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  • il y a 13 minutes
Nadine Trintignant a connu les plus grands : de Marlon Brando à Brigitte Bardot en passant par Jacques Prévert. À 91 ans elle se souvient de ces légendes mais surtout de ceux qu'elle a le plus aimés : Jean-Louis et Marie Trintignant, Alain Corneau... Elle leur consacre un livre de souvenirs : « Ceux qui nous manquent » aux éditions Albin Michel. Nadine Trintignant est l'invitée de Marc-Olivier Fogiel.
Regardez Face à Fogiel du 06 octobre 2026.

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Transcription
00:00En commun, RTL Matin, 7h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:07Et avec Marc-Olivier Fogiel à 8h17.
00:10Ce matin, Marc-Olivier, vous recevez un grand nom du cinéma français.
00:13Nadine Trintignant ouvre l'album de sa vie dans un nouveau livre.
00:16Le cinéma, ses amis, sa famille et forcément sa fille, Marie Trintignant.
00:21Nadine Trintignant est donc votre invité ce matin.
00:24Bonjour Nadine Trintignant.
00:25Bonjour Chélamy.
00:27On est tellement heureux de vous recevoir sur RTL à l'occasion de votre si beau livre, Ce qui nous
00:32manque.
00:32Vous avez 91 ans Nadine, plus de 60 ans que les français vous aiment.
00:36Ils vous connaissent à travers vos films, vos livres, votre famille avec ses hauts et ses bas.
00:41Et ce livre, c'est un peu une galerie de portraits de tous les gens qui vous ont été proches.
00:45Jacques Prévert, Marlonne Brondeau, Brigitte Bardot, Simone Signoret, Yves Montand, bien sûr Jean-Louis, Marie, Alain Corneau et tant d
00:54'autres.
00:54Et c'est un livre plein de vies en fait. C'est Patrice ce livre.
00:58Ah non, je me suis appliquée à ce qu'il ne soit pas triste.
01:01Puisque c'est les gens qui nous manquent, qui sont partis, il faut s'en souvenir avec douceur, avec sourire.
01:08Il faut essayer de ne pas craquer.
01:11Et puis, je vais vous dire, beaucoup de gens m'arrêtent souvent dans la rue très gentiment en me parlant
01:17de Marie.
01:18Ils me parlent toujours de sa fin.
01:20Et j'avais envie de parler de vie, quoi.
01:23Vous avez été élevée comme ça.
01:25Vous avez été élevée par des parents, des frères et des sœurs dans une enfance très heureuse
01:29qui vous donne un socle pour affronter la vie de façon positive, même si vous avez été fauchée et plus
01:35d'une fois, Nadine.
01:36Exactement.
01:37Il y a beaucoup de moments heureux, notamment Marlon de Brodeau qui joue au foot dans les rues de Paris
01:42avec vos frères et une boîte de conserve en guise de ballon.
01:45Ou Brodeau encore en plein régime que vous retrouvez affamée devant le réfrigérateur avec une marmite de spaghettis sur les
01:51genoux.
01:52C'est le moment gay.
01:53C'est aussi ça, la vie de Nadine Trintignon.
01:55Oui, c'est le moment très gay.
01:57Marlon n'était pas connue au début.
02:00C'est-à-dire, moi, je suis rentrée de l'école avec mon cartable.
02:03J'ouvre la porte et je vois un homme d'une beauté.
02:06Mon cartable est tombé par terre.
02:09Et il a été adorable.
02:11C'est quelqu'un de si doux, de si tendre.
02:14Il était merveilleux, Marlon.
02:16Et Jacques Prévert, il était comment, Jacques Prévert ?
02:18Prévert, c'était un rêve de rire.
02:22Prévert, c'était une merveille.
02:24Quand il nous raccompagnait chez nous avec ma sœur, il s'arrêtait devant des gouttières.
02:29Et il disait, méfiez-vous, braves gens, il y a de la merde dans vos tuyaux.
02:35Et on partait en courant.
02:37Il était comme un enfant.
02:39Il dormait quelquefois dans le cimetière.
02:42Et il était un être merveilleux, Prévert.
02:45Il m'a fait connaître le marais où je vis maintenant.
02:48Et par exemple, un jour, il y a un jeune homme qui avait un diable.
02:52Vous savez ce que c'est, les diables ?
02:53Oui, un caddie.
02:54Et alors, le jeune homme laisse son diable.
02:58Jacques le prend.
02:59Et on marche dans la rue.
03:01Le jeune homme s'aperçoit.
03:03Il nous poursuit.
03:04Et on court.
03:05Quand le jeune homme va nous rejoindre, il le met dans mes mains.
03:07Et il dit au jeune homme, regardez cette jeune fille.
03:11Voler à son âge des diables.
03:13Qu'est-ce qu'on en fait, monsieur ?
03:15J'ai lu ça dans le livre.
03:16J'ai lu aussi Simone Signoret, inconsolable, en voyant mon temps partir quasiment, ou aimer Carole Amiel.
03:23Et vous, de lui expliquer que l'amour peut avoir plusieurs visages.
03:26Oui, parce que c'était vrai.
03:29Yves ne s'est jamais arrêté d'aimer Simone.
03:32Même s'il est tombé amoureux de Carole Amiel.
03:35Simone, c'était son rêve depuis longtemps.
03:40Carole lui a fait un très beau cadeau.
03:42Parce que Simone ne pouvait plus avoir d'enfant.
03:46Enfin, avait des problèmes avec ça.
03:48Carole lui a fait Valentin.
03:49Il a fait Valentin.
03:50Mais vous, vous étiez là pour penser les plaies de votre amie Simone, qui elle, vivait ça dans une douleur
03:56absolue.
03:56Oui, mais Simone, la douleur, elle savait la combattre.
04:00C'était une forte.
04:02Elle était merveilleuse.
04:03Je l'ai adorée, moi, Simone.
04:05Parce que c'était quelqu'un qui donnait, qui était généreux, qui était intelligente.
04:13Très intelligente.
04:14C'est vrai que la politique l'intéressait et qu'elle a fait des tas de choses formidables.
04:19L'amour, la tromperie, il faut dire Nadine que vous connaissez, vous écrivez.
04:24Jean-Louis Trintignant, le premier grand amour de votre vie.
04:27Lui aussi, il a été amoureux en même temps.
04:29Vous, vous avez été amoureuse en même temps.
04:30D'Alain Corneau, on va y venir.
04:31Ah non, non, pas moi.
04:33Après, pas en même temps, moi, bien après.
04:37Mais vous l'avez follement aimé, Jean-Louis.
04:39Ah oui, Jean-Louis était quelqu'un de doux, de tendre, de merveilleux.
04:44Et on lui mettait des beautés dans les bras.
04:47Et puis, bon, c'est dur de résister.
04:50Mais en même temps, vous avez transformé ça.
04:53Il s'est installé sur le palier d'à côté, en fait.
04:55Vous avez coexisté, vous avec Alain Corneau, et lui à côté sur le même palier.
04:59On n'était plus ensemble.
05:01J'habitais dans le marais avec Alain et les enfants.
05:04Jean-Louis me dit un jour, un an après,
05:06écoute, j'en peux plus des hôtels.
05:09Demande à Alain si ça ne l'embête pas que je loue à côté.
05:12Pas le palier.
05:13On descendait les escaliers dehors.
05:15C'était un petit raccourci que je faisais.
05:18Mais suffisamment pour que les voisins pensaient que vous étiez tous à vivre ensemble, malgré tout.
05:23Les comérages de quartier, c'était ça quand même.
05:25Mais oui, je croyais qu'il n'y en avait pas, les comérages.
05:29Et un jour, j'étais avec Marie dans une boulangerie.
05:32Et je dis à la boulangère, oh, vous êtes tellement bien ici, il n'y a pas de comérages.
05:38Et je vois qu'elle et sa fille se retiennent de rire.
05:41Je dis, mais pourquoi vous vous retenez de rire ?
05:44Et elle me dit, parce que dans le quartier, on vous a vu arriver avec Alain et vos deux enfants.
05:49Et puis après, on a vu arriver Jean-Louis Trondignon, qui est reconnaissable.
05:54Et on vous voyait rire dans la rue avec lui.
05:58On vous voyait tous ensemble.
05:59Et on vous appelait Mésaline.
06:03Il y a tout ça dans le livre.
06:05Et puis, vous le dites, les gens viennent vous voir dans la rue pour vous parler de Marie.
06:09Marie, elle est omniprésente dans le livre, malgré tout.
06:12Marie a été vraiment aimée comme un ange qu'elle était.
06:16Vous lui faites une magnifique lettre à la fin.
06:18Une lettre d'amour à Marie.
06:21Vous culpabilisez sur le tournage à Vilnius de ne pas avoir su tirer Marie des griffes de Bertrand Cantat.
06:28Ça reste une plaie béante, malgré tout, Marie.
06:31Bien sûr, pour la vie.
06:33Un manque, là.
06:36Vous diriez que c'est l'absence la plus douloureuse pour vous de toutes les absences ?
06:41Oui, je crois.
06:43Vous lui écrivez, de ma vie autrefois tu faisais des soleils.
06:47Éperdu, je te cherche.
06:49Je sais que c'est en vain.
06:51J'ai perdu ma lumière.
06:52C'est vrai que j'ai perdu ma lumière avec Marie.
06:56On se ressemblait énormément.
06:58On riait beaucoup parce qu'on était toutes les deux, pas amorales, immorales.
07:04L'autre, quoi.
07:05Et ça nous faisait rire.
07:07On se racontait des trucs qui nous faisaient rire.
07:09On était très proches avec Marie.
07:12Très proches.
07:12Et évidemment, vous pensez à elle tous les jours, j'imagine, Nadine.
07:15Bien sûr.
07:17Bien sûr.
07:17Est-ce que malgré tout, je ne sais pas si le mot convient, une satisfaction pour vous, en ayant pris
07:22la parole au moment du drame, d'avoir fait évoluer la société ?
07:26A l'époque, on disait un peu que c'était une sorte de drame passionnel.
07:30Or, elle a été tuée sous les coups de son compagnon violent.
07:34C'est les violences conjugales.
07:35Aujourd'hui, on en parle tellement différemment d'il y a 20 ans.
07:37Absolument.
07:38Et ça, c'est grâce à vous, d'une certaine manière.
07:40Et c'est grâce à Marie, je me dis.
07:42Et vous faites bien de m'en parler, parce que c'est la chose qui fait que je me dis,
07:47c'est horrible ce qui est arrivé.
07:49Mais grâce à Marie, il y a peut-être des femmes qui vivront.
07:52C'est énorme.
07:54Drame passionnel à l'époque, dispute amoureuse, des mots qui vous arrachaient les oreilles quand vous connaissiez la réalité de
08:00ce qu'elle avait subi.
08:01Aujourd'hui, on ne dit plus ça.
08:02Ce n'était pas une dispute amoureuse.
08:04Vous avez fait changer la société.
08:05Quand vous voyez aujourd'hui qu'on examine une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes
08:11et aux enfants,
08:11et qu'aujourd'hui, donc, la société a changé, vous dites, Marie n'est pas morte pour rien.
08:17C'est vrai.
08:18Je ne sais pas, un aveuglement de mer, c'est une vérité.
08:22Vous regardez encore ce que fait Bertrand Cantat, où tout ça est loin derrière vous ?
08:25Vous ne voulez plus jamais en entendre parler ?
08:27Pas du tout.
08:28Tout ça est très loin derrière vous.
08:29Vous avez perdu Marie.
08:30Ce que les téléspectateurs et les auditeurs savent moins, c'est que vous avez été aussi fauchée.
08:34Il y a longtemps, vous avez perdu Pauline, une première petite fille, dans son berceau à neuf mois.
08:40Un très beau film, une très belle chanson de Michel Polnareff, « Ça n'arrive qu'aux autres ».
08:57Comment on se remet de la mort d'un petit bébé comme ça, Nadine Trintignant ?
09:00On ne se remet pas, il est toujours présent.
09:04Moi, vous savez, il y a une expression que je n'aime pas, je la respecte.
09:08Je la connais, c'est « faire son deuil », c'est ça que vous n'aimez pas comme expression
09:11?
09:12Oui, je ne peux pas supporter « faire son deuil ». Je ne verrai jamais mon deuil d'aucune de
09:17ces personnes qui sont dans le livre.
09:19« Je les aime pour toujours ». Et Pauline était un bébé merveilleux.
09:24C'était un cadeau aussi. Enfin, les enfants, c'est des cadeaux.
09:28Aujourd'hui, vous avez 91 ans, je peux le dire, Nadine Trintignant.
09:31Mais oui !
09:32Vous nous parlez de ce qui vous manque.
09:34Est-ce que vous pensez beaucoup à la mort et au moment où vous allez aller les retrouver ?
09:38Alors, là, je vais vous faire une réponse pas nette, mais j'en ai conscience.
09:43Je ne suis pas complètement croyante.
09:46J'ai essayé de retrouver la foi.
09:49Quand j'ai perdu mes filles, je serai folle de joie de les retrouver.
09:53La mort ne me fait pas peur. Je voudrais ne pas souffrir.
09:56Mais la mort, j'ai l'âge.
09:59J'ai fait des métiers merveilleux.
10:01J'ai connu deux hommes merveilleux.
10:03Je ne me dis pas que je vais retrouver assurément mes deux filles et mes parents et tout ce que
10:08j'aime.
10:09Je n'y arrive pas.
10:10En même temps, vous continuez à parler à ceux qui ne sont plus là ?
10:13Ah oui, mais pour moi, dans ma chambre.
10:15Et si vous les aviez en face pour conclure ?
10:17Jean-Louis, Marie, vous aimeriez leur dire quoi ?
10:20Que je les aime.
10:21On vous aime, Nadine Trintignant.
10:23Ceux qui nous manquent chez Albain Michel.
10:25Merci beaucoup.
10:26Merci à vous et à bientôt.
10:29À bientôt, Nadine.
10:30Merci Nadine Trintignant et merci Marc-Olivier face à Follet.
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