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  • il y a 7 heures
Les chroniqueurs du Cercle débattent autour d'un film sortant en salles ou en diffusion sur CANAL+
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Transcription
00:00Garance, c'était le prénom d'Arletti dans Les Enfants du Paradis.
00:03La Garance de Jeannery est actrice, elle aussi pleine de vitalité et de talent.
00:06Mais sa carrière vivote et elle sombre dans l'alcoolisme.
00:10Après Pupille, et je verrai toujours vos visages, Jeannery interroge toujours la possibilité de réparation.
00:16Mais elle quitte le film choral pour ne filmer qu'un seul visage, et pas n'importe lequel, celui d
00:20'Adèle Exarchopoulos.
00:22Ce film, est-ce qu'il est avant tout un grand portrait de femme, Philippe ?
00:25Oui, c'est un grand portrait de femme, mais comme tu l'as dit, c'est aussi un portrait d
00:29'actrice,
00:30quelqu'un qui est passionné par son métier.
00:32Ce qui est intéressant, c'est que ça veut dire qu'elle a quelque chose à perdre,
00:34parce que c'est aussi quelqu'un qui est dans l'addiction, l'addiction à la boisson.
00:38Alors, moi, les films d'alcooliques, généralement, ça me fait bien suer,
00:41parce qu'on est toujours dans l'extrême et dans la répétition.
00:45Et là, ce qui est très intéressant, c'est qu'on ne voit jamais les crises d'alcoolisme.
00:48On en voit les conséquences, on en voit aussi ce rapport à l'addiction,
00:53comment le gérer dans le quotidien.
00:55Et donc, derrière, on a un vrai portrait de femme et aussi d'amoureuse.
00:59Et ça, c'est une très, très bonne idée.
01:01C'est-à-dire que l'idée numéro un, c'est évidemment Adèle et Zarkopoulos.
01:05Quand on pense à Opening Night, ça a été une référence.
01:09Évidemment, avec Gina Rolland, qui est aussi actrice, alcoolique et tout ça.
01:13Filmer le village d'Adèle, c'est un paysage.
01:15Tu nous la montres ? Tu nous montres un extrait ?
01:17Je vous ai montré autre chose.
01:19Plutôt que cet extrait-là qu'on a vu partout,
01:21je vous montre un extrait avec son amoureuse, qui est Sarah Giraudot,
01:24qui est aussi assez extraordinaire.
01:25Et on va voir que cette relation, c'est aussi une manière de déporter le sujet.
01:29Parce que là, autant être comédienne, c'est quelque chose qu'elle peut perdre,
01:34autant ça peut être son salut, cette relation.
01:37Regardez comment c'est filmé.
01:38C'est un vrai moment de cinéma, parce que ça commence avec une sorte de plan-séquence.
01:43On retrouve là Adèle et elle va retrouver son amoureuse, vous voyez, en un seul plan.
01:49Et on va passer de l'une à l'autre, évidemment, jusqu'à temps qu'elles se réunissent.
01:53C'est-à-dire qu'elle a fait la surprise de la retrouver.
01:57Et donc, on est là avec Sarah Giraudot, qui a ce visage un peu dur et fermé.
02:02Et regardez, c'est Adèle qui, tout d'un coup, ce côté riant, qui l'attrape.
02:08Mais derrière ce côté riant, vous allez voir qu'il y a des tas d'autres choses.
02:11Donc là, l'idée, c'est vraiment de mettre le couple au milieu de la scène, au milieu de l
02:15'écran.
02:16Et la caméra va prendre du recul, littéralement, là, vous voyez,
02:18pour vraiment voir comment il y a L2 au milieu de tout le reste.
02:22Et tout le reste ne compte pas, parce que c'est L2.
02:24Et on revient pour coller.
02:25Regardez toute la gamme d'expressions d'Adèle et Garcupoulos.
02:28À ce moment-là, c'est assez extraordinaire.
02:31Et du coup, le film apporte beaucoup là-dessus.
02:33Et c'est assez sensationnel.
02:35Je n'ai pas l'impression que ça ait entraîné Lucille.
02:38Non, mais c'est assez marrant de t'entendre, Philippe, dire Adèle.
02:42Parce qu'en fait, c'est en effet un film sur elle.
02:44Et elle, elle est incroyable.
02:46C'est-à-dire que c'est une actrice incroyable.
02:47Donc la regarder, elle, moi, ça me va.
02:49Moi, je trouve que le problème, c'est qu'elle est prise dans un système
02:52qui est vraiment un système, Janéry,
02:54qui est un cinéma, en effet, de la réparation, de la tension,
02:58de la très grande empathie, qui, moi, m'énerve,
03:00parce qu'elle dirige en permanence mon regard sur des bonnes intentions,
03:03avec des bonnes intentions.
03:04Moi, je n'ai pas envie, en fait, de regarder nécessairement
03:06les personnages avec des bonnes intentions.
03:06Ça ne te fait pas du bien, ça ne te répare pas.
03:08Non, en fait, ça m'agace, ça me met un petit peu à distance.
03:11Et je trouve qu'en plus, elle ne parvient pas complètement
03:15à rester uniquement centrée sur son personnage,
03:17qui est intéressant, mais elle ne résiste pas totalement
03:21à la forme chorale, qui, je pense, c'est quand même un peu son truc.
03:23Et donc, il y a beaucoup, quand même.
03:25Il y a toute une galerie de personnages secondaires.
03:26Merci, il y a quand même la sœur, il y a l'amoureuse.
03:27C'est une manière, peut-être, aussi, de faire avancer le temps,
03:29parce qu'il y a huit ans de vie.
03:31Oui, et je trouve que ces personnages-là sont beaucoup moins bien construits,
03:34et qu'on voit bien qu'en dehors des grandes scènes
03:36avec Adèle Exarchopoulos,
03:38ce n'est pas un grand film de mise en scène,
03:40et c'est un film très piloté, très piloté par le monde.
03:43Oui, c'est important.
03:44Très piloté, mais alors, ce qui est fou,
03:45moi, j'ai eu accès, par exemple, au scénario,
03:47tout est écrit.
03:48Oui, merci.
03:51Je suis totalement d'accord avec ce que dit Lucille
03:58quand elle dit,
03:59moi, la bienveillance au cinéma, ça m'ennuie.
04:01Et je suis totalement d'accord,
04:01mais là, il y a deux films,
04:02y compris celui-là,
04:03qui, tout dernièrement,
04:04ont complètement battu en brèche cette attente de cinéma
04:06sur la bienveillance,
04:07c'est Soudain,
04:08et c'est ce film-là.
04:09Parce que je les trouve formidablement bien écrits.
04:11En fait, c'est un film qui est écrit comme une poupée gigogne.
04:13Au début, on dirait que ça parle de la précarité des jeunes acteurs.
04:15Et puis, à un moment, on se dit,
04:16non, ça parle peut-être, en fait,
04:17d'un très beau portrait d'Adèle Exarchopoulos.
04:19Et en fait, non, ça parle d'alcoolisme.
04:20Et finalement, je crois que ça ne parlait pas de ça.
04:22C'est ce que tu disais, Philippe,
04:23c'est un portrait, en fait.
04:24Exactement, je suis totalement d'accord avec lui.
04:25C'est un film qui invente un idéal d'amour.
04:27Non pas une histoire d'amour qui existe ou qui sonne vrai,
04:29mais un idéal d'amour qu'on ne pourrait inventer qu'au cinéma.
04:31Et je trouve que Jeannéry est une formidable scénariste
04:34qui a la modestie de savoir adapter sa mise en scène
04:37à l'économie de ce qu'elle veut me raconter.
04:39Pour moi, c'est le problème du film.
04:40C'est justement son écriture.
04:41C'est un film qui n'arrive jamais à décoller de son scénario.
04:44Et toi, tu citais Jenna Rollins chez Cassavetes.
04:46Et justement, c'est ça qui est extraordinaire.
04:47Vous ne comparez pas l'incomparable ?
04:48C'est une référence assumée.
04:49Donc, je ne fais que suivre les intentions de Jeannéry.
04:52Et quand on voit Jenna Rollins dans un film,
04:54son visage et son jeu débordent, en fait,
04:56largement ce qu'elle c'est de raconter le film.
04:58Là, c'est le cas aussi.
04:58Là, ça n'est pas le cas.
05:00La performance d'Adèle Exarchopoulos est incroyable.
05:02On est dans un cinéma de la résilience et de la réconciliation.
05:04Et ça ne dérive jamais de cet objectif.
05:06Tu ne crois pas à cette histoire d'amour
05:07entre Sarah Giraudot et Adèle Exarchopoulos ?
05:09Non, parce que pour moi, le personnage de Sarah Giraudot
05:10est un personnage fonction qui existe pour mettre en lumière
05:13la difficulté du personnage d'Adèle Exarchopoulos
05:15à arrêter l'alcool.
05:16Mais jamais on ne croit à ce personnage d'amoureuse
05:18qui lui dit...
05:18Si !
05:19Parce que c'est peut-être une forme de relation inédite.
05:20Et de la même manière, toutes les situations sociales,
05:23par exemple, moi, je ne crois pas non plus vraiment au contexte,
05:26c'est-à-dire au milieu dans lequel elle vit.
05:28On dit qu'elle est une actrice,
05:29mais elle est une petite actrice.
05:31Elle est une comédienne.
05:31Elle joue dans des petites pièces de théâtre,
05:33notamment des pièces juristes.
05:33On en connaît plein qui ont besoin de leurs heures
05:35pour être intermittentes et tout ça.
05:37Non, mais je suis d'accord avec toi.
05:38Mais moi, ça ne me paraît pas extrêmement réaliste,
05:40sa vie, les gens qui l'entouent.
05:42De la même manière, je trouve qu'il y a beaucoup de caricatures
05:44sur le milieu queer, son truc de faire la fête,
05:48de se retrouver beaucoup la nuit
05:49avec toujours le même groupe de gens.
05:50Il y a quelque chose de très fabriqué là-dedans.
05:53On finit sur un mot positif.
05:55Qui le prend ? Adrien ?
05:56Ah non, mais moi, je trouve que ça...
05:57Justement, le contexte est réaliste,
06:00mais l'ambition est complètement idéaliste.
06:01C'est vraiment cette idée très romantique
06:03d'inventer une histoire d'amour
06:04qui n'a jamais existé au cinéma
06:05sur un sujet que, je pense, en fait,
06:07beaucoup de gens vont être concernés.
06:10Et je pense que l'erreur,
06:11c'est de vendre le film sur son sujet.
06:13En fait, il ne faudrait pas dire
06:14que ça parle d'alcoolisme
06:14parce que moi, je ne le savais pas
06:15en rentrant dans la salle
06:16et j'ai été tiré par le bout du nez
06:18par, une fois encore, l'écriture.
06:20Et oui, je peux apprécier un film
06:20juste pour l'excellence de son scénario.
06:22Je n'ai aucun problème avec ça.
06:24Garance, le plus grand rôle d'Adèle
06:26depuis la vie d'Adèle.

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