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Tous les jours de la semaine, invités et chroniqueurs sont autour du micro de Pierre de Vilno pour débattre des actualités du jour.

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00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre De Villeneau.
00:04Autour de la table, Eric Tegner. Bonsoir Eric.
00:07Bonsoir Pierre De Villeneau.
00:08Du Média Frontière, Georges Fenec est avec nous. Bonsoir Georges.
00:11Bonsoir Pierre.
00:12Et nous recevons Astrid Rouchet. Bonsoir.
00:14Bonsoir Pierre.
00:14Merci d'être avec nous. Vous êtes la plume.
00:17Dans La plume et le prince qui est votre livre.
00:22Je ne sais pas si c'est un roman, un conte, un essai, un témoignage.
00:26Chez Albin Michel.
00:27En fait, vous avez été la conseillère discours du président de la République, Emmanuel Macron, pendant deux ans.
00:34Cinq ans.
00:34Cinq ans.
00:35J'ai été conseillère discours pendant deux ans, mais j'ai garcé ce métier de plume pendant cinq ans.
00:39C'est ça. Et pendant deux ans à l'Elysée.
00:41Donc avec votre livre qui est d'ailleurs annoté et avec des jolis dessins.
00:47Vous êtes auteure des dessins aussi ?
00:49Oui, écrit et illustré.
00:50C'est ça. Tout est écrit en sépia.
00:52Donc on rentre en fait, c'est une sorte de balade dans l'Elysée avec ses personnages.
01:00On est vraiment dans un conte.
01:01Alors Emmanuel Macron est présenté comme un prince et vous comme la plume.
01:05Alors c'est une sorte de conte, je le disais.
01:07On rencontre le jardinier qui lui est sous le coup des sondeurs.
01:11Donc il plante des tulipes.
01:12Et puis on lui dit, bah non, les tulipes c'est plus très tendance.
01:14Donc il plante ensuite des roses.
01:15Et puis après on lui dit, bah non, cinq minutes après, il va falloir faire autre chose, défricher.
01:19Et tout ça, en fait, évidemment, ce sont des métaphores pour les thèmes de la France.
01:23C'est-à-dire les thèmes régaliens, les crises, qu'elles soient, les dossiers, non pas princiers,
01:32mais dossiers élyséens qui arrivent en TTTU.
01:35C'est-à-dire très, très, très urgent sur la table du président de la République.
01:41Ou la vôtre d'ailleurs, parce qu'il y a des allers-retours.
01:43Et vous, vous êtes dans ce magma responsable d'écrire ce que va dire le président,
01:52sachant que, est-ce que vous saviez, en arrivant là,
01:57que tous vos discours allaient être à tout le moins détricotés,
02:02mais surtout emprunts d'un énorme brouillard d'enfumage ?
02:07Alors moi, quand j'arrive à liser, j'ai 24 ans.
02:09Je sais à peine comment fonctionne la mécanique des discours présidentiels.
02:13Justement parce que j'ai 24 ans, j'ai gagné un côté fascinant, un côté complètement impromptu.
02:17Je n'avais jamais cherché à travailler en politique.
02:19Moi, je m'orientais vers le patrimoine, c'était mes études,
02:21c'était le sens que je voulais donner à mon engagement au service du bien commun.
02:24Et j'ai cette opportunité qui s'ouvre.
02:25Et à part le film qu'est d'Orsay que tout le monde a vu,
02:29je n'avais pas une grande conscience de ce qui se passait derrière le pupitre d'un président
02:32quand il prononce un discours.
02:34Et j'arrive dans un monde où les éléments dont on me nourrit sont justement ces éléments
02:39très verbeux, creux, enfumés, mais les éléments viennent des ministères.
02:42Toute la langue de l'État, c'est cette techno-langue que je décris dans mon livre,
02:45qui est une langue qui fait le pari de l'allongement, de la dilution.
02:50Une langue qui me surprend beaucoup, parce que je viens d'un monde universitaire
02:53où la langue est utilisée autrement.
02:54Elle a aussi son jargon, elle a aussi sa pésanteur, mais ce ne sont pas les mêmes mots.
02:58Vous avez fait un précis de jargon technotractique justement de cette langue.
03:01Premièrement, flouté.
03:02Deuxièmement, pirouetté.
03:04Troisièmement, allongé.
03:05Quatrièmement, ça c'est très important, égotisé.
03:07J'ai voulu, j'ai souhaité, quand j'ai accepté ce présent.
03:12Déstructuré, décontextualisé et néologisé.
03:15Alors, il faut bien comprendre que ce sont des anti-conseils.
03:17C'est l'espèce de grammaire insupportable que j'ai trouvée dans cette langue de l'État,
03:21cette langue technique, cette langue des notes de synthèse,
03:24cette langue des éléments de langage, c'est-à-dire les bases qu'on me proposait
03:27pour nourrir ensuite les discours que j'avais à faire.
03:29Mais je me suis très vite rendue compte que pour faire un discours audible,
03:32pour que l'auditoire ne s'endorme pas au bout de 2 minutes 30 d'écoute,
03:35surtout quand c'est la cesse, après le déjeuner c'est les pires heures de discours,
03:38si je voulais que les gens écoutent, il fait le contraire, que je fasse l'inverse.
03:41Donc il y avait ce jeu perpétuel de balancement
03:43entre la pression, les éléments qu'on me fournissait comme base de mes discours,
03:47et mes faibles essais pour essayer de contracter
03:49et de rendre ça beaucoup plus dynamique.
03:50Vous savez que Camille Pascal, qui a été plume également,
03:54disait, alors ça n'appelle ça des blocs,
03:56c'est-à-dire que les briques arrivent des ministères
03:59et de certains conseillers de l'Élysée,
04:00et il disait arrêtez de me donner des briques, je ne suis pas maçon.
04:04Donc je ne sais pas si vous avez réussi, vous, à dire à vos interlocuteurs la même chose,
04:09mais en tout cas, il y a un exemple qui est fourni en page 50,
04:13la plupart des ministères ne disaient pas,
04:14nous allons donner de l'argent à la mairie pour construire une bibliothèque,
04:17ils disaient, alors tenez-vous bien, parce que ça vous sent pesant de cacahuètes,
04:21un schéma d'investissement pluriannuel sera envisagé collectivement au plan local
04:25et lancé en lien avec tous les acteurs concernés
04:27pour développer des espaces métaculturels polyformes,
04:29visant à constituer un pôle d'attractivité sociétale via une diversité de dispositifs pluriels
04:34de mise en accès du médium écrit.
04:37Et on peut continuer, ils ne disent pas « je peux »,
04:39ils disent « être en capacité de ».
04:41Ils ne disent pas « merci aux infirmiers »,
04:43ils disent « j'exprime mes profonds remerciements à celles et ceux
04:45qui assurent le métier d'infirmier qui est le leur ».
04:47On avait trois mots, on passe à 19 mots.
04:49Enfin, un joli fois six, mais souvent c'est un fois deux, fois trois, fois quatre.
04:52Vous avez compté, vous avez fait des statistiques.
04:54En fait, aujourd'hui, on rit, enfin on rit, on se moque,
04:56ou ce que vous voulez, en tout cas on sourit.
05:00Mais tout ça, c'est dramatique parce que c'est la réalité des gens,
05:05c'est-à-dire c'est les projets que mènent un président de la République
05:08et l'Élysée sur des projets parfois totalement structurels.
05:12Oui, et c'est pour ça que votre livre est passionnant,
05:13parce qu'en fait c'est également ce qui crée autant de haine à l'égard du politique,
05:17c'est-à-dire les Français qui se disent finalement
05:19« qui sont ces personnes qui nous prennent de haut ? »
05:22On ne comprend rien de ce qu'ils disent.
05:23Et d'une certaine façon, ma question un peu taquise serait vous demander
05:27est-ce que vous préférez réaliser ce type de discours,
05:30on vous impose cette novlangue,
05:31ou est-ce que vous auriez préféré faire ce, par exemple, d'un Donald Trump,
05:34qui pour le coup est véritablement dans quelque chose à l'état brut ?
05:37Alors moi, je n'ai jamais eu à écrire cette novlangue.
05:39C'est-à-dire que typiquement, si on me demandait, si on me proposait,
05:41si un ministère, si une préfecture, si un ambassadeur me proposait ce genre de texte,
05:45mon métier et ma discipline, c'est presque une hygiène d'écriture,
05:48c'était au contraire de sabrer.
05:49Et souvent, les plumes ont la réputation d'enfler, de s'étaler.
05:53Et je pense que, tel que j'essayais de pratiquer mon métier,
05:55c'était au contraire de tenir les rênes très serrées
05:57à cette tentation, justement, de l'enfuir et de l'enfumage.
05:59Ça a parvenu, parce que les discours ont été finalement plus techno-blancs qu'autre chose.
06:05Alors, je ne suis pas responsable de tous les discours de la République, heureusement.
06:09Et puis, il faut différencier les discours historiques
06:11qui faisaient l'objet d'une préparation, des propos à bateau rompu et derrière la micro.
06:15Et les discours bravo-merci, vous avez fait plusieurs familles de discours.
06:19Exactement. J'essaie de différencier toute cette pluralité de discours
06:22dont on n'est pas toujours conscience,
06:23puisque c'est souvent des discours hors micro, hors presse.
06:26Les discours bravo-merci, c'est par exemple les discours de panthéonisation,
06:29les discours de Légion d'honneur, les discours de commémoration.
06:33Il y a les discours que j'appelle les discours dans mes bras, mon ami,
06:36qui sont les discours diplomatiques.
06:37On dit toujours aux voisins, qui est vraiment l'obscur président
06:40d'une toute petite pétromonarchie perdue dans l'océan Pacifique.
06:43Et on va lui dire que c'est le plus grand interlocuteur que la France a jamais eue.
06:45C'est l'exercice qui veut ça.
06:47On a des intérêts financiers, on a des intérêts sociaux, humains, bilatéraux avec ce pays.
06:51Donc, il faut faire des manifestations d'amitié.
06:53Et les bravo-merci ont été plutôt bien réussis.
06:55C'est-à-dire que je me souviens du discours suite à la mort de Johnny Hallyday ou d'autres,
07:01qui effectivement ont eu une sorte de...
07:03Comment dire ? Les Français ont beaucoup aimé ce genre de discours.
07:06C'est peut-être dans cet aspect mémoriel qu'il y a eu le plus d'impact.
07:09Et peut-être, je ne sais pas si vous le ressentiez,
07:11où on était le plus proche d'une certaine réalité.
07:14Alors, j'en parle d'autant plus librement que je suis arrivée après le discours de Johnny Hallyday.
07:17Mais là, on est en plein dans le rôle d'incarnation de ce président d'une cinquième république
07:21qui est quasi monarchique, en fait, dans la force d'incarnation qui est réservée au président.
07:25C'est pour ça que vous le représentez en prince, vous le dessinez.
07:28D'ailleurs, à un moment donné, il est représenté comme Dieu, carrément.
07:31Alors, comme c'est plutôt l'ange Saint-Michel, parce que je parle de cette espèce de vertige...
07:35En tout cas, un personnage spirituel céleste.
07:38Exactement. Mais je parle de cette espèce de vertige qui me saisissait quand j'entendais
07:41quelqu'un qui remettait une décoration de Légion d'honneur.
07:44C'est l'espèce de pouvoir de discerner le bien et le mal dans une existence.
07:47C'est presque théologique, en fait, ce pouvoir de lire dans les âmes ou de vouloir...
07:51En fait, vous vous êtes bien amusé dans tout ça, pendant ces deux ans.
07:55Alors, c'est difficile, c'est des moments à haute intensité, mais c'est une comédie humaine incroyable.
07:59Donc, il y avait une énergie intellectuelle, il y avait un fourmillement perpétuel.
08:03Et je pense que pour qui aime ce travail sur les mots et a envie de s'investir au service
08:07de plus grand que soi, c'est un lieu...
08:09Non, peut-être pas par esprit de contradiction, mais vous surprendre.
08:13Moi, je ne suis pas choqué par ça, voyez-vous.
08:15Par la techno-langue ?
08:16Neuf langues, c'est de la langue française.
08:19Ce que vous avez lu tout à l'heure, moi, ça chante à mes oreilles.
08:22Parce que vous avez l'habitude, entre guillemets.
08:24Parce que j'ai trouvé ça très bien.
08:25Parce que vous avez été dans la politique, donc...
08:26Je préfère cette langue, je ne sais pas, les fumeurs ou la langue.
08:29inclusive ou des choses comme ça.
08:31Il n'en a pas été question.
08:32Il n'en a pas question.
08:33Mais là, et puis moi qui suis habitué à une langue aussi un peu particulière,
08:36qui est celle de la justice, comment rédiger un juge ?
08:38Bon, attends du queue, attends du queue, attends du queue.
08:40Enfin, maintenant, on commence à s'en débarrasser.
08:41On l'appelle un peu le jargon.
08:43Je crois que dans des métiers comme celui-ci,
08:47qu'il y ait un langage, moi, ça ne me choque pas.
08:50À condition, évidemment, de ne pas édulcorer le fait,
08:53de ne pas nier le fait, de ne pas l'habiller pour parler d'autre chose.
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