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  • il y a 5 minutes
L’un des symboles du travail selon Macron, c’est ce que l’on a appelé l’Uberisation. Un système qui permet à des plateformes, souvent localisées hors de France de recruter leurs employés avec un statut d’auto entrepreneurs. Jérôme Pimot ex livreur à vélo a été l’une des victimes de ce sous-salariat déguisé qu’il combat aujourd’hui. Réalisation : Eugénie Barbezat

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Transcription
00:01Les livreurs à vélo sont autant entrepreneurs, ils ont un travail qui est extrêmement pénible,
00:08donc on parle beaucoup de pénibilité, même si les plateformes parlent surtout de liberté,
00:13de flexibilité, de pouvoir d'achat. Moi je parle surtout de la pénibilité, de la dangerosité même,
00:18puisqu'on est payé à la tâche. On se retrouve à bosser 50 heures par semaine pour du 1000,
00:231500 euros on va dire bruts. On a presque 25% de RSI, le RSI qui prend 25% mais
00:31qui à terme ne rend pas grand-chose,
00:34parce que quand on a un accident au niveau du RSI, les indemnités journalières sont calculées à partir
00:39d'un an de cotisations, donc la première année quand on tombe c'est pour notre pomme. Donc oui,
00:45on est bien en delà, bien en deçà de tout ce qui est salaire socialisé, même sur des petits salaires.
00:51Tout est question de densifier la lutte et le combat que j'ai mis en place avec les
00:57différents livreurs depuis un an, un an et demi, pour créer un rapport de force en fait,
01:02pour créer un rapport de force et interpeller les plateformes pour obtenir du dialogue avec eux,
01:09du dialogue social, ce qui pour l'instant est inexistant. Nous le problème c'est qu'on est nos
01:14patrons mais on a les vêtements de la plateforme pour laquelle on travaille. Déjà rien que ça,
01:19c'est choquant et de plus en plus dans les médias, elles ont l'air de dire que maintenant on
01:25peut
01:25travailler sans la tenue, bon ça fait quand même deux ans qu'elles nous l'imposent. Moi j'ai
01:29notamment été viré de Deliveroo parce que je ne portais pas la veste, ça m'avait à l'époque assez
01:35choqué,
01:36alors que bon on est censé être indépendant, on n'est même pas censé avoir besoin de s'inscrire,
01:39théoriquement sur une plateforme on va travailler soi-disant quand on veut. Les plateformes nous le disent,
01:44on travaille quand on veut mais il faut quand même s'inscrire et puis il faut aller quand on est
01:47inscrit,
01:47parce que sinon on est puni. Et puis après voilà, si on a une mauvaise note, si j'étais
01:52quitté, il y avait même une notation par rapport à la moyenne de vitesse de livraison. Si on roulait
02:00plus vite, si on était plus efficace, on avait accès au planning avant les autres, enfin bref,
02:06ce genre de choses. Et on a aussi la subordination quelque part plus ou moins implicite mais on va dire
02:11explicite de la note, la note client qui fait que les livreurs comme les VTC sont assujettis à la
02:17au bon vouloir de la notre client. Ce qui des fois pose de réels problèmes notamment chez les livreuses.
02:23J'ai entendu plusieurs livreuses qui m'ont raconté qu'elle s'était fait draguer par un client qui
02:30prenait son sac de nourriture et puis invitait la livreuse jolie à venir passer la soirée avec lui.
02:36Et puis quand la livreuse refusait normalement, il lui faisait comprendre plus ou moins implicitement
02:42que c'était dommage parce que du coup il pensait lui donner une bonne note mais qu'il allait peut
02:47-être revenir
02:47sur ses positions. C'est des fois très très difficile pour vivre pour ses filles, ses jeunes filles,
02:54ce genre de conditions de travail. Je prône pas forcément la recalibration automatique mais qu'on sorte,
03:01qu'on sorte du salarié déguisé, qu'on arrive à vraiment pouvoir négocier de réels tarifs avec les
03:08plateformes, qu'on puisse vivre en fait de ce qu'on fait, que ceux qui veulent le faire puissent en
03:13vivre.
03:13Moi je fais rien pour détruire les plateformes, je mets en lumière leur façon de travailler mais
03:18Tech It Easy qui a fait faillite, c'est pas à cause du combat que j'ai fait, à cause
03:22du combat que j'ai mené,
03:23c'est juste parce qu'au bout d'un moment la concurrence entre plateformes est telle que les
03:29gros mangent les petits. Et puis même ensuite économiquement, le modèle économique de ces
03:35plateformes là est très très précaire puisqu'ils reposent sur des levées de fonds.
03:41Ok, les plateformes ne gagnent pas d'argent en livrant des burgers, elles gagnent de l'argent
03:45en vendant cette idée à des financeurs qui vont mettre des millions, des fois des centaines de
03:50millions. Une fois que les financeurs vont s'apercevoir qu'en fin de compte les plateformes
03:53ont pris un petit peu trop de liberté avec le droit du travail, avec tout un tas de choses,
03:59avec les livreurs notamment, avec les conditions de travail, je pense que petit à petit et la concurrence
04:04et les actions juridiques et les mouvements sociaux vont faire que les financeurs vont
04:09s'apercevoir que c'est très très viable, en fait c'est l'économie là. C'est justement
04:13mon autre axe de travail qui est de créer une plateforme que je voudrais coopérative pour
04:21essayer de faire en sorte que les différents partenaires locaux, que ce soit les commerçants,
04:25les clients, les collectivités territoriales, puissent être intéressés à une coopérative
04:29de livraison pour en être partenaires, pour en être des supports médiatiques et pour
04:35tout un tas de choses. Au niveau des locaux, pourquoi pas, la mairie de Paris pourrait avoir
04:40un rôle à jouer de façon à ce qu'on puisse relocaliser en fait cette économie là, ce
04:46marché, alors que pour l'instant les plateformes ont tout fait pour externaliser les revenus,
04:52je ne veux pas dire les revenus, mais tout l'argent qui est mis dans les plateformes
04:54partent dans du marketing et puis ensuite l'argent disparaît, elle ne paye pas d'impôts,
04:59je ne parle même plus des cotisations patronales pour le coup, mais les plateformes ne payent
05:04rien, elles s'arrangent pour l'évasion fiscale ou de l'optimisation, mais voilà,
05:09une coopérative locale ancrée autour de Paris, autour de Lyon, autour de Marseille,
05:13dans toutes les villes, en plus une coopérative qui serait duplicable aurait tout intérêt
05:18à exister puisque justement on est sur quelque chose qui est indélocalisable en fait, on est
05:21sur du local, que ce soit les commerçants, les clients, les livreurs, on est tous sur
05:25du local, il y a vraiment une carte à jouer à ce niveau là.

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