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  • il y a 14 heures
Philippe Martinez , Secrétaire général de la CGT, donne le regard de son syndicat sur la situation de la société, le résultat des élections, les mobilisations... Retrouvez l'intégralité de ce grand entretien dans l'Humanité Dimanche daté du 2 au 8 avril.Réalisation : Abrahim Saravaki

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00:08Quelque chose qui a marqué de s'attaquer à la finance, de donner plus de pouvoir aux citoyens,
00:14au peuple, plus de liberté, plus d'expression des salariés, etc. Et que ça c'est le temps
00:20des promesses. Quand on arrive aux manettes, on mène des politiques dont les gens à juste
00:27titre ne voient pas la différence avec celle précédente. Forcément, on se dit, c'est
00:32ce qu'on entend quand on croise les salariés, droite et gauche c'est la même chose, on continue
00:40à s'enfoncer dans la crise, il y a toujours autant de chômage. Donc malheureusement,
00:45malheureusement, pour un certain nombre de salariés, de retraités, de privés d'emploi,
00:51considèrent que le vote Front National peut être la solution, puisqu'on entend souvent
00:56mais eux n'ont jamais été aux manettes. Donc les politiques ont une responsabilité
01:04aussi. Le patronat a aussi une responsabilité.
01:06– Les salariés qui peuvent finalement, du danger de ces divisions, leur mettre en avant
01:14finalement, les convaincre que le collectif, c'est le seul issu, et qu'il n'y a pas d'issu
01:20mis dans ce repli finalement sur soi. – Évidemment, on est dans un environnement qui laisse,
01:28qui essaie de faire croire que l'austérité c'est un passage obligé, qu'il faut serrer
01:35la ceinture pour voir des lendemains qui chantent. Nous, on a donc une responsabilité
01:41pour condamner les politiques mises en œuvre, et en même temps, montrer qu'il y a des
01:46alternatives à ces politiques. – On n'est pas tous en Europe au même stade
01:51de l'austérité, on n'est pas encore au niveau de la Grèce ou de l'Espagne, mais
01:55on est tous sur le même chemin de l'austérité, à des degrés différents. Donc ça aussi,
02:03ça limite les perspectives, ou en tout cas le crédit d'alternatives possibles pour
02:11les citoyens d'Europe, qui, quand ils voient la situation de leurs collègues ailleurs,
02:16disent « oui, c'est compliqué ». Donc nous, notre boulot, il faut les convaincre que des
02:24alternatives sont possibles. On est assez satisfait d'ailleurs que la campagne qu'on a lancée
02:29maintenant depuis plus d'un an sur le coût du capital commence à porter ses fruits.
02:33Par exemple, sur l'idée de l'argent, il y en a, mais il n'est pas dans les bonnes
02:37poches. – Qu'est-ce que ça veut dire que ça porte ses fruits ?
02:40– Par exemple, on a constaté depuis 3-4 mois, beaucoup de luttes sur les salaires,
02:45c'est-à-dire que quand les salariés se battent pour leur salaire, alors qu'on leur
02:50dit qu'il n'y a pas d'argent, ça veut dire qu'il y a quelque chose qui a
02:53commencé
02:53à bouger. Pour les jeunes générations, la seule référence à l'histoire ne suffit
02:58pas. Des périodes de l'histoire de France, de l'histoire du monde où on a connu démonter
03:07l'extrême droite, etc. Je pense que les valeurs autour du racisme parlent plus, même si ça
03:17ne suffit pas non plus. Il faut que la CGT, tout en rappelant ses valeurs antiracistes,
03:28traite des questions sociales et ils viennent sur ces possibilités d'alternatives aux politiques
03:35d'austérité. Après, il y a des actions très concrètes. Je pense par exemple à notre
03:42bataille autour des salariés détachés. On a des endroits où la situation est difficile
03:48entre les salariés qui viennent d'ailleurs et les salariés qui sont en place. Et si
03:54on ne travaille pas l'idée qu'il y a du boulot pour tout le monde, à condition que les
03:57droits sociaux soient respectés, de montrer que des patrons profitent justement de la misère
04:06d'un certain nombre de peuples pour les faire venir, mais surtout à petit prix, surtout
04:13pour gagner beaucoup d'argent. Par exemple, montrer que le plus grand nombre de salariés,
04:20enfin je dirais la nationalité principale des salariés détachés en France, c'est les
04:26Français. Ça, c'est des indicateurs qui montrent que c'est bien des stratégies d'entreprise
04:32puisque les Français détachés en France, c'est la nationalité la plus importante.
04:39Donc que les patrons mettent une agence ou une antenne de leur boîte au Luxembourg qui
04:47est le lieu d'embauche des salariés français alors qu'ils n'ont pas bougé de leur poste
04:52et ils payent moins de cotisations et ils dérangent les droits français, c'est des bonnes
04:58démonstrations pour montrer que le problème, c'est pas les étrangers, entre guillemets,
05:02mais c'est bien les méthodes du patronat qui s'arrêtent par tous les bouts de contourner
05:08la loi. Ça, c'est des bons exemples. Mais la situation est tellement critique qu'il y a
05:14besoin d'être très offensif sur la question et de ne pas lâcher l'affaire, comme on dit,
05:20parce que sinon, oui, il y a des fortes tensions dans des entreprises réputées pour utiliser
05:31beaucoup de salariés détachés. Je pense à la construction, je pense au chantier naval
05:38de Saint-Nazaire, par exemple, à la réparation navale. C'est un sujet difficile à traiter.
05:46Et normalement, tout à fait logiquement, on voit les résultats du Front National autour
05:50de ces bassins d'emploi où ces questions sont posées, c'est là où ils sont plus hauts.
05:55Enfin, une tentative, mais qui marche malheureusement en destination identitaire des salariés à
06:01effectivement une origine ethnique ou à une religion supposée. Qu'est-ce que peut faire
06:07la société pour lutter contre cette façon de lire la société ?
06:12Justement, ça n'a rien à voir ni avec la religion ni avec les origines de tel ou tel
06:23endroit de la planète. C'est bien une stratégie. J'étais il y a quelques semaines à la réparation
06:35navale de Brest. C'était polonais qui ont 62 ans et qui sont catholiques et qui viennent
06:46de leur pays, qui logent dans des campings dans des conditions déplorables, qu'on va
06:50chercher en quart le matin pour les emmener au boulot, qu'ils travaillent 10, 11, 12 heures
06:55par jour, qu'on récupère le soir et qu'on ramène au camping. Donc c'est bien. D'ailleurs,
07:02beaucoup de salariés détachés, ce sont des Européens. Donc c'est bien une problématique
07:07d'exploitation de salariés et de mise en concurrence de salariés plus qu'une question
07:13d'ethnie ou de religion. Donc même si, évidemment, le Front National se sert également de ce genre
07:21de problème pour focaliser sur tel ou tel salarié d'origine plutôt maghrébine, puisque c'est
07:31quand même autour de ces questions-là qu'ils agissent, et puis plutôt autour de la religion
07:39musulmane. Mais la réalité est bien différente. Ce sont tous les salariés qui viennent de l'étranger
07:46qui sont exploitées de la même façon et avec les mêmes méthodes patronales.
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