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  • il y a 32 minutes
Avec Hélène Vecchiali, psychanalyste et autrice de plusieurs livres.

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##NOEPISODE##
Transcription
00:00Delphine, bonjour.
00:01Bonjour Hélène, bonjour Bautigit.
00:04Bonjour Delphine.
00:05Je suis toujours ravie de pouvoir vous apporter
00:07un petit peu de mon expérience
00:10et toutes vos explications au préalable de mon intervention
00:15m'ont fait sourire sur bien des points
00:18parce que je suis passée par tout ce contexte-là,
00:22la crise dans le couple.
00:26En tant que sauveuse, je me suis retrouvée les deux genoux à terre
00:32et j'ai pris l'initiative d'une thérapie
00:37où d'ailleurs, j'ai encore en tête la phrase de mon mari
00:41le jour où je lui ai annoncé qu'on me conseillait une psychanalyse
00:45pour réussir à me sortir du marasme dans lequel j'étais
00:49et il m'a regardée avec effroi et il m'a dit
00:52mais tu vas changer, tu ne seras plus jamais la même.
00:58Quelle lucidité !
00:59Oui, parce que même moi sur le coup,
01:03j'ai pris la remarque comme je n'avais pas le droit de me soigner en fait.
01:12Immédiatement, j'ai bataillé contre mon...
01:16C'est intéressant ce que vous dites
01:17parce qu'on voit bien comment on interprète toujours ce que nous dit l'autre
01:20alors qu'à mon avis, il a plutôt dit ça parce qu'il a eu peur
01:23et il s'est rendu compte qu'il risquait de vous perdre.
01:25Oui, et puis je voudrais juste ajouter que pendant une thérapie,
01:29pendant une psychanalyse, on ne change pas pour devenir autre,
01:33au contraire, on change pour devenir soi.
01:35C'est-à-dire qu'on enlève toutes les pelures d'oignons
01:38et toutes les injonctions familiales pour devenir soi-même.
01:42Toutes ces croyances et ces mécanismes de défense
01:45qui nous empêchent d'être nous.
01:46Oui, c'est sûr qu'il a eu peur.
01:47Je pense qu'il a vraiment eu peur.
01:48Il a senti qu'il risquait de vous perdre.
01:51Je pense.
01:52Oui, de toute façon, en plus,
01:55on a découvert par la suite,
01:56sur tout notre chemin chaotique,
01:58parce que ça remonte quand même à ça il y a 12 ans.
02:00Et on en sort juste là,
02:02on commence à sortir le nez du marasme dans le couple.
02:09Mais vous êtes toujours ensemble ?
02:11Oui.
02:12Alors, il avait tort.
02:14Oui.
02:15Le problème, c'est que j'ai affaire à une personne
02:18qui a un homme qui est dépendant affectif.
02:23Évidemment, de toute façon,
02:24avec mon syndrome XXL de sauveuse,
02:27je suis un peu l'obélix du syndrome.
02:30Je suis tombée dedans à la naissance
02:33puisque je suis moi-même issue d'une grossesse
02:39qui a suivi plusieurs...
02:42Fausses couches ?
02:43Oui.
02:44Donc, j'ai senti ce poids, en fait, très tôt,
02:49d'être arrivée là, quelque part.
02:52Pour réparer ?
02:54Oui.
02:56Bébé médicament, quoi.
02:57Oui.
02:57Donc, j'ai après eu mon frère en charge
03:01après une séparation avec mes parents
03:04qui a été catastrophique.
03:07Et puis, fin 2014,
03:10un événement qui a fait
03:12que j'ai eu les deux pieds,
03:14les genoux au sol.
03:16Et je me suis dit,
03:17il ne faut pas que tu restes comme ça.
03:18Et en direction d'un psy,
03:22il m'a conseillé une psychanalyse.
03:23Et là, j'ai commencé...
03:25Je reprends un petit peu
03:26parce que là, j'en ai besoin.
03:29J'ai commencé à vider ma charrue.
03:31J'ai réalisé, là, il y a quelques semaines,
03:33que, en fait, c'était le début de mon travail
03:36pour vider...
03:38Il y a 12 ans, j'arrivais chez l'opsy.
03:40J'étais effondrée en larmes.
03:42Et je lui disais,
03:43j'ai l'impression d'être un cheval de trait.
03:46Et j'ai dans ma charrue,
03:47cette personne-là, cette personne-là,
03:48cette personne-là,
03:49cette personne-là,
03:50cette personne-là.
03:50Oui, mais ça fait beaucoup.
03:52En même temps,
03:54j'ajoute quelque chose
03:55qui vous concerne un peu, Delphine,
03:57mais qui concerne beaucoup de gens.
03:59Je remarque qu'on a souvent envie
04:02de traîner plein de gens
04:03et de vouloir les aider
04:05comme si ça nous permettait
04:07de ne pas nous écrouler.
04:09Oui, c'est le principe du sauveur
04:11et de la sauveuse, oui.
04:12Tout à fait.
04:13Oui, ça nous donne un peu
04:14un objectif, en fait.
04:15Oui, oui, ça donne du sens.
04:17Ça donne du sens,
04:18mais en même temps,
04:18c'est lourd, quoi.
04:20C'est épuisant.
04:21Oui.
04:22Et puis, c'est sans fin, quoi.
04:25Et puis, ça permet de s'oublier,
04:26vous le décrivez très, très bien, Delphine.
04:28Ça permet de s'oublier
04:30et de ne pas aller creuser chez nous
04:32ce qui fait mal, quoi,
04:34et d'aller voir les blessures.
04:36Ce n'est pas évident à comprendre,
04:38cette notion que c'est le meilleur moyen,
04:40en fait,
04:40de ne pas se regarder soi.
04:42Oui.
04:42Et encore aujourd'hui,
04:45je cherche désespérément
04:49à désactiver ce foutu bouton de sauveur
04:51parce que ça me pourrit la vie, quoi.
04:54Oui, mais ne cherchez pas
04:55à désactiver ce mécanisme de sauveur.
05:00Avancez sur votre chemin
05:01et il se désactivera tout naturellement.
05:04Exactement.
05:05Vous voyez ?
05:05C'est toujours pareil.
05:07Le travail que vous êtes en train de faire,
05:08le travail que vous êtes en train de reprendre,
05:10puisque vous dites que vous reprenez,
05:12au fur et à mesure
05:13de votre remplissage,
05:16vous n'aurez plus besoin
05:16de vous remplir des autres.
05:18Donc, c'est s'axer sur soi
05:20et puis une fois que tout sera,
05:23que le plus gros du travail sera fait,
05:27ça sera vraiment inutile.
05:29Vous vous rendrez compte
05:29que vous saurez dire non,
05:32que vous saurez aider ponctuellement,
05:34que vous ne prendrez pas en charge totalement,
05:36etc.
05:37Et que vous serez bien avec vous-même,
05:39tout simplement.
05:40Vous savez, je crois qu'il y a une différence
05:42phénoménale à faire
05:43entre la psychanalyse et la thérapie.
05:45Et là, visiblement,
05:46vous êtes en analyse.
05:48Donc, la thérapie,
05:49on va voir un thérapeute
05:51parce qu'il y a quelque chose
05:51qui ne va vraiment pas bien
05:52et il faut vite trouver un mécanisme
05:54qui nous permet d'aller bien.
05:58La psychanalyse, c'est un chemin.
06:00Et donc, quand on fait une analyse,
06:03on ne sait pas
06:04où est-ce que ce chemin va nous emmener.
06:05Et on n'a pas la motivation
06:07d'arriver à tel endroit.
06:09Vous voyez ?
06:10Donc, n'y allez pas en disant
06:12je veux désactiver ce mécanisme.
06:15Allez-y et profitez du chemin.
06:18Oui, oui, c'est vrai.
06:19C'est vrai que je n'avais pas regardé
06:22cet objectif-là,
06:24ces deux différences-là.
06:26Vous êtes d'accord, Hélène ?
06:28Oui, exactement.
06:30Et bravo pour cette définition courte
06:33et frappée au saut du bon sens.
06:34La différence entre les psychothérapies
06:38et la psychanalyse,
06:39la psychanalyse travaille sur l'inconscient.
06:43Donc, pour faire une image,
06:45un être humain,
06:45d'un point de vue psychique,
06:47c'est un peu comme un iceberg.
06:49Il y a un huitième conscient
06:50et sept huitièmes qui sont inconscients.
06:54Quand tout va bien,
06:56la dynamique,
06:57les allers-retours
06:58entre le conscient et l'inconscient
06:59sont à peu près fluides.
07:01Quand ça ne va pas,
07:02il y a quelque chose
07:03qui est bloqué,
07:04douloureux dans l'inconscient.
07:06Et tout le travail psychanalytique,
07:08ça va être d'arriver
07:09à éclairer
07:11ces zones d'ombre
07:13de ce qui ne dépend pas
07:15de nous consciemment.
07:17C'est-à-dire,
07:17il y a des choses qu'on va dire
07:19qu'on ne voudrait pas dire,
07:20il y a des choses qu'on fait
07:21qu'on ne voudrait pas faire,
07:22il y a des choses qu'on pense
07:23qu'on ne voudrait pas penser.
07:24Enfin, voilà.
07:25Et tout le travail psychanalytique,
07:27ça va être
07:28d'améliorer un peu
07:30ces pourcentages,
07:31ce rapport
07:33entre inconscient et conscient.
07:35Tandis que les psychothérapies,
07:36on travaille sur le conscient.
07:38C'est-à-dire, justement,
07:39comme le dit Brigitte,
07:41on arrive,
07:41on a tel problème,
07:42eh bien,
07:42on va travailler sur ce problème
07:44pour le déjouer,
07:45pour arriver à le résoudre,
07:46et puis on va avancer comme ça.
07:49Tandis qu'en psychanalyse,
07:50souvent,
07:51on arrive avec un problème
07:52en disant
07:52qu'il y a ça qui ne va pas,
07:53et puis à partir de là,
07:55on va laisser...
07:55Et on en découvre un autre.
07:57Oui, voilà.
07:57Et puis surtout,
07:58parfois,
07:59on n'en parle même plus.
08:01Au bout d'un moment,
08:01on a complètement oublié
08:02parce que
08:04le principe,
08:04c'est la libre association.
08:06C'est-à-dire qu'on va dire
08:06les choses qui nous passent
08:07par la tête
08:08et puis ça va être
08:08tout d'un coup
08:10un sujet
08:11qui va avoir un lien
08:12avec notre père,
08:13puis avec notre mère,
08:14puis avec nous,
08:14puis avec notre conjoint,
08:15puis notre enfant,
08:16puis notre patron,
08:17puis tout d'un coup,
08:18on va avoir un rêve
08:19qui va nous éclairer
08:20sur quelque chose
08:21d'incroyable.
08:22Enfin, voilà.
08:22Et effectivement,
08:23on va avancer
08:24comme un travail de puzzle.
08:27Exactement.
08:28C'est marrant.
08:28J'avais l'image du puzzle,
08:29oui.
08:29Voilà.
08:31Et les petits morceaux,
08:32voilà.
08:33Et les petits morceaux,
08:34de temps en temps,
08:34on va avoir des petits tableaux
08:35qui vont tout d'un coup
08:36nous éclairer,
08:37d'autres petits tableaux,
08:38puis voilà.
08:39Donc,
08:41effectivement,
08:41on vient souvent
08:42avec un objectif,
08:43mais on le perd
08:45et puis on finit
08:47par avancer
08:48sur soi.
08:50Voilà.
08:51C'est tout à fait ça.
08:51Moi, je voyais la rivière
08:53avec les petits cailloux
08:54où on saute d'un caillou
08:55à un caillou
08:56et on ne va pas forcément droit.
08:59Parfois,
08:59on tourne dans la rivière.
09:00On boit la tasse.
09:02Et on se relève
09:03sur le caillou.
09:06J'ai quand même réussi
09:07à comprendre une chose
09:09durant tout ça,
09:09c'est qu'effectivement,
09:10je ne pouvais pas être
09:11le thérapeute de mon mari.
09:14Il fallait qu'il l'aille
09:16vers ce travail personnel
09:17parce que tant que lui
09:19ne le voulait pas,
09:20moi,
09:20je ne pourrais rien faire
09:21pour lui.
09:22Donc,
09:23vous voyez que vous avez fait
09:24un pas énorme
09:25en tant que sauveuse
09:26puisque vous avez renoncé
09:27à sauver votre mari.
09:29Ah oui, oui, oui.
09:30Non, non,
09:31mais comme tout à l'heure,
09:31vous disiez,
09:32je continue à être sauveuse.
09:34Pas tout le temps, quoi.
09:36J'ai encore des fois
09:37des réflexes.
09:38Oui, oui.
09:39Ça ne part pas si facilement.
09:41Non,
09:41ça ne part pas si facilement
09:42que ça,
09:43qui se mettent très vite
09:43en action.
09:44Et je fais,
09:45oui,
09:45alors là,
09:45il faut que tu le voyais
09:46comme ci,
09:46comme ça.
09:46Puis je fais,
09:47hop,
09:47là,
09:48il faut que tu réfléchisses
09:50et que tu le laisses
09:51prendre conscience de ça.
09:53Mais ce qui est assez terrible
09:54des fois,
09:55c'est les décalages
09:56comme vous expliquez
09:57au départ
09:57de compréhension
09:58et de réussir
10:00à se retrouver
10:01à peu près
10:02sur le même niveau
10:03du chemin
10:04l'un,
10:04l'autre.
10:06Et il y a des moments
10:06où on a...
10:08Vous avancez pas
10:09au même rythme.
10:10Oui,
10:10oui.
10:11Et il y a des moments
10:12où c'est très rude.
10:13Et cet été encore,
10:14à un moment donné,
10:15face à ses fonctionnements,
10:18parce que c'est pareil,
10:19lui,
10:19il a des fonctionnements
10:20qui ont été ancrés
10:21liés à son enfance
10:22et qui me reviennent,
10:23en fait,
10:23en figure.
10:25bien sûr.
10:26Et là,
10:27à un moment donné,
10:27cet été,
10:29je me sentais vraiment
10:30à bout de force,
10:32à bout de capacité
10:33de pouvoir supporter.
10:35Et clairement,
10:36je me suis astreinte
10:37à lui dire
10:38si ça ne change pas,
10:41tu fais ce que tu veux,
10:44tu prends le chemin
10:45que tu souhaites.
10:46Ce n'est pas à moi
10:47de se dire.
10:47Mais moi,
10:48aujourd'hui,
10:48mon état est tel
10:49que je souffre trop
10:51et la relation
10:51ne pourra pas continuer
10:53dans cette condition-là.
10:55Et là,
10:56il s'est mis à réagir.
10:57Oui,
10:58parce que vous n'aviez pas
10:59donné de solution,
11:01vous avez donné...
11:02Vous avez fait un état des lieux
11:04et vous avez parlé de lui donner
11:05sa responsabilité.
11:06C'est ça.
11:07Oui.
11:08C'est à ce moment-là
11:09où il a commencé à dire
11:11bon,
11:12OK,
11:13je vais...
11:13Alors,
11:14il a répondu quand même
11:15à la thérapie de couple.
11:16Il y est allé,
11:17on en a fait deux ans.
11:18Au bout d'un an et demi,
11:19j'ai réalisé
11:20qu'il venait surtout
11:22pour me faire plaisir.
11:24Donc,
11:24il avait tendance
11:25à répondre
11:25oui,
11:26oui,
11:26oui,
11:27avec son côté
11:27dépendant affectif.
11:28Et si je lui dis non,
11:29elle va s'en aller.
11:31Donc,
11:31c'était oui,
11:31oui,
11:32oui,
11:32oui,
11:32oui,
11:33mais ça n'évoluait pas.
11:35La relation n'évoluait pas.
11:36Mais Delphine,
11:36je voudrais juste
11:37vous mettre en garde
11:38sur une chose.
11:39J'entends bien ce que vous dites
11:40et je le comprends tout à fait.
11:41Il y a forcément
11:42une distance
11:43sur le plan psychique
11:44qui s'installe entre vous
11:45et qui va certainement
11:46augmenter.
11:47Voyez juste
11:48qu'est-ce qu'il y a
11:49dans votre couple
11:50qui fait que ça a du sens
11:52de rester ensemble.
11:53Ne voyez pas que
11:57cet éloignement
11:58qui est en train de se faire
11:59et qui est réel
12:00et qui est tout à fait...
12:03inévitable.
12:03Mais voyez
12:04s'il y a des choses
12:04qui font que ça a du sens
12:06d'être en couple.
12:07C'est-à-dire la sexualité,
12:08les choses
12:09que vous pouvez partager
12:10ensemble,
12:11tout ce qui fait
12:12que parfois
12:13on est bien
12:13avec quelqu'un
12:14même si
12:15on ne parle pas
12:15tout à fait
12:16la même langue
12:16et qu'on parle
12:17une langue
12:17très différente.
12:18Et puis,
12:21c'est important
12:21et vous l'avez peut-être
12:22déjà abordé
12:23dans votre propre travail,
12:26réfléchissez
12:26aux raisons
12:28qui vous ont fait choisir
12:29un homme dépendant affectif.
12:32Ceci étant,
12:32moi je modulerai
12:34l'expression
12:35dépendance affective
12:36mais bon,
12:37on ne va pas faire
12:38un cours là-dessus.
12:39Je pense que
12:40heureusement
12:40qu'on est dépendant affectif
12:42dans un couple.
12:42Tout dépend
12:43de l'intensité
12:44de la dépendance.
12:45Mais heureusement
12:46qu'on est dépendant affectif.
12:47Ceci étant,
12:48je reviens
12:48à ce que je disais.
12:50Pourquoi lui
12:51vous a choisi sauveuse
12:52et pourquoi vous,
12:53vous l'avez choisi
12:54dépendant affectif ?
12:55Je pense que
12:55si tous les deux
12:56vous vous questionnez là-dessus,
12:57vous allez vous trouver
12:59un terrain d'entente
13:00et de quoi continuer
13:02à construire
13:02plus solidement.
13:04Merci beaucoup Delphine
13:05en tout cas
13:06et on continue bien sûr
13:07avec David
13:08dans un instant.
13:09et on continue
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