00:00Nous avons donc Clothilde Noël, puisque Noël est votre nom de famille.
00:05Voilà, exactement.
00:07D'une certaine manière, tout fait sens et le fait que vous appeliez Noël n'est peut-être pas innocent.
00:13Et puis vous êtes la maman de Marie Garance.
00:16Et Marie Garance, le monde entier, la France l'a découvert, puisque c'est la photo qui fera le tour
00:23du monde en pleine déambulation,
00:24je le disais, sur les Champs-Elysées, au milieu de 800 000 fidèles, Léon XIV, à Bénime.
00:28Marie Garance, cette petite fille qui est pupille de l'État, qui est atteinte de polyhandicap.
00:33Et la photo a été, je disais, le tour du monde, parce que c'est la représentation de la piéta
00:40en robe bleue, portée par un gendarme du Vatican.
00:43Elle fixe le pape de ses grands yeux, tandis que le Saint-Père l'enlace, la bénit, en lui traçant
00:47une croix sur le front du bout des doigts.
00:50Alors, merci d'abord d'être avec nous, Clothilde, merci vraiment beaucoup.
00:54Et c'est une histoire particulière que vous allez raconter, parce que c'est en 2016, alors qu'elle était
01:00âgée de 16 mois,
01:01que vous avez décidé, avec votre mari, d'adopter Marie Garance. Pourquoi ?
01:07Alors déjà, il y avait quand même un historique avant, puisqu'on a eu 6 enfants biologiques.
01:12Et ensuite, on a adopté d'abord une petite fille, pupille de l'État, porteuse d'une trisomie 21, qui
01:17s'appelle Marie.
01:18Elle s'appelait Marie, sa mère biologique lui avait donné ce nom de Marie.
01:23Ensuite, nous nous sommes remis en route, on va dire, et nous avons adopté Marie Garance,
01:28qui a été aussi nommée Marie par sa mère biologique.
01:32Donc on verra tout au long de l'histoire de Marie Garance et de notre histoire qu'il n'y
01:35a pas beaucoup de hasard,
01:36mais beaucoup de rendez-vous, beaucoup de rendez-vous spirituels.
01:40Et plein de petites choses qui avaient été bien semées avant l'arrivée de Marie Garance dans les bras du
01:45pape.
01:45Après, on a adopté Frédéric Moïse, qu'on a nommé du coup Moïse au moment de son baptême,
01:50puisqu'il a la même histoire que Moïse, qui a un autre handicap, mais aujourd'hui qui n'a plus
01:54rien en fait,
01:55qui avait un dossier très lourd.
01:58Et puis, on a adopté Peppa Thérésa, il y a peu de temps, et qui a aussi été bénie par
02:04le pape.
02:05La petite fille avec les deux petites couettes qui étaient avant Marie Garance était Peppa.
02:09Mais vous disiez, je ne le savais pas, que vous aviez 6 enfants.
02:12Biologique d'abord.
02:13Mais vous êtes très jeune quand on...
02:15J'ai grand-mère.
02:16Mais quand on vous voit comme ça...
02:18Je suis grand-mère.
02:19Mais l'aîné à quel âge ?
02:21L'aîné à 25 ans.
02:22Et le plus jeune, à quel âge ?
02:24L'aîné est marié à 25 ans, ils attendent le troisième, et le deuxième est marié aussi.
02:29Et le dernier, la dernière, c'est Peppa Thérésa qui a 7 ans, qui est arrivée chez nous à 4
02:34ans et demi pour le coup.
02:35Et vous avez dit quelque chose qu'il faudrait peut-être préciser.
02:38Vous avez dit que Moïse, au départ, souffrait d'handicap et aujourd'hui, il ne souffre plus d'handicap ?
02:43En fait, il avait...
02:44Nous, à chaque fois, nos adoptions étaient orientées, on va dire, vers des enfants porteurs de handicap,
02:49puisque nous ne souffrons pas de stérilité.
02:52Et du coup, l'adoption n'est pas ouverte, ce qui paraît complètement évident pour les couples qui peuvent avoir
02:58des enfants naturellement.
03:00Et du coup, petit à petit, ça a été un long chemin, parce que l'idée n'a pas du
03:04tout arrivé en disant
03:06« Nous voulons absolument un enfant porteur handicap », d'autant qu'en fait, on n'aurait jamais pu avoir
03:11l'idée,
03:11puisqu'on ne savait pas qu'en France, ils étaient aussi nombreux, ils ne sont même pas recensés et on
03:17n'en parle jamais.
03:18Et c'est petit à petit, du coup.
03:19Et du coup, Frédéric, de son nom, de sa mère biologique, était jusqu'à l'âge de deux ans et
03:26demi dans les rouages de la ZEUP,
03:29puisqu'il était tellement handicapé, même, qu'il n'y avait pas de projet de vie, c'est toujours un
03:34peu ce qu'il définit.
03:35Identifier vraiment, pour pouvoir rassurer une famille, pour pouvoir mettre des jalons,
03:39de savoir un petit peu comment son développement pourrait être,
03:42alors qu'on sait que le développement d'un enfant est incertain à n'importe quel moment de vie.
03:46Et nous avons eu Frédéric Moïse dans les bras à deux ans et demi,
03:50et en fait, il l'avait réellement, il a réellement, aujourd'hui, si on fait des radios,
03:54une légère pathologie au cervelet, qui codait, en fait, plusieurs signaux de détresse fort,
04:02puisqu'il était nourri totalement par gastrostomie comme Marie-Garance, donc qui n'est pas rien.
04:06C'était un petit garçon qui avait toute son intelligence, pour le coup, qui marchait avec un déambulateur,
04:10et aujourd'hui, il n'a plus rien.
04:12C'est-à-dire que, si vous le faites venir,
04:14ça aurait été quand même une grande joie de le faire venir,
04:18il a déjà un très très haut potentiel,
04:20donc je peux le dire très simplement, parce qu'il n'a pas mes gènes,
04:23et il avait juste été tellement blessé, tellement été maltraité aussi,
04:29qu'il a émis, en fait, une énorme dépression infantile.
04:34Il a fait une anorexie du nourrisson.
04:38Mais en fait, vu que les rouages des services sociaux sont compliqués,
04:42à chaque fois qu'il émettait un signal faible,
04:45on se disait, un enfant qui est né sous X, un déni de grossesse, etc.,
04:49c'était la boîte de Plandor.
04:50Sauf qu'on n'écoutait pas, et on ne se mettait pas en relation avec l'enfant
04:53qui émettait un signal de, j'ai peur, je suis anxieux,
04:57je ne pleure pas quand j'ai mal,
04:59parce que j'ai peur de me faire taper,
05:01j'ai peur de me faire virer de la maison pour être encore à un autre endroit.
05:04Donc il s'est mis en... c'est un enfant de la guerre, cet enfant, c'est un mougli.
05:09Clotilde de Noël est avec nous, c'est la maire de Garance.
05:12Si vous nous rejoignez un instant sur l'antenne d'Europe 1, à 16h39,
05:16et cette histoire est si particulière qu'on a voulu vous la raconter cet après-midi.
05:21Ses parents biologiques l'avaient confié à la protection de l'État.
05:24Si vous n'étiez pas là, que serait devenue Marie Garance ?
05:29On ne sait pas, on n'a pas envie de refaire l'histoire différemment,
05:32et on n'a pas non plus envie de faire l'histoire comme si on était des sauveurs,
05:36parce que nous on est arrivés à cet endroit-là, pas pour sauver, mais pour nous.
05:40C'est ce qu'on a toujours dit et fait grandir nos enfants,
05:43c'est qu'on n'est pas dans un acte volontaire ou quoi,
05:48c'est une posture d'amour.
05:51Et dans cette posture d'amour, évidemment, nous sommes les plus grands réceptacles de ce que nous vivons.
05:56Mais elle aurait été accompagnée par l'État dans ces cas-là ?
06:00En fait, les enfants très lourdement porteurs de handicap comme Marie Garance ou d'autres,
06:04quand ils sont petits encore, n'ont pas besoin encore de beaucoup d'appareillages,
06:09que la maison soit particulièrement mise en PMR, etc.
06:14Donc ils peuvent être mis, pour certains, dans des familles d'accueil,
06:17parce qu'ils ont encore des soins qui restent simples, en fait.
06:20Ils n'ont pas forcément des soins hospitaliers.
06:22Et là, à 16 mois, il s'est posé la question que la famille d'accueil ne pouvait plus les
06:26soins,
06:27il fallait mettre en place des photoïes roulantes, etc.
06:29Et là, il y a eu la fameuse question de se dire,
06:33eh bien, qu'est-ce qu'on fait ?
06:34Donc il y a plusieurs choses qui s'offrent.
06:36Soit on considère que l'enfant peut avoir un projet de vie
06:41qui serait possible dans une famille.
06:42C'est-à-dire qu'on pense à la famille, on ne pense pas à l'enfant.
06:45C'est-à-dire qu'il y a des enfants, il faut savoir qu'ils ne sont pas adoptables.
06:48Quand j'ai demandé aux services sociaux aussi, adoptables voulaient dire aimables,
06:52ils m'ont dit qu'ils étaient d'accord avec cette définition.
06:54Du coup, j'ai pleuré en leur disant,
06:55ça veut dire qu'on est OK sur le fait qu'il y a des enfants qui ne sont pas
07:00aimables.
07:01Et ils nous ont expliqué un peu différemment,
07:03en nous disant que certains avaient une telle atteinte,
07:06par exemple, où on sait que leur vie est réduite, etc.
07:16On considère qu'on ne va pas s'embêter,
07:20faire souffrir des familles,
07:21qui meurent à l'hôpital ou dans les bras d'une mère.
07:24Finalement, est-ce que leur atteinte leur permet de voir la différence ?
07:27C'est-à-dire qu'on oublie leur dignité et on oublie surtout leur capacité
07:32à ressentir, à comprendre, à entendre.
07:35Et puis toutes les angoisses, en fait,
07:36toutes les angoisses que ces enfants ont, qu'ils ne peuvent pas exprimer.
07:39Donc comme on n'exprime pas, on se dit...
07:41Donc Marie-Garance, en fait, il y avait plusieurs choses.
07:43Soit des enfants comme elle finissent à l'asile.
07:46Pourquoi ils finissent à l'asile ?
07:47Parce qu'aujourd'hui, il faut le savoir, il n'y a aucune pouponnière médicalisée en France.
07:53En fait, il y a un réel problème après, puisque les structures se démantèlent de plus en plus,
07:57puisque comme on ne veut pas être accueillant sur ces enfants,
08:00quand en fait on en récupère et que l'État devient parent de ces enfants,
08:05qu'est-ce qu'on en fait d'un État qui n'a rien mis en place pour ces enfants
08:09?
08:09Il est pris à son propre piège.
08:11Soit il trouve des familles d'accueil, mais ça reste quelquefois assez...
08:14Ce n'est pas souvent pérenne.
08:16Et puis c'est compliqué, parce qu'il faut que toute la famille d'accueil soit...
08:21Et du coup, dans le cas de Marie-Garance,
08:22il trouvait que le dossier était beaucoup trop lourd pour le déposer à l'adoption de familles comme nous,
08:27qui sont passées sur un agrément,
08:29ou qui spécifient précisément que nous sommes sur un enfant porteur du handicap.
08:34Alors après, il y a des grilles.
08:36On choisit son enfant, on peut choisir sa pathologie,
08:38et on peut choisir plein de choses.
08:41Et en fait, l'histoire est magnifique.
08:44C'est pour ça que c'est vraiment chouette que vous nous amenez là-dessus.
08:46C'est son rire qui l'a sauvée.
08:48On en est là.
08:48C'est-à-dire que sa famille d'accueil, qui s'occupait extrêmement bien d'elle,
08:51et qui avait compris sa dignité,
08:53ils n'avaient pas, je crois, la foi.
08:55Ils avaient juste leur cœur qui était gonflé.
08:57Ils avaient du coup cette foi différente.
09:00Ils avaient compris que Marie-Garance, en fait,
09:03elle aurait la joie d'avoir une famille, des parents, des frères et sœurs.
09:06Et du coup, la femme qui s'occupait d'elle,
09:11sommait systématiquement l'assistante sociale en disant
09:13« Si, nous, nous croyons que Marie-Garance, etc. »
09:16L'assistante sociale, par peur aussi,
09:18parce que le système de l'adoption,
09:20ce n'est pas qu'une belle histoire.
09:21Il y a des parents d'enfants handicapés qui les rendent.
09:25Et du coup, quand elle est venue,
09:27parce qu'il y avait souvent des visites à domicile,
09:29Marie-Garance, dans le bain, a pleuré.
09:31Et du coup, là, l'assistante sociale a compris.
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