00:00Have a seat. Trois mots et l'Amérique frissonne.
00:03Dans les années 2000, Chris Hansen piège des pédocriminels en direct sur NBC.
00:08Près de 10 millions de téléspectateurs en redemande pour son premier film de fiction.
00:12Le documentariste Lain Sopenheim confie le rôle de Chris Hansen à Robert Pattinson
00:16qui dit le jouer à la fois entre Jerry Maguire et Dracula.
00:20Le vampire de Twilight a trouvé un nouveau sang, l'audimat.
00:23Adrien ?
00:24Tout à fait, c'est un film qui m'a vraiment impressionné,
00:26notamment quand on pense que c'est un premier film.
00:28Alors, premier film de fiction, Lain Sopenheim a fait ses gammes dans le documentaire,
00:32des documentaires très sophistiqués, toujours à la frontière du fait divers,
00:34donc on n'est pas très loin de ce qu'il est en train de proposer.
00:36Et ce qui est très intéressant, c'est qu'en fait, on revient à la satire de la télévision.
00:39On a l'impression qu'on connaît ça par cœur, le Truman Show, le Network, le cinéma, l'a fait
00:42mille fois.
00:43Sauf que je trouve qu'il apporte quelque chose de franchement hyper ambitieux,
00:46c'est formellement essayer d'étourdir le spectateur,
00:49essayer de trouver une espèce de sensationnalisme de la forme
00:51qui va créer un effet de vertige.
00:54Et moi, je trouve que le film arrive à le faire.
00:56Et pour un premier film, c'est assez incroyable.
00:57Tu regardes la télévision ?
00:59Oui.
01:02Alors ça, c'est vraiment dès le départ.
01:04En fait, la mission est, je trouve, je veux dire, la réussite est totale dès le départ,
01:09c'est-à-dire que d'emblée, on ne comprend pas qui on a fait.
01:11On ne comprend pas qui est le personnage de Robert Pattinson,
01:13parce que tout de suite, il nous est présenté comme quelqu'un qui répète,
01:15qui répète sa scène.
01:16Et en même temps, il va surgir comme un déos ex machina
01:18pour surprendre des prédateurs sexuels.
01:20Et là, on se dit, en spectateur français, on se dit, mais c'est beaucoup trop gros.
01:23Qu'est-ce que nous raconte ce film ?
01:24Mais en fait, on comprend que c'était un biopic.
01:26Cette émission a existé dans le milieu des années 2000,
01:27qui s'appelait To Catch a Predator,
01:29et qui était, dont la tête d'affiche était ce personnage-là, Chris Hansen,
01:32qui en fait orchestrait la capture de prédateurs présumés
01:36sous les caméras de la télévision.
01:38Et ce qui est très, très beau, c'est que le film,
01:40en multipliant les caméras comme on vient de le voir,
01:41les caméras de la télé, les caméras du cinéma,
01:4312 caméras au total pour chaque scène,
01:44va créer cette espèce d'étourdissement, de vertige,
01:47qui va finir par se traduire, et c'est là qu'il est intéressant,
01:50par un vertige moral.
01:52Évidemment qu'on est tenté de juger ce personnage comme étant un monstre.
01:54Évidemment que les monstres sont ceux des prédateurs sexuels.
01:57Mais il y a un moment, on se dit, mais en vérité,
02:00où est la boussole de ma morale ?
02:01Et je trouve que ça...
02:01On se met à craindre pour les pédophyses.
02:04Exactement.
02:04C'est ça qui se passe ?
02:05Moi, je n'ai pas vécu ça du tout.
02:07Tu n'as pas vécu de vertige moral.
02:08Parce que le problème, c'est que toute l'équipe est trop fascinée par cette émission.
02:13Ils ont voulu la reconstituer avec ces douze caméras, machin.
02:17Et les vingt premières minutes me bluffent.
02:19Il y a un côté muséal de la caméra.
02:20Et après, ils n'arrivent pas à décoller.
02:23Ils n'arrivent pas à prendre le recul suffisant pour en tirer quelque chose.
02:27Et constamment, le film, c'est la reproduction du même.
02:32Jusque la dernière partie qui aurait pu être la partie centrale.
02:38Parce que là, il peut se passer quelque chose.
02:40Sauf qu'il ne reste plus beaucoup de temps.
02:42Et on bâcle complètement le seul truc qui m'intéressait.
02:45Je ne trouve pas que ça va naviguer vers De Palma à un moment.
02:47Non, pas de gros mots, Lili.
02:48Non, rien.
02:49Ça ne décolle jamais.
02:50Pas de gros mots.
02:51Non, c'est vraiment toujours...
02:52Moi, ça me pose le même genre de question que pour Digger.
02:56C'est pourquoi traiter l'obscène par l'obscénité ?
02:59C'est-à-dire qu'est-ce que le redoublement produit ?
03:01On pourrait dire que ça produit de la satire.
03:03Mais en fait, dans ce cas-là, pas du tout.
03:06Parce qu'en effet, la fascination pour le concept même de la télé-réalité est telle
03:11qu'il n'y a pas de distance suffisante de la narration pour comprendre vraiment l'espèce de problème moral
03:18que ça pose.
03:19Moi, j'aurais beaucoup aimé voir un documentaire.
03:21Je ne connaissais pas l'existence de cette émission.
03:23sur cette émission.
03:24Parce que c'est passionnant.
03:25Alors, je vais aller regarder ça.
03:27Parce que là, ça ne me dit strictement rien sur ce que c'est que cette émission.
03:31Strictement rien sur ce personnage qui est totalement émergé.
03:34Ce n'est pas le projet du film.
03:35En fait, moi, je suis comme toi.
03:37J'aurais aimé plutôt en apprendre plus sur les coulisses de l'émission.
03:39Ça s'appelle Prime Time, pas Clutch Predator.
03:41Le projet, c'est de plutôt montrer la déroute d'un homme qui, par appât de l'audience...
03:45Et ça, ce n'est pas intéressant.
03:47Mais ce n'est pas aussi des barrières morales.
03:48Pour moi, c'est celui du film.
03:49Et là où le film se trompe, pour moi, c'est qu'en fait, il figure dès l'entrée le
03:53personnage de Chris Hansen
03:54comme un monstre.
03:55On le voit, il est cadré, serré sur sa bouche, en train de répéter les paroles.
03:59Contre-plonger, contre-plonger, machin.
04:00C'est vraiment le prédateur qui va fondre sur sa proie.
04:02Et donc, en fait, le récit de compromission morale, de bascule dans l'ignominie
04:06ne fonctionne pas du tout.
04:07Parce que dès le début, il est pourri, ce type.
04:09Non, moi, c'est un très beau film d'idiot.
04:10Je trouve que l'idiotie est très, très bien traité.
04:12Je trouve qu'elle est notamment traitée, parce qu'évidemment qu'elle est évidente
04:14sur le personnage de Chris Hansen.
04:15Elle est ensuite redoublée par un personnage de jeune acteur
04:18qui apparaît, qui croit que ça va être une ronde de lancement pour sa carrière.
04:20Oui, c'est intéressant, ce jeune acteur.
04:21C'est super pas développé.
04:23Mais bien sûr, c'est développé.
04:25C'est son innocence.
04:26C'est son innocence qui est salue.
04:27Mais c'est posé là.
04:28C'est posé là.
04:29Ils n'ont fait rien.
04:30C'est incroyable ce que tu dis contre notre salut.
04:32Alors que là, c'est fou.
04:34Tout ce que tu dis contre notre salut se retourne sur le plan de taille.
04:37Quand tu dis que le film ne décolle jamais, ce qui est faux.
04:42Qu'ils sont progressifs, si, si, si, si.
04:43À un moment, un des prédateurs est un rabbin.
04:45On se dit, tiens, on se frotte les mains en spectateur
04:48parce qu'on jouit du fait qu'un rabbin,
04:49un monsieur le son de morale, il se frotte les oeufs pour la dormir.
04:53On se frotte les mains.
04:54Moi, je me frotte les mains.
04:54Pardon, je ne parle que pour moi.
04:55Excusez-moi, vous êtes tous des haters.
04:57Moi, je me frotte les mains.
04:58À ce moment-là, en me disant, ah, un homme de loi, un homme d'autorité
05:01va être pris la main dans le sac.
05:02Sauf qu'en fait, il se passe un truc vraiment bien géré par le film.
05:05Et c'est qu'à ce moment-là, il arrive à semer le doute dans ma tête.
05:07C'est-à-dire que le rabbin dit à cet homme, Chris Hansen,
05:09mais de quel droit me jugez-vous ?
05:12De quel droit faites-vous ça ?
05:13Et à ce moment-là, le film arrive à me faire comprendre
05:15que le plus crédible des deux humains, c'est le rabbin.
05:18Et ensuite, il y a une deuxième scène où c'est carrément un handicap émoteur
05:21qui arrive et qui est pris la main dans le sac par justement ce jeune acteur
05:24qui devient un monstre encore plus monstrueux que Chris Hansen,
05:26croyant servir le bien.
05:28Et donc là, l'espèce de grande pantalonnade de film d'idiot
05:31prend tout son sens quand on se rend compte que le film arrive à nous mettre
05:33du côté de ces prédateurs-là.
05:35Et on la réserve plus.
05:37C'est fini, le débat est fini.
05:39C'est carrément le massacre.
05:40C'est un film sur le doute métaphysique.
05:43Sur le doute et le malaise.
05:45Et c'est un très beau documentaire par ailleurs.
05:46Il y aura un second round.
05:48Ne vous inquiétez pas, tous les deux, vous pourrez continuer à débattre.