00:07Le franc CFA, c'est une monnaie coloniale qui a été créée par le général de Gaulle
00:14officiellement le 26 décembre 1945.
00:16Donc c'est une monnaie qui avait vocation à favoriser l'accumulation coloniale,
00:22donc l'exploitation de surplus des colonies africaines, subsahariennes, vers la métropole.
00:28Et donc ce qu'il faut dire, c'est qu'au lendemain des indépendances, l'acronyme est resté intacte,
00:34franc CFA, mais la dénomination avait changé.
00:36Donc pour les huit pays, c'est devenu le franc de la communauté financière d'Afrique.
00:42Et pour six pays d'Afrique centrale, c'est devenu le franc de la coopération financière en Afrique centrale.
00:48Ces deux monnaies ne peuvent pas être converties entre elles.
00:52Et ces monnaies également ont une parité fixe vis-à-vis de l'or.
00:57Avant, c'était avec le franc.
00:59Donc à chaque fois qu'on apporte un euro, on a la certitude d'avoir 655,957 francs CFA.
01:05C'est ce qu'on appelle la parité fixe.
01:07Et donc l'autre chose qu'il faut savoir, c'est qu'il y a ce qu'on appelle la
01:10centralisation des réserves d'échange.
01:12Ça veut dire que les deux banques centrales reçoivent les devises obtenues, disons,
01:18par les opérations commerciales à l'intrager, à travers les fonds envoyés par les travailleurs expatriés, etc.
01:26Et donc ces devises sont centralisées.
01:29Et ces banques centrales, une fois qu'elles sont centralisées, sont tenues de verser 50% de ces avoirs extérieurs
01:35nets
01:35dans les comptes du Trésor français logés à la Banque de France.
01:39Ces comptes, on les appelle les comptes d'opération.
01:41À ce titre, on dit que la France est garant de cette monnaie-là.
01:47Donc ça veut dire que la France garantit qu'à chaque fois que nous aurons besoin d'euros,
01:52la France est prête à nous échanger nos CFA contre des euros.
01:56Sur le principe, parce que ce qu'il faut comprendre, c'est que la France ne garantit pas, de fait,
02:01le franc CFA, la convertibilité du franc CFA en euros.
02:05Qu'est-ce qui se passe ?
02:06Lorsque nous avons suffisamment de réserve d'échange,
02:09ça veut dire que nous pouvons nous-mêmes changer nos francs CFA en euros ou en devises.
02:13Lorsqu'il n'y en a pas assez, là, nous pouvons avoir besoin de la garantie française.
02:18C'est-à-dire que la France dit, je vous apporte le supplément d'euros dont vous avez besoin.
02:21Mais qu'est-ce qui s'est passé depuis 72 ans ?
02:24Est-ce que la France a une fois garantit le franc CFA ?
02:26Non.
02:27Il y a une seule fois, en 1993, où, objectivement, on avait besoin de la garantie française,
02:33c'est-à-dire maintenir la parité qui était à l'époque un franc français égale 50 francs CFA.
02:38Et donc, comme on n'avait pas assez de réserve d'échange, la France a décidé d'évaluer.
02:42Donc, c'était la seule fois où on était un peu dans le rouge.
02:45Qu'est-ce que ça veut dire ?
02:46Lorsqu'on a assez de réserve d'échange, assez de devises, la garantie française est superflue.
02:52Lorsqu'on n'en a pas assez, ce n'est arrivé qu'une seule fois, la France avait choisi de
02:56dévaluer.
02:57Donc, c'est presque un jeu de dupe.
03:04Non, elles n'ont pas de souveraineté sur leur monnaie.
03:06D'ailleurs, les billets et pièces sont fabriqués en France, à Chamalières pour les billets et à Pessac pour les
03:12pièces.
03:12Donc, les statuts des banques centrales également ne peuvent être changés sans l'aval de la France,
03:19qui siège à travers ses représentants dans les incendies de ces deux banques centrales,
03:23c'est-à-dire le comité de politique monétaire et le conseil d'administration.
03:26Donc, toutes les décisions statutaires importantes ne peuvent être prises sans l'aval de la France.
03:32Et donc, par exemple, si on devait réviser la parité, c'est-à-dire la valeur des francs CFA en
03:38euros,
03:38c'est une décision aussi qui relève la prérogative du gouvernement français.
03:42D'une certaine manière, maintenant, comme il y a la zone euro,
03:45donc nous, nous subissons passivement la politique monétaire de la banque centrale.
03:50Donc, ça dit que la politique monétaire, elle n'est pas souveraine.
03:53C'est-à-dire que la banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest et la banque des
03:56États de l'Afrique centrale
03:57ne sont pas libres, disons, de déterminer le volume de crédit qu'il faut pour nos économies,
04:02mais elles réagissent passivement à la politique de la banque centrale européenne.
04:07Donc, c'est un choix qui a été fait de privilégier ce qu'on appelle l'équilibre externe,
04:11c'est-à-dire que la stabilité du taux de change, avec une faible inflation,
04:13au détriment de l'équilibre interne, c'est-à-dire que la possibilité d'agir sur l'économie
04:18pour accroître la production et aussi accroître le volume d'emploi.
04:27Parce que déjà, c'est un instrument politique, c'est-à-dire que s'il y a des volontés de
04:31rébellion quelque part,
04:32la France peut bloquer les opérations à l'international, la France peut rappeler les États à l'ordre.
04:37Donc, ça s'est vu, par exemple, avec Bagbo en Côte d'Ivoire, ça s'est vu aussi au moment
04:41des indépendances,
04:41parce qu'il y a Sylvanus Olympio, qui à l'époque, au Togo, voulait créer sa propre monnaie, sortir du
04:48France CFA,
04:48mais il a été tué à deux jours avant, disons, la circulation des nouveaux signes monétaires.
05:00Il y a des traités monétaires, je veux dire, en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale, qui sont
05:04très clairs.
05:05Tout pays qui veut sortir, peut sortir.
05:07Mais on sait que la sortie individuelle, elle est dangereuse, dangereuse politiquement,
05:11parce qu'on peut s'exposer au foot de la France, dangereuse économiquement,
05:15parce que ça demande du temps, ce genre de choses, et tous les pays ne sont pas prêts.
05:18En fait, ce qu'il faudrait, et là, c'est une réindication phare en Afrique de l'Ouest,
05:23c'est que la France sorte du système France CFA, au lieu qu'il y ait des sorties individuelles,
05:28qu'on maintienne les deux blocs dans un même temps, mais qu'on dise qu'on ne veut plus la
05:31pseudo-garantie française.
05:33C'est pourquoi les mouvements sociaux en Afrique disent qu'il faut le Frexit,
05:37c'est-à-dire la sortie de la France de l'espace France CFA, dans un premier temps.
05:41Dans un second temps, on pourra apporter des correctifs, comme par exemple, supprimer l'arrimage à l'euro,
05:48on peut arrimer le franc CFA.
05:50Un panier de monnaie, par exemple, qui reflèterait plus la géographie, disons, du commerce africain,
05:56parce que de plus en plus, on commerce tendanciellement moins avec l'Europe,
06:00mais plutôt avec la Chine, l'Inde et aussi le commerce intra-africain qui se développent.
06:04Donc, on pourrait avoir un panier de monnaie.
06:05Et pas l'euro qui est une monnaie forte.
06:07Donc, tant qu'on est arrivé à l'euro, on a cette monnaie forte,
06:10et donc on est, quelque part, incité à consommer des produits étrangers,
06:15plutôt que de développer la production locale.
06:19Donc, ça, on pourrait le faire.
06:20La deuxième chose, on pourrait changer les statuts des banques centrales,
06:23parce que tant que la France est là, il est difficile de changer cela.
06:25On pourrait changer pour dire que les banques centrales peuvent financer une partie du déficit des États.
06:32Parce qu'actuellement, ce qui se passe, c'est que lorsque nos États, disons, sont dans une situation déficitaire,
06:37ils doivent s'endetter.
06:39Nous sommes des pays pauvres, donc nous n'avons pas suffisamment des ressources.
06:42Donc, au lieu que la banque centrale finance une partie de ces déficits,
06:45on va dire qu'il faut aller sur les marchés.
06:47Et donc, sur les marchés, les taux d'intérêt sont prohibitifs, sont exorbitants.
06:50Et nous pouvons nous passer de ça si la banque centrale joue son rôle.
06:53Et si aussi la banque centrale a une politique monétaire
06:56qui permet à l'économie de bénéficier de crédit,
07:02parce que dans l'espace France-EFA, comme j'ai dit, on a privilégié l'équilibre externe.
07:05Donc, il n'y a pas assez de crédit.
07:06Le volume de crédit est très faible.
07:08Et donc, sans crédit, il n'y a pas de développement de la production.
07:11Donc, il n'y a pas de croissance économique, il n'y a pas de création d'emplois.
07:13Donc, il faudrait des réformes pour qu'il y ait plus de crédit.
07:17Et par la suite, on pourra voir si on va changer le nom du France-EFA pour avoir un autre
07:22nom.
07:24Et aussi, si on va faire imprimer nos biais et fabriquer nos pièces par d'autres entreprises
07:32ou par d'autres pays, le temps que nous-mêmes nous disposions de ces capacités-là.
07:35Donc, ça, c'est des choses accessoires, mais qu'on peut faire.
07:38Donc, si je récapitule, premièrement, on fait sortir la France.
07:41Deuxièmement, on revoit l'arrêt de marge à l'euro pour un panier de monnaie.
07:45Troisièmement, on change les statuts des banques centrales
07:47pour que les banques centrales puissent financer une part difficile des États.
07:51Et enfin, que ces banques centrales aient des politiques monétaires plus actives,
07:57permettant aux banques commerciales de créer du crédit pour plus de production et plus d'emplois.
08:04C'est comme ça, un peu, que je vois la sortie du système France-EFA.
08:08Merci beaucoup, Ntongo Sambassila.
08:10Merci à vous.
08:11Merci à vous.
08:13Merci à vous.