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Isabelle Veyrat-Masson, Directrice de recherche au CNRS, François Jost, Professeur à la Sorbonne Nouvelle-Paris 3, Jean –Louis Missika, Adjoint à la Maire de Paris et Professeur au CNAM, Stéphane Ramezi, Responsable du Département Editions Multimédia à l’Ina sont réuni pour débattre et analyser l'évolution de la télévision d'aujourd'hui et ce qu'elle devienne.
Ce débat organisé au sein du Village de l’Économie Sociale et Solidaire de la Fête de l'Humanité 2014 est animé par Claude Baudry, Journaliste- chef de rubrique Médias Télévision de l'Humanité. Réalisation : Abrahim Saravaki
Ce débat organisé au sein du Village de l’Économie Sociale et Solidaire de la Fête de l'Humanité 2014 est animé par Claude Baudry, Journaliste- chef de rubrique Médias Télévision de l'Humanité. Réalisation : Abrahim Saravaki
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00:00Le média précédent donne sa forme au premier contenu du nouveau média.
00:05Et c'est la même chose sur Internet.
00:07Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on garde sur Internet ?
00:09On garde des programmes de télévision principalement.
00:11Mais ça ne va pas durer.
00:12Ça ne va pas durer.
00:13Internet, en tant que média dominant, un jour imposera ces formes et ces genres
00:19qui seront des formes et des genres radicalement différents de ceux que nous connaissons aujourd'hui.
00:24Et il y a toute une génération aujourd'hui de sociétés de production.
00:27Je pense par exemple à Upian, qui est en train d'inventer justement les programmes de demain de l'Internet,
00:34les web documentaires, les web séries.
00:35Et la web séries n'aura rien à voir avec la série telle que nous la connaissons aujourd'hui.
00:40Donc il faut faire très attention.
00:41Quand un média est naissant, il emprunte les formes du média précédent.
00:46Mais ça ne veut absolument pas dire que ça va durer.
00:49Et de ce point de vue-là, nous en sommes au début d'Internet.
00:52Et vous verrez que ce que nous regarderons sur Internet dans les 10 ou 15 ans qui viennent
00:57n'aura pas grand-chose à voir avec ce que nous regardons à la télévision aujourd'hui.
01:00Je voudrais que le web doc présenté au festival de l'Internet des programmes audiovisuels à Biarris de FIPA
01:07montrerait déjà une toute autre création télévision.
01:10Je pense que j'ai juste...
01:11Je voudrais continuer un petit peu dans la même lignée sur cet avenir comme ça d'Internet.
01:18Ce qu'on voit actuellement sur les plateformes d'information qui se trouvent sur Internet,
01:24je reviens à celle de France Télévisions parce que c'est notre télévision publique,
01:28ce qui est très intéressant, c'est que bien sûr, on peut aller vers des sujets librement,
01:35mais il faut un petit peu modérer cet enthousiasme sur la liberté du spectateur.
01:39Parce que ce qu'on voit, quand on regarde bien, c'est aller sur ces plateformes
01:44et vous verrez, vous observerez une chose, il y a le classement des informations les plus lues,
01:49pardon, il y a le classement des informations de la rédaction et le classement des informations les plus lues.
01:55Et ce n'est pas du tout les mêmes.
01:56C'est-à-dire que le classement, la hiérarchisation de l'information par les journalistes
02:00n'a rien à voir avec celle des usagers.
02:03Celle des journalistes, c'est qu'est-ce qui se passe en Irak,
02:06qu'est-ce qui se passe, j'allais dire au Parti Socialiste,
02:09parce que ça c'est un peu, il y a d'autres choses,
02:12qu'est-ce qui se passe au Roi Sport, etc.
02:16Le classement des usagers, c'est tout à fait autre chose,
02:19c'est un chien s'échappe d'une boucherie et fait deux morts en se prenant les pieds dans le...
02:24je ne sais pas quoi.
02:26Et différents faits divers comme ça.
02:28C'est-à-dire que vous n'avez pas tout de même placé.
02:29Ce qu'on peut craindre, ça existe déjà sur la télévision de marketing,
02:32telle que TF1 la pratique à 13 heures,
02:35c'est qu'on aligne ce que veulent les usagers sur ce qu'on montre finalement à la télévision.
02:41Et c'est, à mon avis, dans les évolutions possibles, il y a ça aussi.
02:44C'est-à-dire que les chaînes, les plateformes de télévision,
02:49veuillent rejoindre de plus en plus le goût du public
02:52et qu'on arrive donc à une information qui n'a plus aucune valeur politique.
02:59Est-ce qu'à force de vouloir toujours avoir l'avis de l'usager,
03:03on ne risque pas d'affaiblir la création, l'offre des créateurs,
03:06qu'on leur dise « c'est ça qui plaît »
03:09et donc on fait une télévision qui va dans votre sens ?
03:12Écoutez, j'ai envie de vous répondre oui et non.
03:15Reprenons l'exemple de la production de la série Unsoft Cards.
03:18On prend l'avis des usagers, on utilise des algorithmes.
03:21Il n'empêche, on fait aussi, dans le même temps pour la même série,
03:25appel à des grands professionnels, à des grands créateurs,
03:28David Fincher, pour ne pas le citer, grand réalisateur américain,
03:31pour réaliser les premiers épisodes de la série
03:33et avec des acteurs de talent.
03:36Donc c'est un mélange des deux, ce n'est pas tout l'un ou tout l'autre.
03:39Vous prenez le cas de la fiction.
03:41Pour l'actualité, pour l'information, c'est quand même très différent.
03:44C'est vrai qu'on risque d'arriver, un des dangers,
03:46c'est le parfait populisme de l'information.
03:49Parce que c'est absolument, j'allais dire,
03:52ce n'est pas un risque, il est déjà là.
03:55Il suffit d'observer certaines chaînes
03:57pour voir que, évidemment,
04:00le fait qu'on laisse la parole comme ça au public
04:03mène parfois vers des dérives totalement populistes.
04:06Je ne suis pas tout à fait sur la même longueur d'onde que François.
04:12D'abord, sur les séries, je voudrais signaler quand même
04:16quelque chose qui est très intéressant,
04:17c'est que nous vivons un âge d'or de la série américaine,
04:21que Hollywood, l'industrie du cinéma,
04:25est incapable aujourd'hui, en tout cas les grands studios,
04:28incapable aujourd'hui de produire un film intéressant.
04:31C'est absolument inouï.
04:32Et en fait, les talents, alors qu'avant c'était le contraire,
04:36les talents se sont déplacés du monde du cinéma
04:40vers le monde de la série.
04:42Je suis en train de regarder une série qui s'appelle
04:44True Detective, qui est absolument époustouflante de qualité.
04:48J'ai vu le lac de Jeanne Compiant.
04:51C'est aussi extraordinaire.
04:53Donc, si vous voulez, en termes de la qualité des séries,
04:55nous sommes vraiment, en ce moment, à un niveau tout à fait exceptionnel.
05:00Et House of Cards est une excellente série,
05:02un peu plus fabriquée que les autres.
05:04Mais House of Cards, il y a du talent de créateur dedans,
05:07il n'y a pas que de l'algorithme.
05:09Enfin, cette histoire de dire que House of Cards a été fait
05:11à partir d'un algorithme, à mon avis, n'a pas grand sens,
05:16même si effectivement, ils se sont servis.
05:18Mais je disais bien, il y avait deux.
05:19Oui, bien sûr, bien sûr.
05:20Ils se sont servis de leur algorithme, qui est d'ailleurs assez efficace.
05:26Maintenant, j'en viens à la question de l'information.
05:29Très franchement, je fais partie des gens qui ne croient pas
05:32que c'est la technologie qui va déterminer la période
05:36de climat politique dans laquelle nous vivons.
05:38Les périodes populistes, on en a connu bien avant l'arrivée d'Internet,
05:43malheureusement.
05:44Et de ce point de vue-là, ça n'a absolument rien à voir
05:47avec la technologie.
05:48Et ça a tout à voir avec la situation des gens,
05:53la crise des institutions, les rapports de force politique,
05:58la crise économique.
06:00Ce que nous vivons, la période que nous vivons aujourd'hui,
06:02excusez-moi de vous le dire, n'est pas une période
06:04qui est déterminée par Internet.
06:05Elle est déterminée par plein d'autres facteurs sociaux,
06:09économiques et politiques et institutionnels
06:12qui sont, d'un certain point de vue,
06:14beaucoup plus importants et beaucoup plus graves.
06:16Et inversement, moi je crois qu'il y a dans Internet,
06:20aujourd'hui, je l'ai écrit dans mon bouquin,
06:22dans la fin de la télévision,
06:23il y a du potentiel pour pouvoir justement réinventer
06:28de nouvelles formes d'intervention politique.
06:30Auparavant, on était dans une situation
06:32où il y avait d'un côté l'engagement militant profond,
06:38c'est-à-dire l'adhésion à un parti politique,
06:40la participation à des manifestations.
06:43Donc si vous voulez, quand même,
06:44une forme d'engagement qui était quand même extrêmement forte
06:48par rapport à l'autre situation
06:51qui était celle du citoyen, entre guillemets,
06:52passif, qui se contentait de s'informer et de voter.
06:56Qu'est-ce que Internet a apporté ?
06:58Internet a apporté toute une série
06:59de solutions intermédiaires entre ces deux extrêmes.
07:02entre le fait d'être un citoyen
07:06qui ne s'implique pas dans la vie politique
07:08et le fait d'être un militant engagé.
07:11Vous avez les partis éphémères,
07:13vous avez les pétitions en ligne,
07:15vous avez la possibilité de participer à des blogs,
07:19vous avez les flashmob.
07:21Donc vous voyez bien, il y a toute une série de choses.
07:24Il ne faut pas aussi regarder Internet
07:26uniquement comme un média.
07:28Internet est à la fois un média
07:29et quelque chose de plus,
07:31notamment un outil de mobilisation.
07:33On l'a bien vu dans des situations
07:37extrêmement graves et extrêmement tragiques,
07:39je pense notamment au printemps arabe.
07:41Et donc on voit bien que ce qui se passe aujourd'hui
07:46dans les médias,
07:49que ce soit la télévision avec les chaînes d'info,
07:52et là-dessus je suis entièrement d'accord
07:53avec ce qu'a dit François,
07:54chaîne d'info, ça consiste à brasser du vide.
07:57Ce n'est pas tout à fait la même chose
07:59en ce qui concerne l'information politique sur Internet.
08:02Un dernier élément, je rejoins ce que tu disais,
08:05c'est-à-dire qu'un des grands risques du web,
08:07c'est de ne jamais être confronté
08:10à des opinions contradictoires avec les vôtres,
08:13parce que vous vous créez un petit monde à vous
08:16dans lequel vous êtes avec les gens qui pensent comme vous.
08:19Et donc cet aspect-là des choses est un aspect très important,
08:23c'est-à-dire c'est un aspect où on doit être capable
08:28de créer de la controverse,
08:30c'est-à-dire que le web doit être un outil de discussion politique
08:33plutôt que de confortation politique.
08:36Je précise juste que je parlais des sites d'information
08:39et pas d'Internet en général,
08:41et effectivement Jean-Pierre Pernault n'a pas attendu Internet
08:44pour classer des sujets en fonction de ce qui se suppose
08:48des demandes du public.
08:50Selon une hiérarchie qui ne change pas.
08:53Je voulais reprendre ce que vous disiez sur House of Cards,
08:57c'est le fait de produire en fonction des demandes.
09:02Effectivement, moi je pense qu'il faut toujours écouter le peuple quand même,
09:06par rapport à ce que disait François Jost,
09:08et qu'il n'a pas toujours tort,
09:10donc c'est toujours important de l'écouter.
09:12Mais en ce qui concerne la création, c'est un peu différent.
09:15C'est un compris, c'est pas ce que j'ai dit non plus.
09:20Mais en ce qui concerne la création, c'est différent.
09:23Effectivement, le monde de la création est un monde
09:25qui est moins démocratique que l'information
09:29dans laquelle il est important d'écouter l'opinion de chacun.
09:32La création, c'est différent.
09:33Et d'ailleurs, je trouve que ce n'est pas un hasard
09:35si le deuxième âge d'or des séries est né avec HBO,
09:43la chaîne américaine qui est une chaîne câblée
09:45et qui est payante et qui finalement s'adresse à un monde un peu à part.
09:52Comment ?
09:53C'est pas le peuple.
09:54Et c'est la liberté qui a été donnée aux créateurs,
10:01c'est-à-dire que c'est une liberté qui est en dehors des règles du commerce,
10:04qui sont les règles du plus grand dominateur commun,
10:07qui sont des règles en général assez appauvrissantes.
10:10Le fait d'avoir donné à quelques créateurs une plus grande liberté
10:13a permis effectivement de faire des produits
10:16qui du coup ont intéressé les gens d'une manière très large.
10:19Donc on voit bien que la création, elle fonctionne à la fois dans une sorte d'élitisme,
10:24mais cet élitisme peut conduire à s'adresser au plus grand nombre après.
10:28Donc il y a une différence entre faire des productions, les offrir après,
10:33et il faut faire donc très attention de respecter les créateurs.
10:36Ils ont un monde à eux qui ensuite, mais seulement ensuite,
10:40va pouvoir toucher le plus grand nombre.
10:42Si on s'adresse au plus grand dénominateur commun,
10:44on risque d'oublier un peu les règles de la création.
10:47Et ça c'est plus compliqué.
10:48C'est différemment ce qui concerne les biens publics.
10:52Non, non, je suis d'accord.
10:54Encore une fois, on est dans un monde en mutation,
10:57elles sont certes rapides.
10:59Je crois que les deux grandes lignes cohabitent aujourd'hui.
11:02Et les investisseurs, ceux qui financent la création,
11:06que ce soit des organisations publiques ou pas,
11:08cherchent de nouvelles voies.
11:10Je voulais juste noter que quand des entreprises comme Netflix cherchent,
11:13ils amènent de nouvelles technos,
11:15ils font rentrer les nouveaux usages,
11:16ils essaient de voir ce qu'on peut en faire.
11:18Ça donne aussi des choses intéressantes en termes de création.
11:22Finalement, c'est juste l'industrialisation de quelque chose
11:24qui existait depuis Hollywood.
11:27Autant en emporte le vent,
11:29ils ont fait des tests,
11:32je ne sais pas combien je crois,
11:34ils ont retourné 4 ou 5 fois la fin du film,
11:37parce que les tests publics n'étaient pas bons.
11:39Et il y a une trentaine de pilotes pour un programme gardé.
11:42Donc, je veux dire, ça, on sait bien.
11:44C'est vrai qu'en France, la pratique du pilote,
11:46qu'on ne diffuse pas, est quand même assez rare.
11:48C'est surtout les fins qui l'utilisent.
11:51En gros, l'installation des personnages,
11:53qui était souvent un peu longue,
11:55et je crois qu'effectivement,
11:56moi, je suis assez d'accord pour dire que HBO,
12:00elle oblige aussi la création française à se bouger.
12:04Et elle l'a plutôt réussi dans certaines séries
12:07diffusées aussi bien par Arte
12:09que par Canal+, pour l'essentiel,
12:13ou Orange, pour ceux qui sont abonnés.
12:15Mais moi, je regarde aussi du côté de la création scandinave,
12:20où il se passe quand même des choses,
12:22l'israélienne aussi, d'ailleurs,
12:23et d'ailleurs très progressiste, celle-là.
12:26Et puis, il y a quand même des choses qui bougent.
12:30Peut-être que c'est...
12:32Parce que ce qu'on voit de séries américaines en France,
12:35c'est quand même, en général, ce qu'il y a de meilleur.
12:38Et même sur...
12:39Je dirais même sur TF1 ou M6,
12:41qui sont quand même...
12:43Enfin, moi, je m'opère dans les experts et les mentalistes,
12:46mais surtout qu'eux,
12:48ils ne font pas des diffusions linéaires,
12:51ils les font dans n'importe quel ordre,
12:52une saison sur l'autre.
12:54Enfin, moi, je trouve ça tellement imbuevable.
12:57Et voilà.
12:58Mais cela dit, Isabelle est un peu optimiste
13:01quand elle dit que ça transite après vers le grand public,
13:03parce que ce n'est pas tout à fait vrai, malheureusement.
13:05C'est-à-dire que Breaking Bad,
13:07ou qui est pour moi ma série préférée...
13:10C'est les émios, pardon ?
13:12Qui vient de recevoir encore les émios.
13:13Oui, qui est une série géniale.
13:16Malheureusement, ça ne passe pas sur les plus grandes chaînes,
13:19parce que les grandes chaînes savent que ça va faire 12-13% de public
13:23et que ça ne leur soutient pas.
13:24Non, moi, je ne te laisse pas dire ça.
13:26J'en ai discuté souvent avec Paolo.
13:29Tu prends une série, chacun a ses jugements,
13:32mais une série que je trouve remarquable,
13:34comme Dr. House, elle a cartonné sur TF1.
13:37Ils allaient commencer par les diffuser après 22h.
13:40Oui, mais justement, ça, ça dit la frilosité de TF1.
13:45Et d'ailleurs, imaginez le directeur des programmes de TF1
13:50recevant un producteur lui disant
13:52« Je voudrais faire une série sur un médecin drogué
13:55qui prend des risques absolument idouïs
13:58pour faire des expériences sur ses patients,
14:01et qui est odieux avec tout le monde
14:03et qui est profondément antipathique. »
14:04Vous imaginez la chance qu'il aurait eue d'obtenir un financement.
14:08Donc, il faut bien se rendre compte, quand même,
14:10qu'il y a un problème en France,
14:11c'est le manque d'audace des financeurs,
14:16des chaînes, des diffuseurs, absolument.
14:20Et ça aussi.
14:21Et puis, il y a un autre problème,
14:23alors qui, lui, est un problème, à mon avis,
14:25de rigidité du système de financement de l'audiovisuel français.
14:29Moi, je me suis posé la question,
14:31c'est pourquoi est-ce que Canal+,
14:32n'a pas fait comme HBO ?
14:35La réponse est extrêmement simple.
14:37Canal+, n'a pas fait comme HBO,
14:38c'est-à-dire se lancer dans le financement
14:40de séries très haut de gamme,
14:41de très grande qualité,
14:42parce qu'il ne pouvait pas le faire.
14:44Il y a un bon âge.
14:45À cause...
14:46Attends, laisse-moi terminer, s'il te plaît.
14:48À cause des obligations de financement du cinéma.
14:51C'est-à-dire que Canal+, était obligé
14:53de consacrer, je crois, 12 ou 14% de son budget
14:57au financement du cinéma français.
15:00Je ne porterai aucun jugement
15:01sur la qualité du cinéma français.
15:03Mais...
15:03Et du coup, ils ne pouvaient pas mettre
15:05autant de moyens que HBO a mis
15:07sur les séries.
15:08Ils l'ont fait,
15:09mais ils l'ont fait plus tard
15:11et de façon plus marginale.
15:12Ils ont fait Embrenage,
15:14ils ont fait Borgia.
15:15Je ne conteste pas le fait
15:16qu'ils ont été capables de séries
15:18et de produire des...
15:19Ou même Mafiosa,
15:20même si ce n'est pas très regardin,
15:22contrairement à ce qu'on dit.
15:22Ou les revenants.
15:23Les revenants.
15:24Non, absolument.
15:25Non, non.
15:25Je ne conteste pas que Canal+,
15:28ait produit quelques séries
15:31de bonne qualité.
15:31Mais vraiment,
15:33en nombre limité
15:34par rapport à ce que faisaient HBO
15:36et Showtime.
15:37Et à mon avis,
15:38à cause du système
15:39des obligations de financement
15:40qui leur étaient imposés.
15:42Est-ce que ce n'est pas aussi
15:43à cause de leur engagement
15:45dans les droits sportifs,
15:46parce qu'ils quand même
15:47touchent une grande partie
15:48de leur budget
15:49et qui favorisent
15:51leur large abonnement ?
15:52Parce que ça aussi...
15:54Non, non.
15:54Pas de malentendu.
15:55Aujourd'hui,
15:56c'est le football
15:57qui finance le cinéma.
15:59Ce n'est pas l'inverse.
15:59Attention.
16:00C'est parce qu'il y a
16:01le football sur Canal
16:02qu'une bonne partie
16:04des gens s'abonnent,
16:04notamment les CSP-.
16:06Et avec cet argent-là,
16:09vu les obligations de Canal
16:11pour financer le cinéma,
16:12moi j'ai toujours dit,
16:13c'est quand même
16:13assez paradoxal
16:14le système français,
16:15parce que ce sont les pauvres
16:17qui financent
16:18les loisirs des riches.
16:19C'est-à-dire que vous avez
16:21les gens qui s'abonnent
16:22sur Canal
16:24pour le foot
16:25et une partie de cet argent
16:26sert à financer
16:27des films inregardables.
16:30Et le fait que des e-sports
16:31rachètent la majorité
16:33des droits sportifs maintenant,
16:35le fait que des e-sports
16:37rachètent la majorité
16:38des droits sportifs
16:39et sans obligation
16:40pour le cinéma,
16:41ça vous inquiète ?
16:42Bien sûr,
16:43c'est inquiétant.
16:45Le système audiovisuel français
16:47était un système
16:48de financement
16:49en vase clos
16:50avec un nombre limité
16:52d'acteurs,
16:54télévision publique,
16:55télévision privée,
16:56commerciale
16:57et une télévision payante,
17:00Canal+,
17:00qui concentrait en quelque sorte
17:02tout ce qui faisait
17:03la télévision payante,
17:05c'est-à-dire à la fois
17:06le sport,
17:06les séries
17:07et le cinéma.
17:08Et donc,
17:08ce modèle-là,
17:10il est en train
17:11de fuir
17:12par tous les bouts.
17:13Il y a Beansport,
17:14il y a Netflix,
17:16il y a la télévision connectée,
17:17on parle d'un Google TV
17:19et d'un Apple TV.
17:21Donc,
17:22on est en train
17:22de passer
17:24d'un monde
17:24où le système
17:26de financement
17:27de l'audiovisuel
17:28était entièrement
17:29national
17:30avec des acteurs nationaux
17:32à un monde
17:33où il y a
17:34une forme
17:34d'internationalisation
17:36et on voit bien
17:37qu'il faudrait adapter
17:39ce système
17:39de financement,
17:40sauf que c'est
17:41extrêmement difficile
17:42à faire
17:42et que là aussi,
17:43c'est comme pour
17:44faire une plateforme
17:45de vidéos à la demande.
17:47Il faudrait que tous
17:47les acteurs se réunissent
17:48et qu'il y ait
17:50une discussion sérieuse
17:51sur comment est-ce
17:53qu'on fait pour s'adapter.
17:54Cette discussion sérieuse,
17:55on n'arrive pas à la voir
17:56et donc,
17:57on est dans une logique
17:58un peu de ligne maginaux
17:59où on se protège,
18:01où on essaie
18:01de verrouiller ici,
18:03de mettre une rustine là
18:04jusqu'au moment
18:05où le système
18:06l'imposera.
18:07Mais malheureusement,
18:08on ne voit pas
18:11de réforme
18:12du système
18:13de financement
18:14qui s'adapte
18:15en quelque sorte
18:16à cette nouvelle donne.
18:18InSport,
18:19c'est un élément
18:20parmi d'autres.
18:22Les producteurs
18:23ont dit,
18:23les producteurs
18:24de cinéma,
18:25ont dit
18:25mais InSport
18:26va diminuer
18:27le chiffre d'affaires
18:27de Canal
18:28et comme notre financement
18:29est fondé
18:29sur le chiffre d'affaires
18:30de Canal,
18:31ça va diminuer
18:31notre financement.
18:34La réponse est
18:35oui,
18:35effectivement,
18:36on est en train
18:37d'entrer
18:38dans une logique
18:39de dissociation.
18:40Mais ce qu'on appelle
18:41la fragmentation
18:41de la télévision,
18:42c'est exactement ça.
18:43Il n'y a aucune raison
18:44particulière
18:45que ce soit
18:45sur la même chaîne
18:46et le même diffuseur
18:48que se trouvent
18:49le football,
18:51le rugby
18:52et le cinéma.
18:54Et donc,
18:55à partir du moment
18:55où vous avez
18:56cette dissociation,
18:57vous êtes confrontés
18:58à un problème
18:59qui est de dire
19:00comment on fait
19:00et la réponse
19:01à cette question
19:02est extrêmement complexe.
19:04Un petit mot
19:04de conclusion
19:06pour...
19:06Allez-y,
19:07Isabelle,
19:07je vais rappeler ça.
19:08Oui,
19:08en ce qui concerne
19:09les médias
19:10et la démocratie,
19:11il faut bien sûr,
19:12puisque c'est notre objet,
19:14évoquer les questions
19:15de technique,
19:16mais il faut évidemment,
19:17comme le dit Jean-Luc Missika,
19:18les relativiser.
19:19Je pense que ce qui est frappant,
19:21c'est à quel point
19:21nous sommes devenus
19:22tous des experts.
19:24C'est-à-dire que face
19:25à la télévision,
19:26les sociologues
19:27ont montré depuis longtemps
19:27que les téléspectateurs
19:29étaient extraordinairement réactifs,
19:32réagissaient
19:32et ne se laissaient pas
19:35entièrement avoir.
19:36Et c'est particulièrement vrai,
19:38c'est de plus en plus vrai
19:39que nous sommes devenus
19:41des experts,
19:41que l'augmentation
19:43de l'alphabétisation
19:45et de l'information
19:45des gens,
19:46la présence constante
19:48des images
19:49et des textes
19:50chez les uns
19:51et chez les autres,
19:51fait que face à la télévision,
19:53nous sommes de moins en moins passifs,
19:54de plus en plus réactifs
19:56et que les médias,
19:57les numériques
19:58nous donnent les moyens
19:59de critiquer
20:00et de réagir.
20:01Mais un vrai rôle
20:03à jouer pour l'éducation
20:04rapidement
20:04dans ce monde
20:05qui évolue
20:06très très fortement,
20:07c'est apprendre,
20:08avoir un regard critique,
20:09apprendre de la distance
20:11dans ce flot
20:12d'informations
20:12et de contenus.
20:13Tout comme on ne peut pas
20:14empêcher le soleil
20:15de se lever tous les matins,
20:17je pense qu'on est rentré
20:18dans ce monde-là,
20:18maintenant à la société
20:19d'évoluer,
20:20aux médias aussi,
20:23d'être responsable
20:25et aux politiques,
20:27à l'éducation,
20:28de savoir éduquer,
20:31notamment les plus jeunes
20:32dans ce nouveau monde
20:33où les images affluent
20:35toujours en plus grand nombre.
20:37Chose importante,
20:38d'avoir des critiques
20:38de télévision.
20:39On va essayer
20:40de continuer alors.
20:41à l'éducation.
20:45Sous-titrage Société Radio-Canada
20:46et à l'éducation.