00:00Ici Occitanie, pour bien commencer la journée, d'ici matin.
00:06Nous sommes le vendredi 11 septembre 2026 à 8h moins le quart, c'est l'invité d'ici matin et
00:10ce père de famille en prison pour avoir menacé une enseignante au Foga.
00:15Reconnu coupable hier par le tribunal correctionnel, il était jugé pour avoir dit à une professeure qu'il allait lui
00:20couper la tête après que son fils a été puni, c'était en fin de semaine dernière.
00:25Bonjour Mathieu Solaire, membre du syndicat SNUIPP31, directeur d'école à Toulouse.
00:31Six mois de prison ferme, mandat de dépôt, il va en prison directement, c'est très rare qu'un prévenu
00:36éligible à du simple sursis parte en prison comme ça.
00:39Vous saluez cette décision de justice, ça veut dire quelque chose pour vous ?
00:42Oui, ça veut dire quelque chose pour tous les enseignants, c'était nécessaire je pense cette décision, alors elle fait
00:48un peu exemple,
00:50mais c'était nécessaire, c'est ce qui était attendu pour protéger les équipes et surtout dans la décision de
00:54justice,
00:55nous ce qui nous intéressait le plus c'est les trois ans d'éloignement de l'école, c'est ça
00:59qui a protégé le plus l'enseignante au-delà de la condamnation aux six mois fermes.
01:04L'enseignante et l'équipe qui va permettre de se reconstruire parce qu'il va y avoir un travail à
01:08faire maintenant.
01:08La justice dit qu'il n'est plus tolérable tout simplement, ça n'a jamais été, mais aujourd'hui c
01:13'est la justice qui le dit,
01:14ce n'est plus tolérable d'avoir de tels propos devant un établissement scolaire.
01:17Oui, mais heureusement, ne serait-ce que pour protéger les personnels et pour protéger l'institution et les élèves,
01:23parce que les élèves sont présents aussi sur un parking en sortie d'école comme ça quand ça se passe,
01:28il y a des élèves autour qui voient ce qui se passe et évidemment il faut qu'on les protège
01:31de ça aussi.
01:33Rassurez-nous, c'est extrêmement rare ce type de débordement avec des parents d'élèves ou ça arrive plus souvent
01:38que ce qu'on peut penser ?
01:39Alors ce n'est pas très fréquent, ce n'est pas tous les jours, ce n'est pas le quotidien
01:42des enseignants,
01:44mais c'est de plus en plus. Si on le voit sur les dix dernières années, ça augmente petit à
01:48petit et ces deux, trois dernières années, on le voit de plus en plus.
01:51Vous avez des chiffres ou c'est un sentiment global ?
01:53Non, alors je n'ai pas de chiffres précis, mais on le voit par exemple dans les saisines des fiches
01:58RSST,
01:58registre santé, sécurité au travail, on voit monter cette thématique qui était peu représentée dans les remontées des enseignants.
02:04Donc là, c'est des enseignants qui signalent ce genre de choses.
02:07Donc la parole se libère aussi, d'une certaine façon, parce que pendant très longtemps, on gérait les problèmes en
02:11interne dans les écoles.
02:13Mais oui, on est dans une phase où il y a quand même une société qui est globalement plus violente
02:17et l'école, elle n'est pas à côté de la société, elle est dedans.
02:21Cette école Clément Adair, au Fogard, on est un bon exemple ?
02:25Alors cette école, c'est un bon exemple de problématiques très variées.
02:30En fait, c'est peut-être un bon exemple du manque de prévention dans l'éducation nationale.
02:34Pourquoi ? Qu'est-ce qui s'y passe ?
02:35C'est une école où depuis plusieurs années, on la suit depuis plusieurs années,
02:39on alerte le rectorat depuis plusieurs années, il y a eu des problèmes de toute nature.
02:42Il y a eu des manques de personnel à ESH, notamment pour l'accompagnement des élèves en situation de handicap.
02:48Il y a eu des personnels qui étaient en grande détresse psychologique dans cette école-là.
02:53L'année dernière, on a eu une stagiaire, une enseignante stagiaire qui a été harcelée par un parent d'élèves
02:58et qui a d'ailleurs fini licencié.
03:00On continue de l'accompagner, on la suit, on la soutient encore.
03:02Elle est dans la lieu au plus mal, elle aussi.
03:05Donc voilà, c'est une école qui est connue depuis un moment.
03:07Et nous, on trouve évidemment que le rectorat n'a pas réagi en prévention.
03:10Donc c'est bien de venir éteindre l'incendie.
03:12Ça a été bien fait par le rectorat et par la justice, visiblement, d'après les retours qu'on a.
03:16Mais ce n'est pas une politique de prévention que d'envoyer une cellule de crise
03:21et puis ensuite peut-être de déplacer les enfants.
03:23Ce n'est pas à ça qu'on attend de l'institution.
03:26Vous faites référence à ce que propose le ministre de l'Éducation nationale, Edouard Geffray,
03:30qui souhaite s'appuyer sur un nouveau décret qui permet d'écarter le parent problématique,
03:36mais donc aussi les enfants qui seraient scolarisés ailleurs.
03:39Est-ce que vous pensez que ça peut changer quelque chose et que c'est une bonne idée ?
03:42Alors nous, on pense que c'est une mauvaise idée, que c'est une mesure d'affichage du ministère.
03:47Pour plusieurs raisons.
03:48D'abord, la justice a fait son travail, vite, bien, fortement en tout cas, de ce que nous on voit.
03:57Est-ce qu'il y a besoin d'une double peine ? Je ne suis pas sûr.
03:59Est-ce qu'il y a besoin de faire peser sur l'enfant, qui peut être très bien dans son
04:02école ?
04:03Et puis il y a trois enfants dans cette fratrie, donc est-ce qu'on a besoin de faire peser
04:06sur l'enfant cette situation ?
04:08Puis sur les autres personnels, parce qu'on va déplacer le problème.
04:11On va déplacer ses enfants dans une autre école, comment on va accompagner cette école ?
04:14Est-ce qu'il va y avoir des équipes qui vont accompagner cette école ?
04:17Qu'est-ce que vous préconisez, vous, au SMIPP ? Qu'est-ce que vous demandez à l'État ?
04:21À l'État, ce qui s'est passé, en fait.
04:23C'est-à-dire, il y a une justice qui réagit fortement et rapidement,
04:27que l'État prenne toutes ses responsabilités, le rectorat l'a fait,
04:29en accordant la protection fonctionnelle rapidement, en se substituant à l'enseignant.
04:35C'est l'avocat du rectorat qui était présent à l'audience,
04:39en envoyant des équipes sur place, ce qui a été fait aussi.
04:42Donc c'est ça, les réponses de première intention.
04:44Après, ce qu'il faut, c'est qu'il y ait en plus de la prévention.
04:47C'est-à-dire qu'il nous faut du personnel, des assistantes sociales,
04:50des médecins scolaires, des psychologues scolaires,
04:52qui aident les équipes, qui accompagnent les équipes à faire du lien avec les parents.
04:55C'est ça qu'il va falloir faire pour ne pas qu'on en arrive à ces situations-là qui
04:58débordent.
04:59On a l'impression que nos établissements scolaires se surprotègent ces dernières années,
05:04fouillent des sacs à deux au collège, il y a les forces de l'ordre régulièrement devant,
05:07les portiques à l'entrée de certains lycées aussi.
05:10L'ambiance est de plus en plus lourde, non ?
05:11L'ambiance est de plus en plus lourde et oui, on a tendance à s'enfermer.
05:15Et ça ne fera qu'empirer les problèmes.
05:17Plus on se coupera des parents d'élèves et de la société,
05:20plus on sera loin d'eux et plus on aura ce type de problème.
05:24La victime de ces menaces au FUGA est en arrêt de travail pendant un mois.
05:28Vous avez certainement entendu tous ces messages de soutien,
05:31notamment de la part des parents d'élèves, ça veut dire beaucoup pour le personnel enseignant ?
05:35Oui, il y a quand même des parents d'élèves qui ont signé et qui les ont soutenus.
05:39Nous aussi, on n'a pas contact directement avec cette collègue,
05:43mais on lui accorde tout notre soutien.
05:44On est à ses côtés si elle en a besoin.
05:47Oui, il faut qu'on se soutienne, il faut qu'on se serre les coudes.
05:49C'est peut-être aussi une occasion de commencer à ressouder cette communauté éducative au FUGA
05:53qui était un peu en difficulté.
05:54Merci Mathieu Solaire, vous êtes directeur d'école à Toulouse
05:57et membre du syndicat SNIPP31,
06:00le syndicat enseignant du premier degré en Haute-Garonne.
06:03Merci beaucoup.
06:04Merci à vous.
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