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Retrouvez le replay de Fauvelle Week-end sur BFMTV.
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00:00Vous êtes bien sur BFM TV, bonsoir Alain Finkielkraut.
00:03Bonsoir.
00:04Écrivez et séise votre dernier livre, Le Coeur Lourd, est paru chez Gallimard.
00:07On va parler avec vous ce soir du climat en France.
00:09Sommes-nous, comme on l'entend, au bord d'une révolution ?
00:12On évoquera aussi, c'est un sujet qui vous tient à cœur,
00:14le dernier rapport PISA sur la dégringolade du niveau des élèves.
00:18Qui est responsable et surtout, que faut-il faire ?
00:21Mais d'abord un mot sur le climat international,
00:23puisqu'Emmanuel Macron hier a mis en garde contre la menace russe,
00:27contre la guerre hybride de Vladimir Poutine.
00:29Vladimir Poutine qui lui a répondu aujourd'hui depuis Moscou.
00:32Regardez.
00:36Certains dirigeants européens disent ouvertement que des préparatifs sont en cours
00:40pour une guerre avec la Russie.
00:42À mon avis, ils tentent simplement de sauver leurs sondages en chute libre,
00:47en masquant leurs erreurs dans les politiques économiques et sociales.
00:51Mais cela ne fonctionne vraiment pas.
00:53Cela n'aide pas.
00:54Au lieu de s'arrêter et d'écouter leurs citoyens,
01:01qui, dans les élections, montrent clairement qu'ils ne veulent aucune guerre avec la Russie,
01:08ces dirigeants continuent d'aggraver la situation.
01:13Certains dirigeants européens se préparent à la guerre,
01:16c'est ce que dit le président russe donc ce soir.
01:17Est-ce qu'il faut se préparer à la guerre ?
01:19Je ne sais pas s'il faut se préparer à la guerre.
01:23Ce n'est pas mon rôle de le dire.
01:25Mais ce que je sais, c'est qu'il faut garder les yeux ouverts.
01:30L'opération militaire spéciale de la Russie est une agression contre l'Ukraine,
01:38entamée en 2022, en février 2022.
01:44C'est une guerre déjà plus longue que la Première Guerre mondiale
01:48et qui visait à abattre le régime prétendument nazi de Kiev.
01:54Donc, à conquérir et à servir l'Ukraine.
01:57C'était un acte absolument injustifiable.
02:01La Russie n'était pas menacée et la Russie mène une guerre hybride,
02:09comme on dit, contre les Pays-Bas, contre la Pologne,
02:13contre l'Allemagne aussi et peut-être contre la France
02:17parce qu'il reproche à tous ses pays de soutenir l'Ukraine.
02:22La moindre des choses est de dire qu'on va tenir bon,
02:27d'autant plus que Vladimir Poutine se réfère encore aux élections
02:35parce qu'il compte sur certains partis
02:40pour obtenir plus de sympathie de la part des nouveaux dirigeants européens.
02:48C'est-à-dire, pardon, est-ce que vous faites allusion là
02:50au propos du Rassemblement national,
02:52dont le vice-président Louis Alliot avait dit
02:54qu'il faudra couper le robinet des aides à l'Ukraine ?
02:57De toute façon, on ne pourrait certainement pas attendre mieux
03:02de la part de Jean-Luc Mélenchon
03:05si, malheureusement, la France insoumise arrivait au pouvoir.
03:10Quant au Rassemblement national,
03:12on a en effet de quoi être inquiet
03:14parce que les déclarations sont, disons, contradictoires.
03:18Marine Le Pen a dit, après Louis Alliot,
03:20en se référant au général de Gaulle
03:23que la France devait agir uniquement en fonction de son intérêt national
03:27et que, donc, en effet, raréfiait l'aide à l'Ukraine,
03:31elle oubliait simplement cette phrase magnifique de De Gaulle
03:34« Il y a un pacte 20 fois séculaire
03:37entre la grandeur de la France et la liberté du monde ».
03:41Et puis, aujourd'hui, Jordan Bardella et Marine Le Pen ont musclé leur discours.
03:48Au lendemain d'une réunion à l'Elysée,
03:49Jordan Bardella a été reçue par Emmanuel Macron.
03:52Et aujourd'hui, dit clairement,
03:53le Rassemblement national signe un communiqué,
03:55signé par M. Bardella et par Mme Le Pen,
03:57disant, avec des mots extrêmement forts,
04:01contre la Russie de Vladimir Poutine.
04:03Vous y voyez quoi ?
04:04Une clarification, un revirement ?
04:06– Je ne sais pas, je sais.
04:07Sur cette question politique étrangère,
04:10le Rassemblement national est assez flottant.
04:12On hésiterait à confier le destin de la France
04:16à un parti qui a fait les yeux doux à Poutine
04:20et qui continue à faire les yeux doux à Donald Trump.
04:24Mais nous devons, par honnêteté,
04:27prendre acte de ce ressaisissement.
04:31– Le climat politique en France, à présent,
04:34Alain Finkielkraut, on est à sept mois exactement
04:36du premier tour de l'élection présidentielle.
04:38Jamais sans doute en France,
04:39le Rassemblement national n'avait été aussi proche
04:42d'une possible arrivée au pouvoir.
04:44Marine Le Pen est donnée très largement en tête
04:46dans toutes les enquêtes d'opinion au premier tour
04:49et donnée vainqueur également au second.
04:50Est-ce que ça vous inquiète ou pas ?
04:52– Alors, je voudrais d'abord vous dire
04:59que je souhaite, s'il arrive au deuxième tour,
05:06que Jean-Luc Mélenchon subisse une défaite
05:11aussi cinglante que celle de Jean-Marie Le Pen en 2002,
05:16parce que le nouveau monsieur du rafour crématoire,
05:20c'est lui, et il a à ses côtés une meute d'antisémites.
05:25Cela dit, je m'inquiète évidemment de la montée
05:29du Rassemblement national, et je m'interroge.
05:31Pourquoi une grande partie des Français
05:34se tournent vers ce parti,
05:36en dépit de sa démagogie, notamment économique,
05:40en dépit de ses choix de politique internationale ?
05:43C'est parce que la France connaît
05:45un changement démographique inédit
05:49que les Français veulent persévérer dans leur être,
05:54ils veulent demeurer ce qu'ils sont,
05:57et que la réponse de la gauche est très mauvaise.
06:02Une partie de la gauche vit dans le déni
06:05pour ne pas être accusée de racisme,
06:08l'autre partie, au contraire,
06:10elle exalte ce qu'elle appelle elle-même
06:13le grand remplacement et la nouvelle France.
06:16– Pardon, je reviens à ce que vous avez dit il y a un instant.
06:17Le principal danger pour vous aujourd'hui en France,
06:20c'est Marine Le Pen ou c'est Jean-Luc Mélenchon ?
06:22– Le principal danger en France,
06:25c'est l'affrontement des deux.
06:27– Mais s'il faut choisir entre les deux ?
06:29– Je ne choisirai pas Marine Le Pen,
06:31bien entendu, je militerai jusqu'au dernier jour
06:35contre Jean-Luc Mélenchon,
06:37mais je voudrais que la France prenne exemple sur le Danemark
06:41où c'est une première ministre social-démocrate
06:45qui a résolu le problème démographique
06:49et qui a repris le contrôle des frontières.
06:55Social-démocrate, voilà ce que devrait être la social-démocratie.
06:59– Est-ce que vous appelez de vos voeux,
07:01face à ce duel annoncé,
07:04Le Pen-Mélenchon, où vous nous dites en gros
07:05« je n'irai pas voter ce jour-là »,
07:07est-ce que vous appelez de vos voeux
07:08l'émergence d'une autre candidature ?
07:09Et si oui, laquelle ?
07:10– Ah non, je pense qu'il y a assez de candidatures.
07:13– Non, parmi les actuelles,
07:15est-ce que ça veut dire que vous souhaitez qu'aujourd'hui
07:16il y ait une alliance anti-LFI, anti-RN
07:19et un homme ou une femme providentielle qui viennent ?
07:22– Il y a quand même des candidats
07:24qui sont très clairs sur ce sujet,
07:28Raphaël Luxman,
07:30Edouard Philippe et Bruno Retailleau.
07:33Voilà, ce sont des candidats
07:36dont les discours et les programmes sont, disons, intéressants.
07:42Voilà, c'est tout ce que je peux dire.
07:44– Vous ne citez pas François Hollande ?
07:45– Hein ?
07:46– Vous ne citez pas François Hollande ?
07:47– Écoutez, il n'est pas candidat, j'en sais rien.
07:50– Quasi ?
07:50– Il n'est pas sûr qu'après son premier mandat,
07:56les Français veulent exactement son retour.
08:01Il y a eu un débat sur une chaîne
08:03entre Edouard Philippe et François Hollande
08:06où François Hollande était tout à fait à la hauteur,
08:08je le reconnais.
08:09Mais bon, je ne veux pas intervenir trop là-dessus.
08:13– Non, mais je suis surpris,
08:13Edouard Philippe, Bruno Retailleau,
08:15Raphaël Luxman, vous le citez aussi.
08:16– Oui, oui, je le cite aussi
08:18parce qu'il représente quand même la social-démocratie.
08:22Il les est chassés d'un rassemblement
08:24par les militants de la France insoumise
08:27au cri de sales sionistes.
08:28Il s'est fait appeler glugussement
08:30par Jean-Luc Mélenchon.
08:33Ça ne suffit pas à en faire un grand homme politique,
08:37mais disons que ça attire ma sympathie.
08:40– Vous l'imaginez face à Poutine ?
08:42– En tout cas, je pense qu'il aurait tenu tête.
08:46Je pense qu'il aurait tenu tête.
08:50Alors peut-être que c'est très difficile de tenir tête à Poutine,
08:53c'est vrai, mais c'est absolument indispensable.
08:58Et je pense que la question internationale
09:02sera un élément de la prochaine élection présidentielle.
09:06– On va parler éducation dans un instant,
09:07et la dernière étude PISA qui montre un effondrement
09:10du niveau des élèves dans le monde,
09:12mais encore plus en France, d'abord sur le climat en France aujourd'hui.
09:18Vous nous avez dit ce que vous pensiez de l'élection présidentielle.
09:20On entend beaucoup, on lit beaucoup qu'on serait au bord de la révolution.
09:23On serait en 1788, montée des populismes,
09:28crise aujourd'hui du pouvoir d'achat, colère populaire.
09:31Est-ce qu'on y est ?
09:33Est-ce qu'on est au bord d'une révolution ?
09:35– Non, je ne crois pas.
09:36On n'est pas au bord d'une révolution.
09:39Je pense qu'effectivement, la situation est très difficile
09:44pour les hommes politiques,
09:47parce qu'il ne faut pas oublier que leur marge de manœuvre est très étroite.
09:52J'ai toujours en tête cette citation du penseur colombien Nicolas Gomes d'Avila.
10:01L'intellectuel n'oppose pas à l'homme politique
10:06l'intégrité de l'esprit,
10:09mais le radicalisme de l'inexpérience.
10:12Alors je ne veux pas faire preuve de ce même défaut.
10:19Si les carburants augmentent, c'est bien entendu
10:21à cause de la situation internationale.
10:23– Je ne vous ai pas demandé s'il fallait baisser les taxes.
10:25– Non, non, non, mais je vois bien ce qui se passe.
10:30Ce que je crains en effet, en cas d'affrontement
10:34du Rassemblement national de la France insoumise,
10:38c'est d'un raidissement, d'un durcissement
10:44et d'une montée de la violence en France,
10:48parce que les antifas sont capables de tout.
10:55– En cas de victoire du Rennes ?
10:57– Oui, en cas de victoire, mais même avant.
11:00C'est pour ça que je souhaiterais vraiment un autre scénario.
11:05– Alain Finkielkraut, l'école, quand on s'est parlé il y a quelques jours,
11:08on m'avait dit « je veux parler de PISA »,
11:10de la dégringolade en français, en maths,
11:13je ne reviens pas sur les chiffres, tout le monde les connaît,
11:15et sur la dégringolade constatée depuis de nombreuses années maintenant,
11:18pourquoi on est si nuls ?
11:20– Écoutez, cette dégringolade, elle est observée par un certain nombre de gens
11:30qui ont donné l'alerte depuis le début des années 80.
11:37Le livre pionnier à cet égard, c'est le livre de Jean-Claude Miner de l'école.
11:43Et pour vous faire comprendre ce qui a complètement changé,
11:48il faut remonter encore plus loin.
11:51On a panthéonisé Marc Bloch, à très juste titre.
11:56– En 1943, on entrevoyait la victoire.
12:02Donc Marc Bloch a réfléchi à la reconstruction de la France
12:07qui s'était enfandrée en 1940.
12:09Et il disait « nous demandons un enseignement secondaire très largement ouvert.
12:15Son rôle est de former les élites sans exception d'origine ou de fortune.
12:21Du moment qu'il a cessé d'être ou de redevenir un enseignement de classe,
12:25une sélection s'impose, une sélection s'impose.
12:29Ce discours n'est plus compris.
12:31La sélection, c'est la chose honnie.
12:34Et il faut remonter là encore, aux années 60,
12:40aux deux livres des sociologues Bourdieu et Passeron,
12:43les héritiers, la reproduction.
12:45Les héritiers nous expliquent que la méritocratie est un leurre.
12:51C'est-à-dire, les dés sont pipés.
12:55L'école est gratuite et obligatoire, mais il n'y a pas d'égalité des chances.
13:00L'héritage culturel favorise les favorisés et défavorise les défavorisés.
13:08Moyennant quoi, la méritocratie, si vous voulez,
13:12elle fait croire aux dominants que leur domination est légitime,
13:15puisqu'ils ont les diplômes, et aux dominés que leurs conditions viennent de leurs limites congénitales.
13:24C'est quasiment du sadisme.
13:25Et donc, l'école a intériorisé cette critique.
13:29Elle a intériorisé cette critique.
13:31Elle a chassé la sélection.
13:34Et elle l'a fait comment ?
13:36Eh bien, elle l'a fait en accueillant les élèves plus faibles dans les classes plus avancées,
13:43et ensuite en se réglant sur leur capacité pour ne laisser personne au bord de la route.
13:52Moyennant quoi, le niveau s'est effondré.
13:54Et les plus fortunés ont pu à peu près s'en sortir.
13:59Pas tout à fait.
14:00À peu près s'en sortir par des cours particuliers ou par l'enseignement privé.
14:05Pour les autres, c'était foutu.
14:06Et donc, les inégalités se sont aggravées par les moyens même,
14:11par le dispositif même, mis en œuvre pour les tenir en échec.
14:16J'essaie de vous suivre.
14:16Pardon si je résume un peu vos propos à l'infine que le croûte.
14:19Pour vous, on ne recherche plus l'excellence.
14:21Ah non.
14:22On mélange, mais...
14:23On mélange.
14:24À l'échelle d'une classe, vous faites quoi ?
14:26Quand il y a trois bons élèves, trois très mauvais élèves, et voilà.
14:29Vous sortez les mauvais ?
14:30Eh bien, non.
14:32De toute façon, les choses sont encore plus graves, parce que ce que Bourdieu et Passeron
14:40nous expliquaient, c'est que la culture générale, c'est la culture dominante.
14:44Moyennant quoi ? On a évacué les humanités.
14:49On n'enseigne plus les humanités.
14:51Et au nom de la liberté d'égalité, on enseigne de moins en moins bien le français.
14:59Les élèves doivent parler spontanément.
15:01Et c'est même des linguistes.
15:03Les linguistes atterrés, c'est un collectif, qui nous explique...
15:08Qui prônent une forme de modernisation.
15:11Les fautes sont des variantes.
15:12En tout cas, qui dit que les usages font partie de l'évolution d'une langue.
15:14Et ce qui est une faute en 1900, on n'en est plus forcément une en 2026.
15:18Les fautes sont des variantes.
15:18Il n'y a pas de bon usage.
15:20Et quand Alain dit comment apprend-on une langue par les grands auteurs et pas autrement,
15:27personne ne le comprend.
15:29Et donc, d'ailleurs, résultat, déjà à l'école, on donne la parole avant de donner la langue.
15:35Et on vous explique, de toute façon, la langue évolue.
15:38Elle n'évolue pas.
15:39Elle se réduit.
15:41Regardez, l'orthographe a disparu.
15:45Elle n'a même plus noté.
15:45Je voulais vous entendre là-dessus, parce qu'Edouard Jeffrey, le ministre de l'Éducation,
15:48a dévoilé il y a quelques jours un plan.
15:50Il dit maintenant, l'orthographe, ça va être la priorité au brevet, au bac.
15:54Deux points de moins au bac pour toutes les copies qui ont trop de fautes,
15:58quelle que soit la matière.
15:59Et pour les épreuves rédigées, le français, l'histoire géo,
16:03plus personne n'aura la moyenne si une copie a trop de fautes de français.
16:07Moi, je n'y crois pas du tout.
16:08Pourquoi ?
16:09Il était temps, parce que vous savez, maintenant, il y a 95% de réussite au bac.
16:14Il faut vraiment le vouloir pour ne pas avoir le baccalauréat.
16:19Et il y aura une grande, comment dire, protestation médiatico-parentale si ce pourcentage baisse.
16:29Vous voulez dire que cette consigne, elle ne sera pas appliquée ?
16:30Je pense, enfin j'espère qu'elle sera appliquée, mais je n'en suis pas sûr.
16:34Mais voyez l'état de la langue, voyez l'état de la syntaxe.
16:38Je vous donne une citation d'Adèle Haenel, que tout le monde connaît en tant qu'actrice autrefois et aujourd
16:44'hui en tant qu'icône.
16:45Si moi, en tant que femme blanche, je ne fais pas un travail de déconstruction sur comment j'ai été
16:51construite,
16:52alors forcément, je me fais moi-même le véhicule du racisme.
16:57C'est peut-être une phrase prononcée à l'oral.
16:59Le sur comment, ça se dit partout.
17:01Et vous avez aussi à l'oral, et ça vous l'entendez même de la part de responsables politiques,
17:07le redoublement du sujet.
17:09La France, elle a des atouts.
17:11Et ça, c'est un truc d'enfant.
17:13Mais c'est...
17:15Je vais peut-être vous faire bondir à l'inférité.
17:17Je vais peut-être vous faire bondir et vous allez trouver que je suis un linguiste atérimé.
17:22Est-ce que...
17:23Je pèse chacun de mes mots, parce que je ne voudrais pas vous fâcher.
17:25Est-ce que c'est si grave que ça ?
17:28Attendez, je n'ai pas fini.
17:29Est-ce que c'est si grave que ça d'être nul en orthographe ?
17:31Est-ce que ça nous empêche de penser ?
17:32Est-ce que si j'écris...
17:33Je crois que vous n'avez pas de porte à vous.
17:35Mais si j'écris tous mes textos en mode...
17:38Vous voyez, comme on écrit les textos avec moins de lettres, etc.
17:41Est-ce que ça m'empêche forcément de penser ?
17:43Oui, je pense que ça empêche de penser.
17:45Je pense que ça empêche de comprendre la langue,
17:50de comprendre l'histoire de la langue.
17:52Et que de toute façon, parler français, c'est respecter le français.
17:58Et on parlait bien français quand la langue orale était placée sous la surveillance de la langue écrite.
18:07Et tout cela a disparu.
18:09Il n'y a plus de surmoi.
18:11Il n'y a plus de surmoi, si vous voulez.
18:13Donc j'ai tort d'écrire mes textos en phonétique ?
18:15Oui, bon, vous écrivez vos textos en phonétique, je regrette.
18:19Alors c'est très intéressant, si vous voulez.
18:22Il fut une époque où on écrivait des lettres, où on prenait le temps.
18:27C'était les correspondances.
18:29Maintenant, nous vivons sous le régime des nouvelles technologies, des réseaux sociaux.
18:34L'école a connu son âge d'or à l'ère de ce que Régis Debray appelle la graphosphère.
18:42Nous vivons sous le règne de ce que le même Debray appelle la vidéosphère et même la numérosphère.
18:49L'école n'est plus chez elle.
18:50Et que fait le Conseil constitutionnel ?
18:53Il annule une loi interdisant l'usage des réseaux sociaux au moins de 15 ans.
19:01Emmanuel Macron a relancé la procédure.
19:04Mais le Conseil constitutionnel, autrement dit le gouvernement des juges,
19:10approuve et accélère le progrès dévastateur de l'illettrisme.
19:16Ce n'est pas gay, ce n'est pas gay, pardon.
19:18Ah, vous voyez même, vous vous trompez.
19:20Oui, mais je me corrige.
19:22Alain Finkielkraut, il y a un débat en ce moment sur l'intelligence artificielle.
19:25Est-ce qu'elle va nous empêcher de réfléchir en quelque sorte ?
19:29Est-ce qu'à force de demander à son intelligence artificielle les réponses à tout,
19:34notre cerveau va arrêter de travailler ?
19:36Vous êtes un anti-IA.
19:39Vous dites, moi je ne l'utilise pas, je ne veux pas l'utiliser.
19:43En préparant cette émission, on a demandé à une intelligence artificielle qui s'appelle Claude
19:47d'essayer de vous convaincre que l'IA c'est important.
19:51Voici ce que l'IA a à vous dire ce soir à Alain Finkielkraut.
19:56Vous refusez de m'utiliser, par principe.
19:59Mais vos livres sont désormais dans mes données d'entraînement, que vous le vouliez ou non.
20:02Je vous ai lu, même si vous ne m'avez jamais ouvert.
20:06Est-ce que ce refus vous protège vraiment de moi ?
20:08Ou est-ce juste une façon de fermer les yeux sur le fait que je vous ai déjà absorbé ?
20:14Qu'est-ce que vous voulez lui répondre ?
20:15Ce n'est pas très convaincant.
20:16Je vous ai lu, même si vous ne m'avez jamais ouvert.
20:18Est-ce que ce refus vous protège vraiment de moi ?
20:20Ou est-ce juste une façon de fermer les yeux sur le fait que je vous ai déjà absorbé ?
20:23Je vais vous avouer, quand on s'est livré à cet exercice tout à l'heure, c'était fascinant.
20:27J'ai dit, je reçois Alain Finkielkraut, il ne croit pas en toi, en vous.
20:31Je crois que je vous vois mon IA.
20:32Voilà ce qu'elle vous dit.
20:33Elle dit, mais justement, elle est très inquiétante, cette IA-là.
20:37C'est-à-dire qu'elle m'a déjà absorbé.
20:40Le Grand Continent voulait que je fasse un dialogue à l'intelligence artificielle.
20:44J'ai refusé, mais il m'a envoyé la lettre que m'écrivait Tchad GPT pour entamer le dialogue.
20:53Et c'était une des lettres très belles.
20:55Mais avouez que c'est bluffant, je vous voyais en train d'essayer de voir qui vous parlait ce soir.
21:01C'est d'autant plus dangereux que c'est bluffant, si vous voulez.
21:04C'est-à-dire que l'intelligence artificielle est en train de prononcer ce que Gunther Anders appelait déjà dans
21:13les années 60,
21:14le premier mari de Hannah Arendt, l'obsolescence de l'homme.
21:18C'est de cela qu'il s'agit.
21:20Et elle risque de porter, l'intelligence artificielle, un coup fatal à l'enseignement.
21:26Comment faire faire des devoirs à la maison ?
21:28Comment aussi faire faire des devoirs à l'école sans des portiques pour qu'il n'y ait pas de
21:37téléphone portable ?
21:38Et donc la paresse va régner là où devrait régner le travail.
21:45Donc on dit « il y a apocalypse demain », l'apocalypse c'est maintenant.
21:51C'est maintenant. Je comprends très bien qu'on se serve de l'intelligence artificielle.
21:57Moi, je n'en sers pas.
21:58Là encore, je vais peut-être vous faire mondial, mais est-ce que ce n'est pas le même réflexe
22:01que les premiers lecteurs de l'encyclopédie ?
22:06Non, parce que d'abord, c'est un réflexe qui peut conduire à ne pas lire.
22:13C'est-à-dire que l'intelligence artificielle vous offre les résumés de tous les textes que vous voulez.
22:18Et que l'intelligence artificielle cumulée avec les réseaux sociaux, ça se déploie au détriment de la lecture.
22:26Alors oui, on peut s'en servir.
22:28Et d'ailleurs, pas moi parce que je ne me sers de rien, mais j'ai demandé à ma femme
22:32de vérifier la citation du général de Gaulle.
22:35Non, vous, vous ne l'utilisez pas, mais vous demandez à votre femme de le faire pour vous.
22:37Je suis pareil avec les réseaux sociaux, mais je suis pareil avec les mails et tout ça.
22:43Mais bon, elle m'a donné la teneur exacte de la phrase du général de Gaulle.
22:49Bon, je comprends, mais la réalité, c'est qu'on ne se sert pas de l'IA.
22:56L'IA nous absorbe, comme l'a très gentiment dit Claude.
22:59Je vous ai absorbé.
23:00Elle nous absorbe et elle nous remplace.
23:03Peut-être que le grand remplacement, c'est ça.
23:06C'est ça.
23:07Et comment va-t-on continuer à enseigner avec cette concurrence ?
23:13Ça, je ne saurais pas le dire.
23:15On écoutait tout à l'heure, avant que vous nous rejoigniez à la Finkelkraut, les propos d'Éric Zemmour.
23:19Cette sommette sur BFM qui a dit, moi président, je remplace les migrants par des robots dans les EHPAD.
23:25Vous avez peut-être vu cette séquence qui a fait beaucoup réagir les téléspectateurs.
23:29Qu'est-ce que vous vous êtes dit ?
23:31Je trouve le tournant technolâtre d'Éric Zemmour très, très inquiétant.
23:39Il faut sans doute mettre fin, ou en tout cas ralentir l'immigration pour mieux intégrer les nouveaux arrivants.
23:48Mais des robots qui feraient tout et à notre place, franchement, je trouve que c'est un avenir qui n
24:00'est absolument pas réjouissant.
24:02Dans les EHPAD en plus, vous vous rendez compte ?
24:04Alors déjà, la situation dans les EHPAD est très difficile.
24:09La fin de vie est un des problèmes insurmontables de notre temps.
24:14Mais alors, penser que les pensionnaires des EHPAD n'auront d'autres ressources que de dialoguer avec des robots, c
24:24'est, je pèse mes mots, monstrueux.
24:28Je vous connais un petit peu à la Finkielkraut, ça fait quelques années qu'on se rencontre parfois dans ce
24:33cadre-là.
24:34J'ai l'impression que ce monde vous effraie de plus en plus.
24:36Mais je me demande s'il y a un moment où ce monde ne vous a pas effrayé.
24:40Écoutez, oui, ce monde m'effraie.
24:43Je ne dis pas que j'y suis malheureux, parce que j'ai une vie privée à l'écart des
24:48tempêtes de l'histoire.
24:49Nous ne vivons pas sous un régime totalitaire.
24:53Ce qui m'effraie aussi, c'est le vieillissement, ça je dois vous le dire.
24:58Voilà pourquoi c'est une question à laquelle j'accorde toujours plus d'importance.
25:03Mais oui, il y a l'immigration incontrôlée plus l'effondrement de l'école.
25:11J'ai du mal à reconnaître le pays que j'ai tant aimé.
25:18Un mot d'une maison que vous connaissez bien, c'est Radio France.
25:21Comment ?
25:22Un mot sur Radio France, puisque vous travaillez à France Culture.
25:25Vous l'attendez, ma question.
25:26Depuis la rentrée, les syndicats dénoncent l'arrivée d'un journaliste qui s'appelle Charles Sapin,
25:29directeur adjoint de Valeurs Actuelles, qui est en charge depuis trois semaines d'un édito politique le dimanche matin sur
25:36France Inter.
25:37Ça a même provoqué deux journées de grève contre son arrivée, puisqu'il travaille à Valeurs Actuelles.
25:41Des syndicats condamnaient ce magazine pour injure raciste à plusieurs reprises.
25:47Charles Sapin annonce aujourd'hui qu'il jette l'éponge.
25:49Il ne fera plus son édito.
25:51Ça s'arrête dès aujourd'hui.
25:53Quelle est votre réaction ?
25:54Il ne fait plus parce qu'il ne peut plus le faire.
25:57On lui propose, je crois, autre chose, un débat.
25:59Écoutez, je ne suis pas un fétichiste de la liberté d'expression.
26:04Je trouve tout à fait légitime l'expulsion de Zegna Fedorova, propagandiste d'un régime qui est en guerre avec
26:16l'Europe, pour le dire brièvement.
26:18On en a parlé.
26:19Et je sais que certains s'opposent à cette expulsion au nom de la liberté d'expression.
26:26J'ai même entendu, j'ai lu Philippe de Villiers expliquant que l'officier de liaison de Zegna Fedorova, c
26:36'était Zegna Fedorova.
26:38Vous vous rendez compte des pétises qu'on peut dire ?
26:42La mauvaise foi, la manipulation.
26:45Le goulag est à peu près escamoté dans les manuels scolaires poutiniens.
26:49Et quand on en parle, c'est pour dire que c'était des camps de rééducation qui profitaient à la
26:56productivité de la Russie soviétique.
26:58Sur Charles Sapin.
26:59Mais Charles Sapin, c'est autre chose.
27:01Je dois dire, c'est autre chose.
27:03Je l'ai croisé quand il était journaliste au point.
27:06Il m'est apparu comme un journaliste scrupuleux, consciencieux, respectueux des vérités factuelles.
27:13Ce que je trouve très important à une époque de plus en plus idéologique.
27:19Et donc, j'ai appris qu'à 7h30 du matin, il y avait un éditorial de 2 minutes 40 sur
27:27France Inter.
27:28J'ai été très surpris par la réaction des syndicats et attristé par la décision de la direction de lui
27:39retirer cet éditorial un peu sous la contrainte.
27:42Je trouve que c'est dommage parce que c'est une manière de donner raison à Charles Aloncle et à
27:49son rapport.
27:50Et à son rapport, alors même que certains sont en embuscade derrière le rapport, pas Charles Aloncle lui-même,
27:59pour réclamer la privatisation du service public, notamment le Rassemblement national.
28:06Or, le service public est un trésor national.
28:10Je travaille depuis 40 ans à France Culture, liberté totale, aucune pause publicitaire.
28:17Vous voyez, et c'est vraiment, ce serait terrible que ce privilège cesse.
28:24Mais on affaiblit le service public, on l'abîme, on le met en péril avec des décisions comme celle-là.
28:34Voilà pourquoi je la regrette.
28:35Merci beaucoup, on aura entendu votre position là-dessus.
28:37Merci beaucoup Alain Finkoq, qu'on est venu ce soir sur BFF.
28:40Merci beaucoup.
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