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  • il y a 13 minutes
Un débat secoue l'Afrique de l'Ouest : faut-il en finir avec le système du Franc CFA ? Pour l'économiste sénégalais Ndango Samba Sylla, chargé de recherche au bureau Afrique de l’Ouest de la fondation Rosa-Luxemburg, en finir avec ce système colonial est une condition pour permettre le développement économique de 14 pays africains. Il évoque les étapes et les contours de ce qui constituerait une véritable révolution monétaire pour ces Etats. Retrouvez également l'interview dans l'Humanité :
https://humanite.fr/lattachement-francais-au-franc-cfa-denote-un-atavisme-colonial-645450

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Transcription
00:07Le franc CFA, c'est une monnaie coloniale qui a été créée par le général de Gaulle
00:14officiellement le 26 décembre 1945.
00:16Donc c'est une monnaie qui avait vocation à favoriser l'accumulation coloniale,
00:22donc l'exploitation de surplus des colonies africaines, subsahariennes, vers la métropole.
00:28Et donc ce qu'il faut dire, c'est qu'au lendemain des indépendances, l'acronyme est resté intacte,
00:34franc CFA, mais la dénomination avait changé.
00:36Donc pour les huit pays, c'est devenu le franc de la communauté financière d'Afrique.
00:42Et pour six pays d'Afrique centrale, c'est devenu le franc de la coopération financière en Afrique centrale.
00:48Ces deux monnaies ne peuvent pas être converties entre elles.
00:52Et ces monnaies également ont une parité fixe vis-à-vis de l'or.
00:57Avant, c'était avec le franc.
00:59Donc à chaque fois qu'on apporte un euro, on a la certitude d'avoir 655,957 francs CFA.
01:05C'est ce qu'on appelle la parité fixe.
01:07Et donc l'autre chose qu'il faut savoir, c'est qu'il y a ce qu'on appelle la
01:10centralisation des réserves d'échange.
01:12Ça veut dire que les deux banques centrales reçoivent les devises obtenues, disons,
01:18par les opérations commerciales à l'intrager, à travers les fonds envoyés par les travailleurs expatriés, etc.
01:26Et donc ces devises sont centralisées.
01:29Et ces banques centrales, une fois qu'elles sont centralisées, sont tenues de verser 50% de ces avoirs extérieurs
01:35nets
01:35dans les comptes du Trésor français logés à la Banque de France.
01:39Ces comptes, on les appelle les comptes d'opération.
01:41À ce titre, on dit que la France est garant de cette monnaie-là.
01:47Donc ça veut dire que la France garantit qu'à chaque fois que nous aurons besoin d'euros,
01:52la France est prête à nous échanger nos CFA contre des euros.
01:56Sur le principe, parce que ce qu'il faut comprendre, c'est que la France ne garantit pas, de fait,
02:01le franc CFA, la convertibilité du franc CFA en euros.
02:05Qu'est-ce qui se passe ?
02:06Lorsque nous avons suffisamment de réserve d'échange,
02:09ça veut dire que nous pouvons nous-mêmes changer nos francs CFA en euros ou en devises.
02:13Lorsqu'il n'y en a pas assez, là, nous pouvons avoir besoin de la garantie française.
02:18C'est-à-dire que la France dit, je vous apporte le supplément d'euros dont vous avez besoin.
02:21Mais qu'est-ce qui s'est passé depuis 72 ans ?
02:24Est-ce que la France a une fois garantit le franc CFA ?
02:26Non.
02:27Il y a une seule fois, en 1993, où, objectivement, on avait besoin de la garantie française,
02:33c'est-à-dire maintenir la parité qui était à l'époque un franc français égale 50 francs CFA.
02:38Et donc, comme on n'avait pas assez de réserve d'échange, la France a décidé d'évaluer.
02:42Donc, c'était la seule fois où on était un peu dans le rouge.
02:45Qu'est-ce que ça veut dire ?
02:46Lorsqu'on a assez de réserve d'échange, assez de devises, la garantie française est superflue.
02:52Lorsqu'on n'en a pas assez, ce n'est arrivé qu'une seule fois, la France avait choisi de
02:56dévaluer.
02:57Donc, c'est presque un jeu de dupe.
03:04Non, elles n'ont pas de souveraineté sur leur monnaie.
03:06D'ailleurs, les billets et pièces sont fabriqués en France, à Chamalières pour les billets et à Pessac pour les
03:12pièces.
03:12Donc, les statuts des banques centrales également ne peuvent être changés sans l'aval de la France,
03:19qui siège à travers ses représentants dans les incendies de ces deux banques centrales,
03:23c'est-à-dire le comité de politique monétaire et le conseil d'administration.
03:26Donc, toutes les décisions statutaires importantes ne peuvent être prises sans l'aval de la France.
03:32Et donc, par exemple, si on devait réviser la parité, c'est-à-dire la valeur des francs CFA en
03:38euros,
03:38c'est une décision aussi qui relève la prérogative du gouvernement français.
03:42D'une certaine manière, maintenant, comme il y a la zone euro,
03:45donc nous, nous subissons passivement la politique monétaire de la banque centrale.
03:50Donc, ça dit que la politique monétaire, elle n'est pas souveraine.
03:53C'est-à-dire que la banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest et la banque des
03:56États de l'Afrique centrale
03:57ne sont pas libres, disons, de déterminer le volume de crédit qu'il faut pour nos économies,
04:02mais elles réagissent passivement à la politique de la banque centrale européenne.
04:07Donc, c'est un choix qui a été fait de privilégier ce qu'on appelle l'équilibre externe,
04:11c'est-à-dire que la stabilité du taux de change, avec une faible inflation,
04:13au détriment de l'équilibre interne, c'est-à-dire que la possibilité d'agir sur l'économie
04:18pour accroître la production et aussi accroître le volume d'emploi.
04:27Parce que déjà, c'est un instrument politique, c'est-à-dire que s'il y a des volontés de
04:31rébellion quelque part,
04:32la France peut bloquer les opérations à l'international, la France peut rappeler les États à l'ordre.
04:37Donc, ça s'est vu, par exemple, avec Bagbo en Côte d'Ivoire, ça s'est vu aussi au moment
04:41des indépendances,
04:41parce qu'il y a Sylvanus Olympio, qui à l'époque, au Togo, voulait créer sa propre monnaie, sortir du
04:48France CFA,
04:48mais il a été tué à deux jours avant, disons, la circulation des nouveaux signes monétaires.
05:00Il y a des traités monétaires, je veux dire, en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale, qui sont
05:04très clairs.
05:05Tout pays qui veut sortir, peut sortir.
05:07Mais on sait que la sortie individuelle, elle est dangereuse, dangereuse politiquement,
05:11parce qu'on peut s'exposer au foot de la France, dangereuse économiquement,
05:15parce que ça demande du temps, ce genre de choses, et tous les pays ne sont pas prêts.
05:18En fait, ce qu'il faudrait, et là, c'est une réindication phare en Afrique de l'Ouest,
05:23c'est que la France sorte du système France CFA, au lieu qu'il y ait des sorties individuelles,
05:28qu'on maintienne les deux blocs dans un même temps, mais qu'on dise qu'on ne veut plus la
05:31pseudo-garantie française.
05:33C'est pourquoi les mouvements sociaux en Afrique disent qu'il faut le Frexit,
05:37c'est-à-dire la sortie de la France de l'espace France CFA, dans un premier temps.
05:41Dans un second temps, on pourra apporter des correctifs, comme par exemple, supprimer l'arrimage à l'euro,
05:48on peut arrimer le franc CFA.
05:50Un panier de monnaie, par exemple, qui reflèterait plus la géographie, disons, du commerce africain,
05:56parce que de plus en plus, on commerce tendanciellement moins avec l'Europe,
06:00mais plutôt avec la Chine, l'Inde et aussi le commerce intra-africain qui se développent.
06:04Donc, on pourrait avoir un panier de monnaie.
06:05Et pas l'euro qui est une monnaie forte.
06:07Donc, tant qu'on est arrivé à l'euro, on a cette monnaie forte,
06:10et donc on est, quelque part, incité à consommer des produits étrangers,
06:15plutôt que de développer la production locale.
06:19Donc, ça, on pourrait le faire.
06:20La deuxième chose, on pourrait changer les statuts des banques centrales,
06:23parce que tant que la France est là, il est difficile de changer cela.
06:25On pourrait changer pour dire que les banques centrales peuvent financer une partie du déficit des États.
06:32Parce qu'actuellement, ce qui se passe, c'est que lorsque nos États, disons, sont dans une situation déficitaire,
06:37ils doivent s'endetter.
06:39Nous sommes des pays pauvres, donc nous n'avons pas suffisamment des ressources.
06:42Donc, au lieu que la banque centrale finance une partie de ces déficits,
06:45on va dire qu'il faut aller sur les marchés.
06:47Et donc, sur les marchés, les taux d'intérêt sont prohibitifs, sont exorbitants.
06:50Et nous pouvons nous passer de ça si la banque centrale joue son rôle.
06:53Et si aussi la banque centrale a une politique monétaire
06:56qui permet à l'économie de bénéficier de crédit,
07:02parce que dans l'espace France-EFA, comme j'ai dit, on a privilégié l'équilibre externe.
07:05Donc, il n'y a pas assez de crédit.
07:06Le volume de crédit est très faible.
07:08Et donc, sans crédit, il n'y a pas de développement de la production.
07:11Donc, il n'y a pas de croissance économique, il n'y a pas de création d'emplois.
07:13Donc, il faudrait des réformes pour qu'il y ait plus de crédit.
07:17Et par la suite, on pourra voir si on va changer le nom du France-EFA pour avoir un autre
07:22nom.
07:24Et aussi, si on va faire imprimer nos biais et fabriquer nos pièces par d'autres entreprises
07:32ou par d'autres pays, le temps que nous-mêmes nous disposions de ces capacités-là.
07:35Donc, ça, c'est des choses accessoires, mais qu'on peut faire.
07:38Donc, si je récapitule, premièrement, on fait sortir la France.
07:41Deuxièmement, on revoit l'arrêt de marge à l'euro pour un panier de monnaie.
07:45Troisièmement, on change les statuts des banques centrales
07:47pour que les banques centrales puissent financer une part difficile des États.
07:51Et enfin, que ces banques centrales aient des politiques monétaires plus actives,
07:57permettant aux banques commerciales de créer du crédit pour plus de production et plus d'emplois.
08:04C'est comme ça, un peu, que je vois la sortie du système France-EFA.
08:08Merci beaucoup, Ntongo Sambassila.
08:10Merci à vous.
08:11Merci à vous.
08:13Merci à vous.

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