00:00Je trouve Franck maintenant. Bonjour Franck, merci de prendre la parole.
00:04Oui, bonjour Brigitte et bonjour à votre invité.
00:06Bonjour Franck.
00:08Vous avez envie de parler d'un trauma de deuil, en l'occurrence ?
00:15Quand on vit cette situation, c'est toujours un traumatisme, surtout quand on ne s'y entend pas.
00:22Alors je précise qu'on comprenne tout de suite votre témoignage, vous avez perdu votre femme.
00:27Oui, ça fait 5 ans et demi.
00:33Vous dites que c'est un trauma, pourquoi ? Parce que ça a été brutal ?
00:37Non, ça par contre, elle a attrapé le cancer, donc ça a duré 2 ans et demi.
00:49Donc là en fait, on a un peu de nez dans le guidon et on ne voit pas tout.
00:54Mais comme je dis souvent, parce que j'essaye maintenant d'aller vers les gens pour les aider, pour leur
00:57en parler,
00:58la maladie, elle a quelque chose de bon, c'est que si on a le courage, on peut se parler.
01:02Et moi avec mon épouse, c'était le cas.
01:04J'étais vraiment très lucide.
01:06Que dans ce quitte le matin, bonjour, bisous, au revoir, à tout à l'heure,
01:10et puis qu'il arrive un drame, un accident ou quoi que ce soit, quand on ne se voit pas,
01:12là c'est vraiment dramatique.
01:14Alors moi j'essaie toujours de positiver quelque chose, quoi.
01:17Mais après, quand le couperet tombe, c'est plus pareil que les mots, quoi.
01:22Bien sûr, bien sûr.
01:24Mais vous pensez aujourd'hui justement être en paix,
01:30ou est-ce que vous pensez que c'est encore quelque chose sur lequel vous êtes un peu bloqué ?
01:36Alors, bloqué, non, de moins en moins, parce que j'ai eu une chance extraordinaire,
01:45c'est que je suis, enfin, elle déjà, mon épouse, m'a accompagné en fait, à cette situation.
01:52Donc ça a fait vraiment une transition, quoi qu'on en dise.
01:55Et après, j'ai rencontré quelqu'un, et qui, donc je vais voir quelqu'un.
02:02Et c'est très bénéfique, quoi.
02:05Quand vous dites, j'ai rencontré quelqu'un, c'est-à-dire, c'est un thérapeute ?
02:08Je vais voir une autre psychologue.
02:09D'accord.
02:10Vous n'avez pas rencontré une femme.
02:12C'est-à-dire que je n'ai pas dit, je vais y aller pour y aller.
02:14C'est qu'à un moment donné, j'ai posé des questions, je me suis senti prêt.
02:17J'ai osé franchir ce pas, quoi.
02:20Avant, ce n'était pas forcément une évidence pour moi, quoi.
02:23Bien sûr.
02:23Et donc, ça m'accompagne vraiment.
02:25Et puis bon, après, la bénédiction du ciel, c'est que j'ai retrouvé quelqu'un, en fait.
02:32Et donc, ça me tire en permanence vers le haut, quoi.
02:37Oui, alors, vous avez...
02:38J'aime bien, parce que vous vous dites, j'ai retrouvé quelqu'un.
02:41Peut-être que vous êtes...
02:42Quelqu'un que je connaissais depuis l'école.
02:45Oui, d'accord, mais peut-être que vous vous êtes d'abord retrouvé,
02:48et ensuite, vous avez pu rencontrer quelqu'un.
02:52Oui, bien sûr, bien évidemment.
02:53Vous voyez, parce que c'est parfois ça, le drame de la mort d'un conjoint,
03:01que ce soit un homme ou une femme.
03:02Surtout quand on traverse cette épreuve du cancer,
03:05où on en ressort tous les deux différents.
03:07Moi, on était quand même...
03:08Tous les deux différents.
03:09J'en avais 53 ans, moi j'en avais 56.
03:12Et on se connaissait depuis l'âge d'adolescence.
03:15On s'est connus à l'adolescence, on ne t'a jamais quitté.
03:16C'est marrant, parce que vous êtes très lié avec les gens que vous avez rencontrés
03:24quand vous étiez jeune, parce que là...
03:26Elle avait 15 ans, j'en avais 17.
03:28Oui, mais celle que vous venez de retrouver, c'est comme vous l'avez dit.
03:31Pareil, on était en faculté ensemble, en fait.
03:33Oui, c'est rigolo.
03:36Mais d'ailleurs, ma femme devait s'en tirer parce qu'elle me l'avait prédit.
03:40Elle vous a donné l'autorisation, du coup.
03:42Oui, exactement, mais je vous écoute souvent, ça me fait rigoler.
03:45Parce qu'avant, je vous écoutais, justement, car j'étais en couple pour éduquer des problèmes de couple.
03:49Et maintenant, je vous écoute face à ce genre de situation.
03:52Donc, ça me fait vraiment plaisir de vous entendre.
03:55Bon, en tout cas, quand on vous écoute, on a l'impression que vous avez traversé votre trauma.
04:00Enfin, on ne vous sent pas dépressif.
04:02En fait, il ne faut pas avoir peur de réécrire une page blanche, quoi.
04:07Il ne faut pas rester...
04:07Si on reste dans son histoire, c'est cuit.
04:10Par contre, vous voyez, je ne suis pas loin de la retraite maintenant.
04:12Et la maison où on vit, je la garde encore un peu jusqu'à la fin du boulot.
04:16Je ne suis pas bien loin, mais je veux m'en séparer parce que ce n'est pas là que
04:19je peux continuer ma vie.
04:20Sinon, je vais...
04:20Là, ça va me descendre, là, par contre.
04:23Il faut savoir, en fait, il faut réapprendre à savoir qui on peut être, quoi.
04:28On est et qui on peut être, quoi, je pense.
04:29Non, mais ce qui est intéressant dans ce que vous dites, Franck, c'est qu'on voit une capacité, quand
04:35même, à faire des changements, puisque là, vous dites, je vais quitter cette maison parce que, comme je vais me
04:40retrouver à la retraite, j'ai besoin, en fait, de changer de lieu, quelque part, pour changer de vie.
04:46Oui, il y a quelqu'un d'autre, quoi, et d'avoir d'autres choses, quoi, de vivre autre chose.
04:50On s'aperçoit que le deuil, c'est vraiment beaucoup de choses.
04:53Le deuil, c'est accepter la perte de l'autre, c'est vivre la perte de l'autre, c'est
04:57terrible.
04:58Mais ce n'est pas que ça, c'est-à-dire qu'il y a aussi, certainement, de la culpabilité.
05:02Est-ce que j'ai le droit de continuer de vivre la culpabilité du survivant ?
05:05Est-ce que j'ai le droit de rencontrer quelqu'un à nouveau ?
05:09La culpabilité, c'est le maître mot, parce que moi, je peux, bon, un monsieur que je connais, qui est
05:13un docteur, mais bon, plus, plus, plus.
05:16Et dans les débuts, donc, il me connaît depuis très longtemps, c'est le joueur suivi, voilà.
05:20Et un jour, j'ai eu besoin de parler, de le rencontrer, et c'est un des mots qu'il
05:23m'a dit.
05:24Il m'a dit, est-ce que tu te sens coupable ?
05:27C'est pratiquement obligatoire, en fait.
05:29Et puis, pas seulement, c'est que puisque la perte va affaiblir mes mécanismes de défense habituels
05:35et permettra d'autres traumas de ressurgir qui peuvent être antérieurs.
05:40Donc, on a un cumul de choses et faire un deuil, c'est vraiment beaucoup de travail.
05:43Quand vous dire, pourtant, je suis quelqu'un de tempérament très fort, très solide,
05:47je vais en une entreprise et tout, mais le côté faible, ça, il faut faire attention.
05:52Moi, justement, la personne qui m'accompagnait au début, juste en tant qu'ami, c'est vraiment une amie,
05:57je vais demander l'autorisation, comme si on avait un lien, pour me sentir un petit peu plus fermé,
06:01parce que vous voyez bien qu'il y avait des gens qui essaient de profiter de ma faiblesse.
06:04Je le sentais.
06:06Et malgré mon tempérament très fort, pour y faire face, c'était plus compliqué, quoi.
06:11Au début, bien sûr.
06:12Alors maintenant, après, bon, voilà.
06:14Puis, il y a les enfants aussi.
06:15Attention, ça, c'est autre chose aussi.
06:16C'est un autre sujet.
06:18Ben non, c'est pas un autre sujet, parce qu'eux aussi doivent faire le deuil de leur mère.
06:23Justement, par rapport à ça, comme j'ai dit à mes enfants, moi, au début, vous savez,
06:27mes pauvres enfants, je dis, moi, je pourrais retrouver une personne, peut-être,
06:31mais vous, une maman, jamais.
06:32Donc, on va parler de la même personne, mais on va avoir une vision complètement différente, quoi.
06:36Et on va chacun être, voire, on met en commun une identité,
06:41mais après, le lien qu'on pouvait avoir avec, il va être complètement différent.
06:44Ce que j'aime bien, Franck, c'est que vous avez une manière pleine de bon sens,
06:48de parler de choses dont, enfin, on parlerait pas comme ça, nous, Jean-Charles Bouchoux et moi,
06:53on dirait pas, ben...
06:56C'est vrai que c'est super intelligent, je suis d'accord.
06:58Oui, oui, oui, parce que vous dites, c'est la mère de leur... c'est votre mère.
07:02Eh ben oui.
07:03Moi, c'est...
07:04Ah, mais ça m'est venu tout de suite, alors peut-être avec de l'aide d'en haut, je
07:06sais pas,
07:07mais c'est une des phrases qui m'est venue essentielle, ça.
07:10Eh oui, c'est vrai que l'aide d'en haut, elle est pas mal, quand même.
07:14Dans ces moments-là, oui.
07:17Ben, il faut... il y a des relais qui se passent, enfin, il y a plein de choses qui arrivent.
07:22Enfin, si on est ouvert...
07:23Mais vous savez, Franck, puisqu'on parle beaucoup du pape en ce moment, puisqu'il arrive en France...
07:28Ah oui, non, monsieur, non.
07:30Non, mais...
07:31Si, laissez-moi dire ce que j'ai à dire.
07:33Je ne suis pas une admiratrice, forcément, de la religion, de toute façon.
07:41Mais je veux dire, ce qui est important à comprendre quand on parle de la eau,
07:45de toutes religions confondues.
07:47En fait, c'est l'amour au sens de l'agapé, c'est-à-dire, c'est cet amour universel
07:55qu'il faut garder en soi, parce que sinon, on ne tient plus debout, quoi.
08:00Sinon, on est dans la haine, on est dans la vengeance, on est dans de la colère totalement nuisible.
08:09Tandis que quand on arrive, malgré des épreuves, malgré des traumas,
08:13a quand même gardé cet amour inconditionnel pour...
08:17Moi, je sais que c'est, par exemple, c'est la nature qui me ressource énormément,
08:21mais ça peut être...
08:22Ça veut dire qu'il y a quelque part une faiblesse à retrouver, à travailler.
08:26Peut-être la faiblesse du petit enfant qui voit quelque chose d'insupportable, par exemple,
08:30ou qui vit quelque chose d'insupportable.
08:32Mais souvent, quand on a besoin de démontrer qu'on est le plus fort,
08:35regardez les politiciens actuellement, quoi.
08:37Qu'est-ce qu'ils ont comme complexe de faiblesse, justement ?
08:41Qu'est-ce qu'ils ont à cacher ?
08:44Vous voyez ? Pourquoi c'est le colère permanente ?
08:46Mais c'est vraiment le mot, qu'est-ce qu'ils ont à cacher ?
08:48Mais ça, on le trouve, parce que quand on va voir quelqu'un...
08:50Au début, j'y suis allé par rapport au décès de mon épouse,
08:54et je me suis retrouvé où ?
08:56Après, au bout de quelques séances,
08:58où ça a commencé la misère de ma vie que j'ai pu avoir depuis l'enfance, quoi.
09:02Qui a été à partir de 6 ans, quoi.
09:04Et donc, on lit tout, mais il ne faut pas s'aigrir, quoi.
09:10Justement, au contraire, tout devient...
09:14Enfin, si on arrive à Ivoire Clairvoyant, tout devient un bénéfice.
09:16Mais il faut faire l'effort...
09:19En tout cas, Franck, et on va conclure là-dessus,
09:23puisqu'on va revenir sur l'amour,
09:24vous avez fait preuve de beaucoup d'amour pour votre femme,
09:28en l'accompagnant dans une épreuve qui est quand même une épreuve terrible,
09:32et ça, je crois qu'on est tous d'accord.
09:34C'est quand même une épreuve à traverser qui finit mal,
09:38et ce n'est pas toujours simple.
09:40Et je pense que c'est bien.
09:43Vous l'avez accompagné jusqu'au bout.
09:46Merci, Franck.
09:47Merci beaucoup.
09:48Merci.
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