Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 33 minutes
L'écrivain voyageur, berger et charpentier, Édouard Cortès publie "Sur le fleuve" (Équateurs). Il évoque sa descente de la Loire à bord d'une pirogue artisanale et partage son expérience de voyageur solitaire et son travail sur le chantier de restauration de la charpente de Notre-Dame.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00France Inter
00:03La Grande Matinale
00:07Sonia Deviner
00:08Des hommes comme mon invité, vous n'en avez jamais rencontré.
00:12Le citadin s'est fait berger durant des années.
00:16Il a gardé les moutons et les brebis.
00:18Et puis il a fait faillite.
00:19Et puis il s'est réfugié en haut d'un arbre pendant tout un printemps.
00:23Il s'y était fait une cabane.
00:25Le voici maintenant qui creuse une pirogue,
00:28a même le tronc d'un chêne et qui embarque pour descendre la Loire.
00:32400 kilomètres de fleuve à la rame.
00:35Il ne fuit rien.
00:37D'ailleurs, ça l'emmerde qu'on lui pose la question.
00:40Il ne se retire pas du monde.
00:42Au contraire, il y revient.
00:44C'est nous, bardés de technologies connectées, qui en sommes loin.
00:48Edouard Cortès parle aux oiseaux et bâtit des cathédrales.
00:52Une autre vie que la nôtre.
00:53Portrait numéro 180.
00:57Bonjour Edouard Cortès.
00:59Bonjour Sonia Deliver.
01:00Alors, sur le fleuve, c'est votre nouveau récit de voyage ou d'aventure.
01:04Vous nous direz d'ailleurs ce que c'est pour vous qu'un voyage et ce que c'est pour
01:06vous qu'une aventure.
01:08Ça paraît aux éditions des Équateurs.
01:11Voilà.
01:11Sur la couverture, il y a le fleuve.
01:13Il y a vous dans la pirogue.
01:15Il y a Goubia.
01:15C'est votre chienne.
01:16Oui, je suis parti avec mon chien sur la Loire et on a été bivouaqués d'île en île.
01:21C'était une manière de...
01:23J'étais l'homme de compagnie de mon chien.
01:25On dit souvent l'animal de compagnie.
01:27Ce n'est pas très beau.
01:28J'étais l'homme de compagnie de mon chien puisque je la trimbalais dans la barque.
01:32Alors, vous avez inventé un nouveau mot, Edouard.
01:35C'est s'enforester.
01:37S'enforester, c'est plonger dans la forêt.
01:40Alors, je ne l'ai pas...
01:41C'est un vieux mot français que j'ai remis au bout du jour, effectivement.
01:45S'enforester, s'embusquer.
01:46Ça, c'était un petit clin d'œil de Bernanos.
01:49Bernanos disait dans la société des machines.
01:51Alors, aujourd'hui, où le thème s'est lié à...
01:52Dans la société des machines, tout contemplatif est un embusqué.
01:56Alors, moi, je m'embusque, je m'enforeste, j'arpente.
02:01Et puis, j'arpente des choses qui sont à proximité.
02:03Il n'y a pas besoin d'aller courir le monde.
02:04On va en parler de ça, mais quand vous êtes seul dans la forêt, vous ne vous ennuyez jamais ?
02:09Jamais, parce que, par exemple, quand j'ai construit ma cabane dans mon arbre,
02:12j'ai passé trois mois, un printemps, dans un arbre.
02:15Et là, vous avez plus de 250 espèces qui gravitent autour de l'arbre.
02:19Vous avez les mésanges, les citels, les chevreuils, le renard,
02:22les petits vers qui viennent manger les feuilles,
02:24puis les mésanges qui viennent manger les vers,
02:27les mini-escargots, si vous prenez une loupe,
02:29vous avez les escargots dans les rainures du chêne.
02:36Donc, on ne s'ennuie jamais.
02:38À quel âge vous avez commencé ?
02:39Pour peu qu'on fasse attention.
02:41Justement, à parler aux oiseaux.
02:43Je pense très tôt.
02:44Je pense qu'il y a une espèce de second langage chez moi.
02:48D'ailleurs, je n'en suis pas du tout maître.
02:50C'est une question de sensibilité, peut-être une hypersensibilité.
02:54Mais quand je suis dans les bois, j'ai l'impression d'être chez moi.
02:57Dans les bois, vous avez entendu le brame du cerf.
03:00Moi, je ne l'ai jamais entendu.
03:02Je voulais savoir à quoi ça ressemblait.
03:05Le brame du cerf, il y a une espèce de côté très guttural, très caverneux,
03:10qui est à première vue très impressionnant
03:13et qui remplit la forêt de silence.
03:15Moi, ce que j'ai aimé, vous savez, un peu comme quand Mozart dit
03:18que le plus important, c'est le silence entre les notes,
03:21pourvu qu'il aimait les pianos.
03:24Alors, le silence entre les notes, c'est ce que j'aimais dans le brame.
03:28J'ai écouté le brame quand je taillais mon canoë.
03:30Tous les soirs, j'avais eu la chance d'être en forêt.
03:32Ça fait peur ?
03:33Ça fait peur, oui.
03:35Ça fait peur.
03:35Et puis, je n'avais pas envie de m'approcher trop près des combats de cerf.
03:40Mais une nuit, j'ai été au plus proche,
03:43parce que j'avais une haie, je me suis caché derrière une haie.
03:46Alors là, j'ai eu la joie d'entendre le fracas des bois de cerf.
03:50C'est impressionnant, oui.
03:52Comment vous avez choisi le chêne ?
03:54Comment vous avez choisi l'arbre dans lequel vous alliez creuser la pirogue ?
03:59Alors, il y a des questions de sensibilité.
04:00Et puis, j'étais dans un petit bosquet en Bordeleuart.
04:02C'est un ami agriculteur qui m'a offert ce chêne.
04:06Et on prend un chêne mûr.
04:08Comment on va cueillir des champignons à l'automne ?
04:10J'ai cueilli déjà mon chêne à la descente de la sève.
04:14Et c'était un chêne bien mûr qui avait une couronne qui était déjà un peu fatiguée.
04:19La couronne, c'est les branches du haut.
04:21Alors qu'il y a certains affléblissements qu'on voit chez le chêne.
04:24Et on cueille ce chêne mûr.
04:25On évite évidemment de cueillir trop d'arbres sur le même endroit.
04:30Donc là, j'ai pris un gros chêne.
04:31Dans la première partie, c'est la pirogue, la partie basse.
04:36Et puis, la partie haute, j'en ferai, j'espère, c'est dans les projets, j'attends que ça sèche
04:40encore, une table et des bancs.
04:42Donc voilà.
04:42Donc, j'ai une partie pour descendre la Loire, ma pirogue.
04:45Et j'ai une autre partie pour faire la table et les bancs.
04:48Et évidemment, le haut pied, la tête de l'arbre, sert pour le bois de chauffage.
04:52Et les feuilles mortes pour faire de l'humus et refaire des chênes.
04:55Pourquoi la Loire, Edouard Cortès ?
04:57Je dis ça parce que peut-être que ceux qui ne vous connaissent pas ne savent pas que vous avez
05:02marché à travers tout l'Afghanistan,
05:05que vous êtes parti à pied de Paris, que vous avez rejoint à pied Jérusalem, que vous avez parcouru l
05:11'Asie.
05:12Pourquoi la Loire ? Pourquoi tout simplement la Loire ?
05:15C'est quand même incroyable.
05:16Il a fallu que je fasse des petits tours du monde ou que j'aille très loin, par exemple, effectivement,
05:20pour aller à pied à Jérusalem.
05:21Mais il a fallu que j'aille très loin pour me rendre compte de la beauté de notre pays, déjà.
05:26Et puis, parce que la Loire, c'est très facile de rentrer dans un corridor de sauvage.
05:31La Loire, c'était pour moi un rêve d'enfant.
05:34J'y ai gardé les moutons.
05:35J'ai découvert ce fleuve à l'occasion de mes gardes de troupeaux.
05:40Mais ensuite, je suis devenu amoureux de la Loire.
05:43On peut devenir amoureux de la Loire.
05:44On peut devenir amoureux d'un fleuve quasiment charnellement.
05:48Parce que votre enfance, c'est le sud-ouest.
05:49Oui, c'est les petits chênes rocailleuses sur des montagnes de cause.
05:53Ce n'est pas du tout les grandes études.
05:55Et au contraire, c'est un dépaysement.
05:57Et la Loire, vous avez un corridor de sauvage.
05:59Vous rentrez sur la Loire.
06:00C'est un fleuve sauvage qui n'a pas été totalement corseté.
06:03Bien qu'au 18e, on a essayé de lui mettre des levées.
06:06Au 17e, 18e.
06:07Et là, vous avez du grand sauvage.
06:09Je dirais semi-sauvage.
06:11Vous avez évidemment les châteaux de la Loire.
06:13Mais vous avez aussi cette alliance merveilleuse entre le sauvage et le civilisé.
06:17Entre les châteaux de la Loire et les bancs de sable, les grèves.
06:21Et la Loire n'a jamais été vraiment domestiquée.
06:23Ce qui en fait un grand fleuve français.
06:25Entendons-nous bien.
06:26Vous n'êtes pas parti du début à la fin de la Loire.
06:29Les 400 kilomètres, ils sont...
06:31Oui.
06:32De Sully-sur-Loire jusqu'à Nantes, une des plus belles parties de la Loire.
06:35C'est la Loire classée par l'UNESCO.
06:37C'est la Loire chatoyante.
06:38C'est la Loire du fleuve de Lumière.
06:40C'est la Loire des îles.
06:41J'ai bivouaqué d'île en île.
06:42C'est-à-dire que la petite pirogue, arrivée à l'océan, elle se serait fait engloutir par les vagues
06:47et les cargos, les ferries ?
06:49Oui, il faut imaginer.
06:50J'ai taillé toute ma pirogue à la main, dans ce grand tronc de chaîne, avec des outils.
06:55Et d'ailleurs, j'aime faire l'éloge de la main.
06:57Aujourd'hui, vous faites une journée spéciale, robots et IA.
07:00Moi, je suis pour les invariants que sont la main et presque le cinéche.
07:04Vous savez que je n'avais pas réalisé, que je vous ai invité.
07:06C'est étonnant.
07:08Mais je trouve ça absolument magnifique.
07:10Oui, alors c'est bien, faisons un petit contre-pied.
07:13C'est ça, contre-pied absolu.
07:15Alors, faisons un pas de côté vis-à-vis de l'IA.
07:17Donc la main.
07:18Moi, je travaille la main.
07:19Et alors, cette pirogue que j'ai bichonnée, que j'ai tout taillé à la hache, à l'herminette, au
07:23rabot,
07:24eh bien, elle reste fragile.
07:26Et c'est ce qu'est notre humanité, en réalité.
07:28C'est fragile.
07:29Et j'aimais bien être une coquinoa sur la Loire.
07:33Ça montre que dans l'immensité, que face aux cerfs qui brament, face aux îles,
07:37quand on bivouaque sous les étoiles et que vous vous sentez tout petit.
07:41Mais moi, j'aime bien cette fragilité.
07:43Je ne crois pas au monde des postes humains.
07:46Ça ne m'intéresse pas.
08:19Vous avez le droit de boire un verre d'eau.
08:21Je vous vois reposer.
08:23C'est la Loire, l'eau, c'est la vie.
08:24C'est ça, l'eau, c'est la vie.
08:26Elle ne ressemblerait pas un peu à un cercueil, cette pirogue ?
08:29Un peu, par certains côtés.
08:31En tous les cas, pour moi, parce que j'avais évidemment quelques chagrins,
08:34quelques tas de misères à aller tremper dans l'eau ou à aller noyer dans l'eau.
08:38Alors, j'ai fait de ma pirogue.
08:40C'est comme ça que j'entame mon livre de manière un peu humoristique.
08:43C'est-à-dire que quand on pense, quand on a des idées noires,
08:47quand on pense, on est un peu particulier,
08:50quand on va se percer dans un chêne,
08:51et puis quand tout d'un coup on a des idées noires,
08:53et qu'on se dit, tiens, si j'allais construire mon cercueil.
08:55Mais j'aime bien commencer cette idée de commencer la vie par la fin,
08:59en se posant la question de la fin.
09:01Donc, il y a une question existentielle chez moi qui demeure,
09:03une question intérieure.
09:04Et je vais la creuser.
09:06Il y a plus que ça, Edouard Cortès.
09:07Il y a le récit d'un combat, en fait, d'une lutte pour la vie.
09:12D'ailleurs, c'est la vie qui triomphe.
09:14D'ailleurs, l'arrivée de cette pirogue au terme des 400 kilomètres,
09:19vous dites que vous avez le cœur gonflé de joie et de lumière.
09:23Donc, c'est la vie qui triomphe.
09:24Mais en réalité, c'est ça que je trouve passionnant dans vos récits.
09:27C'est que ça n'est pas du tourisme.
09:29Ce n'est pas du tourisme.
09:30C'est une expérience intérieure, intime, métaphysique, extrêmement profonde.
09:35Et vous vous coltez des douleurs.
09:37Et des douleurs très intérieures.
09:41Je suis un homme qui doute, qui a pris au sérieux, du moins, la question de l'existence.
09:47Mais je la prends avec grande légèreté, puisque je ne fais que des clowneries.
09:50Je ne fais que des glanderies.
09:51Je vais de chaîne en chaîne, que ce soit dans l'arbre, la pirogue ou bien Notre-Dame.
09:56Je ne touche que du chêne.
09:57Je suis un homme qui fait des clowneries, des ouaveries.
10:01Mais pour une question tout de même importante, qui est celle de comment mener sa vie.
10:07Et alors, dans les couloirs de l'existence, comme on descend un fleuve, il y a des petites tragédies, évidemment.
10:14Mais je crois que quand on se laisse porter, le fleuve est une très bonne métaphore.
10:19Quand on se laisse porter, les Grecs avaient un mot « pantareil », « tout cool ».
10:24Quand on se laisse porter par le fleuve, la vie et les tragédies, son petit tas de misère, c'est
10:32plus facile.
10:33Le pensionnat de l'enfance, qui était déjà cité dans votre précédent livre, « Par la force des arbres ».
10:38Parce que les arbres vous ont donné de la force, et ça, on va y revenir.
10:42Le pensionnat de l'enfance, dont vous parlez plus dans celui-ci.
10:45Ce pensionnat qui, aujourd'hui, a un nom connu dans toute la France.
10:49Vous ne le citez pas, mais c'est Betaram, c'est ça ?
10:52C'est Betaram.
10:53Le pensionnat de l'enfance fait que vous avez grandi quand même avec un lot de douleurs et de violences.
11:00De violences que vous avez reçues, mais de violences dont vous avez été témoins aussi.
11:04Oui, c'est un système de brutalité.
11:07Et c'est vrai que ça a été, j'avais 12 ans quand je suis rentré à Betaram,
11:12ça a été un petit drame.
11:15Dans l'existence, c'est trop tôt, et puis personne ne veut connaître à 12 ans les violences d'un
11:22pensionnat comme ça.
11:23En plus, c'était déjà très désuet pour mon époque.
11:25Je suis de 1980, c'était déjà très désuet.
11:29Mais je me rappelle de ces grands dortoirs de 80 lignes, c'était très austère.
11:34Mais tout de même, dans ce système, dans ces dysfonctionnements, dans cette brutalité,
11:40on avait les amis pour se raccrocher.
11:42On avait les amis et puis on avait aussi la lecture et l'écriture.
11:45C'est là où je me suis mis à écrire.
11:47Et puis, je regardais le Gave du Pau, cette rivière qui traverse déjà les rivières.
11:52Vous voyez, c'était mon petit fleuve avant d'aller sur la Loire.
11:54Je regardais tout l'hiver, tout le printemps, les lumières qui chatouillaient sur le Gave du Pau.
11:59J'étais derrière une grille et je me disais, un jour, je m'échapperai.
12:02Un jour, je fuirai ces endroits de malheur.
12:05Et j'ai appris, dans ce pensionnat, à faire une petite grotte intérieure.
12:10C'est ce que ça m'a appris.
12:11Ça, c'est très beau.
12:12Ça, ça m'a beaucoup ému, Édouard Cortès.
12:14L'image de cet enfant qui, la nuit, dans le dortoir de Bétharam, se réfugie sous sa couverture et se
12:24crée sa cabane dans son lit.
12:26Vous voyez, c'était déjà les cabanes.
12:27C'était déjà l'envie de faire un cocon à soi.
12:33L'envie de s'échapper de lieux de violence et peut-être que ma vie...
12:37Alors, effectivement, j'aime bien qu'on fasse l'éloge de la fuite parce qu'il y a des fuites
12:41salutaires.
12:42Et je considère que ma vie de voyage, ma vie dans les arbres, ma vie auprès des fleuves, est une
12:49fuite salutaire.
12:50Une vie où je vis certains de mes rêves, mais une fuite salutaire, oui.
12:55Les arbres, la force des arbres, c'était le titre du précédent livre.
13:00On va voir jusqu'où ça vous a mené, jusqu'au chantier de Notre-Dame.
13:05Alors ça, c'est l'ancêtre du boulon.
13:08Au lieu d'utiliser une tige filetée avec des écrous et des rondelles, on utilise une pièce de bois qui
13:13est percée par une mortaise.
13:15Et simplement, on vient rajouter une clavette avec une forme trapézoïdale et qui nous permettra de resserrer ces deux pièces
13:21sans souleur.
13:22C'est un rêve, c'est surtout autant de bois travailler de cette manière.
13:27On a travaillé à la hache, on a travaillé avec des techniques traditionnelles.
13:29Donc on exerce vraiment le métier de charpentier tel que le faisaient nos ancêtres.
13:33Ça vous rappelle des souvenirs, Edouard Corpès ?
13:34Ah oui, j'en ai taillé des clavettes.
13:37C'est génial d'avoir pris cet extrait parce que j'ai taillé des poutres à la hache.
13:40Après mon canoë, j'ai eu la chance d'être embarqué.
13:42Je me suis porté volontaire pour aller travailler à la restauration de la charpente de Notre-Dame.
13:47Et j'ai taillé de nombreuses poutres du cœur à la hache.
13:51Et ensuite, j'ai taillé des clavettes.
13:53Donc merci pour cet extrait, c'est un beau clin d'œil.
13:55La clavette, c'est ce qui permet l'assemblage de certaines pièces de bois.
13:58Et quel souvenir humain vous gardez de ce chantier ?
14:02Vous voyez, c'est étonnant parce que ce chantier était évidemment merveilleux.
14:05Pour une fois, un politique tenait sa promesse de finir ce chantier.
14:10Donc il y a eu des petits miracles.
14:13Mais il y a eu tout de même une camaraderie incroyable.
14:18On se sentait embarqué.
14:19Il y a eu des humaneries évidemment comme partout.
14:21Mais on se sentait embarqué sur une barque.
14:24Peggy parle de Notre-Dame et il dit la barque amirale.
14:26Alors moi, j'étais comme ça sous le commandement des deux tours au milieu de la scène.
14:31et j'avais l'impression d'être dans un bateau avec un équipage.
14:34Ça, ça restera mon grand souvenir, la fraternité entre les compagnons.
14:38Avec ce que vous ont fait endurer l'écurie quand vous étiez petit,
14:41vous auriez pu ne plus jamais vouloir voir une église en peinture ou un crucifix en peinture.
14:47Ça, c'est vrai.
14:47Mais d'ailleurs, je suis peut-être mieux sur les toits que dedans.
14:50J'aime rentrer et puis Notre-Dame est magnifique.
14:52Mais figurez-vous que les petits malheurs, mon petit tas de misère en pension,
14:57m'a appris, on nous apprenait à dire amène à tout.
14:59Mais moi, j'ai appris à dire merde surtout.
15:02Les arbres, les arbres et encore les arbres.
15:05En réalité, après la cabane dans un arbre, la pirogue creusée dans un arbre
15:11et les arbres taillés pour faire les poutres de Notre-Dame,
15:14vous y revenez sans cesse à la force de l'arbre. Pourquoi ?
15:18Parce qu'un arbre, c'est celui qui sait, en plongeant avec ses racines dans les ténèbres,
15:24dans le noir, dans le terreau, c'est celui qui sait faire des rameaux vers la lumière.
15:30Donc, je trouve qu'il n'y a pas plus belle image que pour un homme.
15:33Moi, j'ai l'impression qu'un homme bien constitué, c'est un arbre qui s'est mis en voyage.
15:38J'aimerais bien être un arbre, en fait.
15:40J'aimerais bien, quand j'étais sur une île, je pense à une île très précise,
15:43l'île de Brore, sur l'île de la Loire.
15:46J'étais là, j'ai passé deux jours de bivouac là et je regardais les saules
15:49et je me disais, j'aimerais bien être un saule.
15:51J'étais seul sur l'île à regarder les couchers de soleil écarlate
15:55qui se baignaient dans la Loire, regarder le clapotis des feuilles des aulnes
15:59ou alors regarder le Martin Pêcheur avec son titi très puissant qui rase les eaux.
16:05Et là, j'étais seul et j'avais envie d'être un saule planté là.
16:09Et alors, qu'est-ce que vous ressentez, Edouard Cortès,
16:11quand vous voyez les arbres brûler, quand vous voyez les forêts brûler ?
16:14C'est un grand désespoir.
16:16Vous vous rendez compte de notre époque quand même ?
16:19Les cathédrales brûlent et les forêts brûlent.
16:21Ça veut dire peut-être qu'il est temps de se réveiller.
16:24Il est temps de remarquer que la nature...
16:27Est-ce qu'il n'y a pas assez de signal, de signaux ?
16:31Est-ce qu'il n'y a pas assez de...
16:32Quand le feu vient dévorer notre époque,
16:35il est peut-être temps de se réveiller et de se dire qu'il est urgent...
16:38C'est étonnant que vous fassiez le rapprochement
16:39entre l'incendie de Notre-Dame et l'incendie de nos forêts.
16:42Est-ce que pour vous, c'est un même héritage millénaire
16:46qui part en fumée sous nos yeux ?
16:47Bien sûr, mais même les forêts sont bien plus vieilles que les cathédrales.
16:51D'ailleurs, vous savez, les grandes colonales dans Notre-Dame
16:54sont laissées à la Sagrada Familia,
16:57Gaudi fait des arbres dans sa cathédrale.
17:00Donc, évidemment que la cathédrale, c'est la forêt gothique.
17:05C'est la lumière en plus.
17:07Le gothique amène la lumière.
17:08Donc, il y a ce parallèle, mais pas seulement.
17:11Je pense que l'homme a façonné ses mains, son outil, son intelligence
17:15par rapport à l'imaginaire de la forêt.
17:17Et donc, oui, je fais le rapprochement facile
17:19parce que peut-être que l'urgence n'est peut-être pas au robot,
17:24mais peut-être à une autre manière de vivre.
17:27Je vous remercie, Edouard Cortès.
17:28On va pouvoir donc reprendre le cours de cette journée consacrée à l'intelligence artificielle.
17:33Merci beaucoup.
17:35Ce livre paraît aux éditions des Équateurs.
17:38Il s'appelle Sur le fleuve.
17:40Et donc, je rappelle que sur la couverture,
17:42il y a la loire, il y a Goubia, la chienne.
17:45Et puis, il y a évidemment la pirogue.
17:48Et puis, il y a la pagaie.
17:49Tout ça est creusé et tout ça est fait à la main.
17:52Merci, Edouard Cortès.
17:53Humain, merci.
17:54Fait humain.
Commentaires

Recommandations