00:00Et bonsoir donc Général Patrick Dutard. Je voudrais vous faire écouter cette réaction tout d'abord de Ségolène Royal,
00:06puisque la classe politique a beaucoup réagi encore aujourd'hui à ce qui s'est passé vendredi à l'Elysée,
00:13les mots du Président de la République à l'issue de cette réunion sur la menace russe. Écoutez.
00:18C'est une opération de communication. Pourquoi ?
00:20Regardez ce qui se passe, ce que les Français subissent aujourd'hui.
00:23Et là, on n'est pas convoqué, le chef de l'État ne s'explique pas.
00:26Donc effectivement, il y a toujours une mise en scène sur l'international parce que ça redonne de la stature.
00:31Mais la France est dans un état de déclin, mais d'une tristesse infinie.
00:36Comme le Président de la République est faible, comme nous avons 3600 milliards de dettes,
00:41comme nous n'avons plus la force diplomatique d'affirmer notre spécificité par rapport à notre rôle au sein du
00:48Conseil de sécurité de l'ONU,
00:49il n'y a même plus le courage de parler de la paix et de la médiation.
00:54Alors, je ne vous demande pas de commenter la séquence sur la dette ou la situation économique de la France.
00:59Mais vous, militaires, quand vous entendez une responsable politique, après la séquence que l'on a vécu dire,
01:05le Président de la République a voulu faire de la communication, c'est un Président faible.
01:10Qu'est-ce que vous vous dites ?
01:11Je crois que c'est la seule que j'ai pu observer, en tout cas, faire ce genre de commentaires.
01:16Les zones, même Marine Tondelier, qu'on n'attendait pas sur ce terrain, je crois que vous l'évoquiez tout
01:20à l'heure.
01:20Éric Ciotti aussi disait aujourd'hui sur l'antenne de BFMTV, il y en a au moins deux, que c
01:24'est de la communication.
01:25Peut-être Éric Ciotti, mais tous les autres, en tout cas, disaient que ce n'était pas de la communication,
01:29c'était des choses qui étaient...
01:30C'était de l'information.
01:32Vous remarquerez que dans cette réunion conduite par le Président de la République, il y avait le patron du renseignement
01:37extérieur,
01:38le patron du renseignement intérieur, la patronne, la DGSI.
01:40Et c'était simplement faire un état des lieux, le plus objectif possible, sur l'état de la menace.
01:46Tout cela vient principalement d'un phénomène le 4 août dernier, c'est l'attentat raté des services secrets russes
01:53sur l'aérodrome de Lapsik,
01:55qui visait les deux Antonovs ukrainiens, qui servaient la logistique pour l'approvisionnement notamment du motérien mythe.
02:01Pourquoi ça a tout changé, ça, Patrick Duterte ?
02:03Parce que c'est une première.
02:05C'est une première qu'un attentat de ce genre ait été perpétré.
02:09Et en fait, très heureusement, il a échoué.
02:12Et en fait, c'est ces situations-là qui étaient décrites en fait...
02:15On sait pourquoi il a échoué ?
02:18Erreur de manipulation.
02:20Donc ça s'est joué à pas grand-chose.
02:21Une opération qui a été conduite, et puis le drone explosif.
02:25Il y a eu trois drones, en fait.
02:26On parle d'un drone, mais il y a eu trois drones, en fait.
02:28Un qui a été heurté par un appareil au décollage.
02:32Le deuxième qui s'est écrasé.
02:33Et la charge militaire, mais elle devait exploser.
02:36Elle n'a pas explosé.
02:37Alors, une erreur de manipulation, je ne sais pas.
02:39Et puis un troisième drone qui a été retrouvé un peu plus loin.
02:42Mais c'est drôle, c'était très simple.
02:43Il devait aller toucher les deux Antonovs ukrainiens et exploser.
02:49Et par sympathie, bien sûr, il pouvait y avoir des morts, comme l'évoquait Marine Tondelier,
02:52qui était surprise du fait que cet attentat aurait pu pas dire des morts.
02:55Mais bien sûr, c'est une première en Europe.
02:57Et il y a aussi ces alertes qui nous arrivent, qui ont été dénoncées par les services de renseignement,
03:03enfin portées à la connaissance du public.
03:05Les services de renseignement européens ont porté à la connaissance du public européen et américain
03:09des tentatives d'assassinat qui se planifiaient contre des dirigeants de firmes européennes d'armement.
03:15Il y a le dirigeant d'une firme, bien sûr, allemande, de Rheinmetall,
03:18mais une autre firme beaucoup plus petite, qui vit désormais sous protection,
03:24comme si leur tête était mise à prix par le crime organisé,
03:29et qui reconnaissent qu'ils vont peut-être être éliminés.
03:32Il y a eu aussi des éliminations en Espagne d'un ancien pilote d'hélicoptère russe qui avait déserté.
03:39Donc l'accroissement, il est visible, il aurait pu viser et toucher une cible civile à un aéroport,
03:46mais la tension, elle est très présente.
03:48– Mais alors précisément, on parle beaucoup de la vigilance renforcée autour des sites sensibles.
03:52– Bien sûr.
03:52– Vous parlez des menaces en direction de ceux qui occupent des postes,
03:55ou qui ont pu occuper des postes particuliers,
03:57mais ôtez les spectateurs lambda qui nous regardent.
04:01Vous lui dites quoi sur le risque majeur qu'on évoque ?
04:05– D'abord, il ne faut pas faire de la surenchère, il n'y a pas une plus grande inquiétude
04:10que ça,
04:11mais il y a de la vigilance, tout simplement, ne serait-ce que pour tout Français,
04:15par sens patriotique, lorsqu'il voit quelque chose d'anormal à côté d'un site sensible,
04:20qui est un dépôt de carburant, qui est un dépôt logistique, qui est une usine d'armement,
04:27la nuit à 2h du matin, qui voit quelque chose d'anormal, il appelle les gendarmes, tout simplement.
04:32– Parce que vous dites que c'est de la vigilance, mais quand même, j'insiste,
04:35à la sortie de cette réunion, il y avait de la gravité.
04:38Et d'ailleurs, beaucoup de journalistes politiques disent que les responsables politiques
04:42qui ont été reçus ont été un peu secoués, un peu chamboulés.
04:45– Absolument, et d'ailleurs, Ségolène Royal n'y était pas, c'est pour ça qu'elle n'était pas
04:48secouée non plus.
04:49– Ah, ça ne vous a pas plu, la déclaration de Ségolène Royal ?
04:55– Et je pense qu'il ne faut pas faire du catastrophisme, il faut seulement être vigilant,
05:00et surtout si un mandat très clair était donné aux responsables, aux préfets de région,
05:07pour identifier les sites prioritaires, c'est du bon sens, en fait.
05:10Par exemple, je vous donne un exemple, si vous avez des aéronefs ukrainiens
05:14qui parfois font des allers-retours avec la Pologne, et qui se posent en France,
05:19et bien évidemment, là où ils se posent, ils pourraient être plus exposés, si vous voulez,
05:23qu'un autre site ou un aéroclub, c'est évident.
05:26Donc il y a des choses comme ça qu'il faut identifier.
05:28La seconde chose, c'est toute entreprise d'armement ou d'outils qui servent à la défense ukrainienne
05:34produits en France, et bien ceux-là peuvent être sensibilisés.
05:38– Il y en a beaucoup ?
05:38– Il y en a un certain nombre.
05:40– Un peu partout sur le territoire ?
05:42– C'est un peu par vie, il n'y en a pas des centaines,
05:45mais vous savez bien que la France fournit des équipements de défense, je dis bien à l'Ukraine,
05:51et c'est parfaitement justifié, je rappelle toujours,
05:53que l'Ukraine c'est la meilleure défense que l'on a pour la France aujourd'hui,
05:58pour l'Europe et pour l'OTAN, il n'y a pas de meilleur bouclier.
06:00Et c'est le sang ukrainien qui coule tous les jours pour notre défense quelque part.
06:04– On parle de 1500 sites sensibles à peu près identifiés sur le territoire.
06:08Une question, Philomène ?
06:09– Non, j'aimerais avoir votre avis.
06:12Il se trouve que nos confrères du monde ont mis en lumière après cette réunion d'Emmanuel Macron,
06:17qui avait eu quand même des événements suspects en France récemment,
06:21notamment le déraillement de ce train, avec 300 kilos de fer sur les rails,
06:25et puis l'incendie autour de cette usine de poudre explosive, de cette usine de défense.
06:29– Oui.
06:30– Est-ce que, pour vous, ça pourrait être plausible, là, que ce soit directement la Russie ?
06:34– Alors, le déraillement, je crois que c'est plutôt une opération de certaines personnes
06:38qui s'amusent, enfin qui s'amusent, qui font du commerce de câbles électriques,
06:43et qui vont couper des morceaux le long des voies de chemin de fer,
06:46et je sens que la menace soit plutôt quelque chose comme ça,
06:48et qui a laissé traîner un morceau, je ne sais pas.
06:51– L'enquête, pour l'instant, n'a rien donné.
06:52– L'enquête n'a rien donné, mais en honnêteté, je ne pense pas.
06:56On peut tout envisager, mais je ne pense pas.
06:58S'agissant de l'incendie à côté du dépôt, ça, c'est plus problématique,
07:03mais ce n'est pas forcément un sous-traitant russe,
07:06parce que vous avez vu que les services secrets,
07:08et Bruno Tertré en parlait tout à l'heure,
07:11font aussi appel à des, on dirait qu'on aurait dit des proxys iraniens,
07:14mais des proxys des services secrets russes,
07:17c'est-à-dire de recruter des gens en disant, vous allez faire ci, vous allez faire ça,
07:20comme il s'est passé en France, avec les fameux cercueils,
07:23avec les fameuses étoiles juives, étoiles de David, absolument.
07:27– C'est juste une autre chose, on parlait de l'importance de la vigilance des citoyens,
07:32mais les étoiles de David qui ont été projetées au pochoir,
07:36ce sont justement des Parisiens qui, quand ils ont vu ces personnes procéder ainsi,
07:42ont alerté la police, ce qui a permis une identification plus rapide.
07:46Donc il y a quand même déjà des réflexes qui sont là.
07:48Tout à l'heure, on se demandait si on ne faisait pas trop peu par rapport à nos voisins du
07:52Nord,
07:52la Suède qui a modélisé un exercice où ils devaient enterrer 5% de la population.
07:57Mais vous voyez déjà les réactions au sortir d'une seule réunion au PCJupiter.
08:02Si demain on disait, mesdames et messieurs, nous allons procéder à un exercice de grande ampleur
08:06au cas où nous subirions une attaque sur, mettons, une de nos centrales nucléaires
08:11et nous allons évacuer toute une région de France,
08:14en période électorale, certainement, il se trouverait des gens pour venir reprocher aux responsables
08:19de vouloir dramatiser une situation à leur profit.
08:22Donc c'est difficile de trouver le bon équilibre.
08:25Mais c'est intéressant ce que soulevait Philomène Remy,
08:27le fait que nos confrères du monde, dans cette énumération d'actes malveillants
08:30qu'il y a eu sur le territoire, citent effectivement ces 300 kilos de rails
08:34retrouvés sur le parcours d'un terrain.
08:36– C'est très interrogeant.
08:38– Est-ce qu'il faut rester ultra prudent ?
08:40Mais est-ce que ça pourrait ressembler à la patte de la Russie ?
08:43– Ça ressemble à ce que la Russie a fait aux Pays-Bas.
08:45– Oui, exactement.
08:45– Voilà, pour vous dire les choses simplement.
08:47Ça ressemble à ce que la Russie a fait aux Pays-Bas.
08:48– C'est arrivé à nos voisins.
08:49– Moi, je suis tellement partagé sur le sujet.
08:51Je prends un autre exemple, vous savez, ce qui s'était passé juste avant
08:54la journée de la cérémonie d'ouverture des JO 2024.
08:57Qui a fait le coup ?
08:58Vous vous souvenez, ces explosions sur les destructions des systèmes majeurs
09:05d'équilibrage, d'ouverture, d'orientation des voies de chemin de fer.
09:11On avait bloqué quand même l'axe sud, l'axe sud-ouest pour Bordeaux
09:16et l'axe nord, si je me souviens bien.
09:18Qui a fait le coup ? Ce n'était pas les Russes.
09:20C'est parfois des gens d'extrême qui font des opérations
09:26et malheureusement en France, on a ce genre de choses.
09:28Donc en fait, pour chaque événement, il ne faut pas être paranoïaque,
09:31mais il faut analyser froidement les choses.
09:33– Ça dit quelque chose quand même du climat dans lequel va se dérouler
09:36la présidentielle en France.
09:38– Alice, je vais vous rappeler une dernière chose.
09:40Pendant la guerre froide, vous savez de quoi on parlait ?
09:43De la cinquième colonne.
09:45Vous savez ce que c'est que la cinquième colonne ?
09:46Ce sont tous des gens qui, mal intentionnés, contre notre pays,
09:51contre notre pays, qui étaient susceptibles de faire des actions.
09:54On appelait ça la cinquième colonne.
09:55– C'est une forme de guerre de long, aujourd'hui, qu'on appelle guerre hybride.
09:59– Oui, mais pas des gens mal intentionnés.
10:00Donc si vous voulez, la meilleure défense chez nous, c'est un, la prise de conscience,
10:04et d'autre, l'unité.
10:05– Oui, mais au-delà de ça, au-delà de la prise de conscience,
10:07c'est très important, mais quand même, ça ne suffit pas.
10:10Est-ce qu'on a tout ce qu'il faut pour se protéger ?
10:12– Oui, on a tout ce qu'il faut pour se protéger, à partir du moment, on a la volonté.
10:15Et elle commence par l'exemplarité des politiques.
10:17Les politiques vont effectivement rentrer d'une période extrêmement délicate,
10:21délicate, en fait, pour notre pays, parce qu'on est un sentiment de fragilité.
10:25Il ne faut jamais oublier que l'intérêt supérieur de la nation
10:27doit être au-dessus de tout autre considération.
10:32Donc, défendre ses opinions, c'est une chose,
10:35mais respecter l'intégrité de notre pays, respecter l'unité nationale,
10:38c'est le plus important.
10:39– Il faut quand même préciser qu'aujourd'hui, sur le terrain, en Ukraine,
10:43alors qu'on parle de cette menace russe plus élevée en direction de l'Europe et de la France,
10:47la guerre a fait rage, encore aujourd'hui, avec des attaques de drones massives,
10:51Philomène lancées par les Ukrainiens, et la Russie qui promet une riposte majeure.
10:56– Oui, effectivement, et Igor l'a souligné toute la journée sur l'antenne.
10:59Aujourd'hui, les Ukrainiens craignent, évidemment, de fortes représailles des Russes.
11:03Mais ce qui a été quand même assez intéressant, je trouve,
11:08c'est la rhétorique de Kiev aujourd'hui, c'est-à-dire qu'ils ont revendiqué cette attaque,
11:13mais ils ne l'ont pas seulement revendiqué,
11:15ils ont fait un inventaire de toutes les armes qui ont été utilisées,
11:19flamingos, pélicans, ils ont même décrit les unités qui avaient été utilisées.
11:23Ça, c'est assez rare, et puis il faut peut-être du coup remettre ça en perspective,
11:27puisque dans quelques jours, il va y avoir l'Assemblée Générale des Nations Unies,
11:31et en fait, on avait l'impression que c'était un message.
11:33C'était un message de Zelensky qui disait, je vous montre la vitrine,
11:38voilà ce que j'ai réussi à faire avec tout l'argent que vous m'avez donné,
11:41parce que lui aussi, il est dans un tournant.
11:43Et donc là, il vient dire, cet argent, il est allé là, vous inquiétez pas,
11:46maintenant, on est capable de produire nos propres armes,
11:49on essaye d'être moins dépendants, on a besoin toujours d'aide,
11:52mais il y avait une réelle démonstration, en tout cas, de la part du président ukrainien d'afficher.
11:57D'afficher ses capacités, de ce que l'Ukraine est capable de faire.
12:01Il y a un excellent article du Monde que j'ai lu il y a quelques instants de vos confrères
12:05du Monde,
12:05qui disait que Zelensky voulait parler de propositions de négociations extrêmement concrètes,
12:14importantes sur l'énergie, sur les palestérelles, mais la libre circulation.
12:21Qu'est-ce que ça veut dire, en fait, tout simplement ?
12:23C'est que les Russes et les Ukrainiens sont capables de se faire beaucoup de mal sur tous les plans.
12:29Et bien, ce que va proposer, je pense, Zelensky au président Trump,
12:32et via le président Trump à Poutine, c'est de dire faire un moratoire, par exemple, sur l'énergie.
12:38On ne tire plus sur l'énergie, parce que c'est un intérêt partagé à la fois des Russes et
12:41des Ukrainiens.
12:42On ne tire plus sur les céréaliers, parce que les Ukrainiens ont un énorme problème d'exportation des céréales.
12:48Et à ce moment-là, l'Ukraine aussi arrête de tirer sur les navires commerciaux russes.
12:54Et ça, Donald Trump sera satisfait, puisqu'il disait très récemment,
12:57il faut que Zelensky arrête de frapper les sites énergétiques.
13:00Merci beaucoup, Patrick Dutard. C'était très intéressant de vous écouter.
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