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[#Reportage] Mbigou : voir la ville et pleurer, entre chantiers fantômes et « éléphants blancs »


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00:00Ambingou, chef-lieu du département de la Boumilouetie dans l'Ambounier,
00:04le contraste entre les ambitions nationales de transformation et la réalité locale devient difficile à ignorer.
00:11Trois ans après le 30 août 2023, la ville ne donne guère à voir les signes d'une profonde métamorphose
00:16infrastructurelle.
00:18Puis troublant encore, les rares équipements censés incarner le développement ressemblent parfois, davantage,
00:24à des promesses inachevées qu'à des services effectivement rendus aux populations.
00:28Centre médical dont le chantier s'éternise, infrastructures routières dégradées, villages enclavés, ouvrages de franchissement défaillants,
00:36Ambingou, les éléphants blancs, côtoient les besoins les plus élémentaires.
00:40Voir Ambingou et pleurer, la formule peut paraître sévère, mais elle trahit un sentiment grandissant devant une ville
00:45qui semble accumuler des infrastructures inachevées ou insuffisamment opérationnelles.
00:51Le problème n'est donc plus seulement ce qui n'a pas été construit depuis 2023, il réside aussi dans
00:56ce qui existe sur le papier.
00:57Amobiliser ou doit mobiliser de l'argent, mais ne produit toujours pas pleinement le service attendu.
01:04Dans une période où la Ve République revendique efficacité, résultat et rupture avec les pratiques anciennes,
01:10Ambingou offre un cas d'école de ce qu'il faudrait précisément éviter.
01:14Le secteur sanitaire illustre cette situation.
01:16Le chantier du centre médical traîne depuis plusieurs années, sans que les populations puissent encore bénéficier de l'amélioration de
01:24l'offre de soins
01:25qu'un tel investissement devrait apporter.
01:27Pendant que les travaux s'éternisent, les besoins sanitaires, eux, n'attendent pas.
01:32Dans les zones périphériques, plusieurs structures de proximité demeurent confrontées à des difficultés de fonctionnement,
01:37accentuant la dépendance des habitants envers une offre sanitaire déjà limitée.
01:42C'est tout le paradoxe de l'éléphant blanc.
01:44Une infrastructure peut être annoncée, budgétisée, commencée et même physiquement visible, sans améliorer réellement le quotidien.
01:52Ambingou, l'enjeu devrait donc être de dresser l'inventaire des projets engagés, de leur financement, de leur niveau d
01:58'exécution
01:59et des délais nécessaires à leur achèvement.
02:01Car un bâtiment inachevé ne soigne personne, pas plus qu'une route annoncée, ne désenclave un village.
02:07Sur le terrain, le contraste devient parfois saisissant.
02:11Sur l'axe Mbigou-Popa, François Maudzo, ancien adjoint au maire et ancien délégué spécial,
02:17affirme avoir dû fabriquer lui-même un passage de fortune au niveau du pont de Massolo.
02:22Boissier, Ridel récupéré sur ses propres camions, les moyens personnels viennent suppléer, une infrastructure publique défaillante.
02:29« Je suis obligé de me battre personnellement, avec mes moyens de bord, pour que cette route ne s'arrête
02:33pas », témoigne-t-il.
02:35Sur l'axe Mbigou-Zenzélé, la situation du pont sur la rivière Rororo produit les mêmes conséquences.
02:41Dominique Pongui, habitant de Myanga, explique que l'impossibilité de circuler normalement en voiture,
02:47contraint certains habitants à parcourir jusqu'à 15 kilomètres à pied.
02:50« Pendant trois ans, nous nous patientons », déplore-t-il.
02:54Lorsque des citoyens doivent improviser des ponts ou marcher plusieurs kilomètres pour rejoindre leur village,
03:00le déficit d'infrastructures cesse d'être une abstraction budgétaire.
03:03Le paradoxe est encore plus frappant, lorsque l'État appelle les Gabonais à retourner à la terre
03:08et à contribuer à l'autosuffisance alimentaire.
03:11Amour mbété, François Mouzzo cultive bananes, manioc et canne à sucre, avec l'ambition d'accroître sa production.
03:18Mais comment développer durablement une agriculture commerciale,
03:21lorsque l'accès aux plantations et l'évacuation des récoltes dépendent de routes dégradées et d'ouvrages précaires ?
03:27On veut bien planter, mais on est accompagné par qui ? Interroge-t-il.
03:32Derrière cette question se trouve toute la cohérence de l'action publique.
03:35Encourager la production agricole suppose simultanément des pistes praticables,
03:39des ponts de l'énergie, des dispositifs de protection des cultures et des débouchés.
03:44Sans cette chaîne, l'autosuffisance alimentaire risque de rester une ambition nationale confrontée dans les territoires.
03:50Aux mêmes obstacles physiques.
03:52Plus incompréhensibles encore, Mbigu dispose d'un potentiel de désenclavement
03:55qui dépasse largement ses frontières administratives.
03:58L'aménagement de l'axe vers Popa, listant d'environ 80 kilomètres,
04:02pourrait créer une liaison utile entre Langounier et Loguelolo,
04:05rapprocher les populations de Mbigu et de Koulamotu,
04:08et ouvrir de nouveaux circuits économiques aux producteurs locaux.
04:11Pourtant, avant d'imaginer cette connectivité interprovinciale,
04:15il faut déjà franchir des ouvrages dégradés à quelques kilomètres de Mbigu.
04:20C'est précisément cette accumulation de petites ruptures
04:22qui finit par produire un grand enclavement.
04:25Une route interrompue ici, un pont impraticable là,
04:29un établissement sanitaire inachevé ailleurs.
04:32Pris isolément, chaque problème peut sembler secondaire.
04:35Additionné, il condamne progressivement tout un territoire à l'immobilisme.
04:40Trois ans après le 30 août 2023,
04:42Mbigu n'a pas besoin d'une nouvelle collection d'annonces.
04:45La ville a surtout besoin que les projets engagés soient achevés,
04:49que les infrastructures existantes fonctionnent
04:51et que les investissements futurs répondent à des besoins clairement identifiés.
04:55Avant de poser de nouvelles premières pierres,
04:57l'État gagnerait à établir ce qui a déjà été financé,
05:00ce qui reste inachevé et pourquoi.
05:03C'est peut-être là que se situe aujourd'hui
05:06le véritable enjeu de la Ve République dans la Boumi-Louétie.
05:09Remplacer la politique des ouvrages visibles mais improductifs
05:12par celle des infrastructures utiles est effectivement opérationnelle.
05:17Car à Mbigu, l'éléphant blanc n'est pas seulement un gaspillage potentiel d'argent public,
05:22c'est une école qui attend, une route qui s'arrête,
05:25un malade qu'il faut évacuer difficilement,
05:27une récolte qui peine à atteindre le marché.
05:30Et c'est précisément en regardant ces réalités
05:33que la formule « voir Mbigu est pleurée »
05:35cesse d'être une provocation pour devenir une interpellation
05:39adressée à l'action publique.
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