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Monica Bellucci est à l'affiche du film "Histoires de la nuit" de Léa Mysius, d'après le roman de Laurent Mauvignier, en salles le 16 septembre. Elle revient sur son rôle, où elle interprète une peintre italienne, et nous raconte son parcours artistique entre l'Italie et la France. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mardi-15-septembre-2026-7631505
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00:00Monica Bellucci joue dans Histoire de la nuit, huis clos, stupéfiants d'angoisse,
00:05prises d'otages dans une ferme à la campagne.
00:08Des personnages qui parlent peu, mais qui pèsent lourd.
00:11Lourds, lourds, lourds tant ils sont chargés d'un passé qui semble les rattraper.
00:17En creux, ce film sombre pose une question vertigineuse.
00:21Est-ce qu'on est libre de réinventer sa vie ?
00:24Ou bien est-ce que cela nous condamne au mensonge, au déni et à la solitude ?
00:29Cela vaut tout particulièrement pour les personnages féminins du film.
00:34Comme si les femmes étaient bien plus que les hommes piégés dans leur destinée.
00:39Comme si elles ne pouvaient pas d'abord renoncer pour mieux choisir ensuite.
00:45Et Monica Bellucci alors, comment elle s'y est prise pour inventer sa vie ?
00:49Portrait numéro 178.
00:53Bonjour Monica Bellucci.
00:55Bonjour.
00:55Quelques frayeurs, une voiture bloquée dans les embouteillages et hop, vous venez d'arriver à Inter.
01:01Soyez la bienvenue.
01:03Merci beaucoup.
01:04Histoire de la nuit, c'est ce film de Léa Missus.
01:06Je précise que Léa Missus a 37 ans, qu'elle est archi douée.
01:10Parce que ce film était sélectionné à Cannes et que c'est quand même une leçon de mise en scène.
01:15Ça m'impressionne, moi.
01:16Vous aussi ?
01:17Moi aussi.
01:20Donc, vous y jouez cette peintre, Christina.
01:23Il y a Apsia Hercy qui joue la mère de famille assez ténébreuse, assez énigmatique et impeccable.
01:29Il y a Benoît Magimel qui est totalement magistral en caïd inquiétant.
01:35On écoute un extrait.
01:36Elle vous dit que c'est pas elle.
01:38Hop, hop, hop.
01:39On se calme.
01:39Tu l'as trouvé où ?
01:40Tu réponds quand on parle.
01:41Ta main.
01:42Non, non, doucement.
01:42On se calme.
01:43Flo.
01:44Ah ouais, t'inquiète pas.
01:45Moi, je suis calme.
01:47Flo, c'est dit quoi ?
01:48Ça suffit.
01:49C'est bon, c'est bon.
01:50Non, mais bon, ça va.
01:51Ah non, tu fais pas ça.
01:52Pas devant la petite.
01:53Tu t'excuses.
01:55Bah, il n'y a rien.
01:55Ça va.
01:56Non, tu t'excuses.
01:56C'est bon, là.
01:57Stop !
01:57Stop !
02:04C'est quoi cette histoire ?
02:05C'est pas moi qui ai commencé.
02:07Il n'y a pas de Lila.
02:08C'est bon, il n'y a pas de Lila.
02:09Vous a plongé dans l'atmosphère
02:10extrêmement inquiétante
02:11de ces caïds qui déboulent
02:13dans une ferme de Touraine
02:15perdue au milieu de la campagne française.
02:17Vous campez, Monica Bellucci,
02:19un personnage de femme peintre italienne,
02:22seule,
02:24dont on ne connaît rien du passé.
02:26Donc, on connaît finalement
02:27assez peu de choses,
02:28qui va se retrouver en face à face
02:30avec un preneur d'otages
02:31qui est un type
02:33à moitié attardé mental,
02:35on appelle le Beg.
02:37Il n'a pas d'autres noms.
02:40Il est probablement psychotique.
02:42Et ce qui est très étonnant,
02:45c'est que votre personnage
02:47instaure avec lui
02:48une relation presque féminine,
02:52presque maternelle,
02:54presque bienveillante.
02:56Très étonnant,
02:57ce face-à-face
02:58avec le preneur d'otages.
02:59Oui, mais comme vous avez dit,
03:01il y a un casting merveilleux
03:03et c'est vrai que la majorité
03:06de mes scènes
03:07sont avec Alain Delay,
03:09justement qui joue Beg
03:10et qui est merveilleux
03:12dans les films.
03:13Il y a cette,
03:13comme vous dites,
03:15une espèce de danse de la mort,
03:17en quelque sorte,
03:18où on passe à travers
03:19toutes les couleurs.
03:20Ça veut dire qu'on passe
03:22de la peur,
03:23la violence,
03:26la manipulation,
03:27la compassion
03:28jusqu'à l'acte final.
03:29Oui.
03:30Voilà.
03:30Et la tendresse aussi.
03:32Parce que la grande intelligence
03:34de cette femme mûre,
03:36c'est de sentir que ce jeune homme
03:37de la tendresse,
03:38il n'en a jamais reçu.
03:40Voilà.
03:40Ça veut dire qu'en effet,
03:42il est une victime
03:44de lui-même
03:45et de ses frères.
03:46Et du coup,
03:47elle cherche de rentrer
03:49dans une relation
03:50d'empathie avec lui.
03:52Mais justement,
03:53après,
03:54on ne va pas trop
03:55vous dire.
03:56Et c'est vrai
03:57qu'Elemusus,
03:59comme vous avez dit,
04:00c'est une réalisatrice
04:02avec énormément de talent
04:03qui a fait une adaptation
04:05vraiment en toute finesse
04:07du roman.
04:08Du livre de Laurent Mauvigné.
04:10Absolument.
04:10Que je n'ai pas lu.
04:11Je la découvre comme ça,
04:12je la découvre comme ça,
04:13cette histoire.
04:14Vous l'avez lu, vous ?
04:14Oui.
04:15Mais déjà,
04:18Christina,
04:18en quelque sorte,
04:20était déjà dans les livres.
04:23Un personnage fort.
04:25Mais je n'ai pas lu les livres
04:27pendant qu'on tournait.
04:28Ah, après ?
04:29Oui.
04:30Parce que c'était mieux
04:31pour être complètement libre
04:34par rapport
04:35et d'être plus fidèle
04:37au scénario,
04:38en quelque sorte.
04:39Oui.
04:40Écoutez la calasse,
04:41elle va vous rappeler
04:42des souvenirs.
04:58Il faut avoir soi-même
05:00vécu,
05:01il faut avoir soi-même
05:02mûri
05:03pour jouer une femme,
05:06non pas d'un certain âge,
05:07mais une femme
05:08qui campe la maturité.
05:09Est-ce que ce personnage,
05:11il campe la maturité ?
05:15C'est une femme
05:16qui était source
05:17d'inspiration pour moi,
05:19mais pour plein d'autres
05:22actrices aussi,
05:23non ?
05:23Parce qu'elle est encore
05:27moderne aujourd'hui.
05:28Parce qu'elle n'était pas seulement
05:29une des plus grands
05:30sopranos de tous les temps.
05:31Là, vous me parlez
05:32de la calasse
05:33que vous avez jouée
05:34sur scène.
05:34Moi, je vous parle
05:35de votre personnage,
05:36Christina.
05:37C'est un personnage
05:38de la maturité.
05:39C'est un personnage
05:40qui tient tête
05:41à un preneur d'otage
05:42parce qu'elle a l'âge
05:43qu'elle a,
05:44parce qu'elle a vécu
05:45la vie qu'elle a vécue.
05:46Oui.
05:47Et comme vous dites,
05:48je n'aurais pas pu
05:49jouer ce rôle
05:50si j'avais 20 ans
05:53ou 30 ans
05:53parce que je n'avais pas
05:54l'expérience nécessaire
05:56pour jouer ce rôle.
05:57Et justement,
05:59c'était important aussi
06:01de montrer
06:02une femme mûre
06:04qui avait pris de l'âge.
06:06Justement,
06:07parce qu'elle dit
06:07à un certain moment
06:09à partir d'un certain âge,
06:10c'est comme si
06:11elle appartenait
06:12à une autre espèce.
06:13Oui.
06:13Elle parle des femmes.
06:14Surtout quand on est une femme.
06:16Oui.
06:16Surtout quand on est une femme.
06:17Ça, c'est le personnage
06:18qui le dit.
06:19Vous vous le dites
06:19dans la vie.
06:21Qu'une femme
06:21a passé un certain âge,
06:23elle appartient
06:24à une autre espèce.
06:25Non.
06:25Non.
06:26Pas aujourd'hui.
06:27Pas aujourd'hui.
06:29Mais justement,
06:31c'est une conquête
06:32de notre génération.
06:35Et c'est pour ça
06:36que je suis toujours étonnée
06:37des comédiennes,
06:39des grands comédiennes
06:40comme
06:41Simon Signoret
06:43quand elle a fait
06:44des films
06:46comme la vie de Van Soa
06:47où elle a fait
06:48Le Chat
06:49ou
06:50Vierna Lizzie
06:51quand elle a fait
06:52La Reine Margot
06:54ou
06:54l'interprétation
06:55à Cannes
06:56ou Sophia Loren
06:57quand elle a fait
06:58La Tchotchara
06:58ou Une Journée Particulière
07:00où d'un coup,
07:02c'était des rôles
07:03où
07:05c'était des femmes mûres
07:06et d'un coup,
07:08l'instrument
07:08avec lequel jouer
07:10avait changé,
07:12ils ont
07:12et ils ont travaillé avec ça.
07:14Le corps,
07:15la voix,
07:16le visage.
07:16Mais vous,
07:17vous faites tout tard
07:18dans la vie,
07:20Monica Belluccino.
07:21Vous jouez une
07:22James Bond Girl
07:23passé 50 ans.
07:25Vous êtes la seule.
07:26Vous êtes la première,
07:27en tout cas.
07:28Vous faites un deuxième enfant
07:30à 48 ans.
07:31Vous commencez le théâtre
07:32à 57 ans.
07:34Ça veut dire quoi
07:35dans votre vie
07:35à vous ?
07:36qui fait prendre le temps ?
07:38Alors,
07:39en effet,
07:40j'ai eu mon deuxième enfant.
07:41J'étais enceinte à 44 ans.
07:43Mais quand même,
07:43c'est...
07:4444 ?
07:44J'étais enceinte à 44,
07:46mais ça va.
07:46Et qu'à l'âge,
07:47j'avais 55.
07:49Mais c'est vrai.
07:49Ah, c'est moi qui me suis trompée
07:50dans tous les âges.
07:51C'est pas grave.
07:52Et la James Bond Girl alors ?
07:5350.
07:5450.
07:54Là, j'ai bon.
07:55Voilà.
07:56Mais du coup,
07:57c'est vrai.
07:58Mais moi,
07:58je fais des choses lentement.
08:00Je ne vais pas vite.
08:02Mais ce qui me permet
08:04de faire ça,
08:04c'est qu'on est
08:05dans notre époque.
08:06Et du coup,
08:07je me rends compte
08:08que j'ai beaucoup de chances
08:10de vivre cette époque-là.
08:12Où d'un coup,
08:13on existe,
08:14nous les femmes,
08:15pour notre individualité.
08:17De ne pas être périmées.
08:19C'est ça.
08:20C'est ça qui a fracé
08:21beaucoup d'actrices
08:22des générations précédentes.
08:24Précis, bien sûr.
08:25Et qui les a plongées
08:26dans une souffrance
08:27et dans un chagrin
08:30immense.
08:31Votre personnage,
08:32dans Histoire de la nuit,
08:34ce personnage de Christina,
08:35c'est une femme
08:36dont on sait
08:36très peu de choses.
08:37La seule chose
08:38qu'on sait,
08:39qu'on voit
08:40et qu'elle revendique,
08:41c'est qu'elle est seule.
08:42Et que cette solitude,
08:43elle l'a choisie.
08:45Et ça,
08:46c'est assez rare,
08:47je dirais,
08:47Monica Bellucci,
08:48parce que,
08:49socialement,
08:50les femmes subissent
08:51la solitude.
08:51Elles ne la choisissent pas.
08:53Vous diriez la même ?
08:54Oui, mais disons que c'est pour ça
08:57que j'ai beaucoup de respect
08:58pour cette femme.
09:00Justement parce qu'elle a l'impression
09:01d'avoir raté toute sa vie,
09:03soit sa vie de mère,
09:04soit sa vie d'artiste.
09:06Et quand même,
09:07elle a la force
09:08de se prendre en main
09:10et de continuer sa vie
09:12malgré tout.
09:13Et c'est pour ça
09:14que j'avais très envie
09:15de la jouer aussi
09:16pour cette force qu'elle a.
09:17Et ses côtés un peu durs,
09:19un peu aussi loin
09:22de ce que je suis...
09:23Et son côté un peu seul ?
09:25Son côté un peu seul,
09:26mais c'est un choix de vie.
09:28C'est ça.
09:29Voilà.
09:29C'est ça.
09:30Nous, on a l'image,
09:31les Français,
09:31on a l'image des Italiens
09:33toujours en tribu.
09:35Toujours en bande.
09:36Mais on est un tribu.
09:36C'est vrai.
09:37Oui.
09:38On est un tribu
09:39dans le sens que,
09:40voilà, moi aussi,
09:41j'ai une grande famille
09:42et j'aime beaucoup ça
09:44et j'ai beaucoup de respect.
09:45Mais vous,
09:46vous étiez fille unique.
09:47Oui.
09:48Ce qui devait être
09:49assez inhabituel,
09:51non, dans l'Italie,
09:51des filles uniques,
09:53mais beaucoup de cousins.
09:57C'est ça.
09:57Voilà.
09:58C'est ça.
09:58Du coup,
09:59on était toujours en tribu.
10:00C'est ça.
10:01Et quand on est une fille unique,
10:03quand on est petite,
10:04on se sent mieux
10:05plutôt avec les grandes personnes
10:07dans la tribu
10:07ou plutôt avec les enfants.
10:09Les deux.
10:10Les deux ?
10:11Oui.
10:12On passe de l'un à l'autre.
10:12Parce que les grandes personnes
10:13nous protègent.
10:14et je pense que
10:16si ce qu'on fait nous
10:18quand on prend de l'âge,
10:19je pense qu'on devient
10:20un point de référence
10:22pour les jeunes.
10:24On est un appui
10:25pour eux.
10:26Moi,
10:26pour exemple,
10:26cette année,
10:27j'ai travaillé vraiment
10:28avec beaucoup
10:29de jeunes réalisateurs
10:30et il y a eu
10:31un vrai échange
10:31très intéressant.
10:33Ça veut dire que toi-même...
10:34Et dans l'histoire de la vie,
10:35dans l'histoire de la nuit,
10:36il y a une petite fille
10:37absolument incroyable.
10:38Magnifique.
10:38Une petite fille unique.
10:39Ida.
10:40Voilà.
10:40Jouida.
10:41Incroyable.
10:41Taoba El Gershi.
10:43Elle est incroyable.
10:44Oui.
10:44Et justement,
10:46quand on voit les enfants
10:47qui jouent comme ça,
10:48ils nous rappellent
10:49qu'il faut être très humble
10:50autant qu'acteur.
10:52Autant qu'acteur.
10:53Et quand on est très jolie,
10:55comme vous l'étiez,
10:56forcément,
10:57quand vous étiez très très jeune
10:58puisque vous avez commencé
10:59à travailler,
11:00très vite comme mannequin,
11:01on se sent plus à l'aise
11:02dans le regard de qui ?
11:04Dans le regard des enfants
11:05qui vous entourent
11:06ou dans le regard
11:07des grandes personnes ?
11:09Mais je ne sais pas
11:10si on a vraiment conscience
11:12de qui on est.
11:14Ah bon ?
11:16Non.
11:17Je ne pense pas
11:18qu'on ait une conscience
11:21complète
11:22de ce qu'on représente.
11:24Et t'as mieux,
11:24je pense, non ?
11:25Parce que je pense
11:27qu'on se sent
11:28par rapport
11:29à ce qu'on ressent
11:30à l'intérieur
11:31plutôt
11:32de ce qu'on est dehors.
11:36Toutes les femmes
11:37qui ont été
11:38très jeunes,
11:39grandes,
11:40très belles,
11:40qui ont commencé
11:41très jeunes
11:41à travailler comme mannequin,
11:43il y en a deux
11:43qui sont venues
11:44à ce micro
11:45assez récemment.
11:46On dit vraiment l'inverse,
11:47c'est-à-dire
11:47qu'elles ont vécu ça
11:48de manière assez douloureuse
11:49en réalité.
11:50Non.
11:50Je ne veux pas du tout.
11:52Moi, je n'ai pas vécu
11:53un rapport
11:55conflictuel
11:55avec moi-même.
11:57Non.
11:58Ni avec le regard
11:58des autres ?
12:00Pas dur, non.
12:02Dans le sens
12:02que quand j'étais
12:04jeune comédienne,
12:07j'utilisais
12:08mon instrument,
12:09mon corps
12:10pour donner des rôles
12:11et aujourd'hui
12:11j'ai fait autre chose.
12:13Je remercie.
12:14Je remercie
12:15que j'ai eu
12:17la beauté du diable
12:18et...
12:19La beauté du diable ?
12:20C'est ce qu'on appelle, non ?
12:21C'est la beauté
12:22de la jeunesse.
12:23C'est là qu'on ne fait rien
12:25pour...
12:25C'est juste un don
12:26en quelque sorte.
12:27Donc vous remerciez Dieu
12:28d'avoir reçu
12:29la beauté du diable ?
12:30C'est un don.
12:31J'ai fait avec
12:32et aujourd'hui
12:33on me parle d'autre chose.
12:34Oui, c'est vrai.
12:43Ça, c'est la musique
12:44de l'Aventura.
12:45D'où est venue
12:46votre culture de cinéma,
12:48Monica Bellucci ?
12:49Mais de l'amour
12:52du cinéma.
12:54Non ?
12:54C'est toujours de l'amour.
12:54Alors il est né comment
12:56cet amour du cinéma ?
12:57Mais dans les sens
12:58que j'étais jeune,
13:00j'habitais en Provence
13:02et du coup je pense que...
13:03Vous habitiez où ?
13:05J'habite à Città-de-Castello,
13:06c'est à Lombry.
13:08Et c'est là que j'ai fait...
13:09C'est le centre de l'Italie.
13:10J'ai fait mes écoles,
13:11j'ai fait les lycées.
13:12Oui, c'est les Jordans d'Italie
13:14qu'on appelle Lombry
13:15parce que c'est une région
13:16très verte.
13:18Et voilà.
13:19Du coup,
13:19j'étais amoureuse
13:21du monde du cinéma,
13:24de l'image,
13:25les photos.
13:26Du coup,
13:26j'avais des livres de photos,
13:27je regardais beaucoup
13:28des films.
13:30Et peut-être que c'est aussi
13:31une manière
13:31que vous alliez au cinéma.
13:33A la vie de Provence ?
13:34Oui,
13:35que j'aimais
13:36parce que la vie de Provence
13:37nous protège.
13:39C'est bon,
13:39on connaît tout le monde,
13:40tout le monde nous connaît.
13:41Mais c'est vrai
13:42que c'est ça aussi,
13:44je crois que...
13:45C'est aussi à cause de ça
13:46qu'après,
13:47j'avais une grande curiosité
13:48pour m'ouvrir au monde,
13:51pour voyager et tout ça.
13:52Une grande avidité,
13:54un grand besoin d'oxygène,
13:55un grand besoin
13:55de voir du monde
13:56et de voir du pays.
13:58Donc, le cinéma,
13:59c'est un souvenir d'enfance
14:00avec vos parents ?
14:01C'est le cinéma de quartier ?
14:02C'est le cinéma de quartier
14:03et aussi la télé.
14:05Parce que quand j'étais jeune,
14:06l'après-midi,
14:07en Italie,
14:08on avait la faculté
14:09de regarder beaucoup
14:11des films en noir et blanc.
14:12Et c'est comme ça
14:13que j'ai découvert
14:14tous les grands maîtres
14:15anciens italiens
14:16et aussi...
14:17C'était sur la RAI ?
14:18La RAI.
14:19La RAI.
14:20C'était la RAI.
14:21Qui donnait la possibilité
14:22de voir plein de films.
14:23Et c'était du cinéma italien ?
14:24Essentiellement du cinéma italien ?
14:26Non, c'est du cinéma français.
14:28Voilà.
14:28Ah, vous avez aussi découvert
14:30le cinéma français
14:31quand vous étiez toute jeune ?
14:32Oui.
14:32Quoi, par exemple ?
14:33Vous avez des souvenirs ?
14:34Mais oui,
14:35Trouffaut,
14:36je mets Trouffaut,
14:38je mets Godard
14:38et tout ça.
14:39Et du coup,
14:40quand je se rêvais en France,
14:41c'était en effet
14:43la recherche d'un rêve.
14:45De ce cinéma français
14:46vu à la télévision
14:48quand vous étiez enfant.
14:49Mais il y avait aussi
14:50plein d'acteurs français
14:53qui travaillaient en Italie.
14:55Trontignan,
14:56bien sûr,
14:57Mastroianni
14:58qui y allaient
14:59de l'un à l'autre.
15:01Et le cinéma américain,
15:03alors,
15:04dans l'Italie
15:04des années 60-70,
15:06le cinéma américain.
15:07On regarde l'Amérique ?
15:09Les cinémas américains,
15:09ça arrivait après.
15:10Après, oui.
15:11Moi,
15:11j'étais plus fascinée
15:12à l'époque.
15:13Quand même,
15:14j'y connais mieux
15:15les cinémas français.
15:17Les cinémas américains,
15:18après.
15:18Le cinéma français,
15:19vous l'avez vu doubler
15:20quand vous étiez enfant ?
15:21C'était en français
15:23ou c'était en italien ?
15:24Non, c'était en italien.
15:25Comment vous avez appris
15:26le français ?
15:26À l'école.
15:27Parce qu'à l'école,
15:28j'ai étudié un peu français
15:30et après,
15:31en travaillant.
15:32Mais encore aujourd'hui,
15:33quand je joue en français...
15:35Comme mannequin d'abord
15:36et ensuite comme actrice.
15:37C'est-à-dire que
15:38quand vous commencez
15:39à jouer comme actrice,
15:40vous parlez déjà
15:41parfaitement le français ?
15:42Parfaitement, non.
15:43Parce qu'encore aujourd'hui,
15:44j'ai un accent.
15:45Un accent,
15:46mais vous parlez parfaitement.
15:47Je parle bien,
15:48je comprends tout.
15:49Et ça signifie
15:50que vous avez grandi,
15:52bercé,
15:53par les grandes actrices
15:54du cinéma italien
15:55et par les grandes actrices
15:56du cinéma français ?
15:57Voilà,
15:57qui m'ont fait rêver.
15:58Lesquelles ?
15:59Mais toutes.
16:00Toutes ?
16:01Toutes, oui.
16:02J'adorais tout.
16:05Jean Moreau,
16:06Brigitte Bardot.
16:07Voilà.
16:08C'était vos modèles
16:09de féminité ?
16:10Mais je les trouvais,
16:11oui,
16:13magnifiques.
16:13Et en plus,
16:14ils portaient
16:16une féminité différente
16:17que les Italiennes,
16:18non ?
16:18Ah oui ?
16:19Disons,
16:20il avait un côté
16:21plus insuciant,
16:22un côté plus adolescent.
16:25Parce que les Italiennes,
16:27comme Sophia Loren,
16:28comme Monica Vitti,
16:31mais même Juliette Amazine
16:33ou Anna Magnani,
16:35ils portaient quelque chose
16:36de grave,
16:38de tragique.
16:39de tragique.
16:40Oui.
16:40Est-ce que c'est le...
16:41Et quand j'ai regardé
16:42des films comme
16:43Jules et Jim,
16:44voilà,
16:45où j'ai trouvé
16:46Jean Moreau
16:48avec une modernité.
16:50Oui.
16:50Oui.
16:51Mais est-ce qu'il y a
16:51quelque chose du...
16:53je ne sais pas,
16:54du tragique méditerranéen ?
16:56Parce qu'on écoutait
16:57la Calas tout à l'heure.
16:58La Calas,
16:59vous avez joué.
17:00Oui,
17:00je pense qu'il y a
17:01un côté tragique
17:02des femmes
17:03qui ont...
17:04comme un lien
17:05à la Terre
17:06qui est culturel,
17:08je pense.
17:09Et qui c'est très beau
17:10et intéressant.
17:12La Calas,
17:13c'était grecque.
17:14Et quel était
17:16le métier
17:17de vos parents
17:17qui vous ont vu
17:18comme ça,
17:19quitter petit à petit
17:20l'ombri natal
17:21et puis...
17:23Il n'y a rien à voir
17:24avec mon métier.
17:24C'est ça.
17:25Dans l'essence
17:25que mon père
17:26avait une agence
17:27de transport.
17:29Ma mère,
17:29c'est toujours...
17:30J'avais la chance
17:31d'avoir ma mère
17:32pour moi.
17:33Et ils étaient très jeunes
17:34parce que ma mère,
17:36elle avait 20 ans
17:37et mon père 26.
17:38Du coup,
17:39voilà,
17:40j'étais avec des jeunes gens
17:41avec qui je parlais
17:42de tout,
17:43qui allaient au cinéma,
17:44qui me racontaient
17:45des choses.
17:46Et du coup,
17:46j'ai rêvé aussi
17:47à travers eux.
17:48Oui.
17:49Oui.
17:50Et qu'est-ce qu'ils ont
17:51ressenti,
17:52qu'est-ce qu'ils ont éprouvé
17:53quand ils ont commencé
17:54à voir leur petite fille
17:55sur les couvertures
17:56de magazines ?
17:57Il n'y avait pas
17:57les réseaux sociaux
17:58à l'époque.
17:58Non.
17:59Mais voilà,
18:01ils m'ont toujours
18:01laissée libre,
18:02en effet.
18:03Oui.
18:03C'était ça
18:04qui était beau.
18:05Je me suis sentie
18:07toujours libre
18:08de m'exprimer,
18:10de voyager,
18:11de faire,
18:12pas juger
18:14et pouvoir aussi
18:16parler de tout.
18:17Ça,
18:17c'était ma grande chance.
18:18C'est ça.
18:19C'est-à-dire que vous,
18:20hier soir,
18:20je regardais votre compte
18:21Instagram
18:21et vous avez posté
18:22une campagne
18:24de votre fille,
18:24Léonie,
18:26pour Dolce & Camana,
18:27pour le couturier
18:29pour lequel vous avez travaillé
18:30il y a longtemps
18:31quand vous étiez mannequin
18:33et je me suis dit
18:34il y a un monde
18:35entre le rapport
18:35que vous avez
18:36à votre fille
18:36puisque vous êtes passée
18:37exactement par les mêmes objectifs,
18:39les mêmes podiums,
18:40les mêmes couvertures
18:41de magazines
18:41et entre vos parents
18:43et vous.
18:44Non.
18:44Non.
18:45Il y avait autre chose
18:47mais il y avait
18:48un rapport humain
18:48qui était très beau
18:49et quand j'ai voulu
18:51commencer à travailler
18:52alors que j'allais à l'école,
18:53on ne m'a pas empêchée.
18:55J'ai pu faire les deux.
18:57Pas tout le temps
18:58mais des fois
18:59en train d'aller à l'école
19:00je pouvais travailler
19:01et après
19:02j'ai commencé l'université
19:04et après
19:06la vie
19:06a eu le dessus.
19:08La vie
19:09a eu le dessus.
19:10Voilà.
19:10Histoire de la nuit
19:11c'est ce film
19:12de Léa Missus
19:13qui est tout à fait
19:14spectaculaire.
19:15Cette prise d'otage
19:16extrêmement inquiétante
19:17ce huis clos
19:18entre ces personnages
19:20qui cachent leur passé.
19:21Il y a Benoît Magimel,
19:22il y a Fierry
19:23il y a vous Monica Bellucci.
19:25Je vous assure
19:25c'est un vrai moment de cinéma.
19:27Merci d'être venue
19:28au Mycôte France Inter.
19:29Merci.
19:30Merci.
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