00:0113h, 14h, Europe 1 Info.
00:03Avec Clélie Mathias sur Europe 1 et on vous retrouve avec vos deux chroniqueurs,
00:07Clélie, Georges Fenech et Sophie Audigé.
00:08Votre invité, Michel Gauchtein, journaliste, ancien rédacteur en chef à France Télévisions
00:12et co-auteur de l'ouvrage « Les intouchables de l'audiovisuel public »
00:16paru aux éditions de l'Artilleur.
00:17Michel Gauchtein, il y a une nouvelle grève le 21 septembre
00:20sur les antennes du service public contre la venue notamment de Charles Sapin
00:25de Valeurs Actuelles sur les ondes, en télé aussi d'ailleurs,
00:28à Radio France comme à France Télévisions.
00:31Ni la direction ni les syndicats ne veulent céder.
00:33Comment cela peut-il finir ?
00:37C'est un vrai bras de fer entre la direction.
00:39Alors on peut saluer quand même Sibyl Veil et Céline Pigalle de tenir
00:44parce que c'est assez rare de voir la direction tenir face aux syndicats.
00:49Moi je peux vous dire qu'en 40 ans de maison entre Radio France et France Télévisions,
00:54les syndicats ont toujours gagné.
00:55Ils ont toujours fait fléchir la direction.
00:59Alors là, c'est un enjeu extrêmement important
01:01parce qu'on rentre dans une année présidentielle.
01:06Le service public va s'affaiblir en faisant cette grève en réalité.
01:10Je pense que les syndicats sont en train de se mettre une balle dans le pied.
01:14La meilleure pub pour la privatisation ?
01:17Privatisation ?
01:18J'aurais envie de dire comme Charles Aloncle à un moment donné
01:21que France Télévisions est déjà privatisée.
01:24Mais moi je suis contre la privatisation.
01:27On a besoin d'un service public qui soit fort, souverain, avec du pluralisme.
01:32Mais vous disiez qu'ils se mettent une balle dans le pied.
01:35Oui, ils se mettent une balle dans le pied parce qu'ils vont vers effectivement
01:38cette demande qui est faite par le RN d'une privatisation du service public.
01:44Moi je pense que ce serait une erreur.
01:45En revanche, il faut faire le grand nettoyage
01:48puisque le Parti Socialiste a fait une OPA, il faut le savoir, sur le service public depuis 2015.
01:56C'est François Hollande qui a fait cette OPA.
01:59C'est lui qui a mis en place Delphine Ernaut
02:01et il voulait avoir France Télévisions pour pouvoir renouveler son mandat.
02:09Je rappelle que vous aviez aussi été candidat à la présidence de France Télévisions
02:13contre Delphine Ernaut, c'était en 2020.
02:15Tout à fait, et je pourrais vous en raconter du fonctionnement.
02:19On parle de voir le CSA et l'ARCOM indépendantes.
02:23Je crois qu'on se fait de fausses idées.
02:26Michel Goldstein, vous parliez de la direction
02:28et vous avez dit justement, Sibyl Veil ou Céline Pigalle, en tout cas, tiennent.
02:33Elles tiennent pour l'instant, elles ne cèdent pas.
02:35Est-ce que vous diriez que la commission d'enquête sur l'audiovisuel public est passée par là ?
02:38Oui, ça c'est sûr, ça a fait changer certaines choses.
02:43Je pense que le pluralisme n'était pas au rendez-vous.
02:47Là, ça commence quand même à être un peu plus mis en lumière.
02:51C'est plus évident, mais il y a encore du chemin.
02:54Il y a encore du chemin.
02:55Je vais vous citer le « bon mot » de François de Rugy,
02:58ancien président de l'Assemblée nationale et ancien ministre,
03:00qui a dit, les salariés de Radio France et France Inter ont inventé la grève
03:02contre le pluralisme d'expression à leur antenne.
03:05On vit une époque formidable.
03:08Eh oui, maintenant on n'a plus le droit de parler,
03:10on n'a plus le droit de s'exprimer,
03:12on n'a plus le droit de dire les choses.
03:15On est dans une certaine censure complète.
03:18Et là, il faut se révolter par rapport à ça.
03:21Je pense que c'est important qu'on ait le droit de dire ce qu'on a envie de dire,
03:25bien sûr avec le respect, dans les limites de l'acceptable.
03:28Mais il est temps que les langues puissent se délire.
03:32C'est très, très important.
03:33Mais malgré que la commission à l'oncle a changé les choses,
03:38je peux vous dire qu'en sous-main, ce n'est pas vraiment le cas.
03:42Car si vous voyez le comex de France Télévisions,
03:47il y a trois nouveaux visages qui sont apparus.
03:50La plume du président de la République, Baptiste Rossi,
03:53l'ancienne secrétaire générale de la Cour des Comptes, Maya Virgin,
03:57et l'ex-secrétaire générale de la mairie de Paris, Marie Villette,
04:01qui ont fait leur entrée.
04:02Donc, pour l'instant, on tient encore les choses.
04:06Ils ne veulent pas lâcher.
04:07Surtout qu'il y a un débord qui est en train de se faire.
04:11Le Parti Socialiste est en train de se faire déborder par LFI.
04:14Puisque Jean-Luc Mélenchon a demandé la tête de Charles Sapin,
04:19mais aussi celle de Guillaume Herner.
04:21Donc maintenant, ce sont les politiques qui décident
04:23de qui on doit mettre à l'antenne.
04:25Georges Fenech.
04:26Quand vous disiez, M. Gauchtein,
04:27quand vous disiez que le service public est déjà privatisé,
04:30on a bien compris, privatisé par un clan.
04:33C'est ça que vous êtes en train de dire.
04:35Et d'ailleurs, les noms que vous citez
04:38continuent effectivement dans cette ligne
04:40de nomination très politique, en réalité,
04:43toujours du même clan.
04:45Et ça, c'est inadmissible.
04:46Mais vous qui avez l'expérience des conflits,
04:48effectivement, dans l'audiovisuel public,
04:50est-ce que vous croyez que ce mouvement,
04:53moi, je le pense en tout cas,
04:55va se durcir davantage encore,
04:57et que la direction, tôt ou tard,
04:59va être obligée de lâcher du lest, quoi ?
05:02Moi, j'ai rarement vu une direction tenir face au syndicat.
05:07Voilà. Parce que les grèves,
05:09on en a connu.
05:10Moi, j'en ai connu une très, très importante
05:12qui a duré quand même deux mois et demi en 90.
05:16Et on avait réussi même à faire sauter
05:18la ministre de la Culture de l'époque.
05:20Donc, je peux vous dire que ça peut aller très, très loin.
05:24Les syndicats sont puissants,
05:26mais avec tout ce qui s'est passé,
05:29malgré tout, avec cette commission
05:31qui a été extrêmement utile,
05:33parce qu'elle a mis en évidence tout un système,
05:36je pense que les Français vont peut-être réfléchir
05:40et ne pas être d'accord avec ce qui est en train de se passer.
05:42Car le service public appartient aux Français.
05:45Il n'appartient pas à un clan,
05:47il n'appartient pas à un parti politique.
05:49Même si on a connu dans le passé,
05:51c'est vrai,
05:53des influences, il y en a toujours eu.
05:56Mais, à un moment donné,
05:57il faut remettre les choses en place.
06:00Sophie Audugé.
06:01Oui, écoutez, moi, je ne suis pas très étonnée.
06:04On vit exactement la même chose à l'éducation nationale.
06:06C'est-à-dire que ce sont les syndicats qui dirigent.
06:08Et c'est vraiment dramatique,
06:10parce que les syndicats devaient représenter d'abord une profession,
06:14et éventuellement les travailleurs.
06:15Alors, ils ne représentent plus du tout les travailleurs,
06:17plus du tout les professions,
06:18ils représentent une idéologie politique,
06:20un parti politique.
06:21Moi, concrètement, je suis aujourd'hui convaincue
06:24qu'il faut enlever les syndicats de fonctionnaires
06:27qui ne sont que des partis politiques
06:29et qui ne n'œuvrent plus pour le bien,
06:31justement, de ce service public.
06:33À l'éducation nationale, c'est pareil.
06:35À l'audiovisuel public, c'est pareil.
06:37Je suis désolée, ils ne sont pas là.
06:39Dans la justice, c'est un peu pareil.
06:40Alors, Michel Gostagnon,
06:41est-ce que vous partagez le point de vue de Sophie Audugé ?
06:43C'est très tranché, là.
06:44C'est très tranché, là.
06:46Ça peut se comprendre comme réaction,
06:47mais je pense qu'on a quand même besoin des syndicats.
06:50Parce que si on laisse une direction faire ce qu'elle veut,
06:53c'est les salariés qui vont en souffrir.
06:56Moi, je peux vous dire que les malaises à France Télévisions,
07:00c'est très compliqué.
07:01C'est très compliqué.
07:02Il y a beaucoup de salariés qui sont maltraités,
07:05qui sont mis dans des placards.
07:08Mais ça, c'est la défense des intérêts professionnels.
07:10C'est normal.
07:11Oui, bien sûr.
07:13Moi, je m'inscris complètement en faux,
07:14parce que pour avoir, pendant quand même plusieurs années,
07:17reçu des professeurs qui étaient soumis à des situations de harcèlement, etc.
07:20Alors, ça, c'est pour l'éducation nationale.
07:22Justement, quand je leur demandais,
07:23avez-vous contacté les syndicats ?
07:25Les syndicats vous représentent-ils et vous défendent-ils ?
07:27À chaque fois, ils me disaient
07:27« Je les ai contactés, ils ne me veulent pas aller au front,
07:29ils ont d'autres combats. »
07:30Donc, le côté combat des salariés et des travailleurs,
07:33je peux vous assurer que ça fait un bout de temps
07:34qu'ils les ont lâchés.
07:36Et ils ont lâché également le combat
07:38qui était celui des hussards de la République,
07:41dont on nous rabat les oreilles,
07:42qui était de faire que chaque enfant d'où qu'il vienne
07:44apprenne à lire, écrire et à compter.
07:45Aujourd'hui, ils n'ont plus rien à faire.
07:46Les chiffres sont catastrophiques.
07:47Ça ne les empêche pas de défendre en permanence
07:50leur position politique à l'extrême-gauche.
07:52Je suis désolée, mais si jamais ils ne font pas leur job,
07:55il n'y a pas de raison qu'ils soient là.
07:57C'est parce qu'on a dévoyé le rôle des syndicats.
07:59Le rôle des syndicats, c'est de défendre les salariés
08:02et ne pas se servir.
08:04De toute façon, en France, on ne se servit pas.
08:06C'est ça le problème.
08:07Est-ce que, Michel Goldstein,
08:08ce sera notre dernière question,
08:09est-ce que vous êtes étonné par l'ampleur de ce mouvement
08:12contre la venue de Charles Sapin sur les antennes ?
08:14Pour moi, c'est surréaliste.
08:16Deux minutes le dimanche matin,
08:19c'est disproportionné,
08:21surtout que Charles Sapin, il a fait une chronique.
08:24Il n'y a pas eu de propos haineux,
08:26il n'y a pas eu de propos politiques.
08:30Il fait son travail de journaliste,
08:32comme l'a dit Céline Pigalle.
08:34Il est sérieux, reconnu par ses pairs.
08:36Qu'est-ce qu'on lui reproche ?
08:37C'est d'être à droite.
08:40Merci d'être venu nous éclairer
08:43sur ce que traverse l'audiovisuel public.
08:45En ce moment, je vais rappeler votre ouvrage
08:47Les Intouchables de l'audiovisuel public.
08:49C'est aux éditions de l'Artilleur.
08:50C'était publié cette année
08:51et co-écrit avec Eric Morillo.
08:54Exactement.
08:54Non, je ne l'ai pas oublié.
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