00:00Érotiser le corps de la femme morte, c'est un truc qui revient toujours.
00:03Iris Bray en parle très bien évidemment dans son livre Le Regard Féminin.
00:06Il y a tout un chapitre qui est consacré aux violences sexuelles.
00:11Et justement, elle dit que le problème avec les violences sexuelles représentées dans le cinéma de manière générale,
00:15c'est qu'elles sont représentées comme un spectacle.
00:19C'est presque divertissant pour le spectateur de regarder ça.
00:22Il kiffe son moment. C'est terrible quand même.
00:24En plus, narrativement confortable.
00:26Tiens, il nous manque une scène. Ouf !
00:27On va rajouter une scène de viol. Tiens, comme ça, c'est super.
00:29Et tout le monde va adorer. C'est horrible, mais c'est la vérité.
00:32Alors que par contre, tu reprends cette même scène, mais tu te focus sur la personne qui est victime.
00:39D'ailleurs, que ce soit un homme ou une femme, c'est plus souvent une femme.
00:41Et que tu montres toute la détresse de cette personne et la violence que c'est vraiment.
00:46Ce qui rend la scène encore plus violente d'ailleurs, encore plus terrible à regarder.
00:49Mais là, par contre, plus personne ne kiffe.
00:51Là, il n'y a plus un bruit dans la salle.
00:52On peut tout montrer, on peut parler de tout.
00:54Par contre, c'est comment on décide de le montrer ? C'est ça le plus important.
00:58Et là, tu parles du film Capo.
01:00On en revient à quelque chose qu'on voit partout.
01:02Cette sorte d'érotisation du corps de la femme morte.
01:05Mais alors ça, on peut le trouver partout.
01:06Que ce soit dans les séries policières de France Télévisions,
01:09jusqu'à des grands films qui ont, pour certains d'ailleurs, gagné des Césars et gagné des Palmes d'or.
01:14Là, en fait, ce qui a surtout choqué Jacques Rivette, c'est que c'était un camp de concentration.
01:17Donc pour lui, c'était trop.
01:17Et ça, ça n'aurait choqué personne si ça avait été dans une ruelle.
01:20Et qu'on l'aurait retrouvé morte, pareil, avec la petite main bien recroquevillée,
01:23le visage bien penché, ça, ça n'aurait choqué personne.
01:26Là, c'est parce que c'est un camp de concentration.
01:28Alors évidemment, c'est évidemment que ça rajoute quelque chose.
01:30Mais pour moi, on peut parler, effectivement, on peut continuer.
01:33Et surtout, il faut continuer à parler de cette période-là de l'histoire,
01:36de montrer notre responsabilité en tant que Français, État et tout ce qui s'est passé pendant la guerre.
01:42Surtout continuer d'en parler pour éviter de rentrer dans le négationnisme,
01:44parce qu'on sait très bien qu'aujourd'hui, avec les gens qui arrivent au pouvoir très bientôt,
01:49c'est très compliqué.
01:50Donc il faut surtout continuer d'en parler.
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