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  • il y a 8 minutes
Jésus Castillo, économiste spécialiste de l'Europe du Sud chez Natixis, était invité sur BFM2 ce mercredi 30 septembre pour aborder la situation économique en Espagne à l'occasion de la visite d'État dans le pays d'Emmanuel Macron, une première pour un chef d'État français depuis 2009.

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Transcription
00:00Emmanuel Macron en visite d'État en Espagne, c'est la première fois pour un chef d'État français depuis
00:05Nicolas Sarkozy en 2009.
00:07En coulisses, Emmanuel Macron demandera peut-être au Premier ministre espagnol les recettes de la bonne forme économique de l
00:15'Espagne.
00:15Une croissance qui tranche avec celle de la France, près de 3% en 2025.
00:21Un chômage en baisse, des finances publiques qui s'améliorent.
00:25Mais à qui profite cette situation économique quand l'on voit depuis plusieurs jours maintenant ces images de manifestants qui
00:32demandent des actions face à une crise du logement qui s'intensifie ?
00:37On pose toutes ces questions à notre invité, Rezous Castillo.
00:40Bonjour, merci d'être avec nous sur BFM2.
00:43Vous êtes économiste chez Natixis, spécialiste de l'Europe du Sud.
00:48Je le disais, l'Espagne affiche une croissance nettement supérieure à celle de la plupart de ses voisins européens.
00:57Comment expliquer cette situation ?
01:00Alors oui, c'est vrai que vous avez rappelé les chiffres.
01:03Ça laisse envieux pas mal de nos pairs européens avec une croissance encore à 2,5% attendu cette année.
01:10Mais derrière ça, on a une croissance économique qui est portée par le cycle domestique, c'est-à-dire la
01:18consommation des ménages, l'investissement et du coup un marché du travail qui se porte plutôt bien.
01:25Donc ça, c'est des gens qui retrouvent de l'emploi, qui vont consommer.
01:28Ça va inciter des entreprises à investir et ça, ça va porter la croissance.
01:33Juste peut-être un chiffre sur le marché du travail, il y a 3,5 millions d'emplois qui ont
01:38été créés depuis 2021.
01:39Ça veut dire plus 18% entre début 2021 et le deuxième trimestre 2026.
01:45Donc c'est quelque chose d'assez spectaculaire en fait.
01:49Un chômage effectivement en baisse depuis le début de l'ère Pedro Sanchez.
01:55Est-ce que c'est notamment l'immigration en Espagne importante qui profite à cette main-d'œuvre ?
02:04Alors oui, le marché du travail a été largement alimenté par les flux migratoires.
02:11Je vous disais, 3,5 millions d'emplois créés depuis début 2021.
02:15Si vous décomposez ça entre Espagnols et flux migratoires étrangers, vous avez 1,5 millions d'emplois qui ont été
02:21pris par des Espagnols
02:23et 2 millions qui ont été pris par des étrangers.
02:26Donc ça veut dire qu'en gros, 66% de ces 3,5 millions d'emplois s'expliquent par l
02:33'afflux de populations étrangères
02:36qui du coup apportent une main-d'œuvre à l'économie espagnole.
02:41Est-ce que l'on peut imputer cette bonne situation en Espagne à l'action de Pedro Sanchez et de
02:48son gouvernement
02:49par rapport aux années qui le précèdent ?
02:54Alors, le gouvernement a en partie pris des mesures justement sur le marché du travail
02:59pour essayer de stabiliser un peu plus les emplois qui sont créés,
03:03de faire que ce soit des emplois d'un peu meilleure qualité que ce qu'on avait par le passé.
03:08Donc réduire ce qu'on appelle en Espagne la dualité du marché du travail,
03:12c'est-à-dire le nombre de personnes qui ont un contrat temporaire ou précaire.
03:18Donc cette proportion était de plus de 25% avant 2018, elle s'est réduite autour de 15% maintenant.
03:26Mais ça n'explique pas tout.
03:29En fait, l'Espagne a quand même bénéficié d'une reprise cyclique à la suite du Covid
03:33et donc aussi d'une structure de son économie qui la rend moins dépendante finalement au cycle économique mondial
03:43avec, comme je vous le disais tout à l'heure, une économie qui repose davantage sur son marché domestique
03:49et moins sur le commerce extérieur et donc moins sujette aux aléas internationaux.
03:55Alors derrière ces bons chiffres, qu'en est-il du niveau de vie des Espagnols ?
04:00La croissance, est-ce qu'elle se traduit réellement dans les revenus,
04:04dans le pouvoir d'achat au quotidien pour les Espagnols ?
04:09Vous avez raison, c'est une vraie question de fond.
04:13Si on regarde les chiffres d'un point de vue macroéconomique,
04:16ce que nous autres économistes faisons, on se dit qu'il y a plus d'emplois,
04:21il y a moins de chômage.
04:23Si on regarde l'évolution des revenus et du pouvoir d'achat, on dit qu'il progresse,
04:28même si cette année, il va nettement moins progresser parce qu'il y a de l'inflation.
04:32Une inflation qui, par ailleurs, est plus élevée que dans le reste des pays de la zone euro.
04:37Elle devrait atteindre presque 4% cette année,
04:41ce qui est beaucoup plus que la moyenne de la zone euro, où on serait plutôt à 2,8%.
04:45Et ensuite, se pose la question de la répartition des richesses,
04:50mais aussi des sujets qui touchent profondément la vie des Espagnols,
04:54avec au cœur des préoccupations désormais l'accès au logement.
04:58Et on voit que c'est un des sujets aujourd'hui qui est en train de bouleverser la société espagnole.
05:08Effectivement, Résus Castillo, le logement, on le disait, est devenu un problème majeur en Espagne.
05:14Comment on peut expliquer qu'un pays qui connaît une croissance aussi forte
05:17ne parvienne pas à construire suffisamment de logements ?
05:21C'est la question actuelle dans le pays.
05:25Alors, c'est vrai que les chiffres parlent d'un même.
05:30J'ai envie de dire, à la grande époque de l'immobilier en Espagne,
05:33c'est-à-dire avant 2008, on arrivait à construire 600 000 logements par an,
05:40ce qui était énorme.
05:41C'était autant que la France-Statman avait réuni.
05:43Aujourd'hui, on est à peine à 100 000, on est plutôt autour de 80 000 logements de nouveaux produits,
05:49alors que la demande s'est fortement intensifiée.
05:53Derrière ça, il y a peut-être des problèmes d'accès fonciers,
05:58chose qu'on observe aussi en France.
06:00Des ménages qui, face à la montée des prix de l'immobilier,
06:05sont moins capables d'accéder au logement en termes d'accession, d'acquisition,
06:13mais aussi en termes de loyer, quand le logement, l'acquisition du logement devient plus cher,
06:19elle est aussi plus chère pour les propriétaires bailleurs,
06:21et derrière ça fait des loyers plus élevés qui posent un problème d'accès.
06:26Alors, on le disait, cette rencontre entre Pedro Sanchez et Emmanuel Macron,
06:32prévue notamment aujourd'hui, ce mercredi,
06:37est-ce que la France pourrait s'inspirer de certaines politiques économiques menées en Espagne,
06:43ou est-ce que les deux pays sont trop différents dans leur structure économique,
06:46pour qu'il y ait des modèles qui s'interchangent, des discussions ?
06:51Quel est votre point de vue là-dessus ?
06:55Alors, c'est compliqué, parce que c'est vraiment deux économies différentes,
06:59et quand vous comparez la France, c'est un pays avec une base industrielle qui est plus diversifiée,
07:06qui a des secteurs de pointe comme l'aéronautique, comme les chantiers navals,
07:10comme la défense, l'industrie de défense,
07:13où la France a un rôle prépondément au niveau mondial en tant que deuxième exportateur
07:19de solutions de défense et d'armement,
07:24alors que l'Espagne a une base industrielle plus faible.
07:27Alors, ce qui peut les raccrocher un petit peu aussi,
07:30c'est que c'est les prix de l'énergie.
07:33On voit que l'industrie, quand on regarde l'évolution de la production industrielle,
07:36en France et en Espagne,
07:38on voit que c'est les deux pays parmi les quatre grands de la zone euro
07:41qui ont retrouvé des niveaux de production qu'ils avaient avant le Covid en 2019,
07:45et en partie, ça s'explique par la bonne spécialisation de la France,
07:50en Espagne, par des coûts salariaux qui sont plus faibles qu'en France,
07:52mais aussi par un coût d'accès à l'énergie qui est plus faible,
07:57de l'électricité notamment, en France grâce au nucléaire,
08:00en Espagne grâce à une forte proportion d'énergie renouvelable.
08:05Et des défis qui sont un peu similaires sur certains points pour l'avenir,
08:09puisque l'Espagne va aussi faire face à un vieillissement de sa population
08:13et des retraites qui vont donc exercer une pression sur les finances publiques.
08:17C'est aussi la situation que l'on rencontre en France.
08:20C'est l'un des enjeux pour l'avenir de l'Espagne,
08:24et peut-être pour l'avenir de Pedro Sánchez aussi ?
08:28Alors, la question des finances publiques,
08:30oui, c'est un enjeu central pour l'Espagne,
08:33parce que si on fait encore une nouvelle fois une comparaison avec la France,
08:37et bien voilà, en Espagne, on a un déficit budgétaire
08:39qui s'est stabilisé autour de 2,5% du PIB,
08:42contre 5,2, 5,4, on verra comment on finit cette année en France.
08:47Donc on voit bien que l'écart est très très grand.
08:49Une dette publique en Espagne qui se réduit,
08:52qui vient de passer sous le niveau des 100% du PIB,
08:55alors qu'en France, elle continue de compter.
08:56Mais avec en Espagne une difficulté,
09:00c'est que toute cette amélioration du solde budgétaire
09:03repose uniquement sur l'amélioration cyclique.
09:08Ça veut dire qu'il y a un risque important en Espagne
09:11qu'en cas de retournement conjoncturel
09:13et d'un freinage très fort de la croissance,
09:16vous ayez à faire face à une augmentation importante
09:19des dépenses publiques, des dépenses de transfert,
09:21et une baisse très nette des recettes
09:23qui ne seront plus portées par la croissance.
09:25Donc l'Espagne aujourd'hui doit aussi mener des réformes
09:29de ses finances publiques
09:31pour faire une vraie consolidation structurelle,
09:34et pas seulement une consolidation cyclique
09:38grâce à l'amélioration de la croissance.
09:40Donc ça, c'est une des faiblesses de l'économie espagnole
09:44et auxquelles le gouvernement actuel en Espagne
09:47n'a pas pu s'attaquer parce que je rappelle
09:49que depuis 2023, en raison de la faiblesse
09:53de sa majorité parlementaire,
09:55il n'a pas réussi à adopter un projet de loi de finances.
09:58Et très probablement,
10:00alors là je m'avance un peu, je spécule peut-être,
10:02mais ça sera très difficile d'adopter
10:05un projet de loi de finances pour 2027
10:06dans la situation parlementaire
10:08dans laquelle se trouve le pays aujourd'hui.
10:10Là aussi, on y voit un parallèle
10:12avec la situation française.
10:14Au final, à Rezouz Castillo,
10:15ce qui se passe en Espagne se passe aussi en France.
10:20Là, cette année, le budget,
10:22encore beaucoup d'incertitudes évidemment
10:23sur une possible adoption.
10:25On suivra les débats à l'Assemblée notamment,
10:28mais là aussi, la situation au final
10:30se retrouve entre la France et l'Espagne.
10:34Oui, alors c'est vrai que si on est un politique,
10:37je pense qu'on préférerait être dans la situation espagnole
10:39parce que pour le moment,
10:42ce n'est pas quelque chose qui est au cœur des discussions
10:45et qu'on voit que les grands indicateurs
10:48restent sur des trajectoires favorables,
10:50y compris les taux d'intérêt.
10:52Maintenant, l'Espagne emprunte sur les marchés de capitaux
10:55pour financer sa dette publique
10:57à environ 1% moins cher que la France.
11:00Donc ça, c'est aussi assez spectaculaire.
11:02Souvenez-vous qu'il y a encore 4-5 ans,
11:05l'Espagne payait beaucoup plus cher son endettement
11:09que la France,
11:10qui était vue comme un pays beaucoup plus solvable
11:12que l'Espagne.
11:13Merci à vous, Rezous Castillo,
11:15économiste chez Natixis,
11:17spécialiste de l'Europe du Sud,
11:18d'avoir été avec nous sur BFM2
11:21pour décrypter la situation économique en Espagne
11:25alors que le chef de l'État, Emmanuel Macron,
11:28est en visite d'État pour deux jours
11:30jusque ce mercredi dans le pays.
11:35Merci d'avoir été avec nous.
11:36L'information continue sur BFM2.
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