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  • il y a 4 minutes
Pascal Praud revient pendant deux heures, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).

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Transcription
00:00Nous avons donc Clothilde Noël, puisque Noël est votre nom de famille.
00:05Voilà, exactement.
00:07D'une certaine manière, tout fait sens et le fait que vous appeliez Noël n'est peut-être pas innocent.
00:13Et puis vous êtes la maman de Marie Garance.
00:16Et Marie Garance, le monde entier, la France l'a découvert, puisque c'est la photo qui fera le tour
00:23du monde en pleine déambulation,
00:24je le disais, sur les Champs-Elysées, au milieu de 800 000 fidèles, Léon XIV, à Bénime.
00:28Marie Garance, cette petite fille qui est pupille de l'État, qui est atteinte de polyhandicap.
00:33Et la photo a été, je disais, le tour du monde, parce que c'est la représentation de la piéta
00:40en robe bleue, portée par un gendarme du Vatican.
00:43Elle fixe le pape de ses grands yeux, tandis que le Saint-Père l'enlace, la bénit, en lui traçant
00:47une croix sur le front du bout des doigts.
00:50Alors, merci d'abord d'être avec nous, Clothilde, merci vraiment beaucoup.
00:54Et c'est une histoire particulière que vous allez raconter, parce que c'est en 2016, alors qu'elle était
01:00âgée de 16 mois,
01:01que vous avez décidé, avec votre mari, d'adopter Marie Garance. Pourquoi ?
01:07Alors déjà, il y avait quand même un historique avant, puisqu'on a eu 6 enfants biologiques.
01:12Et ensuite, on a adopté d'abord une petite fille, pupille de l'État, porteuse d'une trisomie 21, qui
01:17s'appelle Marie.
01:18Elle s'appelait Marie, sa mère biologique lui avait donné ce nom de Marie.
01:23Ensuite, nous nous sommes remis en route, on va dire, et nous avons adopté Marie Garance,
01:28qui a été aussi nommée Marie par sa mère biologique.
01:32Donc on verra tout au long de l'histoire de Marie Garance et de notre histoire qu'il n'y
01:35a pas beaucoup de hasard,
01:36mais beaucoup de rendez-vous, beaucoup de rendez-vous spirituels.
01:40Et plein de petites choses qui avaient été bien semées avant l'arrivée de Marie Garance dans les bras du
01:45pape.
01:45Après, on a adopté Frédéric Moïse, qu'on a nommé du coup Moïse au moment de son baptême,
01:50puisqu'il a la même histoire que Moïse, qui a un autre handicap, mais aujourd'hui qui n'a plus
01:54rien en fait,
01:55qui avait un dossier très lourd.
01:58Et puis, on a adopté Peppa Thérésa, il y a peu de temps, et qui a aussi été bénie par
02:04le pape.
02:05La petite fille avec les deux petites couettes qui étaient avant Marie Garance était Peppa.
02:09Mais vous disiez, je ne le savais pas, que vous aviez 6 enfants.
02:12Biologique d'abord.
02:13Mais vous êtes très jeune quand on...
02:15J'ai grand-mère.
02:16Mais quand on vous voit comme ça...
02:18Je suis grand-mère.
02:19Mais l'aîné à quel âge ?
02:21L'aîné à 25 ans.
02:22Et le plus jeune, à quel âge ?
02:24L'aîné est marié à 25 ans, ils attendent le troisième, et le deuxième est marié aussi.
02:29Et le dernier, la dernière, c'est Peppa Thérésa qui a 7 ans, qui est arrivée chez nous à 4
02:34ans et demi pour le coup.
02:35Et vous avez dit quelque chose qu'il faudrait peut-être préciser.
02:38Vous avez dit que Moïse, au départ, souffrait d'handicap et aujourd'hui, il ne souffre plus d'handicap ?
02:43En fait, il avait...
02:44Nous, à chaque fois, nos adoptions étaient orientées, on va dire, vers des enfants porteurs de handicap,
02:49puisque nous ne souffrons pas de stérilité.
02:52Et du coup, l'adoption n'est pas ouverte, ce qui paraît complètement évident pour les couples qui peuvent avoir
02:58des enfants naturellement.
03:00Et du coup, petit à petit, ça a été un long chemin, parce que l'idée n'a pas du
03:04tout arrivé en disant
03:06« Nous voulons absolument un enfant porteur handicap », d'autant qu'en fait, on n'aurait jamais pu avoir
03:11l'idée,
03:11puisqu'on ne savait pas qu'en France, ils étaient aussi nombreux, ils ne sont même pas recensés et on
03:17n'en parle jamais.
03:18Et c'est petit à petit, du coup.
03:19Et du coup, Frédéric, de son nom, de sa mère biologique, était jusqu'à l'âge de deux ans et
03:26demi dans les rouages de la ZEUP,
03:29puisqu'il était tellement handicapé, même, qu'il n'y avait pas de projet de vie, c'est toujours un
03:34peu ce qu'il définit.
03:35Identifier vraiment, pour pouvoir rassurer une famille, pour pouvoir mettre des jalons,
03:39de savoir un petit peu comment son développement pourrait être,
03:42alors qu'on sait que le développement d'un enfant est incertain à n'importe quel moment de vie.
03:46Et nous avons eu Frédéric Moïse dans les bras à deux ans et demi,
03:50et en fait, il l'avait réellement, il a réellement, aujourd'hui, si on fait des radios,
03:54une légère pathologie au cervelet, qui codait, en fait, plusieurs signaux de détresse fort,
04:02puisqu'il était nourri totalement par gastrostomie comme Marie-Garance, donc qui n'est pas rien.
04:06C'était un petit garçon qui avait toute son intelligence, pour le coup, qui marchait avec un déambulateur,
04:10et aujourd'hui, il n'a plus rien.
04:12C'est-à-dire que, si vous le faites venir,
04:14ça aurait été quand même une grande joie de le faire venir,
04:18il a déjà un très très haut potentiel,
04:20donc je peux le dire très simplement, parce qu'il n'a pas mes gènes,
04:23et il avait juste été tellement blessé, tellement été maltraité aussi,
04:29qu'il a émis, en fait, une énorme dépression infantile.
04:34Il a fait une anorexie du nourrisson.
04:38Mais en fait, vu que les rouages des services sociaux sont compliqués,
04:42à chaque fois qu'il émettait un signal faible,
04:45on se disait, un enfant qui est né sous X, un déni de grossesse, etc.,
04:49c'était la boîte de Plandor.
04:50Sauf qu'on n'écoutait pas, et on ne se mettait pas en relation avec l'enfant
04:53qui émettait un signal de, j'ai peur, je suis anxieux,
04:57je ne pleure pas quand j'ai mal,
04:59parce que j'ai peur de me faire taper,
05:01j'ai peur de me faire virer de la maison pour être encore à un autre endroit.
05:04Donc il s'est mis en... c'est un enfant de la guerre, cet enfant, c'est un mougli.
05:09Clotilde de Noël est avec nous, c'est la maire de Garance.
05:12Si vous nous rejoignez un instant sur l'antenne d'Europe 1, à 16h39,
05:16et cette histoire est si particulière qu'on a voulu vous la raconter cet après-midi.
05:21Ses parents biologiques l'avaient confié à la protection de l'État.
05:24Si vous n'étiez pas là, que serait devenue Marie Garance ?
05:29On ne sait pas, on n'a pas envie de refaire l'histoire différemment,
05:32et on n'a pas non plus envie de faire l'histoire comme si on était des sauveurs,
05:36parce que nous on est arrivés à cet endroit-là, pas pour sauver, mais pour nous.
05:40C'est ce qu'on a toujours dit et fait grandir nos enfants,
05:43c'est qu'on n'est pas dans un acte volontaire ou quoi,
05:48c'est une posture d'amour.
05:51Et dans cette posture d'amour, évidemment, nous sommes les plus grands réceptacles de ce que nous vivons.
05:56Mais elle aurait été accompagnée par l'État dans ces cas-là ?
06:00En fait, les enfants très lourdement porteurs de handicap comme Marie Garance ou d'autres,
06:04quand ils sont petits encore, n'ont pas besoin encore de beaucoup d'appareillages,
06:09que la maison soit particulièrement mise en PMR, etc.
06:14Donc ils peuvent être mis, pour certains, dans des familles d'accueil,
06:17parce qu'ils ont encore des soins qui restent simples, en fait.
06:20Ils n'ont pas forcément des soins hospitaliers.
06:22Et là, à 16 mois, il s'est posé la question que la famille d'accueil ne pouvait plus les
06:26soins,
06:27il fallait mettre en place des photoïes roulantes, etc.
06:29Et là, il y a eu la fameuse question de se dire,
06:33eh bien, qu'est-ce qu'on fait ?
06:34Donc il y a plusieurs choses qui s'offrent.
06:36Soit on considère que l'enfant peut avoir un projet de vie
06:41qui serait possible dans une famille.
06:42C'est-à-dire qu'on pense à la famille, on ne pense pas à l'enfant.
06:45C'est-à-dire qu'il y a des enfants, il faut savoir qu'ils ne sont pas adoptables.
06:48Quand j'ai demandé aux services sociaux aussi, adoptables voulaient dire aimables,
06:52ils m'ont dit qu'ils étaient d'accord avec cette définition.
06:54Du coup, j'ai pleuré en leur disant,
06:55ça veut dire qu'on est OK sur le fait qu'il y a des enfants qui ne sont pas
07:00aimables.
07:01Et ils nous ont expliqué un peu différemment,
07:03en nous disant que certains avaient une telle atteinte,
07:06par exemple, où on sait que leur vie est réduite, etc.
07:16On considère qu'on ne va pas s'embêter,
07:20faire souffrir des familles,
07:21qui meurent à l'hôpital ou dans les bras d'une mère.
07:24Finalement, est-ce que leur atteinte leur permet de voir la différence ?
07:27C'est-à-dire qu'on oublie leur dignité et on oublie surtout leur capacité
07:32à ressentir, à comprendre, à entendre.
07:35Et puis toutes les angoisses, en fait,
07:36toutes les angoisses que ces enfants ont, qu'ils ne peuvent pas exprimer.
07:39Donc comme on n'exprime pas, on se dit...
07:41Donc Marie-Garance, en fait, il y avait plusieurs choses.
07:43Soit des enfants comme elle finissent à l'asile.
07:46Pourquoi ils finissent à l'asile ?
07:47Parce qu'aujourd'hui, il faut le savoir, il n'y a aucune pouponnière médicalisée en France.
07:53En fait, il y a un réel problème après, puisque les structures se démantèlent de plus en plus,
07:57puisque comme on ne veut pas être accueillant sur ces enfants,
08:00quand en fait on en récupère et que l'État devient parent de ces enfants,
08:05qu'est-ce qu'on en fait d'un État qui n'a rien mis en place pour ces enfants
08:09?
08:09Il est pris à son propre piège.
08:11Soit il trouve des familles d'accueil, mais ça reste quelquefois assez...
08:14Ce n'est pas souvent pérenne.
08:16Et puis c'est compliqué, parce qu'il faut que toute la famille d'accueil soit...
08:21Et du coup, dans le cas de Marie-Garance,
08:22il trouvait que le dossier était beaucoup trop lourd pour le déposer à l'adoption de familles comme nous,
08:27qui sont passées sur un agrément,
08:29ou qui spécifient précisément que nous sommes sur un enfant porteur du handicap.
08:34Alors après, il y a des grilles.
08:36On choisit son enfant, on peut choisir sa pathologie,
08:38et on peut choisir plein de choses.
08:41Et en fait, l'histoire est magnifique.
08:44C'est pour ça que c'est vraiment chouette que vous nous amenez là-dessus.
08:46C'est son rire qui l'a sauvée.
08:48On en est là.
08:48C'est-à-dire que sa famille d'accueil, qui s'occupait extrêmement bien d'elle,
08:51et qui avait compris sa dignité,
08:53ils n'avaient pas, je crois, la foi.
08:55Ils avaient juste leur cœur qui était gonflé.
08:57Ils avaient du coup cette foi différente.
09:00Ils avaient compris que Marie-Garance, en fait,
09:03elle aurait la joie d'avoir une famille, des parents, des frères et sœurs.
09:06Et du coup, la femme qui s'occupait d'elle,
09:11sommait systématiquement l'assistante sociale en disant
09:13« Si, nous, nous croyons que Marie-Garance, etc. »
09:16L'assistante sociale, par peur aussi,
09:18parce que le système de l'adoption,
09:20ce n'est pas qu'une belle histoire.
09:21Il y a des parents d'enfants handicapés qui les rendent.
09:25Et du coup, quand elle est venue,
09:27parce qu'il y avait souvent des visites à domicile,
09:29Marie-Garance, dans le bain, a pleuré.
09:31Et du coup, là, l'assistante sociale a compris.
09:33Sous-titrage Société Radio-Canada
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