00:00Et je rappelle toujours que les lycéens sont dans la rue en réclamant plus de moyens.
00:04Il y a de l'argent sale, du blanchiment et de la fraude qui n'est pas récupérée.
00:10Nathalie Goulet, madame la sénatrice, votre livre, je le rappelle aux éditions Robert Laffont,
00:15La gangrène, comment l'argent sale nourrit le monde, vous expliquez en fait,
00:18et vous utilisez l'humour avec des portraits très intéressants dans ce livre,
00:23vous dites en fait comment les criminels sont pluridisciplinaires.
00:27Oui, c'est ça.
00:27On a l'impression que les criminels ne sont que sur la carte vitale.
00:29Non, non, non, ils s'occupent de tout.
00:31Ils sont généralistes.
00:32Voilà, ils sont généralistes.
00:33C'est comme les médecins.
00:33Alors, vous avez par exemple cette obsession du narcotrafic qui est vraiment un problème très très sérieux.
00:38Mais il faut bien comprendre, et vous avez bien raison, Christine Kelly le soulignait,
00:42les délinquants sont pluridisciplinaires.
00:45C'est-à-dire qu'ils vont faire un peu de trafic de drogue,
00:47mais comme le trafic de drogue est de plus en plus surveillé,
00:49ils vont passer à la contrefaçon,
00:51parce que les gens pensent qu'avoir un sac de marque de contrefaçon,
00:54c'est pas très grave, etc.
00:55Il ne faut pas oublier que la contrefaçon, c'est aussi des faux médicaments,
00:57c'est aussi des fausses pièces détachées de voiture,
01:00c'est des fausses Ray-Ban qui brunent les yeux,
01:02c'est des parfums cancérigènes, etc.
01:04C'est-à-dire que la contrefaçon, c'est pas une criminalité sans victime.
01:07C'est des vrais salopards qui font des victimes.
01:10Et donc, il y a aussi évidemment du trafic de migrants.
01:13Donc, on utilise des migrants pour lesquels on a aidé au trafic et qui arrivent chez nous.
01:18On leur fait vendre de la contrefaçon.
01:20On leur fait évidemment transporter de la drogue.
01:22Mais ils sont aussi utilisés dans des espèces d'équipes,
01:26maintenant avec toutes les failles des systèmes numériques,
01:30pour frauder avec des usurpations d'identité, etc.
01:33C'est-à-dire que vous avez des gens qui sont pluridisciplinaires,
01:35dans une organisation magistrale de la fraude,
01:38où il y a des rouages plus ou moins visibles,
01:40et de moins en moins visibles.
01:42Nathalie Goulet, la madame la sénatrice sur Europe 1,
01:44pour son livre, la gangrène, comment l'argent sale pourrit le monde.
01:48Et vous dites qu'il y a une grande fraternité des acteurs de l'argent sale.
01:53C'est-à-dire que non seulement ils sont pluridisciplinaires,
01:56en utilisant un peu tout, ils sont sur plusieurs secteurs,
01:59mais en plus il y a une grande fraternité.
02:01Qu'est-ce que vous entendez par là ?
02:02Je veux dire qu'il y a d'abord des réseaux de confiance qui se créent,
02:08par exemple pour un moyen ancestral de blanchir l'argent qui s'appelle l'awala,
02:15qui ressemble un peu, pour les plus jeunes d'entre nous, au lombard des droits maudits.
02:19C'est-à-dire qu'en fait l'argent ne circule pas.
02:22Je vais vous dire que vous allez payer quelqu'un pour moi à Dubaï,
02:25je vais vous donner de l'argent, mais vous, vous avez un ami à Dubaï
02:28qui va pouvoir payer ce que je dois payer à Dubaï ou ailleurs,
02:31et l'argent n'aura jamais quitté ce studio.
02:33Je vais vous le remettre maintenant,
02:34et vous, vous allez téléphoner à un homme de confiance ou une femme de confiance
02:37que vous avez dans un pays où je dois payer quelque chose,
02:40et donc l'argent n'aura jamais en réalité circulé.
02:42C'est un moyen ancestral, il y a des milliards qui circulent comme ça,
02:46et évidemment qui est un moyen très ancien,
02:48et compliqué à débusquer,
02:51qui se cumule avec de la crypto-monnaie qui est un moyen plus nouveau,
02:55c'est-à-dire que tous ces moyens de blanchiment se stratifient.
02:58Vous avez des moyens anciens, traditionnels,
03:00et puis vous avez des moyens nouveaux,
03:01et puis vous avez ce qu'on dénonce dans nos rues,
03:04avec ces restaurants, ces entreprises de BTP.
03:07Oui, justement, j'allais en parler, les barbiers.
03:08Et ça fonctionne comment ça ?
03:10Tout ça, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas d'activité,
03:12et en fait ils blanchissent de l'argent avec une activité factice,
03:15même s'ils doivent payer un peu d'impôts ou un peu de charges.
03:19En fait, ils vont rentrer,
03:20vous avez des gens,
03:21vous l'avez dénoncé des dizaines de fois,
03:23vous avez un interdent de commerce qui n'ont pas un client,
03:25et pourtant ils sont toujours là.
03:27C'est intéressant, Taliguelet vous montrait
03:30comment des activités criminelles s'immiscent,
03:33comme le disait Gabriel Cluzet dans le quotidien,
03:35avec des complices parfois sans le savoir,
03:37c'est-à-dire les commerces de façade,
03:38les salons d'onglerie, les salons de coiffure.
03:41Et qu'est-ce qu'on peut faire par rapport à ça ?
03:45Et puis quelle découverte vous a le plus choquée ?
03:49Alors le plus choquée, malheureusement,
03:51c'était déjà pendant la commission d'enquête que j'avais menée,
03:53où lorsqu'on a été faire une enquête à Dubaï,
03:56notamment sur l'immobilier,
03:57qui pose quand même un certain nombre de problèmes,
03:59des agents immobiliers nous ont dit à Dubaï,
04:01enfin un agent immobilier à Dubaï,
04:02nous a dit écoutez nous on a un très bon client,
04:04il achète presque toutes les semaines en cryptoactif,
04:07depuis sa cellule au Beaumet.
04:08Hum !
04:09Non !
04:11Si ?
04:12Bien sûr !
04:13Et pourquoi personne ne parle de tout ça ?
04:15Pourquoi personne ne dénonce cette criminelle ?
04:16Mais c'est un peu déprimant !
04:17Alors le dernier chapitre du livre,
04:19c'est le parlementaire qui n'arrive pas à faire avancer ses dossiers.
04:21Et ça c'est vous !
04:22Je ne vous cache pas que ça pique un peu,
04:25enfin il faut distinguer l'auteur du parlementaire revanchard,
04:28mais quand même, ça pique un peu.
04:30Et il y a notamment,
04:31j'avais parlé des histoires de fraude,
04:33mais il y a d'autres sujets qui sont tout aussi graves,
04:36si vous voulez,
04:37tout ce blanchiment,
04:37tout cet argent sale,
04:38ça va servir à quoi ?
04:39Je vais vous donner un exemple concret.
04:40Vous avez des entreprises du BTP,
04:42qui vont payer une partie des salaires de leurs salariés en espèces,
04:45donc ils vont payer moins de charges sociales.
04:47À la fin de l'année,
04:49c'est 8 milliards de fraude à l'URSSAF.
04:50Cette fraude à l'URSSAF,
04:52ça pénalise nos systèmes sociaux.
04:54Et comme les entreprises vont payer moins de salaires,
04:58évidemment,
04:59leur devis va être moins important,
05:01la qualité de ce qu'ils vont faire va être moins bonne,
05:04ça va porter un préjudice commercial
05:05aux autres entreprises du même secteur sur le même territoire,
05:08donc c'est du dumping économique,
05:10et c'est comme ça que l'argent sale rentre dans l'économie réelle.
05:12On marque une pause,
05:13on revient sur Europe 1,
05:15avec cet exemple notamment des 8 milliards de fraude à l'URSSAF,
05:17et on voit effectivement tout le parcours de cette fraude
05:22et comment ça impacte effectivement toute la société française.
05:25Je rappelle, à l'heure où les étudiants, les lycéens et les étudiants
05:28sont dans la rue en réclamant plus de moyens,
05:31on peut trouver l'argent.
05:32On marque une pause, on revient.
05:3311h-13h, vous écoutez Christine Kelly et vous,
05:35et vous pouvez échanger avec notre invitée,
05:36la sénatrice Nathalie Goulet au 0182 39 21,
05:40le numéro est non surtaxé.