- il y a 16 minutes
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00:08C'est avec un énorme plaisir que je vous retrouve sur Median TV pour cette nouvelle escale culture artistique au
00:15cœur de l'Afrique.
00:17Dans un instant, nous parlerons de ce coup de cœur cinématographique My Father's Shadow.
00:22Sinon, on parlera également dans l'instant culture de la photographe Johanna Chou-Mali, une artiste contemporaine hors pair.
00:31Mais avant toute chose, place à notre invitée du jour.
00:39Et aujourd'hui, on voyage à Carthage avec la saga familiale de Annick Perez, une nuit à Carthage, qui connaît
00:47une réédition.
00:48D'ailleurs, elle était avec nous. Bonjour Annick.
00:51Bonjour à vous et merci de me recevoir.
00:54Merci à vous d'être avec nous aujourd'hui dans l'Afrique en culture sur Median TV.
01:01Et donc voilà, une nuit à Carthage, la réédition, une deuxième naissance, une renaissance, si on peut dire ça comme
01:09ça.
01:10Et justement, pourquoi cette réédition ?
01:12Et est-ce que vous en avez profité peut-être pour revoir votre texte, changer quelque chose, le voir sous
01:19un nouvel angle ?
01:21Alors d'abord, c'est très rare de rééditer un livre.
01:24On peut même dire que ça n'arrive jamais.
01:26Il se trouve que mon directeur de collection, Alain Mamoumani, a pensé que vu le succès qu'il a eu
01:34en 2020
01:36et que la distribution n'a pas été à la hauteur du succès qui les a complètement dépassés.
01:41En fait, je crois qu'il ne s'attendait pas du tout à un tel succès.
01:44Il m'a proposé d'aller dans une autre maison en 2026 et à cause des demandes de sortir le
01:51livre à la route de la soie,
01:52qui est une petite maison que je ne connaissais pas du tout, mais où les gens sont charmants.
01:57Et en même temps, d'écrire la suite, c'est-à-dire Paul Loutre-Rive sur la France
02:02et surtout un personnage qui avait beaucoup intéressé.
02:06Il y a eu un bouche-à-oreille incroyable et les gens étaient intrigués par Paul.
02:11Et c'est ce qui a fait que j'ai écrit le livre sur Paul à la suite.
02:15– Et justement, avec cette réédition, c'est vrai, vous avez raison de le souligner, c'est très rare.
02:21Et avec le recul, parce que j'imagine, quand on est auteur,
02:27c'est vrai qu'on s'implique énormément dans l'écriture d'un livre,
02:32notamment ce livre qui vient de vos racines, de vos tripes.
02:37Et je voudrais savoir, est-ce que vous portez peut-être un regard différent ?
02:42Comment voyez-vous votre texte aujourd'hui ?
02:44Et est-ce que cette réédition vous a permis de le voir peut-être différemment ?
02:50– Non, parce que j'ai travaillé sur Paul Loutre-Rive, la suite.
02:58Non, je n'ai absolument rien changé à la première édition.
03:03J'ai peut-être corrigé des fautes ou des choses comme ça, mais je n'ai rien changé.
03:08Par contre, j'ai beaucoup travaillé sur le deuxième.
03:12Et le deuxième qui est peut-être plus fluide, où il y a moins de personnages,
03:17mais qui n'enlève pas le fait que les gens définitivement s'accrochent à Carthage.
03:22Je voudrais ajouter que je suis particulièrement contente d'être interviewée par le Maroc.
03:30Mon mari est d'origine marocaine.
03:34ma belle famille, mes belles sœurs, mon beau-frère, etc.
03:39tout le monde, et mon meilleur ami habite Marrakech.
03:43Donc, je me sens famille avec vous.
03:46– Vous êtes ici chez vous, Annick, et ça me fait plaisir de vous l'entendre dire.
03:52Et c'est vrai que c'est le plaisir de tout en partager.
03:54Et vous avez écrit donc « Paul Loutre-Rive »
03:57et ça coïncide avec la réédition, cette saga familiale
04:03et exactement ce lien viscéral avec la Tunisie, avec Carthage.
04:10Et je voudrais savoir, quelle est la différence d'écriture peut-être
04:15entre ces deux livres, même s'il s'inscrit finalement dans un même cheminement ?
04:20– Je pense que « Paul » est peut-être plus fluide
04:24parce qu'il y a moins de personnages.
04:27Mais l'intensité de Carthage, d'une nuit à Carthage,
04:33et la folle histoire d'amour qui est arrivée jusqu'au musée de Philadelphie,
04:39considérée comme la plus belle histoire d'amour,
04:42a fait que les gens, malgré tout, ont continué à aimer, à préférer Carthage.
04:50Même si moi, au fond de mon cœur, j'ai une petite préférence pour Paul.
04:56– C'est intriguant de le dire, c'est vrai qu'en général,
05:00les auteurs ne tranchent jamais.
05:03Et voilà, vous avez la préférence pour Paul Loutre-Rive.
05:08Justement, est-ce que peut-être il éclaire mieux une nuit à Carthage ?
05:14– Il éclaire, oui, parce que pour moi, il apporte beaucoup
05:19aux personnages, à tous les personnages,
05:22évidemment en format réduit, en résumé,
05:26parce que les personnages, d'abord ces personnages-là que vous voyez,
05:30ça c'est ma grand-mère, et ça c'est mes parents,
05:36ils sont définis autrement, ils sont différents dans cette vision-là de Paul.
05:48Ils traversent beaucoup plus vite, ils marchent plus vite,
05:52on avance plus vite, et pour les gens qui sont moins littéraires,
05:57et qui sont plus pressés, c'est très touchant.
06:01Et puis moi, ça me touche pour d'autres raisons,
06:04des raisons plus personnelles.
06:06Mais en tout cas, Carthage restera pour tout le monde.
06:09Il y a une amie d'ailleurs qui s'appelle Laurence Tapia,
06:12qui habite au Maroc, et qui le lit pour la dixième fois une nuit à Carthage.
06:20Donc c'est pour ça que je me sens bien chez lui.
06:22– Et c'est vrai qu'on a vu vos grands-parents,
06:27on a vu vos parents, et voilà, une nuit à Carthage
06:31est inspirée de la vie de votre grand-mère,
06:35et je voudrais savoir quelle est la part finalement fictionnelle,
06:39et ce besoin de transmission, car il est omniprésent finalement.
06:45– En fait, j'ai commencé à écrire quand j'ai perdu ma mère.
06:49Je n'avais pas l'intention d'écrire cette histoire,
06:51parce que c'est mon neuvième roman,
06:54et j'ai toujours écrit des vrais romans.
06:58Et je me suis rendue compte qu'en écrivant des choses
07:00que je n'avais pas connues, en fait, quand on écrit, on invente.
07:04Qu'on le veuille ou non, on invente.
07:06On invente tout le temps.
07:08Et tout ce que j'ai écrit, je l'ai inventé,
07:10même si, parce que je ne l'ai pas connu en fait.
07:12Je n'ai pas connu cette histoire d'amour folle,
07:14je n'ai pas connu ces drames, ces joies,
07:17c'est cette transmission judéo-arabe,
07:23ces musiques arabes, ces mariages, ces enterrements,
07:28enfin toutes ces choses-là.
07:29J'étais en France, donc ça m'a permis de donner un amour de plus,
07:38comme quelque chose de plus que j'ai observé toujours dans mon enfance,
07:43parce que j'ai toujours entendu parler de tout ça.
07:46Et tout d'un coup, c'est sorti comme si ce n'était pas moi qui écrivais,
07:49comme si c'était venu des nuages.
07:54Et justement, cette filiation, ce besoin de transmission
07:59de la communauté juive, qu'elle soit marocaine, tunisienne,
08:04maghrébine de manière générale,
08:06on la ressent de plus en plus dans la deuxième génération.
08:09Mais surtout chez la troisième génération
08:13qui n'ont pas du tout connu forcément leur pays d'origine,
08:18qu'ils sont soit français, soit allemand, bref, peu importe.
08:21Et est-ce que ce livre, justement,
08:26est une manière de crier haut et fort cet héritage
08:30qui vous traverse, même si vous ne l'avez pas forcément vécu dans votre chair,
08:34et est-ce que ça trouve un écho, vous pensez,
08:36dans les nouvelles générations issues de ces communautés ?
08:40Oui, je pense que c'est oui, parce que oui, c'est un héritage.
08:44D'ailleurs, j'ai écrit sur l'héritage, en fait.
08:47J'ai écrit sur l'héritage, et oui, les jeunes,
08:53j'étais très surprise, les jeunes qui ne lisent plus,
08:58dans les signatures que j'ai faites, et j'en ai fait beaucoup en France,
09:02étaient tous, il y avait plein de jeunes,
09:04et j'étais surprise de voir à quel point les jeunes étaient intéressés par cette histoire,
09:09et adorés, il y a même, on m'a dit que c'était comme la chambre des secrets,
09:14que c'était magique, cet univers-là,
09:18qu'ils en ont entendu parler,
09:20mais qu'ils ne pensaient pas que c'était aussi merveilleux,
09:23aussi poétique,
09:27mais c'est ça,
09:29en fait, c'est ça,
09:30l'Orient,
09:31c'est très secret, c'est très poétique,
09:34c'est très mystérieux,
09:35et j'ai réussi, je pense, sans le vouloir,
09:38à retranscrire ça,
09:40ce mystère.
09:41– Une très belle réédition,
09:43donc une nuit à Carthage pour vous,
09:47Annick Pérez et Paul Lautrerive,
09:49donc la saga familiale qui continue ce devoir de transmission de mémoire,
09:56merci infiniment d'avoir été avec nous aujourd'hui.
09:59– Merci infiniment, Annick.
10:02– À très bientôt.
10:03– Voilà, merci.
10:04– Au revoir.
10:06– Sous-titrage Société Radio-Canada
10:10– Et tout de suite, nous parlons art, art contemporain,
10:15avec Joannette Choumalie,
10:16qui est une artiste contemporaine ivoirienne,
10:19en 1974 à Abidjan,
10:20elle travaille principalement avec la photographie,
10:23mais utilise aussi la broderie, le collage
10:26et les différentes techniques manuelles.
10:28On peut dire que son travail est très lié à ce qui l'entoure,
10:31notamment à la ville d'Abidjan,
10:32à ses habitants et aux événements qui marquent la société ivoirienne.
10:36Et ce qui est intéressant chez elle,
10:38c'est qu'elle ne cherche pas seulement à prendre,
10:40une photographie pour représenter la réalité.
10:43Elle utilise plutôt l'image pour raconter quelque chose
10:45et pour transmettre une émotion.
10:48Elle s'intéresse beaucoup aux choses que l'on peut voir
10:50dans la vie quotidienne,
10:51mais aussi à ce qui se cache derrière une image,
10:54un souvenir, une histoire personnelle
10:56ou un événement collectif.
10:58En tout cas, son travail est donc souvent lié
10:59à la mémoire et au temps.
11:01D'ailleurs, elle photographie des lieux ou des situations
11:03qui peuvent sembler ordinaires,
11:05mais qui ne prennent une autre signification
11:08lorsqu'on connaît véritablement leur histoire.
11:10Elle cherche ainsi à montrer une réalité africaine contemporaine
11:15particulièrement intéressante,
11:16celle de la Côte d'Ivoire,
11:17sans forcément chercher à la rendre spectaculaire.
11:19Et elle donne aussi beaucoup d'importance aux émotions.
11:22D'ailleurs, ces photographies ne sont pas forcément faites
11:24pour impressionner immédiatement,
11:26elles sont plutôt faites pour être regardées calmement
11:30et pour faire réfléchir.
11:31On peut ressentir d'ailleurs une certaine mélancolie,
11:33mais aussi beaucoup de douceur
11:35ou de l'espoir.
11:36On l'écoute tout de suite.
11:44Je suis Joana Choumali.
11:46Je suis photographe et artiste visuel.
11:49Je vis et je travaille à Abidjan.
11:51La plupart des thèmes que j'aborde
11:52sont complètement liés à mon expérience personnelle,
11:55en tant que femme, en tant qu'africaine,
11:57en tant que femme noire.
11:59Comment est-ce que je me pose dans l'espace,
12:03dans l'environnement qui est le mien ?
12:04Il y a l'identité, mais il y a aussi la féminité,
12:08le rapport au corps, la beauté.
12:12Et des fois, les thématiques se présentent toutes seules.
12:15Le thème de l'identité revient souvent
12:17parce que je continue l'exploration,
12:19parce que c'est un thème qui est tellement vaste
12:21et qu'on ne peut pas circonscrire.
12:25C'est une thématique quand même qui migre.
12:29qui morphe.
12:30Et c'est ce qui m'intéresse,
12:31c'est de l'explorer au maximum,
12:34autant que j'en ressens le besoin.
12:38Et je pense que c'est un besoin qui est général,
12:40qui est purement humain,
12:42qui est universel.
12:47« Ça va aller » est une expression très commune en Côte d'Ivoire.
12:52C'est une marque d'optimisme.
12:55Dans les moments difficiles, on dit « ça va aller ».
12:58En mars 2016, la ville de Grand-Bassa m'a été attaquée par des terroristes.
13:02Et j'ai été très choquée quand j'ai appris l'attaque
13:07parce que je n'étais pas à Bidjan.
13:09Et quand je suis rentrée,
13:12j'ai réalisé qu'en faisant les photos de la ville de ce jour-là
13:15et plusieurs jours ensuite,
13:18que toutes les photos disaient la même chose.
13:20Toutes les photos parlaient de mélancolie, de tristesse.
13:22L'énergie de la ville avait complètement changé.
13:25Et ensuite, j'ai eu des soucis de santé
13:27qui m'ont immobilisée pendant plusieurs mois.
13:30Et j'ai décidé d'utiliser l'art et la broderie
13:34pour exprimer ce que je n'arrivais pas à exprimer avec des mots
13:38et de fil en aiguille.
13:40L'une des particularités de Johanna Choumali
13:43est sa manière de mélanger la photographie avec la broderie.
13:47Elle commence par prendre une photographie
13:49puis elle intervient directement sur l'image
13:51avec du fil.
13:52Elle ajoute des lignes, des formes ou des motifs
13:55qui viennent parfois recouvrir certaines parties de la photographie.
13:59En brodant sur ces photographies,
14:00Johanna Choumali transforme donc une image
14:03qui représente un moment précis
14:04en quelque chose de beaucoup plus personnel.
14:07Le fil peut faire penser à la mémoire
14:08parce qu'un souvenir n'est jamais complètement fixe.
14:11En tout cas avec le temps,
14:12il peut changer, devenir moins précis
14:13ou prendre une nouvelle signification.
14:16Il faut dire que la broderie permet également à l'artiste
14:18de laisser une sorte de trace de son propre geste.
14:21On voit réellement le travail de sa main sur l'image.
14:24La photographie n'est donc plus seulement
14:25une représentation de la réalité.
14:27Elle devient une œuvre qui contient à la fois
14:29ce qui a été photographié
14:31et ce que l'artiste a ajouté par la suite.
14:33Et cette technique crée aussi un lien
14:34entre le contemporain et le traditionnel.
14:37La photographie est associée à une technologie moderne
14:39tandis que la broderie est une pratique ancienne,
14:42artisanale, traditionnelle.
14:43Et en les associant,
14:44Johanna Chomali crée un langage artistique
14:46à part entière personnelle
14:47et montre qu'une technique traditionnelle
14:49peut avoir une place importante dans l'art contemporain.
14:54C'est devenu un projet
14:56qui a pris son envol sans manquer.
15:07Exposer à la biennale de Bamako
15:09pour une artiste comme moi
15:11ça représente une grande fierté
15:16surtout parce que Bamako
15:19est un peu comme la capitale
15:21de la photographie africaine contemporaine.
15:24Et puis c'est une biennale
15:26qui a beaucoup de poids,
15:28qui a de la longévité
15:29et qui a survécu à beaucoup
15:30de situations extrêmement difficiles
15:34et j'ai passé un moment extraordinaire là-bas.
15:43Je constate avec grand plaisir
15:45que beaucoup de jeunes artistes,
15:48de jeunes photographes
15:49n'attendent plus l'aval de l'Occident
15:54pour présenter leur travail.
15:56Ils n'attendent même plus
15:58d'être cautionnés par un organisme
16:01ou quoi que ce soit.
16:02Ils travaillent et diffusent directement
16:05leur travail à leur audience.
16:08et ça, c'est un point extrêmement positif.
16:12Il faut dire que cette manière de travailler
16:14apparaît particulièrement dans sa série.
16:16Ça va aller réaliser après l'attentat
16:18de Grand Bassam en Côte d'Ivoire en 2016.
16:21Après d'ailleurs cet événement,
16:22Joanna Choumali retourne dans les lieux
16:24concernés pour les photographier
16:25mais ne choisit pas de montrer directement
16:27la violence ou les victimes.
16:29Elle préfère photographier les lieux
16:31après l'événement, les rues, les bâtiments
16:33et les espaces qui semblent parfois
16:36redevenus ordinaires.
16:37Et ce choix d'ailleurs est très important
16:38et très parlant parce qu'il crée un contraste
16:40en ce que l'on voit et ce que l'on sait.
16:42À première vue, les photographies peuvent
16:44sembler calmes et lorsque l'on connaît leur contexte,
16:47ces mêmes lieux deviennent bien associés
16:49à un événement douloureux et tragique.
16:51L'artiste montre donc la présence d'un souvenir
16:53à travers des endroits qui semblent pourtant normaux.
16:56Elle ajoute ensuite de la broderie sur les photographies.
16:59Les filles viennent modifier les images,
17:01leur donnent une dimension peut-être plus émotionnelle.
17:03On peut voir cette intervention comme une manière de travailler
17:08sur la mémoire.
17:09Elle ne cherche pas à effacer le passé,
17:10mais à le transformer, à essayer de le faire vivre
17:13avec lui-même.
17:14Son travail est particulièrement intéressant
17:15dans l'art contemporain africain
17:17parce qu'il propose une vision personnelle
17:19et actuelle de la Côte d'Ivoire.
17:20Elle ne cherche pas à représenter l'Afrique
17:23de manière générale.
17:24Elle parle de son environnement
17:25et de ses expériences pour parler
17:27des thèmes beaucoup plus universels.
17:28La mémoire, le temps, l'identité,
17:30la douleur et l'espoir.
17:33Il y a une démarche artistique qui est décomplexée,
17:36qui est ouverte et qui est complètement nouvelle,
17:39qui est fraîche en fait.
17:40Je dirais que pour avoir une démarche authentique,
17:43il faut se connaître,
17:45d'où le thème de l'identité.
17:48Il faut s'accepter,
17:50il faut avoir un regard nouveau, décomplexé.
17:53Je regarde ma ville chaque jour
17:56comme si c'était la première fois que je la voyais
17:57et je n'ai pas un regard blasé sur le monde
18:02et surtout pas sur mon monde.
18:06Pour mes projets, je ne me demande jamais
18:09si ce que je suis en train de faire
18:12est ce qu'on attend d'une artiste africaine.
18:15Je crois que la photographie africaine
18:21a de beaux jours devant elle.
18:23Il y a énormément de choses qui se passent,
18:26il y a énormément d'échanges,
18:28de phénomènes qui s'entrechoquent
18:30et un grand engouement aussi pour le médium.
18:35Je crois que ça ne peut qu'aller dans le bon sens,
18:38ça ne peut que connaître un essor
18:39et c'est mon souhait, c'est mon désir.
18:41Et l'un de mes plus grands désirs,
18:43c'est vraiment de voir plus de femmes photographes
18:45en Côte d'Ivoire.
18:47Et j'harcèle certaines jeunes photographes
18:52ou artistes étudiantes
18:54pour leur demander de ne pas lâcher l'affaire
18:56et de continuer à dire,
19:00à parler de leur réalité
19:01et à montrer leur monde.
19:09Et on parle tout de suite cinéma
19:11avec My Father's Shadow
19:13réalisé par Akinola Davis
19:15et sorti en 2025.
19:16Un film qui se déroule à Lagos
19:18au Nigeria en 1993.
19:20Le film raconte l'histoire de deux frères,
19:22Akin et Rémi,
19:22qui passent une journée avec leur père,
19:24Follarin.
19:25Comme leur père est souvent absent,
19:27cette journée est importante pour eux.
19:28C'est l'occasion de mieux le connaître
19:30et de partager un moment avec lui.
19:33et on regarde tout de suite
19:33un extrait de la bande-anise.
19:37Sous-titrage Société Radio-Canada
19:38Sometimes, it's hard to know what to do.
19:43I want to be with you boys
19:44and your mother always.
19:48But life is not like that.
19:51Nigeria is hard.
19:56Are you boys ready?
19:58Yes, daddy!
20:01You are following me to Lagos today.
20:09Seven years before the coming of the Lord.
20:12Your young men will see visions.
20:14Your old men shall dream dreams.
20:17Repent!
20:20I don't believe we are going to come.
20:22But I knew.
20:26Follow!
20:27Follow!
20:28Follow!
20:29Follow!
20:30Follow!
20:32Look at you.
20:34I have missed you growing up.
20:40It's the longest bridge in the whole of Africa.
20:48Kabul!
20:50Kabul!
20:51This country is going to change.
20:53They're more crazy.
20:59The problem with this country is discipline.
21:02This is why we need the millions.
21:06Kabul!
21:07You better take these long walls away.
21:09The streets are already hot.
21:10Forever Nigerianly,
21:12it is in the supreme interest of law and order
21:15that the presidential election be annulled.
21:19Everything is sacrificed.
21:22You just have to pray, you don't sacrifice the wrong thing.
21:29My father's shadow, Akinola Davis, millésime,
21:32au cours de cette journée,
21:33ils découvrent Lagos et ses différents quartiers,
21:36mais ils sont aussi confrontés aux tensions politiques
21:38qui traversent le pays de frères, leurs pères.
21:41L'élection présidentielle de 1993 crée beaucoup d'espoir,
21:44mais la situation devient progressivement plus inquiétante.
21:47Ce qui devait être une simple journée en famille
21:50se transforme en une expérience qui va changer le regard
21:52sur leur père et sur leur propre pays.
21:55Ce qui est intéressant dans My Father's Shadow,
21:57c'est que le film mélange une histoire très personnelle
21:59avec l'histoire du Nigeria.
22:01On suit les événements principalement à travers le regard des deux enfants.
22:04Ils ne comprennent pas toujours ce qui se passe politiquement,
22:07mais ils ressentent l'attention autour d'eux.
22:09Cela permet donc aux spectateurs de découvrir cette période historique
22:12de manière assez naturelle, sans jugement,
22:15sans avoir l'impression de regarder un cours d'histoire.
22:18Le film parle surtout de la relation entre un père et ses enfants.
22:21Il faut la réalité absent pendant une partie de leur enfance.
22:24Cette journée leur permet de découvrir une autre facette de leur père.
22:28Il y a donc une sorte de rapprochement,
22:29mais aussi beaucoup de questions sur son absence.
22:32D'ailleurs, le titre, My Father's Shadow,
22:34qui signifie tout simplement l'ombre de mon père,
22:37représente justement cette présence
22:38qui reste même lorsque le père n'est pas là.
22:40La ville de Legos joue également un rôle important.
22:42Elle n'est pas seulement un décor,
22:44elle accompagne les personnages tout au long de la journée.
22:47Et à travers le regard des enfants,
22:49on découvre également une ville immense vivante
22:50et pleine de contrastes.
22:52Cela permet aussi de montrer une image du Nigeria
22:54qui est très liée à la vie quotidienne et à la réalité urbaine.
22:57Enfin, le film parle de mémoire et de transmission.
23:00Le réalisateur s'inspire en partie de sa propre histoire
23:03et de la relation qu'il avait avec son propre père.
23:05Il utilise donc le cinéma pour reconstruire une période qu'il a vécue
23:09et pour réfléchir à ce que l'on garde finalement de nos parents.
23:13My Father's Shadow est à la fois un film sur une famille
23:16et sur un pays à travers une simple journée
23:18entre un père et ses fils,
23:19par de l'absence, de la mémoire, de l'identité
23:22et de la manière dont l'histoire d'un pays
23:23peut influencer les histoires personnelles de tout un chacun.
23:33Et avant de nous quitter, place à ce roman
23:36Le Nom de ma mère, publié en 2026
23:38par l'écrivain congolais Pascal Botoro
23:42qui raconte l'histoire de Pascal, un jeune homme originaire
23:45du Kivu en République démocratique du Congo.
23:47Sa mère, Solange Loussikou, est journaliste
23:50et dirige un journal indépendant à Bokavu
23:52alors que Pascal est encore lycien.
23:54Elle disparaît, laissant derrière elle son fils
23:57et aussi un journal auquel elle a consacré
23:59une grande partie de sa vie.
24:01Des années plus tard, Pascal décide de rejoindre
24:03ce même journal et à travers son travail de journaliste
24:05il cherche progressivement à comprendre
24:07qu'était finalement sa mère, cette femme
24:09et ce qu'elle voulait défendre.
24:11Son parcours l'amène notamment à Goma
24:13une ville marquée par les conflits et les violences
24:15qui touchent l'est de la RDC.
24:17Le roman est donc à la fois une histoire personnelle
24:19et une histoire liée à la réalité du Congo
24:22à travers la disparition de sa maman.
24:24Pascal cherche sa propre voix et tente de comprendre
24:26ce que signifie finalement
24:27continuer l'oeuvre de quelqu'un
24:29qui a profondément marqué notre vie.
24:31Le livre parle ainsi de deuil,
24:33de mémoire et de transmission
24:34mais aussi du rôle du journalisme
24:36dans une société confrontée
24:37au conflit, au non-dit.
24:39D'ailleurs la question centrale devient alors
24:41comment construire sa propre identité
24:43lorsqu'on grandit dans le nombre d'une personne
24:46que l'on admire et dont on cherche finalement
24:48encore à comprendre l'identité,
24:50qui elle était et ce qu'elle a fait de nous.
24:52Et c'est ainsi que se clôture l'Afrique en culture.
24:55Merci d'avoir été avec nous,
24:56c'est toujours un plaisir de vous retrouver
24:58pour parler culture, art de manière générale.
25:02Je vous donne rendez-vous dès la semaine prochaine
25:05et prenez soin d'où, d'ici là, surtout.
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