00:00Docteur Millau, vous nous parlez ce matin d'une première mondiale en termes de stratégie de xénogreffe.
00:05Tout d'abord, qu'est-ce qu'une xénogreffe ?
00:08Alors, en fait, il y a deux types de greffe. Il y a les allogreffes, c'est-à-dire je
00:13prends le rein, le foie d'un humain et je le greffe à un autre humain.
00:22Les xénogreffes, c'est je prends le rein d'un animal et je le greffe à un humain.
00:28Xéno, c'est l'autre. Et donc là, ça va d'un animal à un humain.
00:33En fait, ça existe depuis très longtemps. Ça a commencé en 1906 avec le docteur Jaboulay qui a eu l
00:38'idée de greffer un rein de porc sur une jeune femme.
00:42Elle est décédée très rapidement. Ensuite, il y a eu d'autres greffes de rein de chèvre.
00:48Ensuite, on a pris des chimpanzés. Alors, ce qui a eu de bien tout de même, c'est qu'on
00:53savait qu'on pouvait les raccorder,
00:54c'est-à-dire prendre quand même le rein d'un animal et aller le mettre sur un humain.
00:58On savait suturer les vaisseaux, etc. Mais le problème, c'est quoi ? C'est notre immunité.
01:05Tout ce qui est non-soi, tout ce qui vient de l'étranger est rejeté.
01:09Voilà. Donc, en fait, on arrive à le mettre en place, mais c'était immédiatement rejeté.
01:16Après, il y a eu, on en avait parlé d'ailleurs, cette première mondiale où on avait greffé deux reins
01:21et un foie.
01:23C'était des Chinois qui avaient fait ça. Mais là, c'était sur quelqu'un en état de mort encéphalique.
01:28C'était vraiment une expérience. Et là, c'est une première mondiale. Je vais vous expliquer en quoi.
01:33En fait, c'est l'histoire de Tim, un Américain, une soixantaine d'années, en insuffisance rénale terminale.
01:40Donc, il est dialysé. Vous savez que la dialyse, c'est contraignant. C'est plusieurs fois par semaine.
01:45Ça dure des heures, etc.
01:46Et là, les chercheurs se sont dit, on va prendre un rein de porc, mais modifié génétiquement pour qu'il
01:54soit accepté par Tim.
01:56Et donc, qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils ont modifié ce rein de porc en enlevant des
02:04gènes du porc, si vous voulez.
02:05Ils ont enlevé 69, en disant que ce sera moins rejeté par Tim. Et non seulement ils ont enlevé ces
02:13gènes, mais en plus, ils ont quelque part humanisé le rein de porc en ajoutant des gènes humains sur ce
02:23rein.
02:24À la fois, ils ont enlevé tout ce qui pouvait être rejeté et en même temps, ils ont ajouté des
02:28choses qui pourraient être reconnues par l'immunité de Tim.
02:30Tiens, ça, on connaît, c'est de l'humain. En plus, ils ont enlevé des antirétroviraux qui pourraient créer des
02:37infections.
02:38Une fois qu'ils avaient modifié ce rein de cette manière-là, donc ils l'ont greffé.
02:43Eh bien, Tim a gardé ce rein pendant neuf mois.
02:46Alors, il a fait un petit rejet à un moment, mais très léger.
02:49Donc, on a mis ce qu'on appelle des immunosuppresseurs, des médicaments, vous savez, qui baissent l'immunité.
02:53Après, il a fait une petite infection.
02:54Enfin, bref, toujours est-il qu'on lui a enlevé, il a gardé neuf mois, on lui a enlevé son
02:59rein, mais surtout, après, on a greffé un rein.
03:04C'est-à-dire qu'en fait, on attendait un donneur, un donneur qui était compatible.
03:08Et après, le donneur, il y avait un donneur compatible.
03:12Et on a pu, une fois qu'on avait enlevé le rein de porc, mettre le rein d'un humain,
03:17donc faire une allogreffe après une xénogreffe.
03:19Donc, vous imaginez le concept. C'est en ça que c'est génial, c'est en ça que j'ai
03:23parlé de stratégie.
03:25On sait, par exemple, en France, il y a à peu près 10 000 personnes en attente de greffes.
03:29Si, en attendant un donneur compatible, on pouvait greffer des reins de porc, génétiquement modifiés, évidemment, ça changerait la donne.
03:41Parce que tous les ans, il y a des personnes qui décèdent en attente de greffes.
03:45Donc, voilà, je voulais vous parler de cette première mondiale en termes de stratégie de greffe.
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