.
08:30Mais l'argument juridique, ça serait celui-là.
08:33C'est de dire qu'un salarié qui n'a pas été mis en télétravail,
08:37dans l'hypothèse où ça n'aurait pas été possible,
08:40où il n'y a pas de mesure de distanciation sociale,
08:44et où il n'y a pas de protection individuelle,
08:48pour le coup, si on a l'ensemble de ces éléments-là,
08:51on pourrait considérer qu'il est en danger grave éminent.
08:53Un danger grave éminent, rapidement, la définition,
08:55c'est un danger grave.
08:57Donc, la définition, c'est lié à un danger pour sa vie
09:02ou qui entraînerait une maladie grave ou un accident grave.
09:07Et l'imminent, c'est le fait que les conséquences
09:11peuvent être immédiates ou avec effet différé,
09:14type dans l'amiante.
09:15Mais en tout cas, que le danger n'est pas hypothétique,
09:20mais qu'il peut s'appliquer réellement.
09:22Donc, si on a tous ces éléments-là,
09:24c'est-à-dire que le fait qu'il n'y ait pas de télétravail,
09:28pas de distanciation sociale et qu'il n'y ait aucune protection,
09:31dans ce cas-là, on serait bien dans les éléments du DGI.
09:34Sachant que...
09:35Du DGI ?
09:36Du DGI ?
09:37Pardon, du danger grave éminent.
09:38D'accord.
09:39Je n'essayais pas trop jargonner.
09:42Sachant que pour le salarié, il a le droit à l'erreur.
09:45C'est-à-dire que le texte sur le droit de retrait,
09:48c'est qu'il faut qu'il estime qu'il a un motif raisonnable de penser.
09:52C'est-à-dire qu'il estime, avec les connaissances qu'il a,
09:56qui ne sont pas les mêmes pour tout le monde,
09:58qui sont liés au fait que ce ne sont pas des spécialistes,
10:00les salariés ne sont pas spécialistes de la sécurité,
10:02enfin, sauf dans certaines professions,
10:04il estime qu'il est en danger.
10:05Et à ce titre-là, quand bien même il se tromperait,
10:09il a le droit de se mettre en droit de retrait.
10:11Derrière, l'employeur pourrait lui expliquer
10:14« Écoute, tu as pensé que tu étais en danger,
10:16mais regarde, je t'ai donné des masques à FFP2,
10:18il y a des grands, et donc tu es en sécurité par rapport à ça,
10:22tu peux reprendre le travail. »
10:24Dans cette hypothèse-là, il aurait l'obligation de reprendre le travail.
10:27Mais le fait d'exercer en soi le droit de retrait
10:29ne peut pas être constitutif d'une faute
10:31et ne peut pas se voir entraîner de baisse de salaire,
10:35de retrait de salaire.
10:37En revanche, si l'employeur lui montre par A plus B,
10:39ce qui pourrait être aussi confirmé par l'inspection du travail,
10:42s'il était inquiet que tout va bien,
10:44il a dans ce cas-là l'obligation de reprendre.
10:50Donc, les salariés, ils ont le droit de se tromper dans ce cas-là.
10:53Donc, s'ils pensent être en danger,
10:55le mieux, c'est d'abord qu'ils essaient de s'informer
10:57auprès des représentants de personnel de l'inspection du travail,
11:00pour qu'on leur donne quelques billes,
11:02et qu'ils soient rassurés,
11:03parce qu'effectivement, les salariés peuvent penser
11:05alors que les circonstances sont bonnes,
11:10mais inversement, il ne faut pas qu'ils hésitent
11:13s'ils pensent être en danger par rapport à ça.
11:16D'accord.
11:17Alors, une autre question, c'est
11:18que répond à un employeur qui vous sollicite en télétravail
11:23alors qu'il vous a placé en chômage partiel ?
11:26Alors, il commence à y avoir quelques cas de ça.
11:29Alors, là, c'est pareil, encore, la réponse peut être nuancée,
11:33parce qu'il n'est pas interdit pour un employeur de dire,
11:36bon, par exemple, pour une partie des tâches qui sont télétravaillables,
11:41je vais prendre un exemple,
11:45un artisan, enfin, un salarié qui serait chargé de la conception d'une fenêtre,
11:49par exemple, de dessiner une fenêtre,
11:51et de la pose.
11:53Bon, ce n'est pas un cas, a priori, qui n'existe pas,
11:55mais bon, c'est pour illustrer.
11:57La partie de dessin industriel qui pourrait être fait de la fenêtre,
12:00de calcul de cote, etc., peut tout à fait télétravailler.
12:03En revanche, la pose sur un chantier ne pourrait pas l'être
12:06parce qu'il y aurait une promiscuité,
12:09parce que, pour poser cette fenêtre,
12:11il pourrait être deux l'un à côté de l'autre,
12:13parce que le chantier ne permet pas d'assurer cette sécurité, etc.
12:16On pourrait très bien voir, donc, la première partie travaillée
12:18et la deuxième en chômage partiel.
12:20C'est quand même un élément que je voulais préciser,
12:22c'est que si les tâches sont différenciées,
12:26on peut effectivement avoir cette distinction
12:28entre une tâche télétravaillée et le reste du travail,
12:31le reste du poste du travail en chômage partiel.
12:33En revanche, là où ça pose problème,
12:35c'est quand c'est le même poste,
12:36les mêmes tâches de travail qui sont considérées
12:40à la fois en chômage partiel et en télétravail.
12:42Ça, ce n'est pas possible.
12:44Alors, qu'est-ce qu'on fait dans ces cas-là ?
12:47Effectivement, l'idée, ça serait d'informer,
12:48il y a toujours la confidentialité des plaintes,
12:50d'informer l'inspection du travail du sujet,
12:53puisque tous les dossiers d'activité partielle,
12:56plus la quantité, ne vont pas être contrôlés en temps réel,
13:00ce n'est pas possible,
13:01mais ils feront l'objet d'un contrôle à postériori.
13:04En quelles conditions et avec quels moyens, je ne sais pas.
13:06Mais du coup, ces alertes-là permettraient éventuellement
13:10d'enquêter sur ces entreprises
13:14pour, s'il s'avère qu'il y ait eu,
13:16pour les mêmes tâches du télétravail,
13:18c'est-à-dire qu'on a demandé aux salariés
13:20de continuer à travailler et en même temps du chômage partiel,
13:22des demandes de remboursement de l'activité partielle,
13:25plus des pénalités,
13:27enfin, une sanction pénale.
13:28C'est le double effet.
13:31Mais vu le nombre de dossiers,
13:35il faut clairement qu'on ait des remontées des salariés
13:37ou des représentants du personnel,
13:38parce qu'on ne pourra pas, au doigt mouillé,
13:42contrôler toutes ces sociétés-là.
13:45Voilà.
13:46Donc, il faut vraiment que les salariés n'hésitent pas
13:47à faire remonter les informations sur ces entreprises.
13:51D'accord.
13:53Les ordonnances travail,
13:54je pense notamment au temps de travail
13:57qui pourrait être allongé jusqu'à 60 heures par semaine,
14:00au travail de nuit,
14:02au repos dominical qui pourra être modifié,
14:07le temps de repos également va éduit entre deux journées de travail.
14:10Toutes ces réformes temporaires du travail
14:17ne vont-elles pas, selon vous,
14:19fragiliser davantage les salariés
14:21qui sont soumis déjà à de fortes tensions
14:24durant cette crise sanitaire ?
14:26Alors, clairement, en termes de sécurité,
14:33c'est-à-dire que ces textes-là sont des textes,
14:35je crois que le Premier ministre l'a rappelé,
14:37il y a des taquets européens.
14:40L'Europe n'est pas non plus réputée
14:43pour être dans une démarche sociale très approfondie.
14:47Donc, si même en Europe,
14:49on a mis des taquets,
14:50notamment sur le droit au repos,
14:53c'est pour des raisons.
14:54C'est-à-dire qu'à la fois, on sait très bien,
14:58à l'inspection du travail,
14:59on le voit très bien,
15:00que quand les salariés sont fatigués,
15:01c'est là que l'accident du travail arrive.
15:03Vous avez une recrudescence d'accidents du travail au mois de juillet.
15:06Pourquoi juillet ?
15:07Dans les chantiers, le bâtiment.
15:08Pourquoi juillet ?
15:09Parce qu'en général, les chantiers,
15:10où les salariés partent en août,
15:12et que c'est vraiment le dernier moment
15:14où là, on a une multiplication des accidents,
15:16on le voit chaque année.
15:17Donc, c'est quelque chose de très documenté.
15:20Depuis très longtemps, on le sait que
15:22les salariés doivent se reposer,
15:25et notamment pour éviter l'accident du travail.
15:28Donc, c'est prendre effectivement un risque à considérer
15:32pour des salariés qui sont déjà sursollicités.
15:35Ça risque d'être sur une grande période,
15:37parce que six reprises économiques il y a,
15:41ça veut dire quand même une organisation très longue,
15:43et je crois que les ordonnances sont valables
15:45jusqu'au 31 décembre 2020.
15:47Donc, ça veut dire qu'on s'orienterait
15:48vers six mois de travail à dix heures par jour.
15:51Je ne le souhaite à personne.
15:53Je suis aussi un peu dubitatif
15:55sur l'organisation des entreprises,
15:56puisque faire tourner des entreprises
15:58à plein régime pendant 60 jours,
16:00c'est-à-dire qu'il faut que toute la chaîne logistique
16:02suive.
16:04les chauffeurs routiers,
16:05on ne va pas les faire conduire,
16:07là aussi, ça pourrait être un danger d'ailleurs,
16:09on ne va pas les faire conduire 24 heures sur 24.
16:12La structure de l'entreprise
16:13n'est peut-être pas non plus adaptée
16:14à ce type de process.
16:16Donc, l'intérêt, à mon avis, est limité,
16:20et c'est un peu idéologique, en l'occurrence,
16:23d'ouvrir les vannes pour améliorer l'offre
16:26pour les entreprises,
16:27ce qui est moins à mon sens pour ce problème,
16:28et le problème principal est la sécurité,
16:31et la santé des salariés,
16:34qui ont déjà été sursolicités.
16:37Alors, vous, personnellement,
16:38comment interprétez-vous ce message
16:41que beaucoup pensent contradictoire,
16:44qui est de rester chez soi
16:45et de tout faire pour maintenir
16:47l'activité des entreprises ?
16:50On le voit, nous, dans notre ministère,
16:53et c'est d'une incohérence sans nom.
16:58Ça n'a pas de sens.
17:01Quelle serait la logique
17:03dans une situation comme la nôtre ?
17:05C'est de dire,
17:06est-ce qu'il faut être confiné ?
17:07On voit bien,
17:08l'expérience mondiale a montré
17:09que malheureusement,
17:11nous n'avons pas de masque en plus.
17:13Donc, le confinement est la seule arme
17:14que nous avons.
17:15Ce n'est pas moi qui le dis,
17:16si vous connaissez ça.
17:17Donc, l'idée,
17:18c'est de confiner un maximum de personnes.
17:21De toute façon,
17:22l'entreprise et l'organisation,
17:25le système économique
17:26est tellement désorganisé
17:27qu'il a énormément de mal à fonctionner.
17:30Donc, qu'est-ce qu'on pourrait se dire ?
17:32C'est qu'on confine tout le monde
17:33et on garde les missions essentielles
17:35pour que la société puisse continuer à manger
17:39et à avoir l'électricité.
17:42Enfin, un certain nombre de tâches,
17:44de missions essentielles
17:45qui sont assez faciles à définir.
17:49Pour ces tâches-là uniquement,
17:52on assure le contrôle
17:54des conditions de travail des salariés
17:55pour s'assurer qu'ils puissent les faire
17:57dans les bonnes conditions
17:57et tout le monde chez soi.
18:00Là, on arrive à des situations
18:02où on dit,
18:03alors l'exemple du BTP est flagrant,
18:05on leur dit aller travailler.
18:08Mais d'ailleurs,
18:09si la CAPEB et la FFP,
18:11qui sont les représentants des employeurs du BTP,
18:15ont indiqué qu'ils n'y arrivaient pas,
18:18ce n'est pas juste pour avoir accès
18:20au chômage partiel
18:21et faire une pression sur le ministère.
18:23Concrètement, c'est très compliqué.
18:25Je vous prends le schéma.
18:26Vous partez, en général,
18:27les entreprises, les salariés,
18:30partent soit de chez eux
18:31ou soit de l'atelier ou du dépôt.
18:35Donc, ils prennent une camionnette en commun.
18:37Donc, déjà, comment on gère ?
18:39La ministre a indiqué,
18:40ils n'ont qu'à prendre trois camionnettes.
18:43Peut-être qu'elle ne le sait pas,
18:44mais c'est que les entreprises de petit taille
18:45n'ont pas trois camionnettes.
18:46Si elles n'en ont qu'une,
18:47c'est parce qu'en général,
18:48elles n'ont pas les moyens d'en avoir quatre
18:49ou n'en ont pas l'utilité.
18:51Premier élément,
18:51on arrive sur un chantier.
18:52Un chantier, ce sont des algécos
18:56pour manger,
18:57ce sont des toilettes, etc.,
18:58qui en temps normal
18:59ne sont pas dans des états
19:00de propreté hallucinantes.
19:03Là, on va créer encore
19:04une promiscuité.
19:05Les tâches en elles-mêmes,
19:06comme je vous donnais l'exemple tout à l'heure,
19:08poser une fenêtre
19:10à un moment ou à un autre,
19:11c'est la manutention manuelle.
19:13On ne peut pas tout le distancier.
19:14Ça se fait à deux,
19:15ça se fait à proximité.
19:16L'échange d'outils.
19:18L'échange d'outils.
19:20Couler un voile en béton.
19:21L'un voile en béton,
19:22vous mettez une banche
19:23et vous avez des salariés
19:25qui vont guider l'arrivée de béton.
19:28Ils sont forcément deux.
19:29Vous en avez un qui va mettre le vibreur
19:32pour vibrer le béton.
19:33Il va être à proximité
19:34de celui qui vient de le couler.
19:36Les situations de proximité
19:39sont très, très nombreuses
19:40et ça devient une gestion.
19:43c'est ingérable
19:43et effectivement,
19:45les entreprises,
19:46à un moment,
19:46le plus simple,
19:49c'est même pas le plus simple,
19:50c'est le plus évident
19:51et en respectant la réglementation,
19:53c'est de ne pas faire ces tâches-là.
19:55Donc, ça limite forcément le jeu.
19:58Donc, inciter les entreprises
20:00à continuer à travailler
20:02et dire aux gens de rester,
20:03on voit bien qu'on est vraiment
20:05dans un message uniquement politique.
20:08Juridiquement, il n'y a aucune base
20:09et techniquement,
20:11dans la réalité,
20:11il n'est pas applicable.
20:13D'accord.
20:13Alors, enfin,
20:15une dernière question.
20:16Avez-vous reçu des consignes
20:18de la part de votre ministère
20:20sur l'attitude
20:21que l'inspection du travail
20:23doit adopter vis-à-vis des employeurs ?
20:30Alors, vis-à-vis des employeurs,
20:32il n'y a pas eu de consigne écrite spécifique.
20:34On est, nos tâches forcément,
20:36du fait du confinement,
20:38on peut aller moins en contrôle,
20:39donc on est dans une des tâches d'information.
20:42Là où on a eu des instructions,
20:44c'est d'éviter à tout prix de sortir.
20:47Mais avec des arguments un peu fallacieux.
20:52Lorsque, par exemple,
20:53sur des droits d'alerte,
20:54il faut bien qu'on constate
20:55des situations
20:56qui montrent que la distanciation sociale
20:59ne peut pas être menée.
21:01Si on demande aux entreprises,
21:03comme il nous a été donné dans l'instruction,
21:05de nous fournir des photos,
21:07de nous montrer comment c'est organisé chez eux,
21:09il y a quand même de fortes chances
21:11qu'on ait des locaux nickels
21:13avec trois salariés dans un local de 100 m².
21:17Donc, si on veut vraiment exercer nos métiers,
21:19il faut qu'on aille sur place.
21:21Donc là-dessus, on a eu des instructions
21:22qui, effectivement, limitent,
21:24et à notre sens,
21:26contraire à la Convention internationale de l'OIT,
21:28qui limite nos mouvements.
21:30On a dans certains départements,
21:33des responsabilités départementales
21:34qui ont dit,
21:35je te donne l'autorisation de sortie,
21:36mais tu me dis où tu vas
21:37et pourquoi tu y vas.
21:39Donc, on a vraiment des contraintes
21:41par rapport à ça.
21:42Bon, très récemment,
21:44il a été rappelé qu'on pouvait intervenir
21:47pour notamment les métiers de bouche
21:49et tout ce qui est commerce alimentaire
21:50pour intervenir s'il y avait des soucis.
21:53Mais la première consigne,
21:55c'est surtout,
21:55on débranche l'inspection du travail.
21:58On reste...
21:59Vous restez chez vous,
22:01vous répondez aux questions,
22:03vous n'allez pas trop voir ce qui se passe.
22:05C'est quand même un peu le message
22:07qui est fait,
22:08notamment par l'inspection du DGT.
22:11Et on a quelques collègues
22:14qui se sont fait remonter les bretelles
22:16parce qu'ils avaient envoyé
22:16une lettre collective d'information
22:18qui ne va rappeler
22:19que ce que j'ai indiqué tout à l'heure,
22:20les principes généraux de prévention,
22:22par exemple,
22:22en rappelant à toutes les entreprises
22:24les principes généraux de prévention,
22:25ce qui est un geste de contrôle
22:28basique, d'information,
22:30qui ne pose pas de problème en temps normal,
22:31mais qui là a été reproché aux collègues.
22:33Donc, voilà.
22:36Peut-être en ayant en tête
22:37qu'il ne faudrait pas
22:38qu'on donne l'idée
22:39soit à l'entreprise
22:40d'arrêter son activité
22:41en se rendant compte
22:42qu'elle n'y arrivera pas,
22:43soit que les salariés
22:45savent qu'il y a peut-être des soucis
22:46et qu'eux-mêmes, du coup,
22:47se mettent en droit de retrait.
22:49Donc, il y a une volonté vraiment idéologique
22:52de vouloir continuer l'activité à tout prix
22:54et nous, de nous débrancher un petit peu.
22:57Pour information,
22:58je lisais un article au Luxembourg
22:59qui n'est pas réputé pour être
23:01qu'un État, somme toute, social,
23:04mais version basse, quoi.
23:07L'inspection du travail
23:08exerce ses contrôles.
23:10Sans problème, depuis le début de la...
23:12Fait l'émission que je vous ai indiquée,
23:13d'information, des employeurs, des salariés,
23:15va contrôler les conditions de travail.
23:18Alors, j'espère qu'ils sont équipés
23:21de masques,
23:21parce qu'on ne va pas non plus,
23:24comme la police le demande,
23:25comme un certain nombre de corps
23:27d'État de contrôle doivent l'avoir.
23:29Effectivement, on se protège.
23:30L'idée, ce n'est pas non plus
23:32d'exposer les autres salariés
23:34puisqu'on pourrait être porteur
23:35ou de s'exposer.
23:36Mais, en tout cas,
23:37il serait important
23:38que s'il y ait une continuité
23:39d'activité économique,
23:41aux missions essentielles,
23:42nous, on préférait,
23:43mais en tout cas,
23:43s'il y est lié,
23:44qu'en face,
23:46on ait une possibilité de contrôler
23:47les conditions de travail
23:48de cette activité économique.
23:51Donc, clairement,
23:52il y a une pression
23:53et il y a des tensions très fortes
23:55avec notre ministère
23:56et notre hiérarchie
23:58sur ce sujet.
24:01Merci, Camille Plancheneau.
24:03Je vous en prie.
24:04Bonne journée.
24:05Merci de nous avoir accordé
24:06quelques minutes.
24:07Au revoir.
24:08Au revoir.
24:16Sous-titrage Société Radio-Canada