Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 8 mois
Chaque matin dans son édito, Vincent Trémolet de Villers revient sur l'actualité politique du jour. Ce vendredi, il s'intéresse à l'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro, bonjour Vincent Trémolet-Villers.
00:04Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:06Ce matin Vincent, vous revenez sur la question des réseaux sociaux,
00:10entre l'interdiction aux mineurs de moins de 15 ans,
00:13les perquisitions aussi cette semaine chez X à Paris,
00:15certains crient à l'atteinte aux libertés,
00:17quand d'autres invoquent l'urgence de réguler.
00:20Comment y voir plus clair Vincent ?
00:22En essayant de ne pas tout confondre Dimitri.
00:24Il y a d'abord le mal que font les écrans en général
00:26et les réseaux sociaux en particulier sur nos cerveaux.
00:28C'est un mal documenté qui désoriente les esprits,
00:31les ramollit et les rend vulnérables.
00:33C'est un véritable processus de crétinisation.
00:35La preuve, le numérique ne connaît pas le second degré
00:38qui est l'autre nom de la vivacité de l'esprit.
00:41Cette compulsion dévaste aussi la capacité de concentration.
00:44Figurez-vous qu'il existe en Angleterre des sessions
00:47pour aider des jeunes à lire en intégralité
00:49un roman de plus de 150 pages parce qu'ils n'y parviennent plus.
00:53On pourrait ajouter aussi le déferlement d'images violentes,
00:56avilissantes qui rétrécissent l'intelligence
00:58et qui salissent les esprits.
01:00Ce n'est pas le seul motif de l'explosion
01:02des problèmes cicatriques pour la jeunesse,
01:04mais c'en est un incontestablement.
01:06Deuxième dimension, Dimitri, la question politique
01:08est celle de l'hégémonie des géants de la tech américaine et chinoise
01:11qui veulent remplacer les vieilles formes politiques
01:13que peuvent être les empires ou les états-nations.
01:15Meta, X ou TikTok se moquent des frontières et des lois.
01:18Et il est tout à fait sain que les démocraties
01:20veuillent en retour leur imposer le droit commun,
01:22d'autant que ces entreprises possèdent nos données,
01:24nos habitudes de consommation
01:26et nous obligent en quelque sorte à nous soumettre à leur puissance.
01:29Il est tout à fait légitime de préférer
01:30la bonne vieille démocratie libérale
01:32à cette féodalité 2.0.
01:34Mais comment ?
01:35En faisant respecter la loi,
01:36le droit fiscal, le droit civil
01:38que toute entreprise doit respecter en France.
01:40Si l'on prend, Dimitri, la question des médias,
01:42il faut bien comprendre qu'aujourd'hui,
01:44le directeur général d'Europe 1
01:45ou le directeur de la publication du Figaro
01:47sont responsables devant la loi
01:49des propos qui sont tenus dans ces deux médias
01:51et même des commentaires postés sur les sites internet.
01:55Meta ou TikTok ou X ne sont responsables de rien.
01:59Alors on peut considérer, c'est mon cas,
02:01que les médias traditionnels sont trop surveillés
02:02et qu'ils doivent étendre leur liberté d'expression.
02:05Mais cela ne veut pas dire qu'il faut les remplacer
02:07par le mirage libertaire des plateformes.
02:11Troisième dimension,
02:12la question de l'algorithme
02:13et de son influence éventuelle sur les élections.
02:15Alors ça, cela ne date pas de Trump.
02:17Dans son essai L'or des prédateurs,
02:19Juliano d'Ampoli rappelle que Google
02:20a sans doute autant participé
02:23à l'élection de Barack Obama
02:24que Twitter à celle de Donald Trump
02:27pour son deuxième mandat.
02:28Mais sur cette question de l'influence,
02:30c'est tout le système médiatique
02:31qui doit faire son examen de conscience.
02:33On a vu des chaînes d'info
02:34où les généralistes tournaient en boucle
02:35sur un événement et en négligeaient un autre.
02:37Et c'est là qu'on arrive à la question idéologique
02:39qui recouvre ce débat
02:40et qui, elle, pose un véritable problème
02:42de liberté et de démocratie.
02:44C'est-à-dire ?
02:45C'est-à-dire que les pouvoirs affaiblis,
02:47comme par exemple en France
02:47ou en Grande-Bretagne,
02:48profitent du défi essentiel
02:50que posent les GAFAM
02:51pour tenter de s'en prendre aux opinions
02:53qui menacent leur position dominante.
02:55En gros, ce qu'il reproche à Elon Musk,
02:58ce sont ses convictions,
02:59plus que la prédation commerciale
03:01à laquelle il se livre.
03:02Si Musk faisait des postes
03:03à la gloire de Raphaël Glucksmann,
03:05serait-il autant critiqué ?
03:06Eh bien, je ne le crois pas.
03:08Pedro Sanchez,
03:08le premier ministre espagnol
03:10qui veut créer une coalition
03:11des volontaires
03:12contre les réseaux sociaux,
03:14plaide, je le cite,
03:15pour la création d'un indice
03:17de la haine
03:18et de la polarisation.
03:20Mais alors,
03:21qui objective la haine, Dimitri ?
03:23Faut-il une commission
03:24de la haine et de l'amour ?
03:26Pour un nationaliste catalan,
03:27l'unité espagnole,
03:28c'est un discours de haine.
03:29Pour un activiste
03:30de la transidentité,
03:31dire qu'un homme est un homme,
03:32c'est un discours de haine.
03:33Pour Rima Hassan,
03:35crier « Vive Israël »,
03:35c'est un discours de haine.
03:37Pour un anticlérical,
03:38la crèche de Noël,
03:39c'est un discours de haine.
03:40Et pour un bigot,
03:41Charlie Hebdo publie
03:42des dessins de haine.
03:43Vous voyez bien
03:44que la haine,
03:44c'est un sentiment,
03:45c'est une humeur,
03:46ça n'est pas une notion juridique.
03:48Il y a donc évidemment
03:49une pulsion autoritaire
03:50dans l'utilisation
03:51de cette notion.
03:52Et tous les amoureux
03:53de la liberté
03:54devraient s'en inquiéter.
03:55Merci d'avoir clarifié
03:56les termes du débat
03:57pour nous ce matin.
03:57Vincent Trémolette-Villère,
03:58l'édito politique sur Europe 1.
04:00Je signale la une...

Recommandations